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28 janvier 2014

Marcel Rufo: interview pour Grands-parents, à vous de jouer

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À travers les relations qu'il a eues avec sa grand-mère et des lettres imaginaires à ses éventuels futurs petits-enfants, le professeur Marcel Rufo, célèbre pédopsychiatre, aborde différentes situations familiales. Dans Grands-parents, à vous de jouer (qui vient de sortir en poche), il donne à ses lecteurs des conseils qui devraient leur permettre de devenir des grands-pères parfaits, ce qu'il redoute de ne jamais pouvoir être lui-même. Un discours très optimiste et qui intéressera toute la famille.

Biographie officielle :

Clinicien avant tout, dans ses livres Marcel Rufo s’appuie sur ses rencontres avec ses patients et leur famille pour éclairer et faire le lien avec la théorie psychiatrique ou psychanalytique.
Dans ce nouveau livre, il a choisi de réfléchir à partir d’une expérience personnelle : les relations qu’il a eues, petit, avec son unique grand-mère, une femme extravagante, autoritaire, d’origine italienne. Replongeant dans cette histoire, il développe ce que le pédopsychiatre qu’il est devenu peut maintenant en comprendre.
Comment ce petit garçon introverti a pu devenir un pédopsychiatre extraverti, un grand communicant à l’aise avec les médias… On voit là que rien n’est jamais joué au niveau de l’enfance.
9782253177456-T.jpgDans un troisième temps, Marcel Rufo, pas encore grand-père, se projette dans l’avenir et écrit à son petit-fils ou sa petite-fille imaginaire, en se mettant dans la position quasi idéale du grand-père parfait qu’il imagine devenir et ne sera sans doute jamais. Longtemps chef de clinique puis chef de service à l’Espace Arthur, Hôpital de Sainte-Marguerite, à Marseille, le Pr Marcel Rufo, pédopsychiatre, a dirigé de 2004 à 2007 la Maison des Adolescents à Paris. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont Œdipe toi-même !, Détache-moi !, Chacun cherche un père et Tiens bon ! aux Editions Anne Carrière. Il est actuellement directeur médical de l’Espace Méditerranéen de l’Adolescence, Hôpital Salvator, à Marseille.

Cette mandorisation est une conversation téléphonique… il habite dans le sud de la France, je suis à Paris. Il y avait urgence et je n'ai pu percer le mystère Rufo...

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marcel rufo,grands-parents,à vous de jouer,interview,mandorInterview :

Vous relatez dans ce livre beaucoup de souvenirs personnels d’enfance. Notamment votre relation avec votre unique et extravagante grand-mère. Mais aussi avec votre père et votre mère. Est-ce votre livre le plus intime ?

Surement. À l’origine, c’était un simple compte-rendu à usage familial qui aurait dû rester dans un tiroir. Après, je me suis rappelé que j’étais pédopsychiatre et que je pouvais peut-être imaginer être grand-père, alors que je ne le suis pas. À ce moment, je me suis mis dans la position des cas que je rencontre à partir du socle clinique de mon auto-clinique. 

C’est compliqué de procéder ainsi ?

Ma grand-mère, Eugénie, dont je parle beaucoup au début du livre, est morte en 1970. Je n’ai eu aucun mal à me souvenir de tout. C’est la preuve que l’imprégnation de nos grands-parents est fondamentale. En écrivant 40 ans après sa mort, tous les souvenirs me sont revenus avec une très grande facilité. Ce n’était donc pas compliqué.

Vous n’êtes pas encore grand-père. Vous êtes un grand-père imaginaire. Vous dites dans ce livre que nos petits enfants existent dans nos têtes avant d’être présents dans nos vies.

On parle toujours du désir d’être mère, voire du désir d’être père. On parle assez rarement du désir d’être grand-père ou grand-mère. On dirait que c’est quelque chose qu’on leur impose, quelque chose qui n’est pas de leur fait. Je revendique que c’est complètement faux. À un moment donné de sa vie, on est en position de dire qu’on a construit son existence sur Terre et que l’on peut transmettre différemment ce que l’on a appris à ses éventuels petits-enfants.

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Votre grand-mère était un ogre, quelqu’un de tout puissant. C’est elle qui vous a construit. Elle vous a montré que dans la difficulté on peut toujours s’en sortir.

Aucune vie n’est tranquille et linéaire. Ma grand-mère m’a bien montré que l’on peut rester forte, sereine, optimiste et compétente, alors que l’on traverse des évènements assez terribles. Je crois que l’on se construit plus dans les difficultés que dans la facilité.

Par rapport aux parents, qu’est-ce qu’apportent les grands-parents dans la construction d’un enfant.

C’est assez simple. Les grands-parents sont déterminants dans la notion de temporalité. Ils sont du passé, mais permettent de voir l’avenir, sans être responsable de cet avenir. C’est la grande différence qu’il y a avec les parents. Les parents sont plus dans le présent et l’avenir de leur enfant, alors que les grands-parents sont dans le passé pour donner des pistes et des socles pour l’avenir. Pour résumer, ils facilitent l’avenir de leurs petits-enfants par la transmission de leur passé.

Les grands-parents font des choses avec leurs petits enfants qu’ils ne faisaient pas avec marcel rufo,grands-parents,à vous de jouer,interview,mandorleurs enfants. Pourquoi ?

L’attitude des grands-parents est plus facile à jouer que celles de parents. Il peut y avoir des rivalités fraternelles à cause de ça. Un parent peut dire à un de ses propres parents: « c’est incroyable ce que tu fais à mon enfant, tu ne l’as jamais fait avec moi ! » Peu de famille échappe à cette banalité.

Vous dites que les grands-parents, c’est l’arbre de vie. Ils représentent le passé, la mémoire de ce qui nous a précédés. Pourquoi faut-il raconter le passé ?

Les enfants sont les explorateurs des histoires familiales. Il y a des tas de théories psychanalytiques qui disent que les secrets de famille, quand ils sont douloureux, sont évolutifs. Comme si un secret non dévoilé entrainait des conséquences terribles sur l’enfant. Ça, c’est l’aspect un peu dramatique de la psychiatrie. Moi, je dirais qu’il y a certains secrets qu’il faut conserver et d’autres que l’on peut avouer. Par exemple, les grands-parents peuvent  raconter leur fragilité à l’école ou leur crainte des échecs aux examens. Ça aide beaucoup les enfants de savoir que malgré la force que les grands-parents dégagent, ils pouvaient, eux aussi, douter.  

Vous dites qu’un grand-père ne doit pas hésiter à raconter des transgressions ou des désobéissances faites par lui pour entrouvrir une porte sur la future vie des petits-enfants.

Ce qui aide les enfants, c’est la notion d’honnêteté des parents. Mais les enfants adorent la transgression, les tricheries, les mensonges et les gros mots. Il ne faut pas confondre le mensonge qui est un bon signe de développement chez l’enfant, puisque ça prouve qu’il pense, et le mensonge pervers et toxique qui est fait pour instrumentaliser l’autre.

Ce livre est sorti l’année dernière dans sa version grand format. Avez-vous compris son succès phénoménal ?

C’est un livre générique et généraliste qui touche et parle à tout le monde. J’explique qu’on a des enfants pour prolonger notre vie. Je dis qu’avoir un petit-enfant, c’est ne pas mourir.

marcel rufo,grands-parents,à vous de jouer,interview,mandorVotre fille a-t-elle lu ce livre et comment a-t-elle réagi ?

Elle a réagi de manière très amusante. Elle est normalienne. En général, les normaliennes sont un peu raides sur l’écriture. Elle m’a dit qu’elle avait appris des choses qui sont de l’ordre de son histoire et qui l’intéressaient beaucoup. Elle a trouvé bizarre la sensation de partager ses propres histoires familiales avec des milliers de lecteurs.

En tant que pédopsychiatre, avez-vous le sentiment d’avoir bien compris et bien éduqué votre fille ?

Les psys, avec leurs enfants, ils ne comprennent rien. Ils ont les mêmes difficultés que les autres. Lorsque l’affection vous envahit, on ne peut pas bien réfléchir. Moi, j’ai plus appris de ma fille qu’elle a appris de moi.

Pour conclure, êtes-vous pressé d’être grand-père ?

Ce livre est un peu cathartique. J’ai l’impression d’avoir été grand-père dans l’imaginaire et moi, l’imaginaire m’intéresse tout autant que la réalité. Je suis sûr d’une chose. Je serai un bien meilleur grand-père que je n’ai été père.

(Voir l'article original).

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