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31 janvier 2014

Nancy Morepa : interview pour Amor

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Je ne parle pas souvent de poésie sur mon blog. Je ne suis pas très sensible à cette forme de littérature. Je fais exception aujourd’hui pour parler d’un recueil signé Nancy Morepa, Amor. Je lis son blog Un message parmi tant d’autres (anciennement Un lambeau de poète) depuis sa création et souvent je suis touché par ses mots. Crus, forts, sensibles. Elle raconte sa vie, un peu les nôtres aussi, sans aucune concession.

Au début du mois de novembre dernier, nous nous sommes retrouvés dans un bar du 10e arrondissement.

4e de couverture :nancy morepa,amor,interview,mandor

"L'ennui me gagne, les autres s'agrippent à ma destinée voulant la piétiner pour tuer le leur, d'ennui. Mais l'heure a sonné et je me défends gracieusement face à l'ennemi, m'engage sur le jeu, le monopole de la vie. Je ne jette pas les dés ni de poudre aux yeux, juste me défie de traverser la fange sans m'y noyer."

Auteure :

Nancy Morepa a déjà écrit : Sans limite (recueil de nouvelles), Un lambeau de poète (poésie), Emmurés dehors (nouvelle), Cerveau brûlé (poésie), Amor (poésie).

nancy morepa,amor,interview,mandorInterview :

Tu écris des poèmes depuis longtemps… pourquoi t’es-tu adonnée à cette activité ?

En fait, la poésie, c’est elle qui m’a choisie. Ça fait prétentieux de dire cela ainsi, mais c’est pourtant la réalité. Mon premier poème faisait cinq lignes. Je l’ai écrit quand j’avais 10 ans, alors que j’étais en classe. Il y a avait une chanson qui passait et ça a joué sur mes émotions. J’ai écrit un texte un peu mystique.

À partir de ce moment, tu as écrit dans quel état d’esprit ?

Pendant que j’étais en colère ou que je ressentais des émotions. Pour dire la vérité, j’écris beaucoup quand j’ai bu. J’aime bien boire pour écrire. Ça me stimule. Pour moi, aujourd’hui, la poésie est plus un exercice excitant. J’écris en alexandrin, mais j’aimerais changer mon style radicalement. Je vais devenir mon propre bourreau pour évoluer. J’aime quand ma plume me prend et qu’elle se déchaîne sur le papier.

Tu parles de l’écriture comme d’une relation physique, charnelle.

Je n’envisage pas la chose autrement, mais c’est difficile à expliquer.

Il me semble que ton écriture est instinctive.

J’ai l’amour des mots évidemment, mais j’écris comme ça vient. Parfois, je me dis même « advienne que pourra ». Après quand je lis, je comprends que c’est mon inconscient qui parle, tout simplement. L’inconscient peut  donner des textes mystiques.

Étant jeune, tu lisais de la poésie ?

Pas du tout. À part Baudelaire… je ne suis pas allée à l’école, donc, je n’ai même pas lu les classiques qu’on lit dans sa jeunesse ou son adolescence.  Mes parents ont eu beau faire, j’ai été en décrochage scolaire vers l’âge de 12 ans. On les a menacés d’aller en prison s’ils ne m’obligeaient pas à aller en classe. Je ne faisais rien de mal, j’allais me promener dans les bois.

Tu avais quel âge ?

Ça a commencé vers 13, 14 ans. C’est à ce moment que j’ai commencé à écrire. À cet âge-là, j’étais déjà angoissée. J’avais plein de problèmes. Mon angoisse première, c’est que ma mère meurt. Elle mourra un jour, comme toi et moi. J’ai eu du mal à accepter cette réalité.

La poésie t’aide à communiquer ?nancy morepa,amor,interview,mandor

À l’école, on me traitait de sorcière, on me crachait dessus. J’étais à la campagne, je n’étais pas habillée comme eux, je ne parlais à personne, je m’asseyais par terre, j’étais très solitaire. Je ne rentrais pas dans les conversations superficielles. Je n’arrivais pas à m’accommoder des relations banales. Je préférais me taire…

Tu t’es toujours sentie à part ?

Oui.

Maintenant encore ?

Non. Je me sens désormais bien adaptée, mais par contre beaucoup de gens trouvent qu’il y a quelque chose en moi de particulier. Parfois, il y a un truc qui fait surface chez moi qui étonne les autres.

Pour gagner ta vie, tu es consultante en télé marketing dans un call center. C’est supportable comme métier pour quelqu’un comme toi ?

Je baratine des gens toute la journée et cela va à l’encontre de mes idéaux. Mon boulot d’avant, je n’en pouvais plus… Je vendais des crédits aux gens. Je poussais des personnes qui n’avaient déjà plus rien à prendre des crédits, tu te rends compte !

L’être humain est paradoxal. Dans ce livre, tu parles beaucoup d’amour, de sentiments, de sexe…

Dans la poésie, on parle beaucoup de soi. Il me semble qu’il y a moins de mensonges que dans un roman.

Tu te moques que l’on te juge ?

On peut penser ce que l’on veut de ce que j’écris, de toute façon, chacun va interpréter à sa manière. Oui, je me dévoile, mais en même temps, il y a tellement de choses à comprendre… ceux qui vont lire et qui vont penser me connaître, c’est très bien. C’est très faux, mais c’est très bien. Moi-même, je ne suis pas sûre d’avoir tout saisi chez moi. Je ne m’inquiète pas, ce ne sont que des mots.

nancy morepa,amor,interview,mandorEst-ce que cela te fait du bien de parler de ta vie à travers les poèmes ?

Oui, sinon, je ne le ferais pas. Il y a même un côté excitant, dans tous les sens du terme. On a tous des hormones qui nous font nous sentir violents, on a tous des sentiments de haine qui nous traversent l’esprit. Moi, je ne garde pas en moi tout ça, j’écris.

As-tu une ambition littéraire ?

À 14 ans, je voulais devenir écrivain. Je me considérais comme un poète maudit. Aujourd’hui, j’ai grandi, j’aimerais être reconnue pour ce que j’écris.

Ton tout premier rêve, c’était de devenir comédienne.

À 18 ans, je voulais aller à l’Académie des Beaux Arts, mais pour cela, il fallait que j’aie un diplôme. J’ai pleuré parce que je n’en avais aucun. J’ai cru que ma vie était finie. En fait, rien n’est jamais foutu. Je peux encore faire du théâtre et devenir comédienne. Dans la comédie, ce que j’aime, c’est être sur scène, interpréter quelque chose qui m’intéresse… je ne veux pas interpréter n’importe quoi.

Il y a aussi la musique dans ta vie.

J’aimerais scander mes poésies en musique. J’ai trouvé un ingénieur du son et nous avons un projet. Lui voulait du texte et il aime beaucoup ce que j’écris. Il est ambitieux, il veut faire un album.

Tu as écrit des recueils de nouvelles. As-tu envie de te lancer dans les romans ?

J’en ai déjà écrit un. Je tente de trouver un éditeur pour le publier. Je ne l’ai pas encore proposé à mon éditeur du moment…

Te concernant, quand je lis ton blog, je te trouve à la fois provocatrice, à la fois un peunancy morepa,amor,interview,mandor foldingue.

Tu as bien cerné le personnage. Non, en fait, je ne suis pas un personnage, c’est bien moi. Mais j’apprécie beaucoup qu’on ne parvienne pas à me mettre dans une catégorie.

Il est beaucoup question de sexe dans tes poésies.

C’est ce qu’il y a de mieux dans la vie. Je me pose une question principale : c’est quoi aimer ? En fait, j’ai été dégoûtée très jeune par l’amour. J’ai compris qu’on ne pensait en fait qu’à ça. Écrire me sauvera toujours. De tout.

Extraits du recueil Amor interprété par Nancy Morepa:

Sans musique : "Bordel".
podcast

Avec musique :

"Hankies".

"Les prétendus prétendants".

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