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10 décembre 2013

Gael Faure : interview pour De silences en bascules

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Cela faisait un petit moment que je voyais Gael Faure dans des clips. J’en entendais parler… en bien. Mais tant qu’il n’y avait pas d’album en prévision, j’avais décidé de ne pas encore me pencher sur son cas, je ne sais pas trop pourquoi. Et un jour, je reçois De silences en bascules, son premier album qui sort le 10 février 2014 chez Jive Epic/Sony Music. Confirmation que, décidément, ce jeune homme est très intéressant. Vocalement, musicalement et textuellement, tout est bon à prendre chez ce jeune homme à la forte personnalité.

Gael Faure sera en concert aux Trois Baudets le 12 décembre prochain. L'occasion est belle de publier l'entretien qu'il m'a accordé le 23 octobre dernier dans les locaux de sa maison de disque, Sony. (Merci à son attachée de presse, Delphine Caurette).

gael faure,de silences en bascules,interview,mandorBiographie presque officielle :

Ce chanteur est un grand compositeur, un de ces chamanes qui, avec deux accords, fabriquent des airs qui soudain emplissent les oreilles, le cœur et l’âme.
Et sa voix porte un sortilège curieux, difficilement définissable. Il a cette grâce des artistes dont le talent éclate en évidences, abolissant les questions d’origine et de parcours.

Au commencement, il y a dix-huit ans en Ardèche. Chez lui, la musique n’existe pas beaucoup, éclipsée par d’autres soucis : la nature, le soin d’autrui, les dérèglements de la société. Car il est le fils du fermier et de l’infirmière.

Il a quatorze ans quand il va voir Louise Attaque qui passe près de chez lui. C’est son premier concert. Tout est choc : les instruments, l’énergie, l’émotion. Il achète une guitare. Il progresse lentement, en complet autodidacte.

En pleines études d’architecte paysager, il se fait embarquer vers la quatrième saison de La Nouvelle star. Sans regret ni remord. Il a surtout compris que la célébrité télévisée n’est rien à côté de ce qui lui reste à parcourir. Il choisit la voie patiente…gael faure,de silences en bascules,interview,mandor

Des centaines de concerts et la construction d’un répertoire, pour laquelle il a besoin d’auteurs. Le premier choisi est Fabien Bœuf, dont la maison était voisine de celle de Gael, jadis en Ardèche. Fabien écrira la moitié de l’album.
À Tété, Gael donne une mélodie qui lui évoque un ailleurs nordique et qui deviendra « On dirait l’Islande ». Avec Ben Ricour, il se trouve une sorte de grand frère généreux, il goûte à l’écriture farfelue de Barcella, aux inventions de Chet… Ces auteurs contribuent à un album aussi rêveur qu’enraciné dans le monde réel, aussi sophistiqué qu’il est simple à aborder. Car, peu à peu, les chansons se polissent dans les premières parties d’Alexis HK, Tété, Michel Jonasz, Daran, Rover, Barcella… Puis le doux orfèvre Jean-Louis Piérot vient produire l’album, après avoir œuvré pour Alain Bashung, Étienne Daho, Miossec, Renan Luce, Brigitte Fontaine

On commence par l’entendre parler de sa vie et on réalise qu’il parle surtout de la nôtre. Et voici que Gael Faure bascule en pleine lumière.

gael faure,de silences en bascules,interview,mandorInterview :

Avant de commencer, je voulais te dire que j’ai complètement craqué sur ta chanson « Un peu ».

Moi aussi, c’est ma préférée… enfin, je ne sais pas. Je l’adore, mais c’est difficile de dire quelle est sa chanson préférée. J’aime ce que raconte cette chanson et aussi son arrangement. On m’a fait confiance sur ce que je voulais en terme de son. Une chanson comme « Un peu » montre toute l’ambition et l’envergure que je voulais pour ce premier album.

Tu voulais obtenir quoi exactement ?

Je voulais que mes chansons soient comme de la peinture… ou comme un film plutôt. C’est un peu cliché de dire ça, en même  temps, c’est vrai. J’aime bien lier l’aspect cinématographique aux chansons. Sur les titres, j’aime bien aussi l’idée de vagues. J’écoute beaucoup de chansons anglo-saxonnes et américaines et je trouve qu’en France, ce n’est pas quelque chose que l’on fait beaucoup. C’était mon défi de faire des chansons avec des textes en Français qui se prête à ça.

Tu aimes des instruments rarement utilisés.

J’aime le vibraphone, mais aussi des guitares électriques avec un E-bow qui donnent un son lancinant… qui provoquent des nappes et procurent la sensation de voyage. « On dirait l’Islande » et « Avoir sans être » sont des morceaux très ouverts où l’on peut voir et ressentir beaucoup de choses. Il me semble.

Je trouve aussi. La première chose que j’écoute quand je découvre un artiste, par-dessus tout, c’est sa voix. Et j’aime énormément la tienne.

Ça me fait plaisir. Très sincèrement.

Clip de "Tu me suivras".

Dans De silences en bascules, tu as de bons auteurs : Fabien Bœuf, Tété, Ben Ricour, gael faure,de silences en bascules,interview,mandorBarcella et Chet. Mazette !

Je voulais une écriture différente, mais avec une logique et une uniformité. Le but est d’avoir la sensation d’avoir le même auteur pour tous les titres. On a beaucoup travaillé sur ça. Dans ce disque, j’ai de belles collaborations et un vrai choix artistique.

Fabien Bœuf est l’auteur qui signe le plus de chansons.

Il est le socle, car il a écrit six titres. Il est le premier artiste avec qui j’ai vraiment travaillé sur cet album. Je suis allé chez lui, dans sa maison des Landes. J’ai amené les thèmes et on a bossé ensemble les chansons. Je suis co-auteur des idées des thèmes et je les chante comme si j’avais tout fait. J’ai des choses à dire. Je suis conscient que je vais me prendre en pleine gueule le fait que je ne suis pas auteur. En France, si tu n’écris pas, tu n’es pas vraiment considéré.

Ça, je ne le comprends pas, car c’est un métier d’écrire de belles chansons !

Exactement. Je ne me sentais pas prêt à le faire. J’ai préféré m’entourer de bons auteurs qui voulaient participer à ce projet, plutôt que de tout faire à tout prix, mais moins bien. Aujourd’hui, ces textes, je me sens légitime de les défendre.

Qu’est-ce qu’un bon texte pour toi ?

En dehors du fait que le texte doit signifier quelque chose, il faut que ça sonne. En Français, mon défi est de faire rebondir les choses et que ça passe comme une lettre à la poste. C’est beaucoup de travail. On a un premier thème, un premier jet, on épure, on ramifie un peu des choses. Je trouve ça formidable de travailler en totale cohésion et amitié avec les auteurs. Il y a beaucoup de discussions et d’échanges.

Clip de "On dirait l'Islande".

gael faure,de silences en bascules,interview,mandorSi je te dis que je trouve que ton album se situe entre la variété française, le folk et la chanson dite « traditionnelle », tu en penses quoi ?

C’est une définition qui me va assez. Je suis pareil que toi, je n’arrive pas à définir mon album. Si plus de gens pensaient comme toi, on ne serait pas obligé de me mettre dans une case. Coller des étiquettes est une spécialité française.

Autre point fort de ton travail, ton sens de la mélodie.

Les mélodies me viennent assez spontanément et instinctivement. Puisque mon corps de métier n’est pas vraiment auteur, heureusement que j’ai des facultés pour composer (sourire). Composer me tient, me tire par les tripes. Si une mélodie me parle, je le sens immédiatement. Par contre, se rendre compte si elle est de qualité ou pas, j’ai un peu de mal… ça ne m’appartient pas de le dire. J’aime la mélodie à proprement parlé. J’aime qu’elle paraisse simple, mais qu’elle ne soit pas racoleuse.

Tu as entrepris des études d’architecte paysagiste, envisages-tu la musique comme de l’architecture ?

Si on part du principe que l’architecture c’est de la mathématique, tu as raison. La musique, c’est un peu ça. Je n’avais jamais songé à cette question, mais ce n’est pas indissociable, effectivement. On construit une chanson. Elle arrive, je ne sais pas comment, à l’instinct, après on la travaille.

Trouves-tu le cheminement de ta carrière assez rapide ?

C’est une très bonne question, parce que je me sens bien dans le timing. Cet album est le fruit de cinq ans de travail. Je l'ai conçu à des âges où on se construit, une période où on décide de sa vie.

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Ça fait un an que l’on entend parler de toi de nouveau. L’album sort en janvier 2014… c’est quand même long. Je suppose que tu as hâte qu’il soit dans les bacs.

Si le timing me plaît, par contre, l’attente est très longue. Ce n’est pas que de mon ressort. Il y a toute une maison de disques derrière et je ne suis pas maître de tout. J’ai appris que pour faire ce métier au mieux, il faut savoir être patient.

Vas-tu voir ce qu’il se dit sur toi sur les réseaux sociaux ?

J’essaie de me restreindre, mais je vais quand même jeter un coup d’œil de temps en temps.  C’est humain d’aller voir ce que l’on dit sur soi.

Dans ton cas, ça doit te rassurer, car je n’ai jamais rien lu de négatif…

C’est rassurant, mais, évidemment, on voudrait toujours mieux (rires). Sans plaisanter, je suis assez content de ce que je lis sur moi, notamment ce que l’on dit de mes prestations en live. C’est ça qui me tient par les couilles. Que les gens viennent me voir et qu’ils ne jugent mon travail que par ça, je serais le plus heureux des hommes. La vérité ne transpire que par la scène.

On ne connait pas bien un artiste si on ne la pas vu sur scène, je suis d’accord.

Je sais que je suis à ma place. J’aime ça parce que je me retrouve avec mes musiciens à chanter mes morceaux. C’est le luxe énorme ! J’aime ce que cela me procure et bizarrement, je suis incapable de dire ce que cela me procure.

Francofolies 2013, "Tu me suivras" en live.

Cet été, aux Francofolies, tu as chanté sur la scène principale extérieure devant 12 000 personnes. Qu’as-tu ressenti ?

Étant donné que j’avais fait le chantier des Francofolies, des mois en amont, je m’étais peut-être un peu plus préparé psychologiquement que si j’arrivais sur un site que je découvrais. Dans l’après-midi, j’avais fait un concert au théâtre Verdière devant 500 personnes. Places assises, en intérieur. Bizarrement, ça m’a paru beaucoup plus impressionnant. Bon, sur la grande scène, les gens ne m’attendaient pas spécialement. Tu arrives entre Lou Doillon et –M-, et tu chantes deux chansons que tu connais bien. J’ai tout donné, mais j’étais moins stressé que dans l’après-midi.

Comment vis-tu cette période où ton disque n’est pas sorti et où tu es un peu dans l’attente des réactions ?

C’est une période un peu bâtarde. Je suis dans l’attente des premiers retours du public et des journalistes. Pour pallier à cela, j’envoie plein de trucs à mes potes auteurs… hier j’ai appelé Charles Souchon (Ours) pour que l’on bosse afin que je puisse penser à autre chose. Et puis surtout, je fais pas mal de concerts et de premières parties. Je m’occupe.

Es-tu optimiste sur ton devenir dans ce milieu ?

Oui, je le suis. Il faut l’être. Mais, je doute énormément… la conjoncture actuelle de ce milieu n’est pas rassurante. Mais, bon, le plus dur est derrière. J’ai bossé cinq ans ce disque, j’ai gagné ma vie par la musique, je suis dans une grande maison de disques. Disons que j’avance, mais que je ne suis dupe de rien. Je sais que rien n’est acquis. Mon projet, je l’ai fait sincèrement, avec des artistes choisis. On m’a laissé le temps de faire ces compositions et c’est pour moi la meilleure des victoires.

Les textes de cet album ont quatre ou cinq ans. Tu es à un âge ou tout évolue vite et où, généralement, on vit un tas d’expériences. N’as-tu pas peur de chanter des chansons qui ne te correspondent plus ?

C’est vrai que je suis un peu en décalage quelque part. Mais, il se passe vraiment quelque chose sur scène avec les musiciens avec lesquels je joue, du coup, je ne m’embête jamais. Ce n’est pas du copié-collé. C’est vraiment du live. On fait des recherches de son.

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Tu es très rock sur scène, alors que tu as l’air d’être un mec un peu lisse. Venir de la Nouvelle Star n’arrange rien.

Je sais. On m’a découvert quand j’avais 18 ans, j’étais timide, alors c’est normal que certaines personnes restent à ce niveau de lecture de ma personne. Mais, je suis tout sauf ça. Il faut juste venir me voir jouer sur scène…

Ton côté beau gosse qui fait se pâmer les femmes ne te dessert-il pas ?

Moi, au bout d’un moment, entendre ça m’emmerde. Je pense que j’ai des choses à dire et, à cause de la gueule que j’ai, les médias peuvent passer à côté. Je chante aussi des chansons d’amour, mais quand tu es mignon, que tu as une belle voix, tout de suite, on te catalogue comme un chanteur à midinettes ou comme un chanteur de variété. Le même mec, avec un œil en moins, qui chante les mêmes chansons, tout de suite, on va l’écouter de manière différente.

J’ai interviewé récemment Yodelice et Julien Doré… Eux et toi, vous êtes des artistes calmes, doux dans la vie, en tout cas en interview, mais vous êtes des fous fieffés en concert. C’est dingue le changement radical que la scène opère sur vous.

Inconsciemment, on devient un peu quelqu’un d’autre, mais en restant un minimum soi-même parce qu’on veut être sincère par rapport à la proposition. Les gens qui viennent te voir sur scène, ils ont envie de sortir de leur ordinaire. Ils veulent découvrir quelque chose ou quelqu’un qui les divertissent et les enchantent. Moi, j’essaie juste de ne pas jouer ce que je ne suis pas, d’ailleurs, je le ferais très mal, mais parfois on se surprend à être qui on est sur scène. Un double plus extraverti. C’est parfois un peu perturbant et, en même temps, c’est jouissif.

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Avec Gael Faure, après l'interview le 23 octobre 2013, chez Sony.

Commentaires

Gael Faure j ecoute en boucle tout votre cd . Je le fais connaitre à tout le monde autour de moi comment vous joindre et connaitre vos prochains concerts sur Paris ou Boulogne billancourt ,beaucoup de chanteurs comme Benjamin Biolay , Alex Beaupain sont passés dans nos belles Salles . Ces chanteurs sont comme vous Auteurs et Compositeurs . je souhaite sincerement vous contacter car je pense faire une Soiree à la Bellevilloise en Juin
pourriez -vous venir y faire un concert pour notre plus grande Joie !

Écrit par : hayat murielle | 01 mai 2014

Le jeune homme que j'ai rencontré en 2007 à Hellemmes puis vu en concert à Saint Amand les Eaux et Trith St Léger a pris de l'assurance et de la maturité, mais je retrouve la voix qui m'a fasciné à l'époque.....

Écrit par : Jean-Marie | 10 août 2014

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