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30 décembre 2013

Jacques Saussey : interview pour Principes mortels

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Jacques Saussey écrit des polars. Je l’interviewe ici pour un livre qui n’est pas un polar. C’est un roman noir. Un putain de roman noir. Principes mortelles m’a envouté. L’ambiance y est pesante et les rebondissements hallucinants. Impossible de lâcher ce livre tant qu’on est connait pas l’issue finale/fatale. Il était temps que je découvre cet auteur.

Pour tout dire, j’ai souvent croisé la route de Jacques Saussey, principalement dans quelques salons du livre que j’animais. Je l’ai même mandorisé une première fois récemment, bien accompagné, pour un projet collectif. Mais, je n’avais jamais lu un roman de lui.

À tort.

Aussitôt lu, aussitôt contacté pour qu’il revienne me voir à l’agence. Ainsi fut fait le 27 novembre dernier.

4e de couverture de Principes mortelles:jacques saussey,principes mortels,interview

La mort est capricieuse. Elle n'a jamais dit son dernier mot.

Été 1979. Franck Servin, 18 ans, fuit le naufrage du foyer familial pour réviser son bac. Il trouve refuge chez son oncle et sa tante, dans une ferme isolée de la Creuse où quatre ans plus tôt, son cousin a trouvé la mort sur une route qu'il connaissait pourtant depuis son enfance. Cette tragédie a ouvert une plaie qui ne s'est jamais refermée. Elle ronge insidieusement le cœur de ses proches et attend son heure pour frapper de nouveau.

L’auteur :

Jacques Saussey. 52 ans. Réside dans l'Yonne. Ses trois premiers thrillers, De sinistre mémoire, Quatre racines blanches, et Colère noire - Un vrai coup de coeur pour Franck Thilliez (mandorisé là) - ont été unanimement salués par la critique française et québécoise.

jacques saussey,principes mortels,interviewInterview :

Tu as commencé à écrire à l’âge de 27 ans, mais tu n’as été publié que des années après.

J’écrivais, mais je ne cherchais pas à être publié. C’était juste pour me faire plaisir. Être édité ne m’a effleuré que sur le tard, quand j’ai commencé à avoir une bonne vingtaine de nouvelles. Comme je savais que des auteurs américains de nouvelles y parvenaient régulièrement, j’ai pris moi aussi mon baluchon et j’ai tenté le truc. J’ai gratté à quelques portes et je me suis rendu compte qu’en France, la nouvelle de mon style ne marchait absolument pas.

Aujourd’hui, cet ensemble de nouvelles écrites entre 1988 et 2012, Anicroches, est sorti sur Internet.

Oui, il est en téléchargement gratuit (voir là). Il y a principalement des nouvelles noires, puisque c’est vraiment mon domaine. Je me suis également essayé au fantastique, très fortement inspiré par Stephen King… que j’ai avalé par kilomètres à l’époque.

Très vite, tu as décidé de participer à des concours littéraires. Tu voulais savoir ce que tu valais ?

En gros, c’est ça. Quand j’écrivais des nouvelles et que je les faisais lire aux membres de ma famille, curieusement, ils trouvaient tous que c’était vraiment bien. Au bout d’un moment, j’ai souhaité avoir des avis plus objectifs afin d’écouter les vraies critiques et progresser réellement. Pour cela, les concours, c’est idéal. Deux de mes nouvelles ont été primées. L’une en 2002, Quelques petites taches de sang, au Noir de Pau. En 2007, j’ai gagné le concours Alfred Jarry organisé par la mairie de Laval. On devait commencer le texte avec cette phrase : Alfred Jarry est mort. Avoir gagné ce concours m’a donné suffisamment confiance pour que j’essaie d’écrire un premier roman.

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Là, tu parles de Colère noire que tu as écrit en 2008.

J’ai écrit ce roman en quasiment neuf mois et j’ai effectué pendant cinq mois un travail de réécriture après un profond travail de validation de tout ce qui était judiciaire. Je m’étais fourvoyé dans une voie du droit pénal Français. Une amie juge d’instruction m’a dit : « Oh la la ! Mon pauvre ami, où vas-tu ? » Elle m’a aidé à trouver un fil conducteur pour ce point de droit très précis. Normalement, le roman est inattaquable de côté là.

Dans tes deux  polars suivants, De sinistre mémoire et Quatre racines blanches, tu as gardé les mêmes personnages de flics.

Oui, mais leur vie privée change. Comme la vie privée des enquêteurs est en trame de fond, pour la suivre, il vaut mieux lire dans l’ordre, mais ce n’est pas essentiel. Les trois polars se lisent indépendamment.

Ils évoluent dans un commissariat imaginaire du Xe arrondissement de Paris.

Oui, à l’époque, je travaillais dans ce quartier. Pour mon premier roman, je trouvais plus pratique de faire mes repérages le midi. Je tournais une heure chaque jour avec mon petit dictaphone et je faisais des commentaires sur les endroits…

Ton « héros » est le capitaine Daniel Magne. Pourquoi as-tu décidé de prendre des personnages récurrents pour tes polars ?

Parce que j’aime les personnages récurrents chez les autres auteurs. À l’époque, je lisais surtout Elisabeth George et Dennis Lehanne. Mes deux personnages sont très clairement inspirés des deux personnages principaux de Dennis Lehanne. J’aime voir la vie des héros qui évolue de livre en livre.

Pourquoi as-tu choisi ce genre littéraire?

Parce que je ne lis pratiquement que ça. Du noir comme Frédéric Dard ou Boileau-Narcejac… ce genre là m’a toujours plus parlé, bien plus que les grands classiques qui ont toujours eu tendance à m’ennuyer.

As-tu vite compris comment mener une intrigue ?jacques saussey,principes mortels,interview

Pas franchement. J’ai même ramé au début, mais ça vient au fur et à mesure. C’est la nouvelle qui m’a permis d’envisager un chapitre. Faire concis et terminer sur un point bien particulier à chaque fois. J’évite les fioritures. Au début j’écrivais beaucoup, mais des premiers lecteurs ont trouvé qu’il y avait trop de superflu. Leurs critiques sans concession m’ont appris à être plus vigilant et plus sévère envers  mon travail.

Ton deuxième livre est De sinistre mémoire. Avais-tu plus d’assurance en écrivant celui-ci?

Oui, je connais mieux mes personnages. Je sais sur quoi ils réagissent véritablement, notamment l’APJ (Agent de Police Judiciaire) Lisa, qui est un personnage explosif. Cette jeune femme au caractère très tranché, très affirmé assiste le capitaine Magne au départ et petit à petit, va progresser dans la hiérarchie.

Ensuite, il y a eu Quatre racines blanches… Là, on voyage. L’action se situe au Québec.

J’adore le Québec. J’y vais régulièrement depuis 1995. Je venais de gagner les championnats de France de tir à l’arc et je souhaitais rencontrer un archet québécois. Cette personne m’a fait découvrir le Québec de l’intérieur, du côté de l’habitant. J’ai été amené à rencontrer des gens qu’on ne rencontre pas tous les jours en ville. J’y suis retourné plusieurs fois dans les mêmes conditions. J’ai fini par souhaiter écrire un livre dont l’intrigue se passerait dans ce pays. En janvier 2011, je m’y suis de nouveau rendu en période froide, pour les besoins de mon roman.

Tu viens d’en parler, de 1985 à 1995, tu as été un champion de tir à l’arc.

Quand j’ai commencé, je m’étais donné deux objectifs : entrer en équipe de France, ce que j’ai fait en 1992, et être champion de France, ce que je suis devenu en 1995. J’ai arrêté tout de suite après. J’avais 34 ans, mes enfants grandissaient, j’avais de plus en plus envie d’écrire et je me rendais compte que je ne pouvais pas tout faire.

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Dans Colère Noire, tu fais référence à ce sport.

Quand j’ai décidé d’écrire mon premier roman, je suis parti sur une arme que je n’avais jamais vue dans aucun autre polar et que je maitrisais parfaitement… le crime a donc été réalisé avec un arc et une flèche. Tout tourne autour de ça.

Aujourd’hui, je t’accueille pour Principes mortels. Nous sommes en 1979. Une ferme isolée, un adolescent en perdition venu y chercher refuge à la suite du divorce de ses parents, un couple déchiré par la mort de son enfant... L’intrigue de ce roman noir se déroule notamment dans une ferme. Une ferme que tu as fréquentée toi-même.

Cette ferme est arrivée dans la vie de la famille en 1940. Mon père y a été accueilli durant l'Exode. Il avait 9 ans, les Allemands déferlaient sur la France. Il a fallu qu’il travaille de ses mains pour gagner de quoi manger. Les fermiers voulaient bien le protéger moyennant une participation active à la vie de la ferme. Il y a travaillé quelques années, jusqu’à ce que les évènements se calment et qu’il puisse revenir dans sa famille. À l'âge adulte, il y est revenu chaque année pour rendre visite aux paysans qui l'avaient sauvé de la famine. Ils étaient depuis devenus des amis. Par la suite, mon frère et moi y avons passé de nombreuses vacances. De cette période m'est resté le souvenir d'une région sauvage, à l'écart du temps et de la frénésie parisienne. Un personnage à part entière. Secret et silencieux. De la matière brute de premier choix. Lorsque l'idée de ce roman a germé, j'ai naturellement choisi cet endroit qui m'évoque depuis toujours l'adolescence, les fougères, les champignons et les odeurs de la ferme. La mélancolie, aussi... Le décor était planté avant même que je commence à écrire. Il m'attendait...

Les années 70 se sont-elles imposées d'elles-mêmes ?

Oui, pour deux raisons bien simples : il n'y avait pas de téléphones portables ni de recherches ADN. Deux écueils qui auraient été fatals à cette intrigue.

Le héros de ce livre, l’ado prénommé Franck et son cousin se ressemblent comme deux gouttes d’eau… ce qui te permet de jouer avec le lecteur.

Je me suis dit que j’allais jouer de cette ressemblance entre lui et son cousin de manière à emmener le lecteur à penser à un certain nombre de choses qui s’avéreront exactes ou pas. Le lien que Franck a avec son cousin, c’est un peu le lien que j’avais avec mon frère quand on était à la ferme. Une espèce de communion sur beaucoup de choses.

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Tu m’as bien baladé, je te remercie. Je suis tombé sur je ne sais pas combien de pièges laissés par toi.

J’avais très peu de personnages, il fallait vraiment que je joue sur quelque chose d’à la fois transparent, mais opaque. C’était ça la difficulté de ce roman. Je ne pouvais pas me cacher derrière un nombre important de personnages pour faire croire qu’untel ou untel était le coupable. Il a fallu jouer serré.

Comment fait-on pour être certain que l’on réussit son coup?  

On ne sait jamais. À la sortie de Principes mortels, je n’étais pas spécialement rassuré parce que j’avais trois thrillers dans les pattes et que j’avais peur que mes lecteurs habituels soient déstabilisés par ce livre-là. C’était aussi une crainte de mon éditeur. Mais apparemment, personne ne s’est plaint.

Pourquoi cette parenthèse entre deux polars ?

Ça m’a donné la possibilité de sortir de mes personnages habituels. Je voulais me sentir libre de les laisser de côté. Ça me permettra de revenir sur eux de manière plus énergique.

Ils sont si prenants tes personnages?

Daniel et Lisa sont extrêmement vivants. Lisa me colle sans arrêt aux baskets. Pour moi, elle est vraiment palpable.

Quatre racines blanches sort en poche en avril 2014 au Livre de Poche. Il sortira en même temps que L’enfant aux yeux d’émeraude, mon prochain livre en grand format.

Ça fait des mois que je travaille au corps mon éditeur pour qu’un de mes livres sorte en poche. Je rate énormément de lecteurs en signatures à cause de ça. Acheter un livre à 20 euros d’un auteur que vous ne connaissez pas, ce n’est pas évident. Les temps sont durs.

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Te sens-tu écrivain ?

Je me considère comme auteur, toujours pas comme écrivain. Pour moi, un écrivain, c’est quelqu’un qui gagne sa vie avec son travail d’écriture. Ce n’est clairement pas mon cas. J’ai un métier et je vis très bien avec, donc ce n’est pas un problème. Je n’ai ni rendement, ni pression, ni délai à avoir. J’écris quand je veux, ça tombe bien, je veux souvent.

As-tu l’impression de progresser de livre en livre ?

Oui et je souhaite que les retours soient de plus en plus positifs, ça me permet de savoir que je progresse. Je suis de plus en plus exigeant envers moi-même.

Je sais que tu vas écrire un « Embaumeur », la série créée par Sébastien Mousse.

Je vais encore une fois sortir de mes personnages et surtout, c’est un exercice de style. Le personnage principal étant thanatopracteur et toujours en lisière de la loi, tout est permis. Ce sera une histoire extrêmement noire et dure dans laquelle il pourra se passer n’importe quoi.

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Ton prochain roman, L’enfant aux yeux d’émeraude, sera, parait-il, le plus noir de tous…

Je me lance dans la terreur dans le polar. J’aime beaucoup jouer avec le lecteur. Dans ce prochain livre, je me suis risqué à un exercice un peu particulier : le lecteur va savoir avant les flics ce qu’il se passe. Ils seront toujours un peu en retard par rapports aux lecteurs.

Aucun de tes livres ne se ressemble.

Quand je lis deux livres à la suite de la même personne, je ne veux pas tomber sur la même chose. J’espère réussir à donner à chaque fois, une orientation différente de la lecture.

Qu’y a-t-il en toi pour que tu n’écrives que des histoires noires et glauques ?

(Rires) C’est ce que me demande ma mère avec des yeux inquiets.

Souhaiterais-tu faire de la littérature « blanche » ?

Je n’en ai aucune idée. Ça va être au feeling. Quand je commence un roman, j’ai un axe et quelques rotules sur lesquelles je vais articuler mon action, ma trame. J’ai besoin d’un minimum d’organisation pour que cela soit crédible, mais j’ai aussi besoin de laisser la place à la spontanéité pour que ça vive et que ça rebondisse.

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28 décembre 2013

François Perrin (et Philippe Jaenada): interview pour Bois sans soif

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François Perrin n’est pas mon meilleur ami. Je n’ai d’ailleurs pas de meilleur ami. Mais François Perrin est une personne que je prends beaucoup de plaisir à voir. Un type rare que je vois rarement.

Nous nous connaissons depuis 2006 ou 2007, je ne sais plus bien, mais ce dont je suis certain, c’est que j’ai toujours été impressionné par sa personnalité brillante et par sa façon d’écrire les choses, qui ne l’est pas moins.

Je fais partie d’une petite communauté de personnes qui incite François Perrin à publier un livre depuis longtemps. C’est fait aujourd’hui. Il était temps. Il se pourrait bien que nous l’ayons eu à l’usure…

Si j’affirme que Bois sans soif est un livre sur les barmans, les bars et les personnes qui s’yfrançois perrin,philippe jaenada,bois sans soif,interview,mandor rendent, c’est que je n’ai rien compris à ce livre.

C’est bien plus que cela. Il s’agit d’un ouvrage poético-philosophique sur l’espèce humaine.

Carrément.

Pour parler de ce livre, le 16 décembre dernier, j’ai demandé à François Perrin de me rejoindre dans un bar (ça tombe bien !) du 10e arrondissement. C’est déjà compliqué d’interviewer un ami, mais quand cet ami fait le même métier que toi, journaliste culturel, ça ne facilite pas la tâche. Disons que la pression était là. (Dans la tête et sur la table).

Cerise sur le gâteau, j’ai demandé à l’un de mes écrivains préférés, Philippe Jaenada, de nous rejoindre une demi-heure après le début de l’entretien (pression supplémentaire).

Hips!

Philippe Jaenada est le préfacier du livre de François Perrin. Mais pas que.

françois perrin,philippe jaenada,bois sans soif,interview,mandor4e de couverture de Bois sans soif :

« Il m’en avait fallu du temps, avant de comprendre de quel bois j’étais fait, et quel serait son usage le plus approprié. »

Au moment de se choisir un avenir, le narrateur de Bois Sans Soif pousse la porte d’un bar. Et se découvre plus qu’un métier, une vocation. Tout l’attire derrière le zinc : le mystérieux bouton qui ouvre la trappe menant aux boissons, les recettes des cocktails, les manettes délivrant la bière pression…

Ce cockpit le laisse rêveur. Il devient donc barman pour dix ans et réalise bien vite que cette profession est le meilleur poste avancé pour comprendre ses contemporains, pour vivre parmi eux et les écouter en passant inaperçu.

Ce qu’il appelle les superpouvoirs de Barman, des qualités que l’homme derrière le bar développe plus vite que celui accoudé face à lui. Bois Sans Soif fait le récit de ces années de bar, dans un style précis, humain, parfois lyrique.

Comme le souligne Philippe Jaenada dans sa préface, « on s’enivre d’une écriture magnifique, à la fois fluide et forte, toujours en équilibre. On y apprend surtout, avec l’impression distrayante d’observer simplement une maquette, vue d’en haut, un petit bistrot avec des petites personnes dedans, on y apprend surtout ce qu’est la vie sur terre. »

L’auteur :

Riche d'une solide expérience dans la limonade, François Perrin est aujourd'hui journaliste (Ce soir (ou jamais !), Standard, Le nouvel observateur, TGV Magazine...). Bois Sans Soif, paru aux éditions Rue Fromentin, est son premier roman.

françois perrin,philippe jaenada,bois sans soif,interview,mandorInterview :

Nous étions quelques-uns à te supplier de publier un livre un jour, tant nous aimions ta plume. Pourquoi t’es-tu lancé dans cette aventure juste aujourd’hui ?

Je ne voulais pas forcer les choses. Je fonctionne énormément sous contrainte, que ce soit pour l’écriture ou pour la plupart de mes autres projets. Là, j’attendais simplement qu’un éditeur me demande de le faire concrètement. De manière très présomptueuse, je ne voulais pas partir moi même en quête d’un éditeur. Je me disais aussi que si ça ne sortait pas, ça ne sortait pas… et que ce n’était pas grave.

Ce texte est-il complètement inédit où tu t’es servi dans des textes antérieurs ?

Il y a des textes que j’ai écrits sur des sujets environnants dans différents blogs. C’était des réflexions générales sur les bars, sur des différents types d’alcool. J’avais donc des textes épars. Je n’avais pas de liants et je ne savais pas si j’avais envie d’en avoir. Au détour d’une discussion en marge d’un salon du livre, le Festival Etonnants Voyageurs, j’ai discuté avec les éditeurs de mon camarade Bertrand Guillot, Jean-Pierre Montal et Marie Barbier. Au fur et à mesure de la conversation, très alcoolisée d’ailleurs, j’ai développé des théories que je n’avais pas développées dans mes différents textes sur le rôle social du barman et son rôle fantasmé, voire sublimé. Pendant cette conversation éthylique généralisée, ils ont trouvé mon discours super.  Un peu plus tard, les effets de l’alcool envolés, ils se sont demandé ce qu’ils pourraient faire d’un livre avec un thème pareil. Ils ont fini par me tester en me demandant de travailler deux chapitres sur une communauté d’origine étrangère parisienne. Moi, j’ai bloqué sur mon idée originale et je leur envoyé un texte sur un bar tenu par un membre de la communauté en question. Ils ont compris et ont laissé tomber leur enquête initiale. Ils m’ont demandé de leur proposer un texte à moi sans garantie d’être publié. J’ai envoyé ce texte et l’éditeur à trouvé ça suffisamment honorable pour être publié. Il y a eu des corrections massives complètement justifiées. J’ai retravaillé l’ensemble.

Cela fait quelques années que je sais que tu écris sur les barmans et sur les bars, mais je françois perrin,philippe jaenada,bois sans soif,interview,mandorn’avais  aucune idée précise de la façon dont tu allais traiter le sujet. Je ne pensais pas que ça allait être des « Brèves de comptoirs » bis, mais pas un texte si pointu et philosophique sur l’étude de tes contemporains.

Mon livre, si je dois  le synthétiser, est un roman théorique. Il y a une volonté d’écriture réellement littéraire et de l’autre côté, une vraie théorie avec des typologies de bars que l’on découvre grâce au parcours original d’un homme qui est passionné par ce genre d’établissements, leurs fonctionnements et les gens qui s’y réfugient.

Pour toi, un barman est un super héros. Il a plein de pouvoirs que n’a pas le quidam moyen.

J’ai bossé près de 10 ans dans des bars assez différents et je me suis rendu compte d’une chose : parmi tous les métiers que j’ai exercés, je ne me suis jamais senti aussi investi, au sens physique et sensoriel du terme, que derrière un bar. J’avais l’impression d’avoir des pouvoirs hyper sensoriels. La vision périphérique, par exemple, qui permet d’avoir des yeux dans le dos et de tout voir partout en même temps. Il y a aussi l’oreille à pallier qui permet de suivre trois conversations en même temps, tout en prenant une commande sur le côté et en ayant une partie du cerveau concentré sur tout ce qu’il se passe dans la salle. Ces super pouvoirs-là sont des exagérations de choses réelles existantes en termes de sens et de rapport à l’espace et à la physique.

Ton écriture est exigeante, sans concession à la facilité. N’as-tu pas peur de te priver d’une partie d’un éventuel lectorat ?

Peut-être… et sans doute, d’ailleurs. Pour être tout à fait honnête, il y a des gens, au bout de trois pages, ils vont comprendre que ce n’est pas pour eux. Mais depuis toujours j’écris comme ça. Quand j’écrivais sur les blogs on me reprochait d’écrire trop long, mais c’est comme ça que j’écris et c’est comme ça que je suis content de mes textes. Certains étaient énervés par mes digressions, car ils se demandaient si j’allais arriver quelque part. Je ne sais pas écrire autrement. Pour ce livre, en tout cas, j’avais envie d’écrire un texte littéraire. L’enquête journalistique, le « grand roman » avec une écriture exigeante et le livre drôle et pétillant ne se rencontrent jamais habituellement. C’est ce que j’ai tenté de réunir.

Tu es journaliste et critique littéraire… y avait-il de ta part une crainte de ne pas être à la hauteur ?

 Quoi que l’on fasse comme métier, il faut toujours se poser la question de la légitimité. Je maintiens aujourd’hui qu’en tant que critique littéraire, si je ne  me pose pas tout le temps cette question de légitimité, je n’ai pas à faire ce travail. Je ne connais pas tous les livres de la planète, même pas tous ceux de la rentrée littéraire, je sais qu’il y a des gens qui sont plus cultivés que moi, qui sont meilleurs lecteurs que moi, cela dit, j’essaie de faire au mieux et d’être intègre. À partir de là, c’est vrai que si je me lance dans un travail d’écriture, le but du jeu n’est pas de torcher un petit livre et d’attendre d’éventuels retours d’ascenseur.

françois perrin,philippe jaenada,bois sans soif,interview,mandorÀ qui s’adresse ce livre ?

La population que j’ai fréquentée dans les bars et à laquelle je rends hommage dans le texte et en remerciement à la fin du livre ne sera pas spécialement les lecteurs les plus intéressés par ce livre et les plus visés. S’ils le lisaient, ils pourraient même trouver inconséquente ma démarche de m’autoriser à raconter ça tranquillement, alors que c’est leur métier et leur vie. Je n’ai pas la même trajectoire qu’eux, donc je suis un coucou dans un nid. J’ai piqué leur place, je raconte tout et après, je me barre. Sinon, je ne sais pas à qui s’adresse ce livre. Je n’ai pas de réponse exacte.

Tu as été barman pendant une période de 10 ans… tu dis que c’est le poste idéal pour observer ses contemporains. Le barman, selon toi, doit être caméléon. Il doit devenir ce que les consommateurs voudraient qu’il soit.

Je ne sais pas si c’est le cas de tous les barmans. Pour moi, et j’ai pratiqué ce métier ainsi, un barman doit être un exécutant idéal. Il est fondamental de pouvoir servir au mieux. Il doit être le majordome idéal. Pour ça, il faut être ce que les gens veulent que l’on soit et presque, au bout d’un moment, réussir à précéder, à deviner ce qu’ils veulent que l’on soit pour l’être. Du coup, c’est une dilution d’identité totale. Par exemple, si quelqu’un veut un abruti derrière le bar pour briller auprès de sa petite amie qui l’accompagne, moi, je veux bien jouer le jeu. Ça ne me dérange pas. Et au contraire, s’il veut un type un peu cultivé, je peux aussi tenir ce rôle. Je ne suis pas du genre à vouloir briller… je préfère lustrer les autres.

Aujourd’hui, quand tu es dans un bar, observes-tu toujours les barmans?

Pendant très longtemps, j’ai regardé les barmans ou les employés de bar de manière très envieuse, ce qui m’a poussé à le devenir moi-même. Il y a des moments, j’avais très envie, métaphoriquement bien sûr, de les assommer et de prendre leur place. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, car j’ai eu mon expérience personnelle dans ce milieu, mais mon œil d’expert sait apprécier ceux qui font bien leur boulot. Être bon ne veut pas dire être servile. Il y a des gens qui sont faits pour ça ou pas. Je le sens immédiatement.

Comment peut-on dire qu’un bar est le meilleur endroit pour étudier ses contemporains, alors que ceux qui s’y trouvent sont souvent dans un état d’ébriété avancée?

D’abord, ils ne boivent pas tous de l’alcool. Et ceux qui en boivent sont-ils tous moins naturels que les personnes sobres. Juste, ils ont un autre masque. J’ai toujours pensé que le bar est le seul endroit dans lequel on peut croiser tout le monde. Je persiste à dire qu’en terme qualitatif et quantitatif, un bar est le meilleur poste du monde pour observer l’être humain.

françois perrin,philippe jaenada,bois sans soif,interview,mandorFaut-il être un peu schizophrène pour faire ce métier ?

Non, je ne crois pas. Dans mon cas, je suis bien dans mes baskets, et je ne suis pas dans le questionnement permanent sur moi-même. Je n’ai pas une identité puissante, j’ai juste une identité fluctuante, mais par jeu. Tu vois, toi qui me connais depuis longtemps, tu sais bien que j’adore changé de coiffure de manière parfois radicale, de porter la barbe, de l’enlever… ça fait partie de ce jeu. J’ai toujours un côté monsieur Patate.

Philippe Jaenada arrive à ce moment-là. François est à moitié étonné.

Quelle surprise, Philippe Jaenada, ici ! Bon, tu t’en doutais François ?

François Perrin : la semaine dernière, quand tu m’as imposé le jour, le lieu et l’heure pour ce rendez-vous, pas très loin de chez Philippe, j’y ai pensé. Mais hier, je l’ai vu quand je lui ai dit que je te voyais, il a parfaitement bien joué le rôle du type pas au courant. Et j’ai fini par douter. On parlait du jeu et de la dissimulation, bien joué Philippe !

Pourquoi as-tu choisi Philippe comme préfacier ?

François : C’était une évidence totale. J’ai rencontré Philippe quand j’ai commencé à être critique littéraire et tout de suite, il s’est passé quelque chose entre nous. C’était l’évidence. On est devenu des amis immédiatement. Quand j’ai fait lire mon texte à Philippe, il m’en a fait un retour plutôt enthousiaste. Ce n’était pas du tout dans le but de lui demander de faire une préface, car nous ne savions pas que nous allions en faire une.

Philippe, tu l’as écrit, tu n’aimes pas les préfaces et tu ne vois pas à quoi ça sert.

Philippe Jaenada : Je ne sais effectivement pas à quoi ça sert et je ne suis pas un très bon préfacier. Mais un livre sur les bars écrit par François Perrin, alors que je suis le plus grand spécialiste mondial de ce domaine et que François est mon pote, si ce n’est pas moi qui écris la préface, je meurs…

Tu dis à un moment que tu aimes les bars, les livres et François Perrin, enfin, la notion de François Perrin.

Philippe : En fait, François, c’est vraiment mon super pote, mais je ne voulais pas l’indiquer dans la préface… j’ai minimisé notre amitié. Je suis incapable de dire non à ce type-là, de toute façon. Mais, j’insiste sur le fait que j’ai lu ce livre en baignant dans un sentiment d’aise et de béatitude.

François, tu as profité de votre amitié pour qu’il te préface ton livre ? Ce n’est pas joli, joli…

François : Mais, je suis une énorme crevure, je me sers des gens.

Philippe : Ha ha ! Mais, il ne savait pas que je n’aimais pas les préfaces et que je n’en écrivais jamais.

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Pendant l'entretien, le 16 décembre 2013.

Tu expliques dans la préface que c’est une sacrée responsabilité d’écrire une préface.

Philippe : Dans le cas présent, j’ai eu peur d’écrire une mauvaise préface. Peut-être est-ce renforcé parce ce que nous sommes amis. Je n’aime pas la notion de préface parce que soit c’est pour conseiller les gens de lire le livre qu’ils ont déjà entre les mains, soit les préfaciers dévoilent le contenu du livre et je ne vois pas l’intérêt. J’ai toujours estimé qu’écrire une préface est inutile, sauf pour se mettre en valeur. Moi, j’ai essayé de ne pas tomber dans ses écueils.  Mais je voudrais insister sur le fait que je suis très fier d’être dans ce livre. Mais vraiment ! Je ne savais pas que mon nom allait être sur la couverture, mais j’en suis très honoré.

Je me suis régalé à lire ta préface Philippe, je t’assure. J’ai souvent ri… l’humour étant l'une de tes marques de fabrique, ça ne m’a pas étonné.

Philippe : Il n’y a aucune prétention dans ce que j’ai écrit, je sais bien que ce n’est pas ma préface qui va faire que les gens vont continuer à tourner les pages. Comme tu l’as remarqué en la lisant, ce n’est pas une synthèse du livre, je dis juste que c’est un super livre et que je l’adore.

Oui, mais à ta manière. Qu’est-ce qui t’a le plus marqué dans le livre ?

Philippe : En dehors du fait que je retrouve un univers que j’aime, c’est le côté symbolique. Quand il décrit les bars et les bistrots, c’est comme s’il décrivait toute une ville ou toute une planète.

Quand François t’a fait lire son manuscrit, n’as-tu pas eu peur d’être déçu ?

Philippe : On a toujours peur de ça quand on a un ami ou quelqu’un qu’on aime bien qui nous fait lire un texte. D’ailleurs, il y a plein de gens que j’aime bien et dont je n’aime pas les livres. Si ma mère écrivait un livre, ce serait nul, ce n’est pas pour autant que je n’aimerais plus pas ma mère. Je dissocie les deux. Mais, là, je t’avoue que j’avais très envie que ce soit bien. J’aurais été emmerdé d’être déçu. Quand tu as été sincère dans un livre, si on te dit « je n’ai pas trop apprécié », c’est comme si on te disait, « je ne t’aime pas trop ». Ça m’aurait embêté d’être obligé de dire ça à François.

T’attendais-tu à un livre comme ça ?

Philippe : Je ne savais pas à quoi m’attendre. Soit à ça, soit à un livre plus léger et rigolard. Tu n’es pas sans savoir que l’écriture de François a deux côtés. Un côté très désinvolte, très léger, quand on s’écrit des mails par exemple et un côté plus travaillé, plus sensible, plus recherché dans ce qu’il écrit de manière plus officielle dans les blogs ou dans les différents magazines auxquels il collabore. Ce que j’admire dans ce livre, en dehors de ce que cela dit, c’est l’absence complète de compromission. Ce n’est pas un livre hyper grand public. La manière dont c’est écrit est très intègre. Je lui ai même dit qu’il y a des moments un peu risqués. Parfois, c’est même ardu, hermétique, alors qu’il aurait pu s’assouplir ou adoucir son texte pour que ça touche plus de gens. Je l’admire aussi pour ça.

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Tu vas beaucoup dans les bars toi aussi. Fais-tu comme François, observes-tu la « population » qui y règne ?

Philippe : D’abord, je veux souligner que je suis d’accord avec tout ce qu’il a écrit sur les bars et ceux qui s’y trouvent. Tout est vrai. Concernant toute la partie « barman », je suis d’accord avec lui par procuration, parce que je ne l’ai jamais été moi-même. Cela étant, j’ai rencontré ma femme alors qu’elle était serveuse de bar. Mais, je ne sais pas quel regard ceux qui sont derrière le bar portent sur la clientèle. J’en parle souvent avec le patron du bistrot en bas de chez moi. Il me dit que l’énorme différence, c’est que lui ne peut pas partir. Tu dois te taper tout le monde, ceux que tu aimes et ceux que tu n’aimes pas. Par contre, en tant que consommateur, tu te diriges vers ceux que tu souhaites… s’il n’y a personne qui te plait, tu te casses. Je sais que François a un regard juste, sensible et lucide sur ce sujet et j’aurais pu écrire la même chose, mais avec moins de talent bien sûr. Une des choses qui fait que j’ai aimé, ce n’est pas seulement, le style, l’humour ou l’âme de François, c’est aussi que je reconnais tout ce qu’il raconte.

Toi aussi tu dis qu’il n’y a pas meilleur endroit pour connaître l’être humain, « la vie sur Terre » comme tu l’écris dans la préface. Je répète ce que j’ai dit à François, il y a quand même pas mal de personnes alcoolisées.

Philippe : Le type qui est bourré tout le temps n’est sûrement pas représentatif des autres, je te l’accorde. Mais des gens comme toi, moi ou François, qui de temps en temps picolent, ce n’est pas parce que notre état est un peu modifié par l’ivresse qu’on ne peut pas tirer de nos propos des enseignements sur l’espèce humaine. C’est la même chose pour la plupart des gens qui sont dans les bars. Être alcoolisé modifie peut-être les comportements, mais pas forcément les jugements.

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Extrait de la préface de Philippe Jaenada : "Attention, on n’a pas là le petit livre sur les bistrots, le journal impressionniste du promeneur de comptoir, le vague traité de picologie à l’usage des buveurs de tilleul. Bien loin de là. On a dans les mains, tombé du ciel, le plus complet, le plus précis des manuels de vie en milieu baristique (...) On y apprend surtout, avec l’impression distrayante d’observer simplement une maquette, vue d’en haut, un petit bistrot avec des petites personnes dedans, on y apprend surtout ce qu’est la vie sur terre. Qu’on m’ôte les coudes si j’exagère."
Essayez donc d'ôter ses coudes à l'animal, tiens.

Pourquoi tu te sens bien dans les bars Philippe ?

Philippe : Je vous conseille la lecture de l’ouvrage Bois sans soif et vous comprendrez tout (rire). Sérieusement, j’aime le fait que tu rencontres des gens que tu n’aurais pas rencontrés dans d’autres circonstances. Pour ça, j’aime particulièrement les bars de quartiers. Les bars dans lesquels tu peux t’installer. Le bar en bas de chez moi, par exemple, est devenu mon quartier général depuis des années. Dans les bars que je ne connais pas, je suis uniquement spectateur. Il y a peu d’endroits où tu peux regarder les gens vivre, discuter, se confier et quand ils sont bourrés raconter des trucs très intimes à des inconnus. Dans le métro, tu n’entends personne te raconter « putain ma femme, quelle salope ! Elle m’a trompé ! ». François en parle très bien dans le livre, quand tu as ton bar habituel, celui dans lequel tu te rends tout le temps, non seulement tu es spectateur, mais tu peux aussi intervenir. Dans mon bar, je discute avec des avocats des Prudhommes, avec des plombiers, avec des toxicos, avec des flics, avec des voleurs. Le monde serait parfait si dans la rue on pouvait croiser quelqu’un et lui dire : « Viens ! On va discuter quelques minutes… ». Tu ne peux pas agir comme ça. Dans les bars, si. Avec le côté pratique de pouvoir te barrer quand tu veux et la possibilité de raconter ce que tu veux. Parfois, je m’amuse à faire des confidences super intimes sur ma vie de couple par exemple.

François : Ce que tu ne fais jamais dans les livres… tu es assez secret sur ta vie de couple (rires).

Philippe : (faussement vexé) Tu es drôle aujourd’hui, dis donc.

Écris-tu dans les bars Philippe ?

Philippe : Non, jamais. Je pense que tu écris comme tu as commencé à écrire. Mon père m’a offert un des premiers micro-ordinateurs et j’ai commencé à écrire là-dessus. Aujourd’hui, je ne peux qu’écrire sur ce micro-ordinateur.

Et as-tu déjà chopé des idées de personnages ?

Philippe : Oui, souvent. Les gens dans les bars me servent de personnages secondaires

Et toi François ?

François : Je n’écris jamais dans les bars. Pourtant, la moitié de ce livre, je l’ai écrit dans le bar d’en bas de chez moi. Pas physiquement. J’y ai passé du temps, j’ai médité, réfléchi, carburé au vin blanc notamment, et en rentrant chez moi, j’alignais les lignes tout seul sans difficulté.

françois perrin,philippe jaenada,bois sans soif,interview,mandorAs-tu écrit ce livre parfois un peu alcoolisé ?

François : Certains passages ont été écrits sous l’emprise de l’alcool, mais après, je les ai retravaillés. Il y avait des passages illisibles et d’autres que j’ai gardés tels quels. D’ailleurs si on s’arsouille au vin rouge, au vin blanc ou à la bière, on n’écrit pas la même chose et de la même façon.

Tu es d’accord avec ça Philippe ?

Philippe : Je ne suis pas sûr. Je ne sais pas en fait. Moi, il y a longtemps que je n’écris plus bourré. Bukowski, il écrivait toujours bourré, voire ivre mort, mais ça se sent dans certains de ses livres. Avec François, ça ne se voit pas. Peut-être es-tu aussi bizarre quand tu es sobre que quand tu as picolé?

Je voudrais revenir à votre amitié tous les deux. Comment vous êtes-vous connus ?

François : C’était en 2006, j’accompagnais un ami, Fabien Ory, dans un salon du livre. Fabien était un grand fanatique de Philippe Jaenada, que je ne connaissais pas et que n’avais jamais lu. Il me l’a présenté et assez rapidement on a commencé à discuter en picolant. Après nous sommes allés diner avec d’autres personnes et c’était très chaleureux entre nous. Très gentiment, à la fin du diner, Philippe m’a proposé de venir avec lui en taxi pour nous rendre dans son troquet historique, celui dont il parle dans ses livres. On a joué aux cartes toute la nuit.

Philippe : Ce soir là, ivre mort, je me suis effondré d’un tabouret. Il m’a rattrapé sept fois, mais pas la huitième.

Philippe, tu penses quoi de François ?

Philippe : Ces choses-là ne se disent pas… (Il fait le gêné) François est pile le genre de personnage que j’apprécie et que j’aime. J’aime les gens normaux qui ne sont pas trop prudents, trop raisonnables, ni trop rebelles ou trop fous. Tu sais, moi, je fréquente surtout des auteurs, parce que je vis enfermé dans ma grotte avec ma femme. Les seuls moments où je sors, c’est pour aller dans des salons du livre. En fait, je ne sors jamais. Mais j’aime me retrouver avec François. Avec ma femme et mon fils de 13 ans, François est l'une des personnes que je vois le plus au monde. Et en plus j’aime ce qu’il écrit. C’est mon pote quoi !

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Avec Philippe Jaenada et François Perrin, après l'interview, le 16 décembre 2013.

Et merci 1000 fois à Philippe Jaenada pour sa participation, lui qui n'aime pas du tout les interviews... Il ne m'a rien demandé, mais je lui fais une petite pub pour son dernier livre.

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23 décembre 2013

DHÖO : interview pour l'album •• SAISON#1

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Je connais cet homme depuis longtemps… je ne sais pas s’il souhaite que je dévoile son identité, donc, je ne la dévoile pas. Nous avons fréquenté la même radio à la fin des années 80, celle du chanteur Daniel Guichard, Radio Bocal. Nous avons pris des chemins différents, mais j’aime parfois qu’ils se recroisent.

DHÖO, puisqu’il se fait appeler ainsi depuis quelques années, sort un très joli ouvrage, mettant en scène les deux points du O de son nom. Je ne vous en dis pas plus. Tout est expliqué dans l’interview. Une interview surprenante qu’il faut lire en sachant que nous n’avons pas tous la même perception des choses…

dhÖo,•• saison#1,interview,mandorAuto explication de qui est DHÖO :

On me demande souvent "Mais qui est DHÖO ?" 

Je réponds avec malice : "Vous voulez dire d’où vient-il ?" 

DHÖO, comme son nom l’indique, ambitionne d’apporter sa quote-part de douceur militante à cette planète. Une contribution parmi tant d’autres, certes, mais dans ce domaine, on ne sera jamais trop d’être plusieurs.

Passons au "JE" : mi-artiste, mi-consultant, mi-auteur, mi-journaliste, mi-enseignant, mi-coach, mi-chercheur, mi-jongleur ou acrobate…

Je suis une succession de moitiés que je prends un malin plaisir à combiner pour explorer de nouveaux territoires ou plus humblement, redécouvrir ou cultiver ceux que d’autres ont déjà foulés.

Contrarié par les classifications, j’ai donc inventé le métier de Social Performer ©, habilement déposé à l’INPI pour en affirmer la légitimité. Le matériau du Social Performer est celui des émotions et des relations humaines. Il s’applique, tel un artisan, à les mettre en scène, les sublimer ou parfois,  simplement, à leur rendre leur liberté.

L’idée, c’est de ne pas contribuer au vide ambiant, de s’affranchir des modes communicants dominants, d’offrir une alternative qualitative à un excès d’information et de consommation, à cette soupe crasse factice et nocive ingérée insidieusement jour après jour et que chacun puisse se réapproprier les champs de l'intelligence et de la sensation, avec sincérité et bienveillance. L'idée est un combat.

L’envie, c’est de réinjecter du sens, d’offrir un supplément d’âme pour mieux se reconnecter à soi-même comme aux autres, de faire bouger les lignes, de bousculer les frontières, d’être un empêcheur de penser en rond et de faire confiance en son intelligence intuitive et émotionnelle.

La nourriture, c’est la curiosité, le partage d’autres vies, d’autres expériences, d’autres talents. Remonter les fils avec gourmandise pour que chacun puisse se tisser un habit sur-mesure et à son tour, s’éclaire et conseille l’autre.

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DHÖO cherche l’invisible d’autres mondes si proches qu’ils se juxtaposent au nôtre. La lumière est partout… mais à force de vitesse, d’urgence, d’orgueil, de possession, d’excès, on ne la voit pas, plus ou mal.

DHÖO relève avant tout d’une conscience exacerbée du monde et d’une recherche constante d’équilibre, entre contemplation et action.

DHÖO apprend en permanence… au travers d’actions multiples, en expérimentant, en prenant la parole, en encourageant celle des autres, dans leurs différences et leur pertinence.

Puisque les règles l’imposent, il s’agit bien entendu de donner forme à ce propos… avec la conscience que communiquer, produire, induit le risque de polluer, de satisfaire à outrance l’égo alors que la quête est tout autre.

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Interview :

Ton personnage, je sais que c’est une philosophie de vie et de travail. Mais au fond, qui est DHÖO ?

À la base, j’avais une agence de communication et je travaillais souvent avec des clients importants. Mais la satisfaction intellectuelle et humaine était insuffisante… j’ai ressenti le besoin de me nourrir d’autre chose que de la recherche systématique de profit. Il y a 10 ans, quand j’ai écrit mon premier roman, Le dernier paquet, j’ai envisagé de prendre ce pseudo, DHÖO, puis je l’ai laissé tomber. Avec ce que j’entreprends aujourd’hui, je l’ai fait renaître de ses cendres.

Ça ne répond pas à ma question. DHÖO, c’est qui ?dhÖo,•• saison#1,interview,mandor

Je continue mon histoire, alors. J’ai repris du temps pour moi. J’ai pris du temps pour m’immerger dans la lecture. J’ai écrit une pièce qui s’appelle Calligramme. L’histoire d’une femme qui se retrouve enfermée dans un musée et qui va se découvrir elle-même à travers des tableaux. C’est un voyage, une quête existentielle. Je voulais que l’on découvre la peinture, non pas dans sa valeur représentative, mais vraiment dans la sensation et la perception. Ça m’a amené à lire beaucoup d’ouvrages sur l’art, notamment beaucoup de biographies de peintres. C’est une très belle histoire qui sera peut-être montée un jour sur scène. J’envisage même d’en faire un livre illustré. Petit à petit, je me suis reconnecté à plein de choses. Il y a un an et demi, j’ai lu Le manifeste du surréalisme d’André Breton, et là tout m’est paru plus évident. Parfois, j’ai l’impression d’être connecté à tous ces gens-là. Guillaume Apollinaire, Henri Laborit, Francis Picabia, Jung, Bachelard, K.Dick, Bourdieu, Bergson... j’ai l’impression qu’ils sont venus me chercher et que je suis en contact avec eux. Je ne comprends pas toujours tout, mais j’essaye de redonner un sens à cet ensemble. 

Tu ne réponds toujours pas à ma question. On peut dire, en tout cas, que DHÖO  est un être à part.

C’est bien beau de dire qu’on est différent, mais ça ne suffit pas. Donc, j’ai voulu me nourrir en me remettant à lire et en nourrissant ma dimension critique. Avant, ma dimension critique était celle d’un enfant gâté de la publicité.

Tu ne dis plus publicité, d’ailleurs. Tu dis « réclame ».

« Réclame », c’est le vrai premier mot. On est juste là pour que les gens réclament quelque chose. J’aime bien ce mot un peu second degré, un peu galvaudé, désuet. Je trouve que la pub est d’ailleurs très désuète aujourd’hui.

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Quel est ton discours de fond ?

Je veux contribuer à ce que chacun puisse se reconnecter à soi et aux autres. Je veux injecter du sens et un supplément d’âme. Aujourd’hui, il y a une vacuité et une urgence permanente, ainsi qu’une accélération du temps. Et surtout, on est très peu centré sur l’essentiel. De ce que l’on est soi et de ce que l’on peut être avec l’autre. Au bout d’un moment, il faut donner l’exemple. Il faut donc se nourrir et s’interroger, ce qui implique parfois de se radicaliser et d’être en rupture par rapport au système de pensée dominant.

Tu ne peux quand même pas t’exclure du système ?

Je refuse parfois certains types de clients. Certains comprennent le sens de ma démarche et me disent : « j’aime bien ta façon de penser, j’aime bien ce que tu peux m’apporter, que peut on faire ensemble ? » J’aime défricher, offrir et co-construire des façons de penser et d’agir alternatives… quels que soient les supports… et avec toute l’humilité nécessaire.  

Tu souhaites redonner un peu de sens et un peu de temps de réflexion ?

Aujourd’hui, on est vraiment dans une ère de la polémique, de la réaction, de l’opinion… mais moi je voudrais savoir ce qu’il se passe quand on se remet à réfléchir. C’est pour ça que j’ai lu d’autres personnes qui sont mieux formées que moi pour le faire. En gros, je suis allé au fond de la mine, j’ai creusé, j’ai découvert plein de pépites que j’ai assemblées. Je suis concepteur à la base, mais mon véritable talent, c’est de syncrétiser  et de synthétiser. Il y a tellement d’informations de toute part aujourd’hui. J’aime pousser les gens à révéler ce qu’ils ont en eux… ce que le système nous empêche parfois de voir et de faire. J’ai accumulé toute une matière et j’ai écrit ma bible en mettant à plat les questions suivantes : qu’est-ce que je suis ? Quel est mon combat ? Quelles sont mes valeurs ? Qu’est-ce que j’ai à défendre ? Qu’est-ce que j’ai envie de changer dans ce monde ? Ça a correspondu à mes petits abrégés et l’aventure des deux points.

dhÖo,•• saison#1,interview,mandorComment sont nés les deux points ?

Je remercie vivement Marc Antoine Mathieu, l’un des plus brillants auteurs de bande dessinée. Il faut à tout prix que tes lecteurs et toi lisiez Dieu en personne. Il raconte comment Dieu agirait s’il arrivait sur Terre aujourd’hui. Comment il serait pris en charge par la société, par les médias, par les juges, par les scientifiques… l’histoire est ultra intelligemment construite et très nourrie. En lisant ça, je me suis fait la réflexion que j’aimerais faire un truc aussi intelligent. L’intelligence, je peux la travailler, mais en revanche, je ne sais pas dessiner. J’ai pensé alors aux deux points qu’il y a au-dessus de DHÖO. Ils ne servaient à rien, alors, je leur ai donné la parole. J’ai commencé à les mettre en place dans un graphisme épuré, afin que tout soit centré sur le propos.

Teaser de •• SAISON#1

Tu t’inspires de la physique quantique dans les aventures des deux points.

Quand tu t’intéresses à cet ensemble de théories physiques, tu commences à percevoir le monde différemment et à comprendre qu’il existe plusieurs strates de réalité. J’ai mis deux points sur un fond blanc et je les fais discuter. Il y a des considérations philosophiques et scientifiques, notamment. Les planches sont épurées, mais je mets parfois une demi-journée à en concevoir une seule. Je vais chercher le mot et la pensée justes. Je veux que chaque planche se suffise à elle-même, mais que, quand tu as fini le bouquin, tu puisses y revenir plusieurs fois, et qu’au bout d’un moment cela ait une incidence sur ta façon de penser. Le lecteur doit se rendre compte qu’il existe d’autres façons de penser que celles que l’on nous impose ou que l’on s’impose insidieusement.

C’est souvent spirituel.

Merci de ne pas avoir dit « drôle ». Tu as choisi le mot juste : spirituel. Il y a dans ce que je fais, une dimension absolue du dieu qui est en nous dans mon travail. Il y a beaucoup de religieux derrière les aventures des deux points. Quand tu t’intéresses à la philosophie, à la physique quantique, la religion n’est jamais très loin.

Tu te sens connecté avec tes deux points ?dhÖo,•• saison#1,interview,mandor

C’est exactement ça. Je suis en contact avec eux. Je crois beaucoup en la vision du jésuite, chercheur, paléontologue, théologien et philosophe, Pierre Teilhard de Chardin sur la noosphère. Dans les années 50, il a échafaudé une théorie que je trouve judicieuse. Avec le développement de la population numérique, mais aussi avec le développement d’une façon générale, il y aurait des couches de savoir et de connaissance qui vivraient dans une couche atmosphérique qui permettrait de relier les individus et de les connecter les uns aux autres. Ce n’est rien d’autre que ce qu’est le web aujourd’hui. Mais un web qui est un peu perverti. Je pense que ces connexions existent quand tu arrives à penser différemment et à être en pleine conscience des choses. Au bout d’un moment, ces choses peuvent rentrer en contact avec toi. 

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Dans ton métier, s’imposer tel qu’on est n’est pas fréquent.

Certains le font, mais nous sommes encore isolés et minoritaires. Le métier de communicant impose d’influencer, voire de manipuler là où il faudrait à mon sens avant tout informer, créer du lien, développer le libre arbitre et faire confiance en la nature humaine de chacun. Il y a encore du travail et ce n’est pas gagné.

Tu te sens plus toi ou plus DHÖO ?

DHÖO, c’est moi, François. DHÖO, c’est un avatar qui est un absolu et un modèle. Il m’évite de rester sur place par rapport à là où je peux être de façon terrestre. DHÖO  me tire et me pousse à la fois.

Existe-t-il des « fans » de DHÖO ?

On ne peut pas dire ça. Il y a quelques personnes qui suivent mon travail, mais le terme « fan » n’est pas le bon. Je ne cherche pas la notoriété. Je cherche la relation qualitative avec des gens qui sont déjà dans un état d’esprit similaire au mien et qui vont s’agréger naturellement.

DHÖO va-t-il exister longtemps ?

Pour le moment, il a beaucoup de choses à faire. Entre autres, il se prépare à monter sur scène.

Il ? Toi, donc ?

Oui. C’est une expérience nouvelle. Je pense avoir pas mal de choses intéressantes à partager. Je me situe à la convergence de différentes activités. Je suis créatif, coach, penseur. Au bout d’un moment, tu en tires des réflexions et tu as envie de les communiquer sous une forme nouvelle. Je ne veux pas faire un spectacle qui dise  « j’ai la vérité, il faut penser comme ça », mais un spectacle qui pousse à re-réfléchir le monde qui nous entoure. J’adore faire des choses que je n’ai jamais faites… et l’important étant de s’amuser, alors autant tester. Le spectacle est écrit. J’ai déjà fait de nombreuses lectures. Je suis passé de 2h45 à 1h15.

As-tu des références en matière d’humoriste ?

Non. Mais le travail de Franck Lepage est une vraie source d’inspiration. C’est un garçon qui bossait dans l’éducation populaire au ministère de la Jeunesse et des Sports. Il fait des conférences intitulées « Incultures ». Ce sont des conférences gesticulées dans lequel il ajoute beaucoup d’humour. Il aborde de façon critique le rôle de la culture et de l’enseignement dans la société.

Inculture(s) 1 - La culture : « L'éducation populaire, monsieur, ils n'en ont pas voulu » ou « Une autre histoire de la culture ». Conférence gesticulée par Franck Lepage de la Scop « Le Pavé » (Coopérative d'éducation populaire). Petits contes politiques et autres récits non autorisés enregistrés le 21 mai 2007 à l'espace Jemmapes de Paris.

Tu veux donc créer un spectacle proche de son travail ?

Je veux faire des conférences gesticulées, mais en ajoutant une dimension émotionnelle. Je souhaite aborder des thèmes comme le temps, le mensonge, l’amour, le bonheur… C’est un spectacle sur la réappropriation. Aujourd’hui, on nous a dépossédés de beaucoup de choses, notamment de l’intelligence. On a peu d’occasions de réfléchir par soi. En général, nos pensées sont liées à ce que l’on peut voir dans notre environnement. Les sondages d’opinion vont forger nos propres opinions. On nous a aussi dépossédés du temps. Il faut se réapproprier la maîtrise du temps. Du temps pour ne rien faire. Du temps pour bien faire les choses. Se réapproprier aussi la sensation. Se reconnecter à soi-même… Je raconte dans ce spectacle qu’on est tous des artistes ou des philosophes en puissance.

En fait, tu délivres la bonne parole ?

Ce n’est pas la bonne parole. C’est une histoire de miroir en fait. Je crée de l’échange. Il y a peut-être un côté évangélisateur, mais je n’ai pas de vérité. Mon but est de révéler la vérité qu’il y a en chacun, qui est souvent le fruit de ce qu’il a vécu, des drames qu’il a pu traverser, de sa situation financière, personnelle ou sentimentale. Il y a une chanson interprétée par Julien Clerc et que j’adore : Utile. Je vais te raconter une anecdote. Un jour je croise l’auteur de cette chanson, Étienne Roda-Gil  par hasard. Je lui remets mon roman tout juste sorti, Le Dernier Paquet. On discute un peu, puis j’allais repartir de peur de déranger… il me retient et me demande une dédicace… moi, jeune auteur insignifiant face au maître… Dans l’anodin, il venait de me donner quelques vérités sur la vie.

Clip de "Utile", interprété par Julien Clerc sur un texte d’Étienne Roda-Gil. 

dhÖo,•• saison#1,interview,mandor

Avec DHÖO, après l'interview, le 2 octobre 2013.

19 décembre 2013

Jonathan Dassin : interview pour son premier album

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(Photo : Pascal Bignolais).

C’est ma deuxième mandorisation de Jonathan Dassin en un an, c’est dire si cet artiste m’intéresse. Dans la première, j’ai surtout fait sa connaissance. Il n’y avait pas encore d’album. Juste un single et deux, trois titres qui trainaient sur le Net. Cette fois-ci, son premier album est sorti. Évidemment, ne nous cachons pas derrière notre petit doigt, vocalement, on pense immédiatement à son père Joe Dassin. La comparaison s’arrête là. Musicalement, Jonathan a choisi de ne pas suivre les traces du père. Et c’est tant mieux.

Le 6 novembre dernier, Jonathan Dassin est revenu me voir à l’agence. Nous avons évoqué ses nouvelles chansons et abordé des sujets un peu plus sensibles sans langue de bois.

Et ça… j’aime !

564417_214925328631426_2008126868_n.jpgBiographie officielle (par Laurent Petitguillaume):

JD…Comme Jonathan Dassin

La question ne s'est jamais posée, dès son plus jeune âge, Jonathan savait que la musique accompagnerait sa vie. Comme son frère Julien, tous deux ont hérité d'un nom qui résonne toujours dans le cœur du public : petit-fils d'un réalisateur de cinéma de génie Jules Dassin, fils de l'inoubliable Joe Dassin, leur enfance a pourtant été plus rythmée par les voyages que par une éducation musicale. Les Antilles et la Grèce, où leur mère les emmène régulièrement, offriront sans doute très tôt, à Jonathan le goût pour les musiques empreintes de chaleur.

À 13 ans, il monte son premier groupe « Limelight ». Jonathan chante en anglais des textes qu'il écrit avec sa tante Richelle.

À 16 ans, il quitte, avant d'avoir son bac, le lycée où il était en Belgique. Il part à Belgrade et découvre les influences slaves et se passionne pour la trompette.

S'en suit une année à Tahiti, une période fondatrice de sa vie, dit-il. Les rencontres et les 179695_188259561298003_467315470_n.jpgénergies locales lui inspirent beaucoup de mélodies et de textes dont « Pays lointain ».

À son retour, grâce à la trompette, il intègre le groupe « Nassara ». Pendant près de 5 années, à leurs côtés, il se familiarise avec le soukouss, le zouk, le reggae, la musique africaine et antillaise.

Puis, Jonathan change de décors et d'entourage. Il se remet à chanter seul à Autouillet, auprès de ses tantes Ricky et Julie. Il écrit et compose au piano : « Pays lointains », « Pourquoi faire semblant ».

La suite est faite de périodes fastes, mais aussi de moments de doute, d'« Idées noires » et de « Désert » une chanson née d'un voyage initiatique au Maroc.

Les collaborations se succèdent et le répertoire s'étoffe, Sylvain Inglebert « Ma gueule », Fabrice Colombani « Un autre matin », Michel-Ange Pecci « Quand je serai grand », Ludovic Gaudez et Jeff Lebrun « Ma voisine », Franck Compper « Sans raison » …

La route fut longue, mais ce n'est que le début pour JD… comme Jonathan Dassin.

DSC08521.JPGInterview :

La dernière fois que je t’ai vu, tu étais chez Wagram et ton album n’était pas encore sorti… tu ne l’es plus et l’album vient de sortir. C’est compliqué.

Je peux te dire qu’il a fallu le mériter cet album. La dernière fois que je suis venu te voir, j’étais avec des gens de chez Wagram. Depuis, nous nous sommes séparés parce que l’on s’est rendu compte que nous n’étions pas exactement sur la même longueur d’onde. Nous nous sommes quittés en très bons termes. Cela dit, après, il a fallu que je me remette au boulot.

Mais, le travail était déjà bien commencé.

Oui, les chansons étaient là. Après l’interview, je t’avais même fait écouter des chansons qui sont aujourd’hui sur cet album. On était vraiment sur la fin de cet enregistrement, mais il n’était pas tout à fait terminé. Il nous a fallu savoir dans quel cadre on pouvait continuer l’aventure.

Tu as finalement terminé cet album en indépendant et tu as trouvé un distributeur. Au fond, est-ce que ce n’est pas mieux ?

(Rires) Il y a des avantages à être indépendant. Je l’ai fait de mes mains, sans cadre, ni limite. Mais il y a aussi des avantages à être dans une major. Notamment, la force de frappe publicitaire inégalable qu’elle peut t’apporter. Dans les deux cas de figure, il y a des avantages et des inconvénients. Honnêtement, je n’ai pas vraiment choisi d’être indépendant, mais aujourd’hui, j’en suis fier. Je n’ai pas baissé les bras.

Clip officiel de "Le désert".

Il y a des chansons que je connaissais et qui existaient déjà il y a un an comme « Le désert » et « Ma gueule ».

Oui, mais elles ont été complètement remixées. Pour « Le désert », on n’a vraiment plus l’impression d’entendre la même chanson. C’est le jour et la nuit entre le premier et le deuxième mixage.

Dans ce disque, il y a pas mal de morceaux qui parlent d’évasion et de l’acte de tout quitter. « Le désert » ou encore « Faut que je me taille » ou « Pays lointain ».

J’aime beaucoup les voyages. Parfois même je suis resté dans des pays un petit moment. Quand j’avais 18 ans, je suis resté à Tahiti un an, par exemple… et j’ai écrit ma première chanson là-bas. C’est justement « Pays lointain » que j’ai décidé de mettre dans cet album.

Et « Faut que je me taille », elle a une histoire ?

À la base, cette chanson s’appelle « Faut de la maille » et ce n’était pas ma chanson. Je suis tombé amoureux de ce titre, mais je ne pouvais pas chanter « faut de la maille », donc j’ai refait tout le texte. Je me suis réapproprié cette chanson et j’en ai fait autre chose. Je suis reconnaissant aux auteurs originaux de m’avoir laissé faire ce que je souhaitais.

Il y a un truc qui m’étonne. Pourquoi as-tu voulu aller à Tahiti ? On sait que c’est là-bas que ton père est décédé.

Il y a plusieurs raisons et, comme tu le soulignes, il doit y avoir un rapport avec le fait que mon père aimait ce pays. J’y été déjà allé à l’âge de 3 ans et j’ai gardé de ce premier voyage là-bas de beaux souvenirs dans ma tête.

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(Photo : Pascal Bignolais).

Il y a des chansons que tu n’as pas du tout écrites, comme « Ma voisine » et « Quand je serai grand ».

Oui, mais ce sont des chansons que j’aime beaucoup et que j’ai envie de porter. « Quand je serai grand », franchement, elle n’est pas éloignée de ce que j’aurais pu écrire moi-même.

Quand tu étais jeune, pensais-tu que tu serais comme tu es à l’âge que tu as aujourd’hui ?

J’imaginais que j’allais être musicien. Je ne savais pas comment ça allait se passer. Disons que cela fait des années que je me dis : « cette année, c’est la bonne ! » Là, j’espère que ça va être le cas. Sincèrement, je pensais que ça allait être plus facile, que j’allais y arriver plus tôt, que j’aurais moins à me battre.

C’est d’être le fils de ton père qui finalement t’a desservi ?

Maintenant, je peux l’affirmer, ça a été une épée à double tranchant. Il y a eu peut-être trop de questionnements de la part des maisons de disque. J’entendais dire qu’ils ne savaient pas vraiment comment faire un travail de développement avec un « fils de ». J’imagine très bien que ça puisse être compliqué. Mais, j’ai eu un peu d’intérêt de la part des médias. Je leur suis très reconnaissant de passer outre les aprioris.

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Ta condition de « fils de » n’implique pas que tu sortes un mauvais album. Il est très honorable et surtout, malgré une voix similaire à celle de ton père, tu te détaches nettement de son répertoire. C’est très intéressant.

Ce serait dur de reproduire ce que faisait mon père. Tu t’imagines si je calquais ses chansons…

Ton disque est très ensoleillé et très pop.

Il est très varié. D’ailleurs, il ne s'intitule pas, c'est un album éponyme. Il ne peut pas s'intituler, car ce n'est pas une idée, mais le condensé de cette tranche de vie, avec ses transformations perpétuelles. C'est mon histoire, mon travail, ma passion. Il y a des anciennes chansons, des chansons écrites par d’autres et des chansons que j’ai écrites très récemment.

Y en a-t-il une que tu préfères ?

Peut-être « Idées noires ». C’est la chanson la plus personnelle, celle où je n’ai guère laissé la possibilité aux autres de s’exprimer.

C’est l’histoire d’un homme tourmenté qui n’est pas forcément très sympathique.

Je l’ai écrite de mauvaise humeur et dans un moment de solitude. J’ai dû avoir des périodes très courtes où j’étais tourmenté. Ce qui est important dans une chanson, c’est d’aller au-delà de ses petites contrariétés et ne jamais ne s’apitoyer sur son sort ou ses actes.

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(Photo : Pascal Bignolais)

Il y a un instrumental, « Amnesia ». C’était pour montrer que tu es bon musicien ?

Non, parce qu’il n’a pas une technicité incroyable dans ce morceau. Juste, j’aime la musique. Et parfois la musique sans paroles. Cette musique, je l’ai depuis longtemps et j’ai toujours su que je n’allais jamais y ajouter des paroles. Et puis, j’aimais bien l’idée de terminer sur quelque chose de doux.

Dans « Un autre matin » et « Pourquoi faire semblant », tu parles d’histoires d’amour et de manière peu positive.

Aujourd’hui, je vois l’amour de façon différente, car ma vie amoureuse est différente. Ma compagne et ma petite fille me comblent. Dans « Pourquoi faire semblant », je trouve qu’il y a beaucoup d’humour. L’homme en question dans cette chanson est un salaud. Mais, parfois dans ma vie d’avant, je n’ai pas été tendre.

Dans « Sans raison », c’est presque sexuel !

Oui, là on est dans le positif (rire).

Dans « Ma gueule », il y a beaucoup d’ironie.

C’est ce que je voulais. On est tous un peu égotiques. Je souhaitais que tout le monde puisse se reconnaître avec un peu de second degré et à la fois, tout le monde peut reconnaître quelqu’un de son entourage.

Sinon, tu l’aimes ta gueule ?

Ca dépend des jours. Je ne me trouve pas particulièrement beau, mais je m’assume ainsi.

Clip officiel de "Ma voisine".

544471_193053430818616_734965663_n.jpgJe trouve dommage le choix du premier single « Ma voisine ». Ce morceau n’est pas du tout représentatif de l’album. C’est la plus légère et j’ai peur que l’on dise que ton album est léger. Ce n’est pas le cas.

Je suis un peu d’accord avec toi. C’est la plus légère et un peu un ovni. Cette chanson nous a porté chance… mais le prochain single sera très différent.

Sur Youtube, j’ai regardé ta prestation dans Le Grand Cabaret… j’ai senti Patrick Sébastien très ému. Il a bien connu ton père, je crois.

Patrick  m’a dit qu’il avait beaucoup aimé « Ma voisine ». J’apprécie beaucoup sa personnalité et je crois qu’il est sincère. Sur le plateau, je me disais simplement : « Pourvu que je ne chante pas faux ! Pourvu que je donne ce qu’il faut donner !»

Tu as des retours sur ton album, hormis la famille et les amis ?

J’en ai quelques-uns sur mon site, sur Facebook et sur internet plus généralement. Il semblerait que les gens aiment. Il semblerait… Maintenant, il faut que je le fasse connaître. J’ai autour de moi une toute petite structure et je n’ai pas une grande force de frappe au niveau de la publicité. J’espère que cet album fera ton chemin grâce à des gens comme toi et par le bouche à oreille.

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Jonathan et ses parents...

Peut-on parler du disque de duo entre Hélène Ségara et ton père ?

Euh… oui.

Il est dit partout que ton frère et toi étiez de la partie. C’est vrai ?

Sans polémique, j’ai rencontré une fois Hélène Ségara dans un hôtel. Nous nous sommes dit bonjour. La vérité, c’est que, personnellement, je n’ai pas participé à ce projet. Je vais à l’encontre de ce que dit la chanteuse dans sa communication. Non, je n’ai jamais dit qu’elle était la Joe Dassin féminine. C’est faux. Hélène Ségara n’est pas le Joe Dassin féminin. Mais, je ne veux pas créer de polémique, ce n’est pas grave. Je suis très content qu’il marche. Juste, que l’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit.

Un jour, rendras-tu un vrai hommage à ton père ?

Oui. Mais, je ne veux pas me faire connaître comme ça. Je n’ai jamais voulu me faire connaître ainsi. Je rendrai hommage à mon père un jour. À ma manière. Je le ferai autrement en tout cas.

Tu as écouté le disque ? Qu’en as-tu pensé ?

Bip ! Je ne veux pas parler de ça. Mais, je ne suis pas très respecté dans cette partie-là. Il faut savoir que depuis plus de 15 ans, on ne m’a jamais inclus dans la communication de mon père.  Mais, moi, ça m’a convenu, parce que je faisais autre chose. Mais, qu’on me sorte du chapeau aujourd’hui, je l’ai un peu de travers.

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Revenons à du positif. J’aime ton album parce que je trouve qu’il donne la pêche, même s’il y a des textes graves.

J’entends dire que cet album est plutôt gai et ça me plait. Je trouve ça étonnant, mais c’est très chouette pour moi. J’ai l’impression que j’ai tendance à mettre de côté les aspects les plus graves de ma vie. Je suis loin d’avoir tout dit et j’ai même encore beaucoup de choses à dire.

Tu écris beaucoup ?

Je ne suis pas un foudre de guerre. Mais si je regarde derrière moi, oui, j’ai pas mal écrit et j’écris toujours régulièrement.

Préfères-tu écrire des textes ou composer de la musique ?

J’ai eu un moment ou faire sortir la musique était beaucoup plus simple. Écrire n’était pas évident. Presque une souffrance. Depuis pas très longtemps, ça va beaucoup mieux. Je laisse tomber les peurs et les barrières et j’arrive à écrire beaucoup plus librement. Je trouve que la qualité des textes s’en ressent. J’ai hâte de sortir le deuxième.

Es-tu confiant pour la suite de ta carrière ?

Je suis dans un état d’esprit très positif. Je suis plein d’espoir, relativement confiant, mais absolument pas bercé d’illusions.  Il peut se passer n’importe quoi avec cet album. Ce qui est sûr, c’est que je continuerai à faire de la musique. Et je me donnerai les moyens de faire d’autres albums. Cet album dit que je suis musicien, donc, je vais continuer…

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Avec Jonathan Dassin, après l'interview, le 6 novembre 2013.

16 décembre 2013

OTTiLiE [B] : Interview pour Histoires d’O2

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ottilie [b],histoires d’o2,interview,mandorÀ l’écoute de l'album d’OTTiLiE [B],  Histoires d’O2, on tombe un peu à la renverse… de bonheur et d’étonnement. Cet album de quatorze morceaux a été conçu en réaction à l'œuvre littéraire érotique,  Histoire D'O, écrite par Pauline Réage. Cette jeune artiste, auteure compositeur est adepte des expérimentations musicales. Loin du conformisme de bien des premiers albums, celui-ci étonne et séduit immédiatement. Une brillante réussite qui éveille la curiosité. Il me semblait primordial de rencontrer cette étrange et exceptionnelle artiste. OTTiLiE [B] est donc venue à ma rencontre à l’agence le 15 octobre dernier.

Biographie officielle :ottilie [b],histoires d’o2,interview,mandor

Femme libre aux origines multiples (Kabylie, Mongolie, Italie …) OTTiLiE [B] joue avec les codes et les références pour mieux les détourner.

Pour elle, tout s’inspire et tout l’inspire ! Ses influences se promènent de Björk à James Blake en passant par Fink, Gainsbourg, Satie, Les Elles et encore Sainkho Namtchylak ou Abida Parveen.

Avec OTTiLiE [B] le virtuel devient concret : l’utilisation d’un lap top piloté de ses pieds nus (pédalier MIDI) et l’accordéon est dépoussiéré par un jeu nerveux, minimaliste et actuel, sa musique singulière réunit poétique et musicalité des mots soulignée par un live électro et des chants du monde (chant diphonique, soufi). La spontanéité de ce tourbillon et sa générosité nous invite les sens et les titille avec humour.

En live, on perçoit quelque chose de primaire, sauvage, du cri primal et primitif quelque chose qui sort de la féminité et l’incarne au plus profond. Dans sa façon d’empoigner ses instruments de tordre les notes et les mots, elle travaille comme de la glaise la matière sonore et humaine.

Sans oublier que la musique est une vibration, un mouvement d’air et qu’il peut être pur et violent tout à la fois…respirez profondément et joignez-vous à l’expérience pour faire vibrer vos cordes sensibles !

ottilie [b],histoires d’o2,interview,mandorInterview :

Ottilie [B] est une identité assez récente. 

Ottilie, c’est mon vrai prénom de naissance. A un moment, le fait que mon prénom soit aussi mon nom d’artiste, j’ai trouvé ça hyper lourd. J’avais besoin de différencier mon projet de ma personne. Du coup, en 2010, j’ai rajouté un [B].

Je n’ai rien trouvé sur toi sur internet datant d’avant 2010…

J’ai essayé de tout enlever (rires). J’ai réellement commencé en 2007, sous le nom d’Ottilie. Je jouais avec deux percussionnistes différents. J’ai chanté dans la rue, dans des bars, comme plein d’artistes qui débutent.

 Quel était ton genre de répertoire ?

J’étais plus dans la chanson dite « traditionnelle ». Le côté [B] que j’ai rajouté, c’est le côté plus électronique. Un jour, j’ai fait une formation en MAO (musique assistée par ordinateur), ça m’a ouvert un espace infini de possibilités et surtout d’arrangements qui m’étaient propres. J’ai pu faire ce que je voulais. J’ai pris les rênes de mes envies musicales.

Ce que tu fais est vraiment unique en France. Par exemple, les voix chevauchent la musique. On ne sait plus ce qu’on entend… mais c’est délicieux.

Je trouvais ennuyeux le format des chansons classiques, où on entend une musique qui traîne derrière, avec une voix hyper mise en avant. Je considérais que le travail de la voix pouvait être utilisé comme une matière, comme un instrument. Cela étant, les textes sont aussi très importants pour moi. Je voulais qu’ils soient intelligibles. J’avais envie que le tout fasse partie d’un ensemble, mais d’une manière plus fluide.

Tu cherchais à brouiller les pistes ?

Oui. C’est exactement cela. J’aime cet instant magique où on ne sait pas trop où on va. Mais grâce au travail de mixage, j’ai tout maîtrisé de A à Z. Qu’est-ce qui est réel ? Est-ce que c’est ce que l’on entend vraiment ? Est-ce que c’est ce que l’on voit ? D’ailleurs je vais continuer mon travail dans ce sens, peut-être avec de la vidéo, de l’hologramme parce que l’expérience de l’instant m’intéresse. Maintenant, elle peut être « illusionnée ».

Clip de "Survive (Je suis l'étoile)".

Tu es dans la lignée des Camille et autre Claire Diterzi… des "chanteuses chercheuses" en quelque sorte.

Ça me va. Mon projet, lui, était un concept graphique à la base. J’étais partie d’un morceau central avec des équations. Des questions-réponses sur des morceaux. Mes chansons se répondent entre elles.

C’est architectural et mathématique ta façon de concevoir une chanson.

Quand j’ai eu l’idée de travailler la musique, les éléments sonores comme de la matière, ce qui m’intéressait, c’est que l’on ne puisse plus juger le bien du mal. Musicalement et dans le propos poétique, je ne voulais pas que l’on puisse déterminer ce qui est bien où ce qui est mal. Je voulais un équilibre de force qui réponde au concept graphique que je souhaitais. Telle chanson est assez sombre et telle autre lumineuse. Mises en face, ça fait un ensemble. C’est comme une vie. Dans une vie, il y a bien des choses que l’on reçoit de manière positive et d’autres de manière négative. En même temps, la vie est telle quelle. Il faut dépasser tout ça.

En t’écoutant, je me dis que ta façon de travailler n’est pas simple.

(Rires.) Si j’osais, je dirais que c’est presque spirituel. Je voulais dépasser la notion du bien et du mal avec des équilibres. Ce qui peut sembler des contraires au départ, dans des émotions, dans des textes, dans des sons, je voulais en faire quelque chose qui soit un ensemble. Je voulais une unification.

"Chapeau d'O" en live.

Tu ne t’es pas demandé si cette œuvre-là n’allait pas être un peu compliquée pour les gens ?

Non, mais franchement, ce sont des petites chansons abordables pour tout le monde. Je n’utilise pas des termes hyper compliqués. Je sais qu’il y a tout un cheminement de plusieurs jours derrière mes textes, parce que j’ai cherché le mot juste. La justesse dans un album, dans un texte ou dans une présence scénique, ce n’est pas forcément esthétique. C’est ça que je cherchais dans ce disque : être juste. Parfois même, je suis allée jusqu’à chanter volontairement faux. Notamment dans « L’automne », j’ai cherché des minis comas un peu faux pour créer, non pas des dissonances, au contraire, mais des choses qui me paraissaient justes. C’est difficile à expliquer.

Tu as le trac avant de monter sur scène ?

Je ne sais pas. Ça dépend. Ça m’arrive d’être dans tous mes états, parce que je suis très émotive. Il ne faut pas que quelque chose m’émeuve trop avant un concert, car ça peut me déstabiliser. Mais, bon, je suis professionnelle, j’arrive à faire un concert même si je suis tracassée…

Quand sait-on qu’on est professionnelle ?

Pour moi, la reconnaissance du métier, c’était déjà d’être intermittente du spectacle, ce que je suis depuis 6 ans. Je dis même que je suis artiste. Je fais du théâtre, de la musique du film, je dessine… enfin, j’ai des tas d’expériences artistiques. J’aime bien que ce soit global.

ottilie [b],histoires d’o2,interview,mandorLa première fois que j’ai écouté ce disque, je ne savais rien de toi. Ce qui m’a d’abord surpris, c’est le son, la musique et les textes souvent très osés, charnels, voire sexuels.

J’ai lu Histoire d’O de Pauline Réage sur le tard. Je devais avoir 25 ans. Le fantasme que je m’en faisais, c’est que c’était un chef-d’œuvre de la littérature érotique. Du coup, je l’ai lu en le prenant avec cet apriori. En fait, le livre est vraiment trash. C’est quand même l’histoire d’une femme qui s’« objectise » et qui se donne par amour. Elle est destituée de ce qu’elle est et elle se « chosifie ». Il est beaucoup question d’O dans mon disque. Je lui rends hommage. A la fin du livre, j’avais l’impression que mes ailes étaient coupées. J’avais besoin d’air, j’avais besoin que ça se passe autrement pour elle. Dans le livre, la fin est tragique. Je voulais refaire l’histoire en fait. Ce livre m’a choquée. J’avais envie de pouvoir parler de ces choses. Comment parfois on s’oublie, comment on donne son corps, comment on reçoit le corps de l’autre, comment ça peut être fait en étant acteur et en assumant complètement ce qu’il se passe même si ce n’est pas quelque chose d’agréable. Dans Histoire d’O, à la fin, tellement O ne s’appartient plus, elle demande à l’homme qu’elle aime si elle peut se suicider. Il lui dit oui et elle le fait. C’est juste quelqu’un qui s’est mis dans les rails et qui n’a plus osé ou voulu choisir autre chose.

Clip de "Crayons" réalisé par Otillie [B].

Est-ce que certaines personnes, après avoir écouté ton disque, t’ont demandé si tu étais féministe.

Non, mais il y a des gens qui viennent me remercier pour ce que l’album vient toucher chez eux et pour ce qu’il vient réveiller de ce qu’il y en eux de militantisme.

Tu n’as pas l’impression de militer ?

Non, même si, dans un de mes textes, je dis : « j’ai mal au fond du vagin ». Il y a des gens que ça choque et limite, ça me choque aussi. C’est ça qui est craignos, parce que je ne comprends pas pourquoi ça me choque. Je parle juste du sexe de la femme, ça dépasse la sexualité. Ça devrait être banal de pouvoir en parler et ça m’arrive d’être mal à l’aise de chanter ce texte en public. Si je dois synthétiser mes propos, je dirais que je fais du militantisme envers moi-même. Je ne prêche aucune vérité aux gens et je n’ai aucun message à délivrer.

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Curieusement, si la structure de tes chansons est compliquée, les mélodies sont, paradoxalement, simples.

Quand je fais une chanson, la mélodie est imbriquée avec les mots ou les sonorités, parce que parfois ce sont des onomatopées. Pour moi, ça va ensemble avec le langage. La musique, c’est aussi un vocabulaire à utiliser. Je l’utilise de manière instinctive.

Le texte est donc un instrument de musique ?

Oui,  je l’utilise comme ça. Parfois, j’utilise un mot uniquement pour sa sonorité. Il va en découler un sens qui a un autre sens un peu plus profond, auquel je ne m’étais pas attachée.

Le CD'Aujourd'hui (paix à son âme!) que nous avions consacré à OTTiLiE [B] il y a 6 mois. (Elle est interviewée par mon excellente consœur Marion Combecave).

D’où vient ton inspiration ?

Je ne sais pas, mais ce que je sais, c’est qu’il y a dans mon travail une quête de sens et une quête spirituelle.  

Le succès n’est pas venu vite, mais j’ai l’impression que ça commence à bouger autour de ta personne…

Il était temps. Je suis au bout de mon investissement, maintenant, j’aimerais bien recevoir.

Quand on vient de faire un album de cette nature, aussi fort et original, sait-on ce que l’on va faire après ?

Oui. Je vais travailler sur le passage entre la vie et la mort. Ca ne va pas être plombant… j’aime quand des sujets difficiles deviennent parfois drôles. J’aime aussi le bon humour. L’humour bienveillant.

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14 décembre 2013

Les Ptits Courageux dans Enfant Magazine !

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img607.jpgCertains d’entre vous le savent, je suis papa d’une petite fille de 8 ans atteinte par une maladie génétique : le syndrome de Crouzon. J’en parle parfois ici, mais rarement. Étant le responsable communication de l’association « Les Ptits Courageux, association des enfants porteurs  d’une facio-craniosténose syndromique », il m’arrive d’en parler à des journalistes qui en font la demande.

Pas assez. (Je culpabilise d’ailleurs beaucoup de ne pas donner plus de temps pour l’association).

J’ai été contacté par une journaliste médicale, la très sympathique Frédérique Odasso, qui souhaitait interroger des parents dont un enfant est touché par une maladie génétique.

J’ai accepté avec plaisir. Nous avons donc parlé plus d’une demi-heure de l’association et de comment ma femme, Hilda, et moi avons vécu l’annonce de la maladie et comment nous avons réagi pour nous en sortir (à peu près).

Je suis journaliste, je sais comment cela se passe. Il faut choisir la substantifique moelle de la conversation pour en tirer quelques lignes bien senties. Dans ce cas précis, le résultat est assez juste, même si rien de ce que l'on a ressenti n'est vraiment expliqué et si  j’ai relevé deux approximations...  Rien de grave, cela étant, mais j'y reviens après vous avoir laissé lire le témoignage:

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Quelques précisions : la page Facebook est administrée principalement par Héloïse Reichardt-Ogier, la présidente de l’association Les Ptits Courageux. Quelques autres membres de l’association ont les « clés » de la page, dont ma femme et moi. Nous nous contentons le plus souvent de donner des nouvelles de Stella, notre fille. Donc, que les choses soient claires, c’est Héloïse qui anime la page régulièrement et qui en reste la grande administratrice. 

53660ccf4b095e9.jpgLe livre Les 7 Petits Nègres n’est pas dédié à l’association Les Ptits Courageux, mais une partie des bénéfices reviennent à elle (ce qui est encore mieux).
Pour en savoir plus sur ce livre et vous le procurer éventuellement !
Sinon, ma fille Stella va bien, mais nous ne sommes jamais complètement rassurés sur son sort, comme tous les parents des "ptits courageux" envers leurs enfants.

Merci à Frédérique Odasso pour ce coup de projecteur sur l'association Les Ptits Courageux.

(Et merci à Carole Zalberg qui nous a mis en relation...)

Auren : interview pour la sortie de J'ose

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Le paysage musical français accueille une nouvelle venue, Auren. Cette jeune femme trentenaire arrive avec un album dont le titre annonce la couleur : J'ose. Et elle ose. Les choix, les multiples facettes, les grandes scènes.

Et Auren a « osé » me contacter. Sa démarche et sa façon de faire m’ont plu. Elle s’est présentée (humblement en plus), mais ce n’était pas la peine… je l’avais déjà repéré, avec l’idée de la contacter moi-même un jour. Les grands esprits…

Le 18 octobre dernier, Auren est venue à l’agence pour que nous fassions connaissance, micro ouvert, évidemment. Comme elle sera ce lundi 16 décembre au Divan du Monde, l’occasion était belle de publier enfin le fruit de notre conversation.

auren,j'ose,interview

auren,j'ose,interviewBiographie officielle (mais raccourcie):

J’ose est le pétillant premier album d’Auren.

À l’origine, il y a une artiste, une musicienne, une voix où se joignent fausse candeur et réelle mutinerie, et des chansons où l’astuce des textes et la folie mélodique sont vécues comme un acte d’insoumission. Ainsi armée, Auren s’est adjoint les services d’un savant fou de la pop en la personne de Nicolas Dufournet. L’ancien bassiste des Oui-Oui est donc celui qui fait rentrer en collision cet univers de chanson française délurée avec toute une caverne d’Ali Baba de sonorités, où le vintage tendance sixties. 

Née à Lyon, Auren est d’abord pianiste. Revendiquant son attachement à la variété francophone autant qu’à la simplicité brute d’un Johnny Cash, la jeune musicienne écrit ses titres et trace pas à pas son chemin toute seule, commençant par les petites scènes pour aboutir à des premières parties prestigieuses telles que celles de Chris Isaak ou Francis Cabrel, qui compte parmi ses influences revendiquées. Débrouillarde et pleine de ressources, elle prend alors le temps de multiplier et triturer ses chansons avant d’enregistrer son album, toujours soucieuse de rester fidèle à son étrange mélange de malice, de chic et de simplicité.

Si les textes parlent d’amour, c’est pour mieux en varier la couleur : tantôt délicieusement provocateurs (« Crocodile »), tantôt coquins (« Seule dans mes draps »), tantôt égoïstes (« Changer la donne »), tantôt libertaires (« L’échappée belle »), ils se répondent comme un inépuisable kaléidoscope. L’univers de J’ose est donc une utopie, où pop et variété ne s’excluent pas, où le passé et le présent peuvent jouer ensemble, où l’amour rime toujours avec l’insoumission.

auren,j'ose,interviewInterview :

Tu es lyonnaise et tu es restée dans ta ville jusqu’à l’âge de 20 ans. As-tu commencé la musique là-bas ?

Oui, parce que ma grand-mère était pianiste et elle a enseigné cet instrument à tous ses petits-enfants. J’ai touché mes premiers claviers à 6 ans. C’était beau d’échanger la musique avec ma grand-mère. Elle m’a appris la musique classique jusqu’à l’âge de 15 ans et ensuite, je lui ai apporté des partitions pop. Jusqu’à ce qu’elle décède en 2011, nous avons toujours partagé nos musiques respectives. 

Quand as-tu pris la décision de consacrer ta vie à la musique ?

Déjà, ado, je sentais une vibration particulière quand j’écoutais de la musique. Je suis allée voir beaucoup de concerts quand j’étais jeune, seule ou avec mes parents. J’ai vu Véronique Sanson, Patricia Kaas… ce genre d’artistes. Mon père écoutait beaucoup de chansons françaises, ma mère, elle, écoutait plus d’anglais. J’ai beaucoup entendu l’album des Pink Floyd, The Wall, à fond à la maison. Moi, j’allais vers des artistes comme Vanessa Paradis, Nirvana.

Teaser de l'album J'ose.

auren,j'ose,interviewTu as fait des études « sérieuses », prépa HEC, l’EDHEC… Rien ne te préparait à une carrière musicale.

Mes premières chansons étaient des échappatoires pendant mes études. J’ai chanté dans des bars, sur la place des Célestins lors de la Fête de la Musique. Quand je suis parti à Nice faire des études, j’ai continué à chanter dans des petits bars, des clubs. J’ai même monté une association de musique qui me permettait d’interpréter mes propres chansons.

Tu es ensuite venue à Paris, dans le cadre d’un stage.

Oui, j’ai rencontré Paul Ives. Il m’a aidé à structurer le projet. Je ne savais pas réaliser une chanson. C’était vraiment instinctif. On a écrit le premier album ensemble. Moi aux textes et nous deux à la co-composition en musique.

En 2006, tu as rencontré Michael Jones.

Il a pris le pari fou de me prendre en première partie sur toutes ses dates en piano-voix. Je me suis dit que j’avais peut-être ma place dans ce métier. C’est à ce moment-là qu’a commencé mon addiction à la scène.

Après, tu as fait les Rencontres d’Astaffort avec Francis Cabrel.

Oui et j’ai fini par faire ses premières parties. Lors de l’une d’elles, un entrepreneur m’a vue et a décidé de m’aider. Je viens du mécénat finalement. J’ai pu sortir un premier disque.

Clip de "L'échappée belle".

auren,j'ose,interviewTu as signé ton deuxième album chez Naïve. C’est une belle maison. C’est encourageant pour une jeune artiste ?

Oui, évidemment. Sur le premier disque, j’avais écrit des chansons d’adolescence. Il ne présentait qu’une seule face de ma personnalité. C'était bien d'être auto-produit. Je me cherchais encore. Ce deuxième disque, beaucoup plus mature, présente toutes les autres facettes. Je parle de sujets qui concernent la femme trentenaire.

Si on écoute ton deuxième disque, sait-on qui est la vraie Auren ?

Oui, c’est celle qui n’a pas fait de compromis. J’aime bien l’éclectisme, la couleur, le contraste. Avec Nicolas Dufournet, on a beaucoup marché à l’instinct. Après ce sont les chansons qui nous ont guidées. Elles nous mettaient nos propres limites.

Tu évoques l’amour sous toutes ses formes.

Je ne chante que des choses qui me touchent. Je parle de l’amour du couple, l’amour de Frida Kahlo pour Diego Rivera, l’amour de ma grand-mère pour son mari après 60 ans de mariage, toujours identique. Je parle aussi de l’insoumission. Je dis que je ne vais pas me laisser faire par l’homme que j’aime. En fait, si je dois résumer, c’est un disque sur la place de la femme dans le couple et dans la société.

Je reviens sur la chanson sur Frida Kahlo… c’est un très bel hommage.auren,j'ose,interview

C’est une femme qui a marqué les femmes de ma famille. Ma mère et ma tante me l’ont fait découvrir au moment de la sortie du film avec Salma Hayek, Frida, en 2002. Après, je me suis beaucoup intéressée à elle. Elle a une force incroyable. Son histoire d’amour avec Diego est impressionnante. Dans les années 30 au Mexique, elle était parmi les premières à faire des choses pour la défense des femmes et permettre leur insoumission.

L’insoumission revient souvent dans tes chansons.

C’est quelque chose que possède chaque femme en soi en 2013.

La place de la femme n’est toujours pas là où elle devrait être ?

C’est mieux, mais ce n’est pas encore ça. Des femmes comme Frida Khalo, ce sont des vraies leçons de vie. Elle a souffert, mais elle a fait de sa souffrance une beauté. Dans ses tableaux ça se voit.

Derrière tes textes, on décèle quelqu’un d’ironique aussi.

Je suis pas mal second degré. « J’ose », c’est vraiment la phase de vie dans laquelle je suis en tant qu’artiste et en tant que femme. Je m’affirme, j’ose dire qui je suis et j’ose déplaire surtout. C’est grâce à la musique que j’ai pu devenir qui je suis vraiment.

Session acoustique de "En face".

auren,j'ose,interviewAs-tu peur de la page blanche, de la perte de l’inspiration ?

Un peu. Parfois, je sens qu’il y a des moments où ça ne veut pas venir.

Que fais-tu dans ces cas-là ?

J’appelle à l’aide le ciel (rires).

Ah ! D’accord ! La création a une origine divine !

Peut-être pas, mais il y a quelque chose de cet ordre-là. Il y a beaucoup de magie dans la création. La chanson que j’ai écrite pour ma grand-mère s’est imposée à moi 3 jours après son départ.

Elle a peut-être agi de là-haut.

Je ne sais pas (sourire).

Tu as fait pas mal de premières parties. On apprend quoi quand on chante dans ces conditions ?

On apprend à être sur scène. On est inconnu et on a un public qui ne nous attend pas. C’est comme un saut dans le vide. C’est du sang froid, de l’adrénaline, la gestion du trac et c’est donner. Donner vraiment au public. Quand tu fais les premières parties de Chris Isaak,  Benjamin Biolay ou Francis Cabrel, je t’assure qu’il ne faut pas se démonter parce que les gens qui sont devant toi sont de grands fans des artistes en question.

auren,j'ose,interview

Je pose souvent cette question. Une artiste, c’est quoi ?

On ne monte pas sur scène si on n’a pas un léger problème d’ego. On se met en hauteur et on se fait applaudir… c’est de l’ordre de la névrose. Mais qui n’est pas névrosé aujourd’hui ? J’aime vraiment partager. Partager avec les musiciens et partager avec le public. J’aime les gens et le contact avec eux. Il y a quelque chose qui nous remplit.

Y a-t-il une carrière que tu envies ?

Celle de Zazie est une jolie carrière. Elle est toujours là depuis 20 ans tout en faisant ce qu’elle a voulu. Elle est restée simple et semble authentique.

Dans les thématiques de tes chansons et dans la musique, tu n’es pas aux antipodes d’elle, d’ailleurs.

En tout cas, je me sens proche de cette femme. J’aime comme elle parle et j’apprécie son discours.

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Avec Auren, après l'interview, le 18 octobre 2013

12 décembre 2013

Mélanie Pain : interview pour Bye Bye Manchester

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Mélanie Pain s'est fait connaître avec le groupe Nouvelle Vague dont elle est la chanteuse depuis 2004 et avec qui elle a enregistré 4 albums. Tout en continuant de participer à cette aventure, elle entame rapidement une carrière solo pour se consacrer davantage à l'écriture et développer un univers plus personnel. Cette jeune femme pleine de charme ne fait rien comme les autres. Une mandorisation s’imposait…

À l’occasion de la sortie de son deuxième album solo, Bye-Bye Manchester, nous nous sommes retrouvés le 24 octobre dans un café de Montreuil. Son antre.

Biographie officielle :

En 2004, avec pour seule expérience celle de fredonner chez elle par-dessus les disques qu'elle aime (des Smiths à Sonic Youth) elle s'improvise chanteuse pour donner de la chair aux morceaux electro pop de son ami Benoît de Villeneuve. Quelques semaines après, Marc Collin craque sur sa voix et l'invite à participer au projet de reprises new wave sur lequel il travaille.

À force d'être invitée sur les disques des autres (M83, Villeneuve, Nouvelle Vague), Mélanie Pain a eu envie de son disque à elle. En 2009, c'est chose faite avec My name qui voyagera pendant plus de 2 ans entre la France, l'Angleterre, l'Asie, l'Australie, l'Allemagne.mélanie pain,bye bye manchester,interview

Pour écrire son deuxième album, Mélanie décide de poser ses valises à Manchester. Dans ses bagages, une autoharpe, un petit synthé Casio, un ukulele et un dictaphone. Son nouvel album Bye, Bye Manchester naît donc en Angleterre pendant l'hiver 2011, et paradoxalement s'affranchit des vapeurs de la brit-pop pour laisser libre cours à des ambiances tout en contrastes, allant de la pop électronique à l'acoustique.

Dans ses textes, Mélanie Pain est tiraillée entre l'envie d'aller de l'avant ("Bye Bye Manchester", "Je laisse tomber", "Ailleurs") et la peur de tomber ("7 ou 8 fois", "Ça grandit").

De retour à Paris, elle confie ses chansons à Albin de la Simone qui enregistre et arrange Bye-Bye Manchester. Fidèle à son style retro pop, elle compose désormais, écrit et explore un son personnel, plus fougueux, plus intense en abusant sans complexe de programmations et des synthés vintage.

mélanie pain,bye bye manchester,interviewInterview :

J’aime bien savoir comment l’artiste que j’ai en face de moi en est arrivé à faire de la musique.

Pour ma part, ça n’a pas été une évidence. Mes parents ont toujours essayé de me mettre à la musique, mais je n’aimais pas particulièrement. J’ai suivi des cours de batterie. Ils avaient mis l’une de mes sœurs à la guitare, une autre sœur au saxo… moi, je suis tombée sur la batterie. J’ai fait un an de conservatoire, je me suis cassé une cheville, alors, pour la batterie, c’était foutu. Du coup, je n’ai jamais repris aucun autre instrument.

Et bien, dis donc ! Tu n’étais pas partie pour devenir musicienne.

Pas du tout, même. J’ai fait Sciences-Po. À la base, il était question que je fasse une carrière « sérieuse ». Je suis montée à Paris pour faire de la communication et pour, éventuellement, devenir journaliste. J’ai commencé à bosser dans une agence de pub assez grosse, ensuite, j’ai trouvé des boulots à droite à gauche dans le web. C’était l’époque où le web explosait de partout.

Ça ne m’explique pas comment tu as mis un pied dans la musique…

Je n’ai jamais voulu devenir musicienne, mais je sortais toujours avec des musiciens. Ce n’est peut-être pas un hasard, mais à l’époque, je ne m’en rendais pas compte. Je sentais que la musique était importante dans ma vie, mais plutôt en tant que fan. Un jour, mon mec de l’époque, Villeneuve, me dit qu’il cherche une chanteuse. Il m’a donc tout naturellement fait interpréter quelques morceaux enregistrés sur une démo, juste pour qu’il puisse aller démarcher une chanteuse. Les gens qui écoutaient la démo demandaient à qui appartenait la voix. Ils se demandaient pourquoi Villeneuve cherchait une voix féminine alors qu’il l’avait déjà.

C’est comme ça que Marc Colin, le leader de Nouvelle Vague, a entendu ta voix pour la première fois. 

Oui. Il m’a demandé d’aller enregistrer direct avec lui. J’ai hésité, estimant que je n’étais pas chanteuse. Mais au bout d’un moment, j’ai changé d’avis. Marc ne voulait pas forcément d’une fille qui savait chanter, mais d’une fille qui avait un grain de voix original et une personnalité. En trois mois, ma vie a subitement changé. Je me demandais ce qu’il m’arrivait et en même temps, je trouvais ça génial.

mélanie pain,bye bye manchester,interview

Le groupe Nouvelle Vague.

Tu as fait ton premier concert avec Nouvelle Vague, quasiment, six mois plus tard.

Oui, j’étais avec Camille. On était censé faire une heure et demie de concert toutes les deux et on ne se connaissait pas. Elle avait déjà un niveau incroyable et moi, je débutais. J’ai appris la scène dans ce contexte… avec une certaine pression.

À cette époque, tu avais 24 ans, je crois.

C’est ça. Je me demandais pourquoi je n’avais pas ressenti ce besoin d’être sur scène bien avant.  J’ai tout balancé de ma vie d’étudiante à Sciences-Po. Je me suis sentie incapable de revenir à ce genre de vie.

mélanie pain,bye bye manchester,interviewPersonne ne s’attendait à ce que Nouvelle Vague décolle aussi vite et aussi loin. Vous êtes allés partout dans le monde…

J’ai eu beaucoup de chance, mais j’ai toujours ressenti l’impression de ne pas mériter ce qu’il m’arrive.

Sérieusement, as-tu eu parfois un peu de culpabilité d’être dans ce tourbillon involontaire?

Plus maintenant, mais au départ oui. J’ai passé trois ans à être sur scène, en tournée dans le monde entier. À chaque fin de concert, je me demandais ce que je foutais là. Quand je parlais avec les gens qui étaient autour de moi, c’était tous des musiciens incroyables qui ont bossé leurs instruments pendant des années. J’en côtoyais qui essayaient de percer depuis dix ans et moi je débarquais là, un peu par hasard. J’avais un gros problème de légitimité. Surtout que pendant tous les concerts, j’étais à côté de Camille. Il fallait donc que j’assure. Mais la joie et l’excitation que j’avais sur scène dépassaient cette culpabilité. Je n’ai jamais laissé la culpabilité me faire louper des opportunités.

Aujourd’hui, ce sentiment a complètement disparu ?

Oui, vraiment. Ca fait 10 ans que je chante pour Nouvelle Vague avec 200/300 concerts par an. Je me sens quand même légitime d’être là.

En 2009, tout de suite après la sortie de ton premier album solo, My Name, tu as faitmélanie pain,bye bye manchester,interview beaucoup de scènes à l’étranger.

Je suis le type de chanteuse française qui est mieux identifié et qui marche mieux à l’international. Les gens sentent que je suis française, que je fais de la chanson, mais que j’ai aussi un background un peu pop et indé. C’est aussi le cas de Françoiz Breut et Coralie Clément. On a toutes les trois une image qui est claire et nette.

En France, tu es donc plus difficile à identifier ?

Oui, parce que je ne fais pas de la variété, ni de la grosse pop commerciale, ni de la chanson française intello… du coup, ici, c’est plus difficile de sortir du lot. À l’étranger, les gens ne se posent pas la question de savoir dans quel genre te cataloguer. Ils aiment bien mes chansons, ils viennent me voir et voilà !

Nul n’est prophète en son pays, donc.

Un peu, je t’avoue. Ça me rend assez triste que ce soit difficile en France pour moi. C’est difficile d’avoir des concerts et de faire des tournées. Je reviens sur la difficulté de ne pas être identifiée du tout. C’est peut-être ma faute, je ne sais pas. Les gens me connaissent, savent que j’existe, ont entendu parler de mon nom, mais ne savent pas trop ce que je fais. J’en ai tout à fait conscience.

Moi, j’ai l’image d’une fille un peu rétro.

C’est ce que je projetais avant, mais ce n’est plus la vérité aujourd’hui. Bon, je ne panique pas. Je sors juste mon deuxième album. Il ne faut pas que je sois trop pressée. Je ne m’estime pas encore arrivée. Je sais que j’ai du chemin à faire…

Clip de "7 ou 8 fois" tiré de l'album Bye Bye Manchester.

Tu as enregistré Bye Bye Manchester à Manchester en revenant de tournée.

Tout le monde me demandait quand allait arriver le deuxième album. Beaucoup voulaient écouter les chansons que j’avais écrites pour me donner leur avis. C’est un peu par la force des choses que j’ai du aller m’isoler à Manchester. Me retrouver seule, sans écouter de musique ni parler à des musiciens. Je savais juste que je voulais faire l’album avec Albin de la Simone. Avec mes petits claviers, j’ai tenté de manigancer des sons qui me convenaient et qui me ressemblaient et j’ai écrit des textes en Français. Il y a deux, trois chansons dont je suis très fière. Ce sont des textes qui sont à la fois faciles d’accès, mais qui t’emmènent dans un voyage grâce à leur sonorité.

Il y a beaucoup de claviers sur ton disque. Ce n’est pas un reproche, j’adore ça !

J’ai tout fait avec le clavier que tu vois là, à mes pieds. Un Casio des années 80. Je peux produire des sons qui me touchent énormément et que je ne retrouve pas dans les claviers d’aujourd’hui. Albin de la Simone, lui, a une collection de Yamaha des années 80. On a mis en commun tous nos claviers. On a ajouté en plus des vrais instruments en studio, mais on ne s’est pas amusé à faire toute une rythmique sur ordinateur avec des sons de Pro tools. On a fait une musique qui ressemble à celle de la pop des années 80.

As-tu enregistré cet album dans la jubilation ?

Beaucoup plus que pour mon premier album, My Name. Ça s’était passé dans des conditions assez horribles. Je rentrais chez moi tous les soirs et je pleurais. Les chansons étaient dures pour moi, à ce moment-là. Elles faisaient écho à ma vie personnelle. J’étais pétrie de doutes. Pour Bye-Bye Manchester, ça a été le contraire. On a passé le premier jour de studio à déconner, tout en faisant trois morceaux. Ça a été d’une simplicité déconcertante. A chaque fois qu’Albin me faisait des propositions d’arrangements, ça m’allait parfaitement. Je ne trouvais pas ça normal que j’adhère à chaque fois à tout. On était sur la même longueur d’onde. Cela étant, avec Albin, on s’était vu beaucoup avant de rentrer en studio. Il avait compris ma démarche et la direction que je souhaitais prendre.

Clip de "Black Widow" feat. Ed Harcourt, tiré de l'album Bye Bye Manchester.

mélanie pain,bye bye manchester,interviewIl y a un duo avec Florent Marchet et un avec Ed Harcourt.

 Il me faut toujours des duos avec des mecs dans mes albums.

Pourquoi ?

Bonne question. Je ne sais pas. Dans les deux cas présents, ce sont des gens pour lesquels j’ai un profond respect et avec lesquels j’avais envie de bosser depuis longtemps.

Tu as été toi-même « feat » pour pas mal de gens. J’ai l’impression que tu adores chanter en partageant.

J’aime bien le côté collectif. C’est ce que je vis en permanence avec Nouvelle Vague. Mais, c’est aussi hyper inspirant de bosser avec des gens à égalité. C’est ça les featuring.

J’avais de toi l’image d’une artiste qui faisait des choses un peu élitistes. Avec cet album, je te retrouve plus accessible et ouverte musicalement.

J’ai l’impression que les gens pensent que je fais des trucs un peu rétro. Je ne fais pas de l’electro pointu, certes, mais je ne suis pas non plus dans la chanson française traditionnelle. Le côté rétro, ça doit venir de mes pochettes et des photos officielles. J’ai conscience que l’imagerie qu’il y a autour de moi n’est pas très branchée.

C’est toi qui choisis tes visuels… ce n’est donc pas innocent.

Oui, c’est vrai, mais tout ça me dépasse. Ça m’embête un peu. Il faudrait que je parvienne à casser cette image.

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Tu te sens dans une famille de la chanson française ?

Oui, dans celle d’artistes comme Florent Marchet, Julien Doré, Albin de la Simone, Camille, Loane, Arman Mélies, Dominique A, Bertrand Belin, Mathieu Boogaerts. Ce ne sont pas des gens hyper populaires, mais je me sens proche d’eux.

Ce disque est-il celui qui te ressemble le plus ?

Oui, parce que c’est la première fois que je me sors les vers du nez et que je me suis demandé ce que j’avais envie de dire et de chanter. Il fallait que je trouve mon son et ma manière d’écrire. Mon premier album était très référencé… un peu folk, sixties. Il y avait trop de collaborations textes et musiques pour que ce soit tout à fait mon bébé. Dans Bye Bye Manchester, je sais pourquoi il y a tel mot ici et tel son là. J’ai façonné cet album pour qu’il me ressemble au mieux.

Clip de "Non", tiré de l'album Bye Bye Manchester.

Après avoir écrit des textes personnels, se sent-on mieux après ?

Ce que je peux te dire, c’est que je me sens beaucoup mieux sur scène avec mes textes. Partager ses propres histoires avec les gens, c’est un truc énorme. Quand ce ne sont pas tes chansons à toi, tu as toujours un petit détachement, tu joues un peu un rôle, tu te mets dans la peau d’un personnage.

C’est intéressant que tu me dises qu’une chanteuse peut se mettre dans la peau d’un personnage. Y a-t-il un travail de comédienne ?

Je pense que c’est très difficile à doser. Il faut se mettre un peu en scène, mais pas trop, sinon, ça sonne faux. Les gens veulent connaître l’artiste à la fin du show, ils veulent sentir que c’est naturel, honnête, sincère…etc. J’essaie d’être le plus sincère possible. Sur scène et dans mes disques.

mélanie pain,bye bye manchester,interview

Avec Mélanie Pain, après l'interview, le 24 octobre 2013.

11 décembre 2013

Jean-Louis Foulquier n'est plus. Vive la chanson française!

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Jean-Louis Foulquier est mort hier.

Je sais bien que j'ai l'habitude de rendre hommage ici aux artistes qui partent (et que j’ai eu l’opportunité de rencontrer), mais dans le cas présent, je suis réellement touché.

Vraiment, c’est différent.

Comme bon nombre d’amateurs de la chanson française, j’avais une admiration sans bornes pour cet homme de radio… et beaucoup, beaucoup de tendresse.

Foulquier, c’était le taulier, le maître, le père spirituel.

Quand j’étais jeune, l’Alquier que je suis voulait devenir le Foulquier qu’il était. J’ai tenté de suivre sa trace et son exemple. J’ai essayé de faire comme lui : dénicher les talents prometteurs, mais avec mes petits moyens à moi (notamment ce blog).

Foulquier a beaucoup éclairé Alquier.

Il y a depuis hier soir, un peu moins de clarté, mais avec ce qu’il reste de lumière, je vais continuer mon bonhomme de chemin professionnel.

Poursuivre ce travail en gardant une pensée pour lui.

Je suis triste.

Très.

A l’occasion de sa disparition, je publie de nouveau cette chronique mandorienne datant du 18 mai 2008. Je lui rendais un petit hommage (de son vivant).

Jean-Louis Foulquier: celui qui...

... m'a fait écouter tard le soir la radio pendant des années,

... m'a fait découvrir et AIMER la chanson française,

.... m'a incité, moi aussi, à découvrir de jeunes talents (à une échelle moins importante),

Bref, Foulquier, est LA référence absolue de mes inspirateurs/exemples professionnels/influences...

Une bible vivante, en quelque sorte.

Je ne sais pas à quel point, il n'a pas formé mes goûts...

Je l'ai rencontré de temps en temps, plus récemment.

Mais, la première fois, c'était en Guyane, pour écrire cet article pour France Guyane.

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France Guyane du 10 octobre 1990.

 
Bien sûr que j'étais comme un gosse...
C'était le 7 octobre 1990.
Dans les locaux de l'ARDTLG (l'Association régionale de développement du tourisme et des loirsirs en Guyane).

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Je me souviens que le soir même, nous nous sommes retrouvés tous les deux au Bar des Palmistes...
(Sans photographe...)
Sur la terrasse, à déguster des cocktails, comment dire... bien chargés.
A parler chanson française et voyages.
Et profiter du doux vent nocturne...
(Certes, nous avons fini la soirée en état d'ébriété avancé.)
C'était magique.

10 décembre 2013

Gael Faure : interview pour De silences en bascules

gael faure,de silences en bascules,interview,mandor

Cela faisait un petit moment que je voyais Gael Faure dans des clips. J’en entendais parler… en bien. Mais tant qu’il n’y avait pas d’album en prévision, j’avais décidé de ne pas encore me pencher sur son cas, je ne sais pas trop pourquoi. Et un jour, je reçois De silences en bascules, son premier album qui sort le 10 février 2014 chez Jive Epic/Sony Music. Confirmation que, décidément, ce jeune homme est très intéressant. Vocalement, musicalement et textuellement, tout est bon à prendre chez ce jeune homme à la forte personnalité.

Gael Faure sera en concert aux Trois Baudets le 12 décembre prochain. L'occasion est belle de publier l'entretien qu'il m'a accordé le 23 octobre dernier dans les locaux de sa maison de disque, Sony. (Merci à son attachée de presse, Delphine Caurette).

gael faure,de silences en bascules,interview,mandorBiographie presque officielle :

Ce chanteur est un grand compositeur, un de ces chamanes qui, avec deux accords, fabriquent des airs qui soudain emplissent les oreilles, le cœur et l’âme.
Et sa voix porte un sortilège curieux, difficilement définissable. Il a cette grâce des artistes dont le talent éclate en évidences, abolissant les questions d’origine et de parcours.

Au commencement, il y a dix-huit ans en Ardèche. Chez lui, la musique n’existe pas beaucoup, éclipsée par d’autres soucis : la nature, le soin d’autrui, les dérèglements de la société. Car il est le fils du fermier et de l’infirmière.

Il a quatorze ans quand il va voir Louise Attaque qui passe près de chez lui. C’est son premier concert. Tout est choc : les instruments, l’énergie, l’émotion. Il achète une guitare. Il progresse lentement, en complet autodidacte.

En pleines études d’architecte paysager, il se fait embarquer vers la quatrième saison de La Nouvelle star. Sans regret ni remord. Il a surtout compris que la célébrité télévisée n’est rien à côté de ce qui lui reste à parcourir. Il choisit la voie patiente…gael faure,de silences en bascules,interview,mandor

Des centaines de concerts et la construction d’un répertoire, pour laquelle il a besoin d’auteurs. Le premier choisi est Fabien Bœuf, dont la maison était voisine de celle de Gael, jadis en Ardèche. Fabien écrira la moitié de l’album.
À Tété, Gael donne une mélodie qui lui évoque un ailleurs nordique et qui deviendra « On dirait l’Islande ». Avec Ben Ricour, il se trouve une sorte de grand frère généreux, il goûte à l’écriture farfelue de Barcella, aux inventions de Chet… Ces auteurs contribuent à un album aussi rêveur qu’enraciné dans le monde réel, aussi sophistiqué qu’il est simple à aborder. Car, peu à peu, les chansons se polissent dans les premières parties d’Alexis HK, Tété, Michel Jonasz, Daran, Rover, Barcella… Puis le doux orfèvre Jean-Louis Piérot vient produire l’album, après avoir œuvré pour Alain Bashung, Étienne Daho, Miossec, Renan Luce, Brigitte Fontaine

On commence par l’entendre parler de sa vie et on réalise qu’il parle surtout de la nôtre. Et voici que Gael Faure bascule en pleine lumière.

gael faure,de silences en bascules,interview,mandorInterview :

Avant de commencer, je voulais te dire que j’ai complètement craqué sur ta chanson « Un peu ».

Moi aussi, c’est ma préférée… enfin, je ne sais pas. Je l’adore, mais c’est difficile de dire quelle est sa chanson préférée. J’aime ce que raconte cette chanson et aussi son arrangement. On m’a fait confiance sur ce que je voulais en terme de son. Une chanson comme « Un peu » montre toute l’ambition et l’envergure que je voulais pour ce premier album.

Tu voulais obtenir quoi exactement ?

Je voulais que mes chansons soient comme de la peinture… ou comme un film plutôt. C’est un peu cliché de dire ça, en même  temps, c’est vrai. J’aime bien lier l’aspect cinématographique aux chansons. Sur les titres, j’aime bien aussi l’idée de vagues. J’écoute beaucoup de chansons anglo-saxonnes et américaines et je trouve qu’en France, ce n’est pas quelque chose que l’on fait beaucoup. C’était mon défi de faire des chansons avec des textes en Français qui se prête à ça.

Tu aimes des instruments rarement utilisés.

J’aime le vibraphone, mais aussi des guitares électriques avec un E-bow qui donnent un son lancinant… qui provoquent des nappes et procurent la sensation de voyage. « On dirait l’Islande » et « Avoir sans être » sont des morceaux très ouverts où l’on peut voir et ressentir beaucoup de choses. Il me semble.

Je trouve aussi. La première chose que j’écoute quand je découvre un artiste, par-dessus tout, c’est sa voix. Et j’aime énormément la tienne.

Ça me fait plaisir. Très sincèrement.

Clip de "Tu me suivras".

Dans De silences en bascules, tu as de bons auteurs : Fabien Bœuf, Tété, Ben Ricour, gael faure,de silences en bascules,interview,mandorBarcella et Chet. Mazette !

Je voulais une écriture différente, mais avec une logique et une uniformité. Le but est d’avoir la sensation d’avoir le même auteur pour tous les titres. On a beaucoup travaillé sur ça. Dans ce disque, j’ai de belles collaborations et un vrai choix artistique.

Fabien Bœuf est l’auteur qui signe le plus de chansons.

Il est le socle, car il a écrit six titres. Il est le premier artiste avec qui j’ai vraiment travaillé sur cet album. Je suis allé chez lui, dans sa maison des Landes. J’ai amené les thèmes et on a bossé ensemble les chansons. Je suis co-auteur des idées des thèmes et je les chante comme si j’avais tout fait. J’ai des choses à dire. Je suis conscient que je vais me prendre en pleine gueule le fait que je ne suis pas auteur. En France, si tu n’écris pas, tu n’es pas vraiment considéré.

Ça, je ne le comprends pas, car c’est un métier d’écrire de belles chansons !

Exactement. Je ne me sentais pas prêt à le faire. J’ai préféré m’entourer de bons auteurs qui voulaient participer à ce projet, plutôt que de tout faire à tout prix, mais moins bien. Aujourd’hui, ces textes, je me sens légitime de les défendre.

Qu’est-ce qu’un bon texte pour toi ?

En dehors du fait que le texte doit signifier quelque chose, il faut que ça sonne. En Français, mon défi est de faire rebondir les choses et que ça passe comme une lettre à la poste. C’est beaucoup de travail. On a un premier thème, un premier jet, on épure, on ramifie un peu des choses. Je trouve ça formidable de travailler en totale cohésion et amitié avec les auteurs. Il y a beaucoup de discussions et d’échanges.

Clip de "On dirait l'Islande".

gael faure,de silences en bascules,interview,mandorSi je te dis que je trouve que ton album se situe entre la variété française, le folk et la chanson dite « traditionnelle », tu en penses quoi ?

C’est une définition qui me va assez. Je suis pareil que toi, je n’arrive pas à définir mon album. Si plus de gens pensaient comme toi, on ne serait pas obligé de me mettre dans une case. Coller des étiquettes est une spécialité française.

Autre point fort de ton travail, ton sens de la mélodie.

Les mélodies me viennent assez spontanément et instinctivement. Puisque mon corps de métier n’est pas vraiment auteur, heureusement que j’ai des facultés pour composer (sourire). Composer me tient, me tire par les tripes. Si une mélodie me parle, je le sens immédiatement. Par contre, se rendre compte si elle est de qualité ou pas, j’ai un peu de mal… ça ne m’appartient pas de le dire. J’aime la mélodie à proprement parlé. J’aime qu’elle paraisse simple, mais qu’elle ne soit pas racoleuse.

Tu as entrepris des études d’architecte paysagiste, envisages-tu la musique comme de l’architecture ?

Si on part du principe que l’architecture c’est de la mathématique, tu as raison. La musique, c’est un peu ça. Je n’avais jamais songé à cette question, mais ce n’est pas indissociable, effectivement. On construit une chanson. Elle arrive, je ne sais pas comment, à l’instinct, après on la travaille.

Trouves-tu le cheminement de ta carrière assez rapide ?

C’est une très bonne question, parce que je me sens bien dans le timing. Cet album est le fruit de cinq ans de travail. Je l'ai conçu à des âges où on se construit, une période où on décide de sa vie.

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Ça fait un an que l’on entend parler de toi de nouveau. L’album sort en janvier 2014… c’est quand même long. Je suppose que tu as hâte qu’il soit dans les bacs.

Si le timing me plaît, par contre, l’attente est très longue. Ce n’est pas que de mon ressort. Il y a toute une maison de disques derrière et je ne suis pas maître de tout. J’ai appris que pour faire ce métier au mieux, il faut savoir être patient.

Vas-tu voir ce qu’il se dit sur toi sur les réseaux sociaux ?

J’essaie de me restreindre, mais je vais quand même jeter un coup d’œil de temps en temps.  C’est humain d’aller voir ce que l’on dit sur soi.

Dans ton cas, ça doit te rassurer, car je n’ai jamais rien lu de négatif…

C’est rassurant, mais, évidemment, on voudrait toujours mieux (rires). Sans plaisanter, je suis assez content de ce que je lis sur moi, notamment ce que l’on dit de mes prestations en live. C’est ça qui me tient par les couilles. Que les gens viennent me voir et qu’ils ne jugent mon travail que par ça, je serais le plus heureux des hommes. La vérité ne transpire que par la scène.

On ne connait pas bien un artiste si on ne la pas vu sur scène, je suis d’accord.

Je sais que je suis à ma place. J’aime ça parce que je me retrouve avec mes musiciens à chanter mes morceaux. C’est le luxe énorme ! J’aime ce que cela me procure et bizarrement, je suis incapable de dire ce que cela me procure.

Francofolies 2013, "Tu me suivras" en live.

Cet été, aux Francofolies, tu as chanté sur la scène principale extérieure devant 12 000 personnes. Qu’as-tu ressenti ?

Étant donné que j’avais fait le chantier des Francofolies, des mois en amont, je m’étais peut-être un peu plus préparé psychologiquement que si j’arrivais sur un site que je découvrais. Dans l’après-midi, j’avais fait un concert au théâtre Verdière devant 500 personnes. Places assises, en intérieur. Bizarrement, ça m’a paru beaucoup plus impressionnant. Bon, sur la grande scène, les gens ne m’attendaient pas spécialement. Tu arrives entre Lou Doillon et –M-, et tu chantes deux chansons que tu connais bien. J’ai tout donné, mais j’étais moins stressé que dans l’après-midi.

Comment vis-tu cette période où ton disque n’est pas sorti et où tu es un peu dans l’attente des réactions ?

C’est une période un peu bâtarde. Je suis dans l’attente des premiers retours du public et des journalistes. Pour pallier à cela, j’envoie plein de trucs à mes potes auteurs… hier j’ai appelé Charles Souchon (Ours) pour que l’on bosse afin que je puisse penser à autre chose. Et puis surtout, je fais pas mal de concerts et de premières parties. Je m’occupe.

Es-tu optimiste sur ton devenir dans ce milieu ?

Oui, je le suis. Il faut l’être. Mais, je doute énormément… la conjoncture actuelle de ce milieu n’est pas rassurante. Mais, bon, le plus dur est derrière. J’ai bossé cinq ans ce disque, j’ai gagné ma vie par la musique, je suis dans une grande maison de disques. Disons que j’avance, mais que je ne suis dupe de rien. Je sais que rien n’est acquis. Mon projet, je l’ai fait sincèrement, avec des artistes choisis. On m’a laissé le temps de faire ces compositions et c’est pour moi la meilleure des victoires.

Les textes de cet album ont quatre ou cinq ans. Tu es à un âge ou tout évolue vite et où, généralement, on vit un tas d’expériences. N’as-tu pas peur de chanter des chansons qui ne te correspondent plus ?

C’est vrai que je suis un peu en décalage quelque part. Mais, il se passe vraiment quelque chose sur scène avec les musiciens avec lesquels je joue, du coup, je ne m’embête jamais. Ce n’est pas du copié-collé. C’est vraiment du live. On fait des recherches de son.

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Tu es très rock sur scène, alors que tu as l’air d’être un mec un peu lisse. Venir de la Nouvelle Star n’arrange rien.

Je sais. On m’a découvert quand j’avais 18 ans, j’étais timide, alors c’est normal que certaines personnes restent à ce niveau de lecture de ma personne. Mais, je suis tout sauf ça. Il faut juste venir me voir jouer sur scène…

Ton côté beau gosse qui fait se pâmer les femmes ne te dessert-il pas ?

Moi, au bout d’un moment, entendre ça m’emmerde. Je pense que j’ai des choses à dire et, à cause de la gueule que j’ai, les médias peuvent passer à côté. Je chante aussi des chansons d’amour, mais quand tu es mignon, que tu as une belle voix, tout de suite, on te catalogue comme un chanteur à midinettes ou comme un chanteur de variété. Le même mec, avec un œil en moins, qui chante les mêmes chansons, tout de suite, on va l’écouter de manière différente.

J’ai interviewé récemment Yodelice et Julien Doré… Eux et toi, vous êtes des artistes calmes, doux dans la vie, en tout cas en interview, mais vous êtes des fous fieffés en concert. C’est dingue le changement radical que la scène opère sur vous.

Inconsciemment, on devient un peu quelqu’un d’autre, mais en restant un minimum soi-même parce qu’on veut être sincère par rapport à la proposition. Les gens qui viennent te voir sur scène, ils ont envie de sortir de leur ordinaire. Ils veulent découvrir quelque chose ou quelqu’un qui les divertissent et les enchantent. Moi, j’essaie juste de ne pas jouer ce que je ne suis pas, d’ailleurs, je le ferais très mal, mais parfois on se surprend à être qui on est sur scène. Un double plus extraverti. C’est parfois un peu perturbant et, en même temps, c’est jouissif.

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Avec Gael Faure, après l'interview le 23 octobre 2013, chez Sony.