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21 février 2014

Claire Favan : interview pour Apnée noire

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Attention ! Apnée noire est un livre dangereux. Une fois ouvert, vous ne pouvez plus le refermer. Dans ce troisième thriller, Claire Favan met en scène deux enquêteurs qui reviennent sur une affaire mal jugée un an plus tôt. Cet inspecteur et cette agent du FBI (une femme magnifique) se retrouvent à collaborer suite à une scène de crime "déjà vue". Leur duo est loin d'être calme et serein... mais nous assistons, médusés, à leur rapprochement.

Cette auteure nous entraine dans l’univers d’un tueur en série avec pudeur et intelligence.

Mais ce roman est bien plus que cela. IL FAUT LE LIRE ABSOLUMENT!

Le 15 janvier dernier, j'ai reçu pour la seconde fois Claire Favan, à l’agence (la première, c'était pour ce recueil collectif).

claire favan,apnée noire,interview,mandorRésumé :

« Vêtue d’un pyjama en satin écru, la jeune femme repose dans une baignoire remplie, en position de foetus inversé. Ses mains et ses chevilles sont étroitement liées derrière son dos et elle flotte encore avec un soupçon de grâce. » A Columbia, sur la côte est des États-Unis, c’est la scène macabre que découvre le lieutenant Sandino. Officier intègre, c’est aussi un homme brisé depuis la disparition de sa famille. Pour mener cette enquête, il doit collaborer avec Megan Halliwell, l’agent du FBI qui a permis l’année précédente l’arrestation de Vernon Chester, un tueur psychopathe qui vient d’être exécuté. Très vite pourtant, il apparaît que ce dernier meurtre présente des ressemblances troublantes avec les crimes commis par Chester. Comment est-ce possible ? Tandis que Megan n’ose imaginer le pire, une erreur judiciaire, Sandino se concentre sur certaines incohérences. De discordes en silences la relation des deux policiers évolue, alors que chaque jour le tueur semble se rapprocher d’eux, omniprésent et insaisissable…

L’auteure :

Claire Favan a déjà publié deux thrillers : Le tueur intime (Points seuil, 2010) qui a obtenu le Prix VSD du polar et Le tueur de l’ombre (2011).

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claire favan,apnée noire,interview,mandorInterview :

Avant tes trois livres publiés, tu en as écrit des dizaines, je te cite, « impubliables ».

Je dis "impubliables" parce que c’est un tout autre style et je n’ai aucune intention un jour de les faire paraître. J’écrivais pour mon propre plaisir, « pour mon ordinateur », comme disaient mes proches. Un jour, ces derniers m’ont poussée à tenter l’expérience.

Tu écrivais quoi à cette époque ?

Je me faisais la main sur des intrigues historiques, des histoires un peu sentimentales.

J’ai lu que tu écrivais beaucoup, étant plus jeune, pour fuir la réalité et pour oublier le divorce de tes parents…

Effectivement, écrire a été une soupape. J’écrivais pour accentuer cet effet que je cherchais déjà dans la lecture. Accéder à une part de rêve et à des choses qui ne faisaient pas partie de ma vie de tous les jours… Petit à petit, je me suis fait mon style, jusqu’au jour où le rêve est devenu réalité.

Tu es passée à la littérature noire de quelle manière ?

Parce que je ne lisais que ça. Un jour, je me suis demandé pourquoi je ne faisais pas un alliage entre ce que j’aime lire et le fait d’écrire. Quand j’écrivais des livres historiques, je trouvais ça très compliqué parce qu’il faut s’exprimer avec un langage différent. D’un seul coup, écrire des romans contemporains, ça devenait beaucoup plus facile.

Tu lisais quoi précisément ?claire favan,apnée noire,interview,mandor

Je suis très Stephen King. Je pense toujours à ma mère qui, un jour, a refermé un livre en disant : « C’est génial ! C’est l’histoire d’un tueur en série. Je n’avais jamais lu un livre comme ça ! ». Ce jour-là, elle m’a donné une deuxième naissance.

Tout le monde s’accorde à dire que tu as une parfaite technique de ce genre littéraire là.

Pourtant, je n’ai aucune méthode. Je suis autodidacte. J’écris pour me faire plaisir. Je sais quels livres me font plaisir en tant que lectrice, donc le minimum que je puisse faire, c’est d’essayer de rentrer dans les codes des romans noirs… en sachant que je ne les connais pourtant pas. C’est instinctif.

Tu n’as pas lu Ecrire un livre en 10 leçons ?

(Rires)  Non, j’ai lu Ecrire un livre pour les nuls.

Tes deux premiers romans sont plus violents que celui-ci.

Dans mon premier livre, je voulais répondre à mes questions de lectrice. Le côté psychologique me passionne et je voulais qu’on comprenne pourquoi et comment on devient un tueur en série. Will Edward, mon tueur en série des deux premiers romans, est violent et pervers. J’ai d’abord décrit son traumatisme à lui et je l’ai transcrit sur ses victimes, façon miroir.

Pourquoi une jeune femme comme toi écrit des choses si noires ?

Ce n’est peut-être pas dans l’ordre des choses, mais je suis ainsi. Si tu me colles une autobiographie dans les mains, je pleure. La réalité en livre ne m’intéresse absolument pas. Je ne veux pas le quotidien, je veux du rêve.

Pourquoi Apnée noire est il moins violent que tes deux précédents livres ?

Je ne suis pas tueuse en série, donc jouer dans la surenchère, très peu pour moi.  Je ne me voyais pas écrire un degré au-dessus de mes deux premiers romans, sinon, c’était le carnage absolu. Dans mon dernier livre, le tueur est différent, je m’ajuste à lui.

claire favan,apnée noire,interview,mandorLe très médiatique libraire, Gérard Collard a décrété à la télé que tu étais la polardeuse à suivre absolument en 2013.

Avant lui, il y a eu François Paf, un de mes lecteurs qui a décidé qu’il fallait que Gérard Collard lise le livre. Et il a fait des pieds et des mains pour qu'il en soit ainsi. Sans lui, le livre ne serait probablement jamais arrivé jusqu’à ses yeux. Le fait qu’il parle de mes deux premiers livres à la télé de cette façon, je ne m’y attendais pas du tout. Ça a été une merveilleuse surprise.

Ça a boosté les ventes ?

Oui. Il a un impact énorme. C’est le dieu des auteurs (rires). Cela dit, il ne faut pas s’emballer. On repart à zéro avec chaque livre et il faut toujours faire ses preuves. Rien n’est jamais gagné. Je me fais plaisir et j’essaie de faire plaisir aux autres.

Tu es analyste financier, donc tu gagnes ta vie autrement qu’avec la littérature. Ça permet de rester zen ?

C’est une indépendance d’esprit. J’ai juste le trac de la perception du livre. Je sais ce que j’ai voulu dire, mais je ne sais pas comment les gens vont le percevoir.

Pour balader le lecteur, c’est compliqué ?

Non, parce que je sais où je vais dès le départ, donc je peux emprunter de fausses pistes. Au départ, j’ai une idée de base. Soit elle passe et ça veut dire qu’elle n’était pas viable, soit elle reste et elle est complétée par plein d’autres idées qui deviennent des scènes et les principaux ressorts de mon intrigue. Je connais ma scène d’intro, je connais ma scène finale, je sais par où je passe.

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claire favan,apnée noire,interview,mandorTu m’as dit en off que, quand tu étais la Claire Favan écrivain, tu ne te comportais pas exactement comme la Claire Favan analyste financier.

Dans ma vraie vie, je ne fume pas. Claire Favan fume. Je ne me maquille pas. Claire Favan oui.

Oh ! Le beau cas de schizophrénie ! Tu m’inquiètes.

(Rires) Physiquement, je n’ai pas tout à fait les mêmes caractéristiques. Mince ! Je n’aurais pas dû le dire ! Tout le monde va avoir peur. Claire Favan n’existe pas tout le temps. La majeure partie du temps, je suis moi, avec sa part de vie secrète.

Le plus dur, dans un thriller, c’est de ne pas louper la fin ?

La fin d’Apnée noire a changé parce que je devais toujours la justifier à mes premiers lecteurs. Donc, je ne trouvais pas ça normal. Si on doit expliquer une fin, c’est qu’elle n’est pas bonne. Soudain, mon éditeur m’a donné un conseil et cela a débloqué la situation. Bingo ! Je suis partie sur autre chose et, du coup, je n’ai plus besoin de la justifier.

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Tu écris en ce moment ton 4e livre officiel et un autre pas publiable. Explique-moi pourquoi tu écris aussi des livres non publiables. Ça me travaille.

C’est pour faire plaisir à mon ordinateur, je te dis…  j’ai besoin de beaucoup écrire. Plus sérieusement, la parution d’Apnée noire a été compliquée éditorialement parlant, du coup, j’ai eu beaucoup de phases de doute et d’incertitude. J’ai donc écrit ce fameux roman qui ne sera pas publié pour me prouver que le plaisir d’écrire était encore là. C’était une soupape. Il n’y avait plus aucune pression de nulle part et en un mois, je l’avais écrit. Mais, je tiens à dire que ma vie privée et mon quotidien sont prioritaires par rapport à l’écriture.

Que penses-tu de la communauté des gens qui écrit de la littérature « noire » ?

Sincèrement, j’ai rencontré des gens formidables dans ce milieu. Nous ne sommes pas forcément des amis, mais quand on se voit, c’est avec beaucoup de plaisir. On rigole bien et il y a des vrais partages d’expériences.

Tu ne te vois plus vivre sans cette deuxième vie d’auteure, je présume ?

Sincèrement, pendant ma période de doute, avant la parution d’Apnée noire, je me disais que si quelque chose comme ça, qui vient après la vie de tous les jours, faisait plus de mal que de bien, j’étais prête à l’abandonner. Au moment où j’étais prête à abandonner, les choses se sont débouclées. Aujourd’hui, j’ai compris que c’était comme ça. On écrit et il y a toujours des hauts et des bas. Ce n’est pas linéaire.

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