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17 janvier 2014

Orly Chap' : interview pour Valley of Joy

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img627.jpgQuel plaisir de revoir Orly Chap’ ! J’ai connu cette artiste exceptionnelle en 2005, à l’occasion de son premier album (voir photo à gauche) qui m'avait fasciné. Une voix rugueuse et touchante, une écriture abrupte et incisive, des mélodies entêtantes follement pop… Orly Chap' est une poétesse française à l’énergie rock et à l’âme bien trempée et pantelante. Elle a retrouvé aujourd’hui les chemins de l'indépendance et s’est attelée à la réalisation d'un 3e album rock folk pop indie absolument formidable, Valley of Joy. Un vrai coup de cœur !

Le 4 décembre dernier, l’artiste est venue à l’agence pour faire le point sur ses quelques années de carrière.

Biographie :

Auteur, compositeur, interprète, Orly Chap’ a été découverte par Polydor/Universal, et après 2 albums Bouille de Lune (2005) et Ma Lueur Clown (2008), elle revient en 2013 avec un troisième album autoproduit, Valley of Joy. Ce nouveau projet frais et poétique exprimé en Français et en Anglais, parle d’espoir, de rencontre amoureuse, d’enterrement de vie de jeune fille sur une île, de désir d’enfant et du rire.

Des chaudes effluves, un rock un peu stoner, un peu folk voire même country et surtout une 1507-1.jpgvoix rauque qui égratigne et égrène des paroles poétiques, fantaisistes, truffées de jeux de mots et imparfaites. Une voix vraiment atypique, capable d'effets comiques difficilement inimitables, faisant irrémédiablement penser à Janis Joplin par son timbre, mais aussi par l'impression de mise à nu qui se dégage de chaque chanson…

Par ce retour à l'essentiel, Orly Chap’ nous invite à la joie : un album gai, léger qui incite les corps à exulter.

Prix & Collaborations :
Printemps de Bourges, Concours du Festival International de Granby, Chorus des Hauts de Seine. Duo avec Arno « S’il y a de la place » (Ma Lueur clown 2008). Auteur de « Je me souviens de tout » pour Juliette Grégo (Je me souviens de tout 2009).

DSC08592.JPGInterview :

Tes deux premiers albums étaient sortis chez Polydor, un gros label avec une structure conséquente. Que retiens-tu de cette expérience ?

J’ai appris beaucoup de choses. Notamment sur la réalisation et les arrangements d’un disque. Ca m’a beaucoup servi pour celui-ci, Valley of joy. Ce disque a été fait en home studio à la maison, mais j’avais de sérieuses notions de réalisation. J’ai pu parfois aiguiller le réalisateur, André Baille Barrelle.

En étant sous la houlette d’Universal Music France, tu as été entourée de professionnels compétents.

Quand on est dans ce genre de structure, je dois avouer qu’on nous offre de belles opportunités. J’ai continué mon chemin parce que ça me plait et que je suis artiste, mais je ne peux nier le fait que j’ai beaucoup  appris en major. Ça m’a beaucoup servi.

Maintenant que tu es devenue une artiste autoproduite, c’est un peu plus compliqué, je présume.

Dans une major, les tâches sont souvent réparties et chacun à son rôle à jouer. Le chef de projet n’est pas l’attachée de presse et vice versa. Moi, je découvre le monde indépendant. J’ai donc monté une association qui est le label Peaceful. Il faut tout faire soi-même, ce n’est pas évident. Ça représente une sacrée somme de travail. On a quand même trouvé un distributeur et un tourneur de scène.

Tu es encore en contact avec les gens de chez Polydor ?

Oui. J’ai beaucoup de respect pour eux. Même si j’ai été remerciée, je ne peux pas nier qu’il y a des amitiés qui se sont créées. 

Clip de "Less of a loser".

992854_532008050169103_1617845692_n.jpgQuand on est maître de la situation de A à Z sur un disque, j’imagine qu’on a moins de pression.

C’est vrai que toute la création s’est faite à la maison, sans des tas de gens qui donnent des avis sur tout. Il y a une entière liberté, mais c’est soudainement à toi de motiver tes troupes quand tu es en indépendant. Ce n’est pas toujours facile. Il faut intéresser les gens pour porter le projet et ce n’est pas un truc naturel chez moi.

Devoir tout faire soi-même, nuit-il à la création ?

C’est une question d’organisation. On s’y fait, c’est juste différent.

Dans ce disque, on reconnait ta patte habituelle. Un mélange de chansons, de blues et de rock.

Ça reste dans la continuité des deux précédents albums. Pour moi, Valley of joy est un projet pop qui englobe différentes influences. Et puis, j’ai privilégié l’écriture en français, mais de par mes influences d’écoute anglo-saxonne, j’ai décidé d’écrire aussi en anglais.

Il y a même des chansons où tu chantes dans les deux langues.

Pour cela, j’ai été aidée par une artiste qui est issue de la scène bostonienne, qui est d’origine suisse et qui s’appelle Mary Zoo. Elle a adapté certains textes. Nous nous sommes rencontrées lors d’une résidence d’artistes au Québec et nous avons sympathisé. Elle a joué sur le disque et fait quelques chœurs.

Es-tu solitaire dans la création ?

Ça dépend. Je vous ai évoqué la résidence au Québec. Nous étions amenés, artistes européens et canadiens, à composer et à écrire ensemble. Pour le quatrième album, je ne dis pas que ne je ne composerai pas avec d’autres musiciens. Ça ouvre des portes différentes des siennes et c’est passionnant.

Je te sens grave et sombre dans les textes, mais finalement, il y a de la légèreté et de l’humour, quand on écoute bien. Même sur scène.

C’est une volonté d’aller de l’avant, d’être positive, malgré le fait que nous traversions tous des choses difficiles. Plus les années passent, plus j’ai envie de rire de tout ça. On est tous habités par la profondeur d’âme, mais plus on grandit, plus on prend du recul par rapport aux évènements.

On devient sage ?

Je ne sais pas si c’est le mot. J’avais envie que les gens retiennent de cet album l’aspect léger et positif. On peut être sérieux et positif. C’est important de savoir rire et prendre les choses du bon côté.

Valley of Joy - création scénique.

Les premiers retours sur ce troisième album sont excellents. Ça te rassure ?1000176_532563753446866_820236621_n.jpg

Oui, franchement,  les retours sont bons. C’est encourageant.

Quand je pense à toi, je pense rock,  pas forcément chanson.

C’est la voix. Elle a un côté rock’n’roll, je ne dirais pas « sale », parce que la production est soignée, mais il y a un côté un peu « destroy ». J’ai l’impression d’avoir la mission d’être rock’n’roll, tout en étant pop et accessible. Avant, de par mon jeune âge, j’avais l’impression d’être trop torturée en écriture et j’avais envie de prendre du recul par rapport à tout cela et de véhiculer du bonheur.

Tu vas mieux qu’avant ?

Je commence à acquérir une expérience de vie qui ressemble au bonheur. Je vais mieux qu’avant, mais ça ne veut pas dire que je n’ai plus rien à dire. Ça ne veut pas dire que la vie est toute lisse tous les jours, mais j’avais envie d’exprimer autre chose. C’est thérapeutique.

Faut-il être pudique ou impudique quand on chante ?

Monter sur scène, c’est une démarche assez étrange finalement. Nous sommes de plus en plus nombreux à vouloir exprimer des choses artistiquement. Les artistes ont besoin de grandir et de continuer à murir. J’ai toujours l’impression d’être quelqu’un de pudique, mais parfois, quand je dis ça à des proches ou des gens que je rencontre, ils me disent que je rigole.  Pour eux, monter sur scène, il n’y a rien de plus impudique. Alors, qu’en vrai, je suis timide.

Le paradoxe des artistes…

On a tous droit à une sensibilité. Je revendique le droit à être singulière. On fait appel à d’autres formes d’énergie pour créer, pour composer, pour écrire, mais je ne fais pas partie des artistes qui souhaitent perdre pied avec la réalité. Dans le monde social et économique, j’ai envie de garder les pieds sur Terre. Il faut que je me rappelle à la vie, au concret. C’est important de s’inscrire dans la vie, de respecter les autres, faire attention à ceux qui nous entourent.

C’est facile d’être artiste en 2014 ?

Non, ce n’est pas évident. Il y a des hauts et des bas. On ne gagne pas toujours sa vie avec ça. On a besoin de se nourrir intellectuellement en permanence, de lire, de voir des expositions, d’être avec ses amis, sa famille. Je ne crois pas trop au cliché de l’artiste super solitaire, complètement isolé socialement.

orly-chap.jpgÇa t'arrive d’avoir la tentation de baisser les bras ?

Oui. Ça m‘arrive tous les jours encore. Je me demande sans cesse si j’ai pris la bonne décision. Quand j’ai la possibilité d’exercer mon métier, ça va, mais dès qu’il y a un moment de flottement dans ma carrière, je me demande combien de temps, je serai encore là. Moi, je rêve de faire ça toute ma vie, mais c’est extrêmement difficile.

Tu crées tous les jours ?

Ça dépend des périodes. Quand on a engrangé pas mal de rencontres et d’expériences, on a besoin de les exprimer.

Comment vis-tu la période de promotion d’un album ?

C’est super agréable. Parler de ce pour quoi j’ai travaillé pendant plusieurs années, il y a pire comme situation. Pour cet album, il y a eu deux ans de création et cinquante titres composés et écrits… après j’en ai sélectionnés certains.

J’avais l’image de toi de quelqu’un de torturé, je ne me l’explique pas. Cette image que l’on projette, on ne la contrôle pas bien en fait.orly-chap1.jpg

Les gens pensent ce qu’ils veulent. Il n’y a pas de soucis.

Dans ton œuvre, y a-t-il des thèmes récurrents ?

Oui, je fais beaucoup d’éloges à l’amour… mais on me fait remarquer surtout mon côté borderline, toujours sur le fil.

Entre la folie et la raison ?

Oui, un peu. Le côté disjoncté que j’assume au fur et à mesure que le temps passe.

Tu as débuté ta carrière en 2001… nous sommes en 2014. As-tu l’impression d’avoir progressé ?

J’ai l’impression d’avoir acquis de la maturité, mais je ne trouve pas ça spécifique.  J’ai évidemment acquis une expérience technique, une aisance scénique, peut-être un jeu de guitare amélioré… dans la création, à chaque fois, c’est nouveau. Ce sont des rencontres et des interconnexions de plein de choses.

La flamme est toujours là?

Oui, je crois. Quand je ne l’aurai plus, j’arrêterai. Pour l’instant, elle est là.

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Le 4 décembre 2013, après l'interview...

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