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23 décembre 2013

DHÖO : interview pour l'album •• SAISON#1

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Je connais cet homme depuis longtemps… je ne sais pas s’il souhaite que je dévoile son identité, donc, je ne la dévoile pas. Nous avons fréquenté la même radio à la fin des années 80, celle du chanteur Daniel Guichard, Radio Bocal. Nous avons pris des chemins différents, mais j’aime parfois qu’ils se recroisent.

DHÖO, puisqu’il se fait appeler ainsi depuis quelques années, sort un très joli ouvrage, mettant en scène les deux points du O de son nom. Je ne vous en dis pas plus. Tout est expliqué dans l’interview. Une interview surprenante qu’il faut lire en sachant que nous n’avons pas tous la même perception des choses…

dhÖo,•• saison#1,interview,mandorAuto explication de qui est DHÖO :

On me demande souvent "Mais qui est DHÖO ?" 

Je réponds avec malice : "Vous voulez dire d’où vient-il ?" 

DHÖO, comme son nom l’indique, ambitionne d’apporter sa quote-part de douceur militante à cette planète. Une contribution parmi tant d’autres, certes, mais dans ce domaine, on ne sera jamais trop d’être plusieurs.

Passons au "JE" : mi-artiste, mi-consultant, mi-auteur, mi-journaliste, mi-enseignant, mi-coach, mi-chercheur, mi-jongleur ou acrobate…

Je suis une succession de moitiés que je prends un malin plaisir à combiner pour explorer de nouveaux territoires ou plus humblement, redécouvrir ou cultiver ceux que d’autres ont déjà foulés.

Contrarié par les classifications, j’ai donc inventé le métier de Social Performer ©, habilement déposé à l’INPI pour en affirmer la légitimité. Le matériau du Social Performer est celui des émotions et des relations humaines. Il s’applique, tel un artisan, à les mettre en scène, les sublimer ou parfois,  simplement, à leur rendre leur liberté.

L’idée, c’est de ne pas contribuer au vide ambiant, de s’affranchir des modes communicants dominants, d’offrir une alternative qualitative à un excès d’information et de consommation, à cette soupe crasse factice et nocive ingérée insidieusement jour après jour et que chacun puisse se réapproprier les champs de l'intelligence et de la sensation, avec sincérité et bienveillance. L'idée est un combat.

L’envie, c’est de réinjecter du sens, d’offrir un supplément d’âme pour mieux se reconnecter à soi-même comme aux autres, de faire bouger les lignes, de bousculer les frontières, d’être un empêcheur de penser en rond et de faire confiance en son intelligence intuitive et émotionnelle.

La nourriture, c’est la curiosité, le partage d’autres vies, d’autres expériences, d’autres talents. Remonter les fils avec gourmandise pour que chacun puisse se tisser un habit sur-mesure et à son tour, s’éclaire et conseille l’autre.

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DHÖO cherche l’invisible d’autres mondes si proches qu’ils se juxtaposent au nôtre. La lumière est partout… mais à force de vitesse, d’urgence, d’orgueil, de possession, d’excès, on ne la voit pas, plus ou mal.

DHÖO relève avant tout d’une conscience exacerbée du monde et d’une recherche constante d’équilibre, entre contemplation et action.

DHÖO apprend en permanence… au travers d’actions multiples, en expérimentant, en prenant la parole, en encourageant celle des autres, dans leurs différences et leur pertinence.

Puisque les règles l’imposent, il s’agit bien entendu de donner forme à ce propos… avec la conscience que communiquer, produire, induit le risque de polluer, de satisfaire à outrance l’égo alors que la quête est tout autre.

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Interview :

Ton personnage, je sais que c’est une philosophie de vie et de travail. Mais au fond, qui est DHÖO ?

À la base, j’avais une agence de communication et je travaillais souvent avec des clients importants. Mais la satisfaction intellectuelle et humaine était insuffisante… j’ai ressenti le besoin de me nourrir d’autre chose que de la recherche systématique de profit. Il y a 10 ans, quand j’ai écrit mon premier roman, Le dernier paquet, j’ai envisagé de prendre ce pseudo, DHÖO, puis je l’ai laissé tomber. Avec ce que j’entreprends aujourd’hui, je l’ai fait renaître de ses cendres.

Ça ne répond pas à ma question. DHÖO, c’est qui ?dhÖo,•• saison#1,interview,mandor

Je continue mon histoire, alors. J’ai repris du temps pour moi. J’ai pris du temps pour m’immerger dans la lecture. J’ai écrit une pièce qui s’appelle Calligramme. L’histoire d’une femme qui se retrouve enfermée dans un musée et qui va se découvrir elle-même à travers des tableaux. C’est un voyage, une quête existentielle. Je voulais que l’on découvre la peinture, non pas dans sa valeur représentative, mais vraiment dans la sensation et la perception. Ça m’a amené à lire beaucoup d’ouvrages sur l’art, notamment beaucoup de biographies de peintres. C’est une très belle histoire qui sera peut-être montée un jour sur scène. J’envisage même d’en faire un livre illustré. Petit à petit, je me suis reconnecté à plein de choses. Il y a un an et demi, j’ai lu Le manifeste du surréalisme d’André Breton, et là tout m’est paru plus évident. Parfois, j’ai l’impression d’être connecté à tous ces gens-là. Guillaume Apollinaire, Henri Laborit, Francis Picabia, Jung, Bachelard, K.Dick, Bourdieu, Bergson... j’ai l’impression qu’ils sont venus me chercher et que je suis en contact avec eux. Je ne comprends pas toujours tout, mais j’essaye de redonner un sens à cet ensemble. 

Tu ne réponds toujours pas à ma question. On peut dire, en tout cas, que DHÖO  est un être à part.

C’est bien beau de dire qu’on est différent, mais ça ne suffit pas. Donc, j’ai voulu me nourrir en me remettant à lire et en nourrissant ma dimension critique. Avant, ma dimension critique était celle d’un enfant gâté de la publicité.

Tu ne dis plus publicité, d’ailleurs. Tu dis « réclame ».

« Réclame », c’est le vrai premier mot. On est juste là pour que les gens réclament quelque chose. J’aime bien ce mot un peu second degré, un peu galvaudé, désuet. Je trouve que la pub est d’ailleurs très désuète aujourd’hui.

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Quel est ton discours de fond ?

Je veux contribuer à ce que chacun puisse se reconnecter à soi et aux autres. Je veux injecter du sens et un supplément d’âme. Aujourd’hui, il y a une vacuité et une urgence permanente, ainsi qu’une accélération du temps. Et surtout, on est très peu centré sur l’essentiel. De ce que l’on est soi et de ce que l’on peut être avec l’autre. Au bout d’un moment, il faut donner l’exemple. Il faut donc se nourrir et s’interroger, ce qui implique parfois de se radicaliser et d’être en rupture par rapport au système de pensée dominant.

Tu ne peux quand même pas t’exclure du système ?

Je refuse parfois certains types de clients. Certains comprennent le sens de ma démarche et me disent : « j’aime bien ta façon de penser, j’aime bien ce que tu peux m’apporter, que peut on faire ensemble ? » J’aime défricher, offrir et co-construire des façons de penser et d’agir alternatives… quels que soient les supports… et avec toute l’humilité nécessaire.  

Tu souhaites redonner un peu de sens et un peu de temps de réflexion ?

Aujourd’hui, on est vraiment dans une ère de la polémique, de la réaction, de l’opinion… mais moi je voudrais savoir ce qu’il se passe quand on se remet à réfléchir. C’est pour ça que j’ai lu d’autres personnes qui sont mieux formées que moi pour le faire. En gros, je suis allé au fond de la mine, j’ai creusé, j’ai découvert plein de pépites que j’ai assemblées. Je suis concepteur à la base, mais mon véritable talent, c’est de syncrétiser  et de synthétiser. Il y a tellement d’informations de toute part aujourd’hui. J’aime pousser les gens à révéler ce qu’ils ont en eux… ce que le système nous empêche parfois de voir et de faire. J’ai accumulé toute une matière et j’ai écrit ma bible en mettant à plat les questions suivantes : qu’est-ce que je suis ? Quel est mon combat ? Quelles sont mes valeurs ? Qu’est-ce que j’ai à défendre ? Qu’est-ce que j’ai envie de changer dans ce monde ? Ça a correspondu à mes petits abrégés et l’aventure des deux points.

dhÖo,•• saison#1,interview,mandorComment sont nés les deux points ?

Je remercie vivement Marc Antoine Mathieu, l’un des plus brillants auteurs de bande dessinée. Il faut à tout prix que tes lecteurs et toi lisiez Dieu en personne. Il raconte comment Dieu agirait s’il arrivait sur Terre aujourd’hui. Comment il serait pris en charge par la société, par les médias, par les juges, par les scientifiques… l’histoire est ultra intelligemment construite et très nourrie. En lisant ça, je me suis fait la réflexion que j’aimerais faire un truc aussi intelligent. L’intelligence, je peux la travailler, mais en revanche, je ne sais pas dessiner. J’ai pensé alors aux deux points qu’il y a au-dessus de DHÖO. Ils ne servaient à rien, alors, je leur ai donné la parole. J’ai commencé à les mettre en place dans un graphisme épuré, afin que tout soit centré sur le propos.

Teaser de •• SAISON#1

Tu t’inspires de la physique quantique dans les aventures des deux points.

Quand tu t’intéresses à cet ensemble de théories physiques, tu commences à percevoir le monde différemment et à comprendre qu’il existe plusieurs strates de réalité. J’ai mis deux points sur un fond blanc et je les fais discuter. Il y a des considérations philosophiques et scientifiques, notamment. Les planches sont épurées, mais je mets parfois une demi-journée à en concevoir une seule. Je vais chercher le mot et la pensée justes. Je veux que chaque planche se suffise à elle-même, mais que, quand tu as fini le bouquin, tu puisses y revenir plusieurs fois, et qu’au bout d’un moment cela ait une incidence sur ta façon de penser. Le lecteur doit se rendre compte qu’il existe d’autres façons de penser que celles que l’on nous impose ou que l’on s’impose insidieusement.

C’est souvent spirituel.

Merci de ne pas avoir dit « drôle ». Tu as choisi le mot juste : spirituel. Il y a dans ce que je fais, une dimension absolue du dieu qui est en nous dans mon travail. Il y a beaucoup de religieux derrière les aventures des deux points. Quand tu t’intéresses à la philosophie, à la physique quantique, la religion n’est jamais très loin.

Tu te sens connecté avec tes deux points ?dhÖo,•• saison#1,interview,mandor

C’est exactement ça. Je suis en contact avec eux. Je crois beaucoup en la vision du jésuite, chercheur, paléontologue, théologien et philosophe, Pierre Teilhard de Chardin sur la noosphère. Dans les années 50, il a échafaudé une théorie que je trouve judicieuse. Avec le développement de la population numérique, mais aussi avec le développement d’une façon générale, il y aurait des couches de savoir et de connaissance qui vivraient dans une couche atmosphérique qui permettrait de relier les individus et de les connecter les uns aux autres. Ce n’est rien d’autre que ce qu’est le web aujourd’hui. Mais un web qui est un peu perverti. Je pense que ces connexions existent quand tu arrives à penser différemment et à être en pleine conscience des choses. Au bout d’un moment, ces choses peuvent rentrer en contact avec toi. 

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Dans ton métier, s’imposer tel qu’on est n’est pas fréquent.

Certains le font, mais nous sommes encore isolés et minoritaires. Le métier de communicant impose d’influencer, voire de manipuler là où il faudrait à mon sens avant tout informer, créer du lien, développer le libre arbitre et faire confiance en la nature humaine de chacun. Il y a encore du travail et ce n’est pas gagné.

Tu te sens plus toi ou plus DHÖO ?

DHÖO, c’est moi, François. DHÖO, c’est un avatar qui est un absolu et un modèle. Il m’évite de rester sur place par rapport à là où je peux être de façon terrestre. DHÖO  me tire et me pousse à la fois.

Existe-t-il des « fans » de DHÖO ?

On ne peut pas dire ça. Il y a quelques personnes qui suivent mon travail, mais le terme « fan » n’est pas le bon. Je ne cherche pas la notoriété. Je cherche la relation qualitative avec des gens qui sont déjà dans un état d’esprit similaire au mien et qui vont s’agréger naturellement.

DHÖO va-t-il exister longtemps ?

Pour le moment, il a beaucoup de choses à faire. Entre autres, il se prépare à monter sur scène.

Il ? Toi, donc ?

Oui. C’est une expérience nouvelle. Je pense avoir pas mal de choses intéressantes à partager. Je me situe à la convergence de différentes activités. Je suis créatif, coach, penseur. Au bout d’un moment, tu en tires des réflexions et tu as envie de les communiquer sous une forme nouvelle. Je ne veux pas faire un spectacle qui dise  « j’ai la vérité, il faut penser comme ça », mais un spectacle qui pousse à re-réfléchir le monde qui nous entoure. J’adore faire des choses que je n’ai jamais faites… et l’important étant de s’amuser, alors autant tester. Le spectacle est écrit. J’ai déjà fait de nombreuses lectures. Je suis passé de 2h45 à 1h15.

As-tu des références en matière d’humoriste ?

Non. Mais le travail de Franck Lepage est une vraie source d’inspiration. C’est un garçon qui bossait dans l’éducation populaire au ministère de la Jeunesse et des Sports. Il fait des conférences intitulées « Incultures ». Ce sont des conférences gesticulées dans lequel il ajoute beaucoup d’humour. Il aborde de façon critique le rôle de la culture et de l’enseignement dans la société.

Inculture(s) 1 - La culture : « L'éducation populaire, monsieur, ils n'en ont pas voulu » ou « Une autre histoire de la culture ». Conférence gesticulée par Franck Lepage de la Scop « Le Pavé » (Coopérative d'éducation populaire). Petits contes politiques et autres récits non autorisés enregistrés le 21 mai 2007 à l'espace Jemmapes de Paris.

Tu veux donc créer un spectacle proche de son travail ?

Je veux faire des conférences gesticulées, mais en ajoutant une dimension émotionnelle. Je souhaite aborder des thèmes comme le temps, le mensonge, l’amour, le bonheur… C’est un spectacle sur la réappropriation. Aujourd’hui, on nous a dépossédés de beaucoup de choses, notamment de l’intelligence. On a peu d’occasions de réfléchir par soi. En général, nos pensées sont liées à ce que l’on peut voir dans notre environnement. Les sondages d’opinion vont forger nos propres opinions. On nous a aussi dépossédés du temps. Il faut se réapproprier la maîtrise du temps. Du temps pour ne rien faire. Du temps pour bien faire les choses. Se réapproprier aussi la sensation. Se reconnecter à soi-même… Je raconte dans ce spectacle qu’on est tous des artistes ou des philosophes en puissance.

En fait, tu délivres la bonne parole ?

Ce n’est pas la bonne parole. C’est une histoire de miroir en fait. Je crée de l’échange. Il y a peut-être un côté évangélisateur, mais je n’ai pas de vérité. Mon but est de révéler la vérité qu’il y a en chacun, qui est souvent le fruit de ce qu’il a vécu, des drames qu’il a pu traverser, de sa situation financière, personnelle ou sentimentale. Il y a une chanson interprétée par Julien Clerc et que j’adore : Utile. Je vais te raconter une anecdote. Un jour je croise l’auteur de cette chanson, Étienne Roda-Gil  par hasard. Je lui remets mon roman tout juste sorti, Le Dernier Paquet. On discute un peu, puis j’allais repartir de peur de déranger… il me retient et me demande une dédicace… moi, jeune auteur insignifiant face au maître… Dans l’anodin, il venait de me donner quelques vérités sur la vie.

Clip de "Utile", interprété par Julien Clerc sur un texte d’Étienne Roda-Gil. 

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Avec DHÖO, après l'interview, le 2 octobre 2013.

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