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30 novembre 2013

Maxime Chattam : interview pour Autre-Monde 6, Neverland

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(Photo : agence Anadore)

Il y a deux ans, j’avais déjà interviewé (par téléphone) Maxime Chattam, pour le livre 4 de la série Autre-Monde, Entropia. Je n’étais pas du tout allé au fond des choses. J’étais même déçu de cette conversation sans grand intérêt. Je n’aime pas les « phoners ». Pour réaliser une interviewe honorable, j’ai besoin d’avoir la personne interrogée devant moi. Voir ses yeux. Analyser son comportement. Écouter ses silences. Rebondir sur ses propos. J’ai besoin du contact humain. Pour la sortie du livre 7, Neverland, de cette même série, j'ai rencontré Maxime Chattam, le 21 octobre dernier, dans les locaux de sa maison d’édition, Albin Michel. Entre deux séances de signatures de son service de presse, il m'a accordé une heure de son temps. 

Voici le fruit de cette conversation, publié dans Le magazine des loisirs culturels des magasins Auchan (daté des mois de novembre et décembre 2013).

Ensuite, je vous propose une version longue de cette interview.

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Intro en version plus lisible:

La série de Maxime Chattam, « Autre-Monde » déjà traduit dans une dizaine de langue, est un véritable succès. Dans ce 6e tome (l'avant dernier), le deuxième Cœur de la Terre a été détruit par l'ennemi et l'Alliance des Trois a explosé. Laissés pour morts et séparés, les trois héros Matt, Ambre et Tobias vont devoir survivre chacun de leur côté. Cette nouvelle aventure prépare le grand final de la saga et l'heure de percer les ultimes secrets d'Autre-Monde se rapproche...

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maxime chattam,autre-monde,neverland,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,stephen kingBonus mandorien :

Je me souviens que lors de notre première interview, vous m’aviez dit qu’Albin Michel était très frileux pour entamer cette série.

J’ai la chance d’avoir une maison d’édition qui écoute ses auteurs. Donc, quand je débarque en disant que j’ai un nouveau projet qui n’a rien à voir, mais qui me tient à cœur, on m’écoute  toujours. Alors que j’écris habituellement des thrillers, quand j’ai expliqué Autre-Monde, j’ai senti un léger scepticisme au point qu’ils m’ont demandé si je ne voulais pas l’écrire sous un pseudonyme. Il y a eu des discussions et au final, c’est sorti sous Maxime Chattam parce que ça fait partie de mon univers et que ça me correspond parfaitement. Aujourd’hui, je suis connu pour des polars un peu noirs et documentés et de temps en temps, pour du fantastique grand public. Un jour, on apprendra aussi que j’aime le fantastique « adulte » qui fait peur. Je ne me m’interdis rien parce qu’avant tout, j’aime écrire, j’aime partager ma passion de l’écriture et mes univers quels qu’ils soient. J’ai besoin de tous ces univers-là, ils font partie de moi, ils me nourrissent et, du coup, quand je me mets devant un cahier de notes ou devant mon écran pour écrire, ce qui vient n’est pas nécessairement calibré dans un genre particulier. Au contraire, ce qui vient, c’est ce que je suis, c'est-à-dire un mélange de plein de choses.

Juste, il faut que vous restiez cohérent dans ce que vous écrivez…

 C’est exactement ça ! Si  je suis parti vers une enquête policière, j’essaie de rester cohérent à cet univers d’enquête policière documentée, stricte, avec une vraie structure narrative complexe.

maxime chattam,autre-monde,neverland,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,stephen kingLa série Autre-Monde a trouvé immédiatement son public. Dès le premier volet, L’alliance des Trois.

Ça, c’est une vraie surprise. Les deux fois dans ma vie où j’ai fait des changements particuliers, mon roman fantastique, Le 5e Règne, mes romans d’aventures « grand public », un peu à la Tom Sayer, Harry Potter et compagnie, qui est cette série Autre-Monde, les gens suivent. Très honnêtement,  je m’attendais à ce que les gens ne suivent pas. Avec mon éditeur, on avait de longues conversations durant lesquelles on finissait par admettre qu’on allait en vendre beaucoup moins. On avait décidé d’aller au bout de la série, même si elle ne fonctionnait pas. J’en avais besoin.

Et ce besoin d’écrire se traduit de quelle manière ?

C’est mental. Imaginons une semaine où je n’écris pas, ça me démange. J’ai tellement d’idées que ça crée un embouteillage dans la tête… ce qui fait que j’ai du mal à me concentrer sur autre chose dans ma vie. Quand vous êtes au régime pendant 15 jours, à un moment donné, vous avez envie de dévorer une bonne pizza. Et vous le faites parce que vous n’en pouvez plus. Je ne sais pas si mon cerveau sécrète de la dopamine, mais ce n’est pas impossible (rire). Je suis dopé à l’imaginaire et aux choix des mots.

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Le 21 octobre 2013, jour de signature de ses "services de presse".

Il faut jubiler pour écrire ?

Moi, je dis oui, mais beaucoup d’auteurs parlent de souffrance quand ils écrivent. Parmi ceux-là, certains ont écrit des chefs-d’œuvre. Moi, je ne verrais aucun intérêt à écrire dans la souffrance. Au contraire.

Vous faites très attention à la réalité, l’exactitude des faits que vous écrivez.

Quand je lis un livre, même un roman policier, donc un divertissement, si on me dit que tel produit de la police scientifique permet de relever les traces de sang sans altérer l’ADN, je vais le croire. J’estime qu’il y a une sorte de pacte passé entre le lecteur et l’auteur. Je ne supporte pas un roman dans lequel on me balance des choses comme si c’était de grandes vérités, parfois scientifiques, et que je finis par me rendre compte que ce sont des inventions de l’auteur. J’ai l’impression de m’être fait berner par des mensonges. Je ressens ça comme une trahison. Moi, j’ancre mes récits dans une forme de réalisme. Les lieux que je décris existent, les procédures scientifiques et techniques existent. J’essaie de ne pas faire trop d’erreurs. Par conséquent, il y a un vrai et long travail de préparation en amont.

Dans  la série L’Autre-Monde, en 7 volumes,  il y a beaucoup de personnages, de planètes, de noms compliqués… comment vous y retrouvez-vous ?maxime chattam,autre-monde,neverland,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,stephen king

Pour cette série, j’ai deux cahiers différents. Un cahier pour les personnages, la chronologie de toute l’histoire, les notes principales pour vérifier la cohérence. Et j’ai un deuxième cahier où j’ai tout ce qui est bestiaire, géographie, les peuples, l’univers de mes mondes. J’y fais des petits croquis, des plans… bref, ça me permet de visualiser certaines scènes et de n’oublier aucun détail.

Pour revenir à ce que vous me disiez tout à l’heure… vous continuez à croire beaucoup à l’enfant.

Alors qu’un enfant devient un jour un adulte... Mais je suis convaincu qu’un enfant peut inverser la donne et changer les choses. Pendant longtemps, j’ai pensé qu’on était perdu d’avance. J’étais très misanthropique et très fataliste. Plus je vieillis, plus le temps avance, plus je retrouve un peu d’espoir. Je crois que, s’il y a quelque chose à sauver de l’humanité, c’est l’enfance. La réponse est dans l’éducation, dans la lecture et dans le rêve. C’est pour ça que je suis fier de faire ce métier-là. Plus les enfants liront, plus les adultes liront, plus je serai heureux. Le modeste romancier populaire que je suis, croit qu’écrire peut servir à beaucoup de personnes. Moi, je veux distiller en chacun des notions de respect.

maxime chattam,autre-monde,neverland,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,stephen kingVous sentez-vous adulte ?

Je me suis longtemps posé la question. Qu’est-ce que c’est qu’être un adulte ? Mon roman Le 5e règne pose la question et apporte un début de réponse. Sinon, oui, depuis quelques années, je suis adulte. J’en ai conscience. Je suis adulte, mais je continue de nourrir le gamin qui est en moi. D’abord parce que ce gamin-là m’a fait rêver pendant longtemps et il n’est pas mort. Il existe encore quelque part. J’ai été très longtemps nostalgique de mon adolescence. Aujourd’hui, j’ai fait la paix avec ça, parce que j’en ai fait le deuil. De temps en temps, j’ai envie de me regarder dans le miroir et de demander au gamin qui est en moi : est-ce que tu es content de ce que tu es devenu ? Est-ce je n’ai pas merdé en chemin ? Est-ce que je ne me suis pas fourvoyé ? J’ai l’impression, pour l’instant, que la réponse est non, mais il faut continuer d’être vigilant. La route est longue.

En plus vous êtes papa.

Oui, mais ceci dit, des papas gamins, j’en connais plein.

Non, mais c’était pour inclure un peu de peopolisation dans cette mandorisation.

(Sourire) Cela dit, fondamentalement, d’être papa me change et m’ouvre les yeux sur des tas de trucs.

Je reviens sur un terme que vous avez employé sur vous-même : je suis un modeste auteur populaire…  Modeste et populaire, ça va ensemble ?

Oui. Je fais de la littérature populaire, c'est-à-dire pour tout le monde. Je n’ai aucune prétention littéraire et je ne milite pas pour avoir le Goncourt un jour. J’écris le mieux possible pour servir le fond de mon livre. Je soigne la forme le mieux possible pour qu’elle corresponde au fond. J’insiste sur ce point. Je fais de la littérature de divertissement que je pense efficace. C’est ce que j’aime lire et ce que j’aime écrire. Avant tout, mon lecteur type, c’est moi. Si je ne me fais pas plaisir pendant l’écriture, je ne publie pas. J’écris jusqu’à ce que ça marche. J’estime être modeste parce que je n’ai pas la prétention de changer le monde et d’être un auteur très pompeux. Ce n’est pas parce que j’ai vendu beaucoup de bouquins que cela fait de moi une référence. Je suis très lucide par rapport à ça.

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Est-ce que lorsqu’on vend autant que vous permet d’être zen à chaque sortie de nouveau roman ?

J’essaie de ne pas raisonner dans ces termes-là sinon ça me paralyserait dans l’écriture. Si je commence à me dire qu’il faut que j’écrive pour que ça plaise, que je fasse 100 000 lecteurs pour le livre en cours sinon je vais tomber en dessous de ce que je vais faire d’habitude,  il y a un côté tyrannie du succès que je ne veux pas vivre.  Je crois qu’il n’y a rien de pire. Moi, je ne connais pas la page blanche parce que je ne me pose pas la question de la destination. La destination, c’est moi. Je me fais plaisir. C’est une fois que je relis le livre terminé qu’éventuellement je commence à envisager un lecteur type. Quand le livre sort, j’ai une angoisse, mais je ne peux pas y faire grand-chose.

Oui, mais vous y pensez.

Quand un livre sort, je suis déjà en train d’écrire le suivant. C’est le meilleur moyen de penser à autre chose. Je croise juste les doigts pour que ce qui sort de ma cervelle continue à plaire au plus grand nombre. Il ne faut pas se leurrer, quand on publie, on met ses tripes sur la table. Un roman c’est comme un bébé que vous présentez à vos amis. Si les gens vous disent qu’il est moche, qu’il a les oreilles décollées et qu’il louche, ça vous fend le cœur. J’ai écrit 18 bouquins et ce sentiment reste le même à chaque fois.

18 livres, ça commence à constituer une œuvre, non ?

Oui. Parfois, je me demande si je n’écris pas trop vite. Je relisais récemment des interviews de Stephen King et il expliquait qu’à l’époque où ses romans cartonnaient le plus, il publiait trois livres par an. Et des pavés à chaque fois. Je me dis que, finalement, je suis un petit joueur.

maxime chattam,autre-monde,neverland,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,stephen kingVous continuez de le lire, Stephen King ?

Évidemment. Oui, à tel point que je ne peux pas attendre la traduction française. Stephen King reste la référence absolue d’imaginaire. C’est l’auteur qui m’a ouvert les yeux à la lecture et qui m’a donné envie d’écrire. Il ne s’en doute pas, mais c’est aussi l’auteur qui m’a conseillé dans l’écriture. Quand j’ai commencé l’écriture de nouvelles et de romans et que j’avais des doutes, je me replongeais dans un de ses livres et la situation se débloquait. Le lire répondait à mes questionnements sur la littérature et l’écriture. Rassurez-vous, je ne suis pas en train de dire que j’estime être à son niveau, loin de là, mais ça répondait à des angoisses de jeune auteur.

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Maxime Chattam lors de la soirée exceptionnelle avec Stephen King au Grand Rex, le samedi 16 novembre 2013, à Paris.

Vous êtes fans de lui ?

Oui, clairement. Pas fan qui se prosterne, mais fan très admiratif de son œuvre. Je vois sa cohérence et sa qualité… Il a 50 romans à son actif, j’en ai 18. Dans ses 50 romans, il n’y a rien à jeter. C’est dingue à quel point il a maintenu le cap.   

Vous écrivez combien d’heures par jour ?

Moins qu’avant. Avant, j’étais un peu dingo. J’écrivais 7 jours sur 7. Je ne vivais que pour l’écriture. Ça se voyait. Je pesais 25 kilos de plus qu’aujourd’hui. J’étais tellement enfermé dans le fait de juste écrire que je n’étais pas heureux dans ma vie d’homme. A un moment, j’ai juste ouvert les yeux sur le reste du monde. Aujourd’hui, j’ai trouvé un équilibre. Quand on est marié et qu’on est papa, on souhaite avoir une vie de famille normale.

Heureusement, l’animatrice Faustine Bollaert, votre femme, est bien occupée.maxime chattam,autre-monde,neverland,interview,le magazine des loisirs culturels auchan,stephen king

Heureusement, oui. On arrive à ménager nos emplois du temps. Moi, j’écris 5 jours par semaine entre 6 et 10 heures par jour.

Ce sont de bonnes journées !

Et j’avoue que de temps en temps, quand je suis en fin de roman et que ça me démange, ma femme m’embrasse tendrement sur la joue, le samedi matin, et me dit : « Je sens que ça te démange. Lève-toi ! Va écrire ! On se revoit dans l’après-midi, mon amour ».

Commentaires

j adoooore Maxime Chattam, et j attends avec impatience le tome 7 de
l alliance des 3, à quand la sortie ???

Écrit par : Giraud yvette | 22 mars 2014

Ou va t-il chercher tout ça......c'est fabuleux, je vous adore Maxime Chattam. Comment faites vous pour tant nous captiver. Quel don vous avez. OU en est le tome 7. Vite vite dépéchez vous Maxime, je meurs d'impatience.

Écrit par : Gigi | 01 mai 2014

bonjour a quand le dernier livre d 'un autre monde svp

Écrit par : mr boda | 08 novembre 2014

Super comment sera t on au courant de la sortie du tome 7. ?

Écrit par : Herve morel | 23 janvier 2015

Les commentaires sont fermés.