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04 mars 2014

Romain Monnery : interview pour Le saut du requin

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Toutes les histoires d’amour sont des questions sans réponse : où commence l’indifférence ? CDD ou CDI ? Comment se dire adieu ? Quel rapport entre le yéti et le point G ? Est-ce que ronfler, c’est tromper ? Deux garçons, une fille, combien de possibilités ? Sur fond d’Internet et de chansons populaires, Le Saut du requin explore le fonctionnement d’un couple moderne perdu entre non-dits et pas chassé. Bref, ceci n’est pas une comédie romantique, mais ça y ressemble.

Ainsi est résumé ce livre drôle, parfois excessif, mais qui fait réfléchir sur la vie à deux.

J’ai reçu son auteur, Romain Monnery, à l’agence le 22 janvier dernier. Un jeune homme qui n’est pas précisément fan de l’exercice de l’interview, mais qui si plie avec le sourire…

romain monnery,le saut du requin,libre,seul et assoupi,interview,mandorMot de l’éditeur :

« Internet n’avait rien arrangé. L’amour – si tant est que ce truc avait un jour existé – était devenu un jeu de hasard dont on avait perdu le mode d’emploi. Sans foi. Ni loi. On y jouait en ligne, à tâtons, à plusieurs, sans réfléchir, vaille que vaille, pour un résultat chaque jour un peu plus incertain. »
Méline, fille simple qui ne se prend pas au sérieux, et Ziggy, artiste multiface un brin prétentieux, forment un couple atypique. Après un an d’une histoire en dents de scie, Méline aimerait bien que la relation évolue. Mais Ziggy n’est pas du genre à accepter les compromis. La collègue de Méline, et néanmoins amie, a une solution : elle lui suggère d’aller voir ailleurs, pourquoi pas du côté de Fabrice, leur collègue. Un garçon qui n’est pas vraiment Brad Pitt, mais puisque Méline n’est pas Angelina Jolie non plus, tout va bien.
Le saut du requin, expression bien connue des amateurs de séries, décrit ce moment de chute d’audience dans une série à succès où les scénaristes créent une situation absurde pour en relancer l’intérêt. C'est exactement ce qui se passe dans toute relation amoureuse sur le déclin. Garanti sans requin ni marteau, ce roman explore le fonctionnement d’un couple moderne perdu entre non-dits et pas chassés, jusqu’à ce que les choses de la vie le rattrapent.

L’auteur :

Romain Monnery est né en 1980. Il participe à la revue littéraire Décapage. Après Libre, seul et assoupi, adapté au cinéma, voici son deuxième roman.

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Interview :

Ziggy, ton héros, a tous les défauts du monde.

C’est un peu une compilation de tout ce qu’il ne faut pas être. Dans la vraie vie, je n’ai jamais rencontré des gens aussi hauts en couleur que lui. Être comme il se montre est difficilement conciliable avec nos vies sociales.

Il est ton double maléfique ?

C’est tout à fait ça. Il est le contraire de ce que je suis. Il est outrancier dans tous ses raisonnements et ses comportements. Dans la littérature, j’aime ce genre de personnage, exagéré et excessif. Par exemple, Ignatus dans La conjuration des imbéciles de John Kennedy Toole. C’est le genre de héros qui me fait mourir de rire.

Effectivement, on peut mettre en parallèle ton Ziggy et Ignatus.

Ignatus est plus intellectuel. Il a un ego plus grand que le ventre et ça rend son intégration sociale un peu compliquée. Ziggy, c’est plus dans les relations amoureuses qu’il a un sérieux problème. Cela dit, je tiens à préciser que je ne compare pas mon roman à La conjuration des imbéciles. C’est un chef d’œuvre, ce serait très prétentieux de ma part.

Ton livre est souvent drôle, excessif, et très second degré.

J’ai du mal à faire autrement, sinon, je ressens un sentiment d’imposture. J’ai essayé d’écrire sérieusement et quand je me relis, je constate que je ne suis pas fait pour ça. Je ne parviens à rien de bon quand j’écris au premier degré.

Tu es aussi sarcastique et ironique.

Mon but était d’écrire une farce avec des figures imposées sur les couples version trentenaires d’aujourd’hui. Pour traiter ce sujet, le mécanisme caricatural et humoristique était celui qui me convenait le mieux. Je voulais aussi écrire un truc un peu hybride entre sitcom et livre.

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En écrivant de cette manière, n’as-tu pas peur de ne pas être pris au sérieux par les amateurs de littérature ?

Ça me traverse l’esprit, mais je suis résigné. Il n’y a aucune chance pour que je sois pris au sérieux avec un livre comme celui-ci. Mon premier livre, je l’ai écrit juste pour qu’il plaise à mes potes qui, à la base, ne lisent pratiquement pas. J’ai donc intégré en format littéraire des tics de langage et des codes de la télévision, principalement des séries.

J’ai lu que tu préférais les séries télévisées à La Grande Librairie. Est-ce vrai ?

Il faut que je me méfie. Dans les premières interviews que je donnais, je répondais souvent en faisant du second degré. Malheureusement, ça a toujours été pris comme du premier degré. J’ai dit ça un jour, mais c’est faux. J’aime aussi beaucoup La Grande Librairie.

Tu viens d’un milieu où on ne lisait pas beaucoup, je crois.

La culture à la maison, c’était plus la télé, en effet. J’ai commencé à vraiment lire à l’âge de 20 ans. Étant jeune, je lisais beaucoup, après j’ai arrêté pour le foot et le skate, des trucs comme ça. Un jour, par hasard, je me suis remis à lire des livres d’horreur et de frissons, comme Stephen King. À l’époque, je ne comprenais pas qu’on lise des romans sérieux.

romain monnery,le saut du requin,libre,seul et assoupi,interview,mandorA un moment, tu as découvert Bret Easton Ellis.

Oui, au Gibert Joseph de Lyon. Un jour, ils ont inversé les rayons. Les thrillers ont laissé la place à la littérature dite « normale ». Je suis tombé sur la 4e de couverture de Moins que zéro. Ça me renvoyait à ce que je vivais à l’époque en tant qu’étudiant. Je me retrouvais dans le côté perte de repères, vide existentiel. Moi, j’étais un peu entre les sous doués et Houellebecq. Bref, lire Bret Easton Ellis a été une révélation. Puis, je me suis intéressé à Douglas Coupland et à ce genre d’auteurs.

Ensuite, tu es passé à la nouvelle génération des auteurs français, c’est ça ?

Oui. Philippe Jaenada, Virginie Despentes, Michel Houellebecq ou Grégoire Bouillier. Je ne savais pas qu’on pouvait faire rentrer le réel de la vie quotidienne dans les livres, sans ennuyer les lecteurs.

Quand as-tu pris la décision d’écrire toi aussi ?

J’ai un pote qui m’a un peu initié à l’écriture et qui écrivait beaucoup de nouvelles. Nous avons eu le projet d’écrire un jour un recueil de nouvelles sur la désinvolture. Nous ne l’avons pas écrit. Par contre, j’ai découvert les blogs. C’était magique, il y avait une liberté totale d’écriture et de ton. J’écrivais comme je parlais et ça m’a vraiment décomplexé. Après, je me suis pris au jeu, je me suis beaucoup entraîné… comme un sportif.

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Tu écrivais quoi dans ce blog qui s’appelait « Un salon pour deux »?

C’était le point de départ du premier livre. Je vivais en colocation. On était à deux dans un salon et il n’y avait pas beaucoup d’intimité. Mon blog, c’était mon exutoire. Je m’échappais un peu en racontant ce que je vivais, mais en grossissant pas mal les traits. J’ai repris des extraits du blog, je les ai remaniés et j’en ai fait mon premier roman.

Parle-moi de Jean-Baptiste Gendarme, le rédacteur en chef de la revue littéraire Décapage. Il a fait beaucoup pour toi ?

Il a pris la barre du bateau et m’a indiqué où aller. Il a beaucoup coupé. Au moins la moitié. Moi, j’étais dans le côté situation, gag, situation, gag… je ne savais pas construire une intrigue littéraire. Jean-Baptiste m’a beaucoup appris.

Que réponds-tu quand on te demande ce que tu fais dans la vie ?

Je me décompose. Je ne sais jamais quoi répondre. J’ai un vrai problème avec le « small talk » (conversation qui se fait sur un ton léger, informel)en société. Parler de tout, de rien, de soi… je ne sais pas faire. Quand je réponds « je ne fais rien », ça met les gens mal à l’aise. Quand je dis que je suis journaliste, les gens te demandent où et là, tu réponds « nulle part », ça rend aussi les gens mal à l’aise. Je reste évasif, mais je ne dis surtout pas que j’écris des livres.

Pourquoi ?

J’ai un sentiment d’imposture en permanence.

Tu ne te sens pas légitime ?

Je ne me sentirai jamais légitime. C’est une question d’éducation et d’origine sociale. Quand je me retrouve dans des salons du livre ou des endroits de ce genre, je suis toujours gêné. Moi, j’ai l’impression d’écrire des comédies, des petites blagues.

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 J’ai l’impression que tu ne veux jamais te prendre au sérieux. Ai-je tort de penser ça ?

Non. Je suis mal à l’aise avec le côté solennel et sérieux. Du coup, ça me joue des tours à tous les niveaux, car je ne sais jamais comment me positionner par rapport aux gens. Je fais du second degré en permanence et beaucoup de personnes le prennent au premier. Ça ne facilite pas les rapports humains. Une de mes idoles est Jacques Dutronc. Il se sert du second degré pour communiquer parce qu’il est timide…

Je sais que tu n’as pas fait beaucoup de promo pour le premier livre. Là, tu te fais violence ?

Quand je répondais aux interviews, j’essayais d’être drôle, mais je ne l’étais pas du tout parce que  le journaliste et moi étions dans un complet décalage. Quand je relisais mes propos, je voyais bien que le résultat était nul. En fait, je ne sais jamais ce que les gens attendent de moi. Je suis hyper vite sur la défensive ou j’en fais dix fois trop…

Tu me parlais de Jacques Dutronc il y a un instant. Pour toi, le couple idéal, c’est celui romain monnery,le saut du requin,libre,seul et assoupi,interview,mandorqu’il forme avec Françoise Hardy. C’est vrai ?

Ça reste de la théorie, parce que j’imagine que ça n’a pas été facile pour Françoise Hardy. Ça fascine toujours les couples comme Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, mais en pratique, je ne suis pas certain que ce ne soit pas extrêmement compliqué. Il faut être soit très fort, soit pas amoureux.

Ziggy ne croit pas en l’amour. C’est une génération désillusionnée sur ce sujet ?

Je crois que c’était pareil il y a 30 ans. Les hommes avaient aussi peur de s’engager.

Internet n’arrange rien, j’imagine.

Internet crée une dépendance aux autres. Une dépendance que le couple ne suffit plus à combler. C’est un peu un ménage à trois imposé : moi, toi et tous les autres. Tu as l’émetteur, le récepteur, et par internet, tous les gens qui font office de parasites. Cela implique une mise en scène de soi et du couple. J’ai l’impression que c’est un vrai frein aux relations amoureuses. Au moindre souci, on est tenté de regarder ailleurs. Les barrières sont tombées et l’intimité du couple a presque disparu.

Et toi, dans ta vie, tu gères bien tout ça ?

(Rires) Je ne gère rien du tout. Mais, franchement, j’ai un peu une phobie des réseaux sociaux. Je suis sur Facebook, mais pas de manière active. J’ai très peur du regard des autres, alors les réseaux sociaux, c’est hyper intimidant pour moi.

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Tu n’écris pas tout à fait de manière classique. Il y a même un style inédit.

Il faut essayer d’écrire des livres avec l’écriture d’aujourd’hui. Moi, je fais rentrer les smileys, les SMS, les hashtags. J’ai essayé de retranscrire une réalité dans le format écrit. Les gens lisent de moins en moins, je tente de me mettre au niveau des attentes et des exigences. Mon objectif était d’intéresser les gens qui n’ont pas l’habitude de lire, au risque de déplaire à ceux qui n’aiment que les « hussards ».

Je sens que tu n’es pas à l’aise pour parler de toi, mais pourtant tu as des activités qui ont pour conséquence d’amener la lumière vers ta personne…

C’est justement le fruit d’une impuissance à communiquer. Je ne suis pas à l’aise à l’oral, j’ai un esprit un peu sinueux, alors pour moi, l’écriture, c’est un peu une fuite, une façon de m’exprimer sécurisante et un moyen de surmonter mes angoisses. Je me cache clairement derrière mes personnages. C’est une façon de détourner sa timidité.

romain monnery,le saut du requin,libre,seul et assoupi,interview,mandorParle-nous de l’adaptation au cinéma de ton premier livre, Libre, seul et assoupi.

Les producteurs ont posé une option peu de temps après la sortie. Dans 98% des cas, ce genre d’option n’aboutit pas. Moi, j’ai juste rencontré les gens de Gaumont au début et je n’ai plus jamais eu de nouvelles jusqu’au jour où ils ont poursuivi l’option six mois de plus. Un jour, j’ai appris dans les médias que le film se faisait.

Tu n’as pas eu le droit de regard sur l’adaptation ?

Pas du tout. Je suis arrivé après la bataille. Le tournage avait romain monnery,le saut du requin,libre,seul et assoupi,interview,mandorcommencé. Là, on m’a donné le scénario. J’ai échangé trois mots avec le réalisateur, mais c’est tout. C’est vraiment leur projet de A à Z.

Tu l’as vu terminé ?

Oui. Ça fait très bizarre. Il y a un peu de moi et un peu du réalisateur, Benjamin Guedj, qui, d’après ce que j’ai compris, a vécu des situations similaires aux miennes. Sinon, je me suis bien marré. Il y a Félix Moati qui est absolument génial. Baptiste Lecaplain aussi est intéressant. Il est à contre-emploi. Quand tu le vois sur scène ou sur les plateaux, c’est une boule d’énergie. Là, il est sur la réserve, un peu mélancolique. Il a la joie triste.

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Après l'interview, le 22 janvier 2014.

Commentaires

Bonjour,
J'ai lu avec beaucoup d'attentions cette interview. En effet, j'ai rencontré Romain à Montaigu, samedi dernier, lors du Printemps du Livre. Après une discussion "maman enfant", je suis restée très émue car ce jeune homme est de l'âge de mon fils.
Je lui disais que j'aurai aimé avoir un fils dont j'aurais été fière, un fils qui aurait fait quelque chose qui sort de l'ordinaire: écrire des livres par exemple...
Romain: j'espère que tu as fait de bonnes ventes ...
Si tu as accès à ce message, rappelle-toi, je t'ai interpellé dans le couloir.
Cordialement
Et une bise maternelle à Romain.
Catherine Moriceau

Écrit par : MORICEAU | 19 avril 2014

On vient de m'offrir ses deux livres et je trouve que l'interview reflète très bien ce que j'aime dans son écriture.

Écrit par : Yacine Taleb | 20 juillet 2014

bonjour ou bonne nuit,
je viens de regarder le film libre et assoupi et j'ai adoré, bien entendu je me suis identifié car ça relflète ma vie et mes pensées et du coup je suis allée voir d'ou venait la source d"inspiration et j'aime beaucoup cette inteview qui me donne envie de lire les livres.... alors à très vite pour vous faire part de mes ressentis concernant ceux ci si toute fois ça vous interesse ; lol
katia

Écrit par : mangonaux katia | 17 septembre 2014

Les commentaires sont fermés.