Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Claire Favan : interview pour Apnée noire | Page d'accueil | Skip The Use : interview pour Little Armageddon »

22 février 2014

Elisa Tovati : interview pour Cabine 23

elisa tovati,bertrand soulier,cabine 23,interview,mandor

elisa tovati,bertrand soulier,cabine 23,interview,mandorCabine 23, le nouveau disque/projet d’Élisa Tovati nous emmène direction Irkoutsk en Sibérie pendant18 chansons et 56 minutes. Une expédition musicale au départ de Paris. On suit une jeune femme qui part sans laisser d'adresse, à la recherche de ses origines et de surprises. Un retour à l'essentiel salvateur.

On visite Venise, Vienne, Athènes, Istanbul, ou Moscou... Élisa Tovati réalise même quelques-uns de ses fantasmes à travers ce personnage installé dans la Cabine 23, voiture 3 : rencontres, flirts, découvertes et révision des langues étrangères.

Un carnet de voyage signé Bertrand Soulier (l’homme providence) et Pierre-Dominique Burgaud à qui l'on doit les deux Soldat Rose. Les frères Souchon ou Élodie Frégé ont également collaboré.

J’ai rencontré Élisa Tovati (déjà mandorisée pour son précédent album) le 18 décembre dernier, dans un bar « select » de la capitale. En résulte un riche et long entretien dans lequel la chanteuse se dévoile beaucoup.

elisa tovati,bertrand soulier,cabine 23,interview,mandor

elisa tovati,bertrand soulier,cabine 23,interview,mandorInterview :

Quand l’album précédent a très bien marché, du coup, on entre dans la phase de création avec un peu plus de pressions ?

C’est l’inverse ! Moi ça m’a détendue ! Parce que je savais que si  Le syndrome de Peter Pan  n’avait pas marché, je n’aurais probablement pas eu la chance de faire un autre album. Le marché étant si difficile, ça aurait été compliqué de trouver des producteurs et  maisons de  disques qui veuillent investir de l’argent. Le fait d’avoir rencontré un vrai succès populaire sur cet album me donnait la possibilité immédiate de continuer à faire de la musique et un autre album, donc j’étais déjà ravie. En plus, du coup on m’a fait encore plus confiance. On m’a laissée tranquille, dans mon petit coin. On m’a laissé trouver où j’avais envie de m’en aller, comment j’avais envie de raconter des histoires aux gens, donc en fait, on a fait quelque chose d‘assez rigolo.

Excuse-moi, mais pourquoi dis-tu toujours « on » ?

Parce que je travaille avec Bertrand Soulier en binôme. Donc on crée, on pense, on réfléchit, on fantasme, on écrit, on va jusqu’au bout du bout tous les deux ensemble.  On a fini par trouver l’idée de cet album après des jours de réflexions et c’est devenu comme une évidence. On a donné rendez-vous aux producteurs quand tout a été terminé. Je suis arrivé avec les chansons, mais aussi une pochette, un livret, un univers, un synopsis. Je voulais qu’ils comprennent tout… et donc ils ont été assez scotchés. Ils étaient très étonnés, très heureux de voir à quel point on était allé loin.

Clip de "Eye Liner".

Je me souviens que pour l’album précédent, déjà avec Bertrand, vous vous étiez isolés tous les deux en vase clos. Avez-vous fait la même chose pour Cabine 23

Oui sauf que, dès qu’on a commencé à avoir des textes, on a voulu élargir notre cercle avec d’autres compositeurs. Parfois, on avait un texte qu’on donnait à un ou deux compositeurs différents. Nous voulions voir quelle était la chanson qui ressortirait le mieux par rapport à notre concept. C’était très compliqué parce qu’à  la fin, on savait que c’était un puzzle où les chansons devraient s’imbriquer selon un ordre précis, selon l’ordre du voyage. Il ne fallait pas raconter la même chose, sur tous les textes qu’on voulait exploiter. On voulait évoquer mes origines, parler des autres, du voyage, de cet Orient-Express mythique, parler d’histoires d’amour, d’amitié, du devoir de mémoire.

Vaste programme !

Oui, du coup, on a écrit beaucoup de chansons, presque quarante, je crois. Ensuite,  il y a des chansons qui se sont éliminées toutes seules.  Les moins bonnes s’effaçaient jusqu’à ce que le puzzle soit construit le mieux possible.

Quels sont les autres auteurs principaux ?elisa tovati,bertrand soulier,cabine 23,interview,mandor

Bertrand Soulier  était l’auteur principal, ensuite, il y certains textes où il s’est fait aider par Pierre-Dominique Burgaud. Il a fini par faire partie de la boucle. Il s’intéressait énormément. On lui donnait des nouvelles du projet tous les jours. Il y a aussi Élodie Frégé, l’une de mes  meilleures amies. Je lui ai expliqué que c’était un album un peu comme un film musical sur l’Orient-Express, le train, l’histoire d’une fille qui voyage d’ouest en est, etc. Et donc elle m’a proposé «  Au train où vont les choses » et je l’ai acceptée. Elle avait parfaitement compris ce que nous voulions.

Et concernant les compositeurs ?

J’ai tout de suite fait appel aux frères Souchon, Pierre et Ours, que j’adore ! Toutes mes rencontres sont aussi importantes humainement que qualitativement. Pierre et Ours, je pourrais passer des jours, des mois, des  années à travailler avec eux tellement ils me font du bien et tellement c’est agréable.

Tu ne peux travailler qu’avec des gens positifs ?

Je ne peux absolument pas travailler dans un univers hostile, dans des tensions ou dans l’urgence. Il faut que ce soit de vrais moments intenses, de vraies récréations où le moment est suspendu. Tous mes compositeurs sont des gens avec lesquels humainement, il y a beaucoup d’atomes crochus et qui ont beaucoup de talent. Il me faut les deux.

Duo avec Brice Conrad : "Tout le temps".

Très honnêtement en tant que journaliste, quand j’ai vu arriver ton disque, je me suis dit : « Oh mince ! Un album concept ! » Puis, j’ai écouté. Et je l’ai trouvé très beau, aussi bien musicalement que textuellement. Il y a vraiment des chansons qui chamboulent.

J’ai l’impression que dans cet album, pour une fois, il y a la tête et les jambes. C’est un album que j’achèterais bien volontiers. Parce que dans les albums, qu’est-ce que j’aime ? J’aime que les textes soient intelligents. J’aime que la musique me fasse voyager. J’aime apprendre des choses sur les artistes.

Et qu’est-ce que tu n’aimes pas ?

Je déteste les textes qui sont futiles, où tu ne comprends jamais rien, mystérieux, abstraits et tout ça. J’ai vraiment besoin que ce soit des minis scénarios, qu’un disque raconte quelque chose.  

Cabine 23, c’est ton disque le plus personnel ?

C’est une évidence. En plus, j’avais très envie de montrer une image plus glamour et moins bohème. Dans ce disque, je regroupe tout.  Il y a la comédienne, il y a la chanteuse , il y a l’être humain. Je dis effectivement des choses très personnelles que l’on comprend ou que l’on ne comprend pas d’ailleurs. Il y a plusieurs tiroirs sur certaines chansons. J’avais vraiment envie de présenter aux gens quelque chose de consistant que je serais fière de montrer à mes enfants dans quelques années.

Les chansons ont un ordre évidemment pensé parce qu’il y a le parcours du voyage. C’était une difficulté supplémentaire ? 

Oui, parce que tu ne pouvais pas avoir cinq chansons en France et aucune en Russie, il fallait que tout soit équilibré. Donc, il y a eu des choix pas évidents à faire de temps en temps. 

Extrait de "Je voyage".

Je reviens à Bertrand Soulier qui est un auteur-compositeur-interprète que j’aime beaucoup. Ça s’imposait que tu travailles de nouveau avec lui ?

On est très proche, d’abord. C’est comme une histoire d’amour. J’ai appris à vraiment bien le connaître. Il sait où sont mes qualités où sont mes défauts. Il connait ma famille, mes enfants. Il a partagé énormément de choses avec moi. Étant donné que j’aime avoir des albums très personnels, c’est essentiel. Retravailler avec lui a été un  gain de temps énorme. C’est un peu comme si tu dois reprendre un psy, toute la démarche à faire pour en trouver un nouveau est fatigante. Rien que pour ça je reste avec le mien ! (rires). Sans plaisanter, Bertrand a un talent monstre et  moi, j’ai besoin de travailler avec des gens qui n’ont pas d’égo et qui savent accepter quand on leur dit « non, je n’aime pas, ça ce n’est pas pour moi, il faut transformer ça… »  J’ai eu des tonnes d’expériences avec des gens qui étaient tellement chiants ! Tous les jours je me dis : « Quelle chance j’ai eue de rencontrer Bertrand !» Il m’aide sur tous les plans et quoi que je lui demande.

Qui a eu l’idée de ce concept de voyage ?

Moi. Il y  a plein de raisons qui ont fait que c’était évident. D’abord j’ai été conçue dans un train, donc quand j’ai raconté ça à Bertrand, ça l’a bien fait rire. C’était un train qui faisait Paris-Saint Raphaël. Ensuite le train a toujours eu une importance énorme pour moi. Toute ma famille a pris des trains de la mort pendant  la Deuxième Guerre mondiale et elle n’est jamais revenue. Donc le train, c’est quelque chose qui est lourd de significations pour moi. Troisième chose, plus légère, j’aime le train, car je suis une fille extrêmement  speed et que nous sommes dans un monde où on ne prend le temps de rien. Quand tu es dans un train, tu prends le temps de voir les paysages qui défilent, de voir les gens qu’il y a autour de toi par exemple.  

Ça devenait essentiel de parler de tes origines ?

Oui, je ressentais le besoin de me montrer telle que je suis. Moitié nord, moitié sud. Je voulais expliquer ce qu’il s’était passé dans ma famille, pourquoi je suis comme je suis. Je n’ai pas eu de famille à part mes parents. Je veux mériter le fait d’être moi ici, alors que d’autres n’ont pas eu la chance d’être là. Tu sais, les gens qui sont très gais, alors que ce sont des gens qui travaillent jusqu’au soir, des gens qui ont peur du vide et qui remplissent de nombreuses pages, ce n’est pas pour rien.

elisa tovati,bertrand soulier,cabine 23,interview,mandor

Est-ce que cet album est aussi pour « remettre les pendules à l’heure » ? Pour que l’on sache qui se cache derrière la toujours souriante Élisa Tovati ?

Quand tu es comédienne, tu passes ton temps à brouiller les pistes. Tu joues des rôles de pute, d’infirmière, de moche. Franchement, je n’ai jamais eu envie de prouver quoi que ce soit à quiconque. Dans la vie de tous les jours, je suis une fille pleine d’énergie, très souriante et qui essaye d’avoir beaucoup de respect pour les autres, d’être très bien élevée. Après les gens jugent ou pas, mais je suis comme ça et j’ai mes raisons de l’être. C’est vrai que de temps en temps, c’est bien de divulguer quelques secrets profonds.

Tout à l’heure, tu as employé le mot « psy » et c’est vrai que quand on parle de soi dans ses chansons, qu’on fait référence à sa  famille, qu’on exprime ce qu’il y a au fond de soi… ça permet d’aller mieux ?

Si tu t’exprimes dans la vie, si tu dis les choses, si tu ne les gardes pas pour toi, normalement,  tu n’as  pas besoin d’aller voir qui que ce soit pour parler. Parfois, il y a des choses à l’intérieur de soi qui sont difficiles à exprimer. Moi j’ai appris qu’on a dit que je m’appelais Tovati, car je n’assumais pas ma religion et mes origines. Ça m'a beaucoup choquée, parce qu’une petite fille d’ancien déporté, je te jure qu’elle a l’étoile gravée dans le corps. Tovati, c’est une coquille qui date de nombreuses années, j’avais 16 ans. J'étais annoncée ainsi pour un concert espagnol. Les organisateurs ont confondu Touati avec Tovati. C’est juste ça. Rien à voir avec le fait que je me cache et que je n’assume pas et tout ça …

Je trouve que Cabine 23 est un disque culotté.

À travers cet album, on ressent beaucoup de choses. De la solitude, un peu d’amusement avec les hommes, évidemment du glamour et un côté un peu mystérieux. On ne peut pas utiliser n’importe quel mot dans n’importe quel album et cet album-là nous permettait quelques audaces, quelques textes un peu désuets, quelques jeux de mots un peu rigolos, voilà, des choses un peu plus culottées, comme tu le dis.  

C’est la gravité dans la légèreté.

Voilà.

C’est un petit peu ta marque de fabrique, je l’ai remarqué depuis le début de ta carrière. Je trouve que c’est vraiment un très bel album. Il faut gratter et c’est ça qui est  intéressant. Comme tu l’as dit tout à l’heure il y a des gens qui comprennent des choses et d’autres qui ne comprennent pas. 

Et d’ailleurs, c’est vraiment très étonnant parce que j’ai commencé un peu la promo et si tu savais, à l’intérieur, ce que ça me fait d’en parler. J’ai l’impression de naviguer en permanence, c’est-à-dire que des tonnes de fois je me retiens, je suis sur le point de pleurer. C’est idiot, mais c’est tellement personnel, ça remue tellement de choses à l’intérieur de moi que je suis vraiment prise par l’émotion. Je me dis : « Tu ne vas pas pleurer devant le journaliste quand même ! »

elisa tovati,bertrand soulier,cabine 23,interview,mandor

À ce point-là ?

Ce n’est pas un album que je sors pour vendre du disque. Je demande aux journalistes : « Je vous en supplie, prenez cinquante minutes pour écouter cet album d’un bout à l’autre sans vous arrêter et vous me comprendrez. Ne volez pas deux-trois chansons comme ça, des bouts de chansons  n’importe comment, prenez le temps de rentrer dans mon univers ». C’est le seul truc que je veux avant que l’on m’interviewe. C’est comme pour un film. S’il y a un mec qui fait une interview et qui n’a regardé que deux-trois scènes du film, j’ai envie de dire : « Mais regardez le film d’un bout à l’autre. Vous serez surpris, étonnés ou vous détesterez, mais au moins, vous vous ferez votre opinion ! »

Ce qui est bien dans tes chansons, c’est que c’est un mélange d’Histoire avec un grand « H » et l’histoire avec un petit « h ». C’est personnel et universel et c’est assez fort d’arriver à ce bon compromis. J’ai raison de dire ça ? 

Oui, tu as totalement raison de dire ça. Il y a des chansons comme « Les langues étrangères » ou « S’embrasser » qui sont des petites choses un peu sucrées et tu as des chansons plus graves comme « La mémoire », « Pitchipoï » ou « Tout le temps ».

Même si c’est grave, ce n’est pas plombant. Je me suis dit qu’il y avait surement une volonté de ne pas faire un album comme ça.

Tu as raison, ce n’est pas plombant. Par exemple, la chanson préférée de mes enfants, c’est « Pitchipoï » parce que la sonorité est rigolote. « Je t’emmène à Pitchipoï, ma petite mémoire cowboy » qui fait bien rire mon fils. En fait, c’est de très loin la chanson la plus dramatique de cet album. C’est la chanson la plus grave. Celle que j’ai mis le plus de temps à chanter. C’est une chanson à double tiroir. Pitchipoï, c’est juste Auschwitz. Pitchipoï c’est le nom que donnaient les gens à la destination finale de ces trains de la mort. 

Extrait de "Pitchipoï".

elisa tovati,bertrand soulier,cabine 23,interview,mandorÀ la fin de « Pitchipoï », on entend des hommes qui chantent. Ça m’a touché, alors que je n’ai pas compris ce qu’ils chantaient.

Le Kaddish, c’est la prière des morts. Moi j’ai presque 180 personnes de ma famille qui sont mortes dans les camps, donc à la fin, il y a la prière des morts. Je vais te dire très sincèrement, ma mère quand elle l’a écoutée j’ai mis deux heures et demie à la récupérer après. Quand tu entends les paroles : « c’est un conte de fer, un chemin de fée, peut-être qu’on trouvera le Golem, on retrouvera tous les gens qu’on aime, c’est des histoires qu’on dit dans le noir aux enfants… », si tu sais de quoi on parle, forcément, ça n’a pas la même signification. 

« La mémoire » aussi est une chanson très forte.

C’est une chanson qui est, elle aussi, plus profonde qu’il n’y parait. Je ne pouvais pas traverser ces pays sans aborder des sujets forts et difficiles. Mon disque n’est pas un film d’Alexandre Arcady !

Est-ce que ce disque a remué beaucoup de choses en toi ? 

Je me suis beaucoup battue pour qu’il existe et pour qu’il soit à la hauteur. J’ai eu l’impression que rien n’a été facile. En fait j’ai eu l’impression d’être sur une piste d’athlétisme et d’avoir des haies à sauter. Mais dès que j’en sautais une, il fallait se concentrer sur celle d’après pour ne pas chuter et pour ne pas les faire tomber. Encore aujourd’hui, j’ai cette impression. J’ai la conviction qu’il faut emmener jusqu’au bout ce projet parce qu’il le mérite. Et à la fois c’est dur. Tu vois il faut convaincre les gens, il faut être là, derrière tout le temps.

Et ta maison de disque ne te dit pas : « elle est chiante, maintenant » ? 

Non, elle trouve ça fantastique, parce que les gens qui y travaillent n’ont jamais vu quelqu’un qui s’implique autant dans tout, qui va acheter les fringues, qui coud pour les musiciens… Ils trouvent ça dingue, quoi !

As-tu peur que ce disque ne soit pas compris et qu’il ne trouve pas son public ?

Est-ce que l’album va avoir du succès ou pas.  Je n’en sais rien et ça ne sera pas en rapport avec sa qualité. Maintenant ce qui est génial c’est vraiment d’avoir quelque chose dans la tête et de le réaliser d’un bout à l’autre. C’est ça qui est fantastique. 

Est-ce l’album de ta vie ? 

Je ne pense pas. Tu sais c’est toujours le dernier album que tu estimes le plus.

Mais tu n’es jamais allée aussi loin. Là ce n’est plus qu’Élisa Tovati, c’est la famille, le passé… 

Je n’ai pas du tout envie de penser au prochain album parce que j’ai déjà tout à faire avec celui-là, mais à un moment donné, j’ai un peu le tournis en me disant : « Mon Dieu, après un album comme ça on fait quoi ? » Ce n’est pas que je trouve qu’il est bon et qu’il n’y a pas mieux à faire, pas du tout, mais j’ai donné tellement de choses personnelles qu’après, il va vraiment falloir que je me secoue pour retrouver des bonnes idées et avoir surtout un projet qui me donne autant envie de me lever le matin. Je venais d’accoucher quand j’ai commencé cet album. J’ai fait beaucoup de sacrifices professionnels puisque j’ai refusé des tonnes de films et des sacrifices personnels puisque j’ai dû faire des choix entre mon bébé et le projet. Donc si tu veux, j’ai eu l’impression d’avoir sacrifié beaucoup de choses pour ce projet.

elisa tovati,bertrand soulier,cabine 23,interview,mandor

Pour toi, quelle est la chanson la plus importante ?

Pour des raisons différentes, j’aime beaucoup  « La petite Tour Eiffel ». J’aime beaucoup l’ambiance de cette chanson et j’aime la poésie du texte. J’aime cette chanson parce que l’héroïne de mes chansons est au bout du voyage et qu’elle se rend compte que finalement Paris lui manque. C’est un sentiment que j’ai beaucoup eu à des moments de ma vie ou j’étais loin de Paris. J’aime beaucoup « Pitchipoï » parce que je suis fière de l’avoir faite et qu’elle existe dans l’album. « S’embrasser », je pense que c’est une chanson élégante donc j’adore la chanter. « Au départ, Paris », aussi est important pour moi. Je rêvais d’avoir une chanson qui parle à la fois de mes origines grâce à la musique et qui lance aussi bien le projet.

Tes parents ont-ils été touchés ?

J’ai toujours peur de les décevoir. Mais ils sont très fiers de ce disque. Ils sont fiers, ils l’écoutent, ils le montrent, ils suivent ce que je fais. Il y a des chansons qui ont été plus dures à entendre que d’autres. Et il y a aussi des chansons qui ont suscité des réactions. Ma mère a eu le double effet sur Pitchipoï. Au début, c’était choquant pour elle. Elle n’a pas pu aller jusqu’au bout de la chanson, donc elle a arrêté. Elle était en colère et a commencé à s’énerver. Et puis elle a réécouté la chanson d’un bout à l’autre et elle a pleuré. Elle a fini par me remercier.

Pourquoi cette réaction ?

C’est un peu comme si quelqu’un meurt. Tu n’oses pas toucher pas à ses affaires, ni à sa chambre. Il y a quelque chose d’un peu sacré. Et puis, il y a quelqu’un de bienveillant de ta famille qui se dit : « mais pour qu’elle puisse avancer, il faut faire place nette ». Cette personne met tout dans un carton et tout d’un coup, la chambre est vidée et nettoyée. Tu as envie de foutre une paire de baffes à la personne en disant « mais pourquoi t’as enlevé mes souvenirs ?» et à la fois tu as envie de lui dire : «  Merci, parce que je n’aurais pas eu le courage de le faire ». Donc c’est un peu ça. Tu vois, c’est un petit mélange. J’ai quand même marché sur des œufs. Il y a un mot que j’ai été obligée d’enlever. C’était une demande très ferme.

elisa tovati,bertrand soulier,cabine 23,interview,mandor

Avais-tu prévenu ta famille que tu étais sur un tel projet ?

On en parlait comme ça, mais j’ai été très secrète sur cet album. Je n’en parlais pas à mon compagnon, ni à mes producteurs. Je n’ai rien fait écouter, car j’avais peur de la réaction des gens. Je ne voulais pas me laisser distraire, ni me laisser influencer. J’avais envie qu’ils prennent le projet comme il était. C’était à prendre ou à laisser.

Un train, de toute manière, ça ne fait pas des demi-tours facilement. 

C’est ça. Le train était en route et il fallait le laisser arriver à la gare pour le présenter.

Tu te sens mieux maintenant que ce disque est fait ?

Oui, ce disque est une lourde responsabilité et je l’ai fait. J’ai besoin de me coucher le soir en me disant que dans la journée j’ai fait des choses utiles et que j’ai appris des choses par rapport au matin. J’ai besoin d’avancer. J’ai besoin d’être sur le chemin, vraiment. C’est le chemin, la route, le voyage. C’est vraiment un truc qui est très fort en moi. Que ce soit des sillons tortueux ou droits, il faut que j’avance parce que j’ai le devoir d’avancer.

elisa tovati,bertrand soulier,cabine 23,interview,mandor

Avec Élisa Tovati le 18 janvier 2013.

Les commentaires sont fermés.