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14 décembre 2013

Auren : interview pour la sortie de J'ose

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Le paysage musical français accueille une nouvelle venue, Auren. Cette jeune femme trentenaire arrive avec un album dont le titre annonce la couleur : J'ose. Et elle ose. Les choix, les multiples facettes, les grandes scènes.

Et Auren a « osé » me contacter. Sa démarche et sa façon de faire m’ont plu. Elle s’est présentée (humblement en plus), mais ce n’était pas la peine… je l’avais déjà repéré, avec l’idée de la contacter moi-même un jour. Les grands esprits…

Le 18 octobre dernier, Auren est venue à l’agence pour que nous fassions connaissance, micro ouvert, évidemment. Comme elle sera ce lundi 16 décembre au Divan du Monde, l’occasion était belle de publier enfin le fruit de notre conversation.

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auren,j'ose,interviewBiographie officielle (mais raccourcie):

J’ose est le pétillant premier album d’Auren.

À l’origine, il y a une artiste, une musicienne, une voix où se joignent fausse candeur et réelle mutinerie, et des chansons où l’astuce des textes et la folie mélodique sont vécues comme un acte d’insoumission. Ainsi armée, Auren s’est adjoint les services d’un savant fou de la pop en la personne de Nicolas Dufournet. L’ancien bassiste des Oui-Oui est donc celui qui fait rentrer en collision cet univers de chanson française délurée avec toute une caverne d’Ali Baba de sonorités, où le vintage tendance sixties. 

Née à Lyon, Auren est d’abord pianiste. Revendiquant son attachement à la variété francophone autant qu’à la simplicité brute d’un Johnny Cash, la jeune musicienne écrit ses titres et trace pas à pas son chemin toute seule, commençant par les petites scènes pour aboutir à des premières parties prestigieuses telles que celles de Chris Isaak ou Francis Cabrel, qui compte parmi ses influences revendiquées. Débrouillarde et pleine de ressources, elle prend alors le temps de multiplier et triturer ses chansons avant d’enregistrer son album, toujours soucieuse de rester fidèle à son étrange mélange de malice, de chic et de simplicité.

Si les textes parlent d’amour, c’est pour mieux en varier la couleur : tantôt délicieusement provocateurs (« Crocodile »), tantôt coquins (« Seule dans mes draps »), tantôt égoïstes (« Changer la donne »), tantôt libertaires (« L’échappée belle »), ils se répondent comme un inépuisable kaléidoscope. L’univers de J’ose est donc une utopie, où pop et variété ne s’excluent pas, où le passé et le présent peuvent jouer ensemble, où l’amour rime toujours avec l’insoumission.

auren,j'ose,interviewInterview :

Tu es lyonnaise et tu es restée dans ta ville jusqu’à l’âge de 20 ans. As-tu commencé la musique là-bas ?

Oui, parce que ma grand-mère était pianiste et elle a enseigné cet instrument à tous ses petits-enfants. J’ai touché mes premiers claviers à 6 ans. C’était beau d’échanger la musique avec ma grand-mère. Elle m’a appris la musique classique jusqu’à l’âge de 15 ans et ensuite, je lui ai apporté des partitions pop. Jusqu’à ce qu’elle décède en 2011, nous avons toujours partagé nos musiques respectives. 

Quand as-tu pris la décision de consacrer ta vie à la musique ?

Déjà, ado, je sentais une vibration particulière quand j’écoutais de la musique. Je suis allée voir beaucoup de concerts quand j’étais jeune, seule ou avec mes parents. J’ai vu Véronique Sanson, Patricia Kaas… ce genre d’artistes. Mon père écoutait beaucoup de chansons françaises, ma mère, elle, écoutait plus d’anglais. J’ai beaucoup entendu l’album des Pink Floyd, The Wall, à fond à la maison. Moi, j’allais vers des artistes comme Vanessa Paradis, Nirvana.

Teaser de l'album J'ose.

auren,j'ose,interviewTu as fait des études « sérieuses », prépa HEC, l’EDHEC… Rien ne te préparait à une carrière musicale.

Mes premières chansons étaient des échappatoires pendant mes études. J’ai chanté dans des bars, sur la place des Célestins lors de la Fête de la Musique. Quand je suis parti à Nice faire des études, j’ai continué à chanter dans des petits bars, des clubs. J’ai même monté une association de musique qui me permettait d’interpréter mes propres chansons.

Tu es ensuite venue à Paris, dans le cadre d’un stage.

Oui, j’ai rencontré Paul Ives. Il m’a aidé à structurer le projet. Je ne savais pas réaliser une chanson. C’était vraiment instinctif. On a écrit le premier album ensemble. Moi aux textes et nous deux à la co-composition en musique.

En 2006, tu as rencontré Michael Jones.

Il a pris le pari fou de me prendre en première partie sur toutes ses dates en piano-voix. Je me suis dit que j’avais peut-être ma place dans ce métier. C’est à ce moment-là qu’a commencé mon addiction à la scène.

Après, tu as fait les Rencontres d’Astaffort avec Francis Cabrel.

Oui et j’ai fini par faire ses premières parties. Lors de l’une d’elles, un entrepreneur m’a vue et a décidé de m’aider. Je viens du mécénat finalement. J’ai pu sortir un premier disque.

Clip de "L'échappée belle".

auren,j'ose,interviewTu as signé ton deuxième album chez Naïve. C’est une belle maison. C’est encourageant pour une jeune artiste ?

Oui, évidemment. Sur le premier disque, j’avais écrit des chansons d’adolescence. Il ne présentait qu’une seule face de ma personnalité. C'était bien d'être auto-produit. Je me cherchais encore. Ce deuxième disque, beaucoup plus mature, présente toutes les autres facettes. Je parle de sujets qui concernent la femme trentenaire.

Si on écoute ton deuxième disque, sait-on qui est la vraie Auren ?

Oui, c’est celle qui n’a pas fait de compromis. J’aime bien l’éclectisme, la couleur, le contraste. Avec Nicolas Dufournet, on a beaucoup marché à l’instinct. Après ce sont les chansons qui nous ont guidées. Elles nous mettaient nos propres limites.

Tu évoques l’amour sous toutes ses formes.

Je ne chante que des choses qui me touchent. Je parle de l’amour du couple, l’amour de Frida Kahlo pour Diego Rivera, l’amour de ma grand-mère pour son mari après 60 ans de mariage, toujours identique. Je parle aussi de l’insoumission. Je dis que je ne vais pas me laisser faire par l’homme que j’aime. En fait, si je dois résumer, c’est un disque sur la place de la femme dans le couple et dans la société.

Je reviens sur la chanson sur Frida Kahlo… c’est un très bel hommage.auren,j'ose,interview

C’est une femme qui a marqué les femmes de ma famille. Ma mère et ma tante me l’ont fait découvrir au moment de la sortie du film avec Salma Hayek, Frida, en 2002. Après, je me suis beaucoup intéressée à elle. Elle a une force incroyable. Son histoire d’amour avec Diego est impressionnante. Dans les années 30 au Mexique, elle était parmi les premières à faire des choses pour la défense des femmes et permettre leur insoumission.

L’insoumission revient souvent dans tes chansons.

C’est quelque chose que possède chaque femme en soi en 2013.

La place de la femme n’est toujours pas là où elle devrait être ?

C’est mieux, mais ce n’est pas encore ça. Des femmes comme Frida Khalo, ce sont des vraies leçons de vie. Elle a souffert, mais elle a fait de sa souffrance une beauté. Dans ses tableaux ça se voit.

Derrière tes textes, on décèle quelqu’un d’ironique aussi.

Je suis pas mal second degré. « J’ose », c’est vraiment la phase de vie dans laquelle je suis en tant qu’artiste et en tant que femme. Je m’affirme, j’ose dire qui je suis et j’ose déplaire surtout. C’est grâce à la musique que j’ai pu devenir qui je suis vraiment.

Session acoustique de "En face".

auren,j'ose,interviewAs-tu peur de la page blanche, de la perte de l’inspiration ?

Un peu. Parfois, je sens qu’il y a des moments où ça ne veut pas venir.

Que fais-tu dans ces cas-là ?

J’appelle à l’aide le ciel (rires).

Ah ! D’accord ! La création a une origine divine !

Peut-être pas, mais il y a quelque chose de cet ordre-là. Il y a beaucoup de magie dans la création. La chanson que j’ai écrite pour ma grand-mère s’est imposée à moi 3 jours après son départ.

Elle a peut-être agi de là-haut.

Je ne sais pas (sourire).

Tu as fait pas mal de premières parties. On apprend quoi quand on chante dans ces conditions ?

On apprend à être sur scène. On est inconnu et on a un public qui ne nous attend pas. C’est comme un saut dans le vide. C’est du sang froid, de l’adrénaline, la gestion du trac et c’est donner. Donner vraiment au public. Quand tu fais les premières parties de Chris Isaak,  Benjamin Biolay ou Francis Cabrel, je t’assure qu’il ne faut pas se démonter parce que les gens qui sont devant toi sont de grands fans des artistes en question.

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Je pose souvent cette question. Une artiste, c’est quoi ?

On ne monte pas sur scène si on n’a pas un léger problème d’ego. On se met en hauteur et on se fait applaudir… c’est de l’ordre de la névrose. Mais qui n’est pas névrosé aujourd’hui ? J’aime vraiment partager. Partager avec les musiciens et partager avec le public. J’aime les gens et le contact avec eux. Il y a quelque chose qui nous remplit.

Y a-t-il une carrière que tu envies ?

Celle de Zazie est une jolie carrière. Elle est toujours là depuis 20 ans tout en faisant ce qu’elle a voulu. Elle est restée simple et semble authentique.

Dans les thématiques de tes chansons et dans la musique, tu n’es pas aux antipodes d’elle, d’ailleurs.

En tout cas, je me sens proche de cette femme. J’aime comme elle parle et j’apprécie son discours.

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Avec Auren, après l'interview, le 18 octobre 2013

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