Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Louis Chédid : interview pour Deux fois l'infini et ses 40 ans de carrière | Page d'accueil | Antiloops : interview pour leur 1er EP (Yep) »

22 novembre 2013

Flow : interview pour toutes sortes de choses... sans langue de bois.

flow,interview,intime conviction,mandor

Voix cassée et rage au cœur, Flow chante comme on mène une bataille. Toutes ses chansons sont comme des cris de révolte. Cette grande dame de la chanson est une sorte de grand-reporter de la chanson, fière et insoumise.

J’aime beaucoup Flow. Depuis son premier album. Pour ses chansons et son caractère entier et sans concession. Une forte personnalité, ça manque pas mal.

J'ai déjà interviewé Flow pour son précédent disque. J’avais déjà constaté que la chanteuse n’avait pas la langue dans sa poche… cette fois-ci, elle a encore moins de retenue. Tant mieux. Je n’aime ni les discours formatés, ni les propos conventionnels. Et puis, parfois, il est bon de rencontrer des humains humains. Des francs du collier. Des qui prennent des risques. Des qui parlent  sans peur, mais avec cœur.

Flow est venue à l'agence le 4 septembre dernier avec l'idée de me parler sans s'autocensurer.

flow,interview,intime conviction,mandorBiographie (un chouia réduite) :

Après plus de dix ans passés à sillonner le monde, pour réaliser des reportages photo pour de nombreux quotidiens en France et au Québec, Florence Vaillant, globe-trotteuse se pose à Saint Barth et se met à écrire des chansons. Yannick Noah (mandorisés ici) l’entend chanter lors d’une soirée et l’invite à se produire en première partie de ses premiers concerts parisiens au Café de la Danse. Rappels et standing ovation, elle ne repartira pas.  

Son premier album L’Âme De Fond est produit par Guizmo (Tryo) et sort fin 2008, accueilli par d’excellentes critiques. Suivront des dizaines de concerts en France, Suisse, Belgique et Québec, la remise du prix Raoul Breton par la Sacem, le premier prix du jury et celui du public du Festival Le Mans Cité Chanson.

Réalisé par Romain Didier (à moitié mandorisé), Larmes Blanches sort en janvier 2011 sur sa propre étiquette (Les Ailes Du Chat) distribué par Wagram.

2012 est année de réflexion et de recherche. Dans sa retraite de l’arrière-pays montpelliérain, Flow se consacre pleinement à l’écriture et à la composition d’un troisième album qu’elle souhaite différent de ce qu’elle a fait auparavant. Si sa plume est plus inspirée que jamais et si les mélodies sont d’une  lumineuse évidence, l’album s’annonce intime et acoustique comme en témoigne un premier EP de trois titres.

Enregistrés à Paris début 2013 en compagnie d’Étienne Abeillon (guitare et chant), les 13 titres de ce nouvel opus ont été réalisés par Stéfane Goldman et mixés par Gilles Martin (Miossec, Dominique A, Deus, Claire Diterzi, Jil is Lucky, Indochine…) . 

L’album intitulé Intime Conviction sortira, à priori, en 2014.

Lu Dans La Presse :

"Une jeune femme qui ressemblerait à Patti Smith et élevée par une grand-mère punk qui aurait écouté Piaf…"
(Sud-Ouest)

"Une voix à réveiller les âmes !"
(Le Midi Libre)

"Il y a les marchands de sommeil et puis il y a Flow, vendeuse de réveil."
(Francofans)

"Ce n’est plus de la chanson engagée, c’est de la chanson nécessaire."
(Marianne)

"Poésie à fleur de peau qui ne peut laisser personne indifférent."
(Addiction Le Mag) Tiens! Ça, c'est moi.

"Artiste à la voix puissante et hors du commun"
(Longueur D’Ondes)

"Flo chante avec conviction et une étonnante énergie sur des musiques métissées qui balancent entre chanson réaliste et punk classique"
(Dernières Nouvelles d’Alsace)

flow,interview,intime conviction,mandorInterview :

Je te décerne le prix de la plus rebelle et la plus revendicatrice de la chanson française.

Une grande gueule oui ! Je pensais que je pouvais être un grain de sable dans la machine. Ce n’est pas aussi simple que cela.

Tu es rentrée dans le système par le biais de Yannick Noah. Il a fait entrer le loup dans la bergerie, non ?

Yannick n’a pas fait ça pour ça, mais il m’a laissé peut-être foutre mon bazar, car  il aime les challenges. Il m’a sentie pugnace. Mon travail à moi, dans la vie, je crois que c’est clown. Mais clown social. Mon maître à penser, c’est Coluche. Sur l’approche politique et humaine. Il bougeait ses fesses et faisait en sorte que les choses évoluent, en bousculant très fort. C’est le travail que je cherche à faire dans mes chansons. Elles sont satiriques, mais elles restent hyper tendres.

Quand je te vois évoluer, revendiquer, j’ai l’impression de regarder Don Quichotte se battre contre les moulins à vent.

Je crois que c’est Bilal qui dit : « Être des hommes libres est peut-être une utopie, mais l’idée est si belle, qu’elle vaut la peine d’être défendue ». Étienne, le guitariste avec lequel je joue et aussi le parrain de ma fille, était vraiment petit quand je l’ai rencontré. Il avait 16 ans. À 16 ans, on suit la lumière sans vraiment réfléchir. Plus âgé, un jour, il m’a écouté parler avec beaucoup de flamme à des gens et il est venu me dire à part : « tu sais, je ne voudrais pas être désagréable, mais on ne peut pas le changer le monde ». Je lui ai répondu : « Chut, je vais te dire un secret : Je le sais. Je suis au courant, mais ce n’est pas grave. J’essaie quand même. Un jour je serai morte et toi tu seras encore vivant. Et si ma fille te demande comment j’étais, tu répondras : ta mère était un peu folle, mais au moins elle a essayé. » Bien sûr que David et Goliath, ça n’existe que dans les livres. Moi, me contenter de regarder les choses passer, ça m’est insupportable. Je m’en fous de me cogner la tête souvent.

Clip de "Sans regret".

flow,interview,intime conviction,mandorEn ce moment, tu essaies de sortir ton 3e album… et ce n’est pas simple du tout. Je crois que tu as rencontré des personnes qui ont voulu travailler avec toi, mais ça ne s’est pas bien passé.

On n’a plus été d’accord. Quand on n’est plus d’accord avec quelqu’un avec lequel on n’a que l’argent en commun, il faut payer. C’est un peu comme un mariage. Au début, on s’aime beaucoup, puis on ne s’aime plus. On divorce. Il faut partager les meubles, mais c’est difficile de couper le chien en deux. J’essaie de récupérer ce que je considère être à moi. Le droit d’écrire et de chanter mes chansons.

Tu as voulu t’associer à des personnes qui n’étaient pas comme toi. C’est ça l’erreur ?

Je suis un peu comme un chien qui renifle de l’eau. Je ne réfléchis pas assez. Je devrais me poser plus souvent, m’emballer moins vite et être moins réactive parfois.

Visiblement, tu n’y parviens pas.

La bête qui est sur scène, ce n’est pas du cinoche. L’espèce de machin qui saute dans tous les sens, qui hurle, qui s’arrache le ventre, les tripes et le cœur à volonté, je vis avec tous les jours. Flow, l’artiste, tous les jours, je me réveille avec elle… et elle n’est pas facile à gérer.

Es-tu une schizophrène revendiquée ?

Je le suis un peu (la réelle schizophrénie est une chose bien plus grave). Comme tous les artistes. En fait, je suis honnête voir brutale et ça, ce n’est pas très bankable. Les gens n’aiment pas qu’on leur révèle que sur les droits de reproduction mécanique, c'est-à-dire la vente directe des disques, sur un prix moyen de 18 euros, bien moins d’un euro seulement reviennent à l’artiste signé, selon son contrat, dire le commerce acharné fait autour de la culture et de la musique. Oui,  il faut être honnête, peut-être que les gens arrêteront d’acheter des disques, peut-être qu’ils voudront donner plus d’argent directement à l’artiste qui les porte…

En 2011, Yannick Noah continue de présenter Flow aux médias. Ici "Le sourire d'un môme" en live à Chabada.

On ne peut pas dire que tu te sentes bien dans l’industrie de la musique…flow,interview,intime conviction,mandor

Il y a l’industrie de la musique, certes, mais je rêve que l’artisanat musical existe.Je veux qu’il y ait une place obligatoire (une loi) pour les artistes autoproduits dans les festivals et sur les radios, comme on a fait une tranche pour la chanson française.Il y a les majors qu’on connait et il n’y aurait pas une place pour le reste ?! Moi, je dis qu’il peut y avoir deux énormes Mac Donald dans la même rue et un petit Bouchon lyonnais aussi.

Tu n’as pas envie de rentrer dans le mode proposé.

Je voulais jouer le jeu de la matrice pro, mais je crois que les règles me déplaisent. Et surtout je crois qu’y en a qui trichent !! (Sourire)

Ton deuxième album a été distribué chez Wagram, tu t’es associée à des hommes d’affaires pour tenter de sortir le 3e. Ça se passe mal tout le temps, tu es en conflit à chaque fois…

C’est vrai. Mais tu sais, je me dis que ce n’est pas que de leur faute. Je suis terrible quand je m’énerve ou que ça ne se passe pas comme je veux ; je prends ma part de responsabilité. Je n’ai ni haine, ni envie de violence contre ces gens. C’est juste des gens.

Mais pourquoi tu vas vers eux ?

Parce que je te l’ai dit, je suis utopiste et  je crois que même chez un monsieur très très riche, il y a un petit garçon dedans. De l’humanité aussi. Finalement, je me rends compte que l’argent et l’ego sont très forts contre le coeur humain.

Oui, mais ça tu le savais avant, je présume. Pourquoi ne pas te contenter de faire cet album grâce à Ulule et le soutien de ceux qui t’aiment ?

L’idée c’est l’autoroute. Tu as une voiture, elle roule vite. Moi, j’ai la chance que l’on m’ait donnée une grosse voiture, c'est-à-dire que mes textes plaisent et que ma force de scène fonctionne, alors j’ai voulu essayer l’autoroute pour aller plus vite. C’est légitime, non ? Je me demande pourquoi je prends les camions de face. Peut-être que je prends l’autoroute dans le mauvais sens (rires).

"Citoyen" enregistré le 23 Mars 2011 à L' Affiche à Reims.

Tu n’arrives pas à jouer le jeu, en fait.

Je voulais venir à la fête, mais je ne veux pas boire. Et, je ne veux pas que l’on mette de l’alcool dans mon verre. Et je n’ai pas envie de boire pour faire comme tout le monde. Alors, au bout d’un moment, on me trouve chiante et on ne m’invite plus à la fête. On a le droit d’être différent et de vouloir intégrer le système quand même ! On est un peu responsable de ce qui nous arrive. S'ils vendent Génération Goldman 2 ,3 ou 4 carrément, c’est qu’il y a des gens qui achètent. A croire qu’il n’y a plus d’auteurs. Ils cherchent en radio-crochets ou téléréalité les nouvelles sources de talent… avides de pognon et de strass… pour les passer a leur sauce… Et du coup les éteindre.

Par contre, je sais que tu aimes bien Stromae. Tu vois que tout n’est pas à jeter aujourd’hui.

Je n’ai jamais dit qu’il fallait tout jeter. Ce Belge, j’ai l’impression que c’est un bon monsieur. Il y a du texte derrière tout ce qu’il fait. Je ne l’ai pas rencontré, mais il me plait dans ses interviews. Il a l’air chouette. Par contre, on nous gave de « Papaoutai » à la radio et il n’y a plus rien pour les autres.

Mais ce dont tu parles n’est pas nouveau. Ça a toujours été comme ça.

Et alors, qu’est-ce qu’on attend pour faire quelque chose ? Les artistes autonomes  doivent être légitimés et ne doivent surtout plus être marginalisés.

flow,interview,intime conviction,mandor

(Photo: André Hébrard)

Tu as une personnalité qui peut faire peur, du moins qui peut impressionner, quand on ne te connait pas.

Je ne suis pas schizo. En vrai, je suis hyperactive. Depuis l’enfance. Ça m’a fait renvoyer des collèges… c’est juste une tare. Ça emmène une bipolarité certaine, je ne suis pas dupe. Par exemple, j’ai déjà écrit le 4e album alors que le 3e n’est pas encore sorti et qu’il est même en bagarre. Il faut que j’écrive tout le temps. J’écris, j’écris, j’écris. Écrire pour ne pas mourir, chantait Anne Sylvestre (mandorisée là).

Tu n’as pas envie parfois de lâcher prise un peu. Tu n’as pas envie de te reposer…

Si je regarde ma fille, j’ai trop honte. Dès que je baisse un peu ma culotte, je la regarde et je la remonte tout de suite. Je ne peux pas lui dire « ça y est, on est sorti de la merde, on a une belle maison parce que maman, elle a sucé le kiki ! » Le goût il reste dans ta bouche. Jusqu’à ta mort.

Ta façon d’expliquer les choses est assez brutale.

Mais, le monde est brutal, alors je fais comme le monde. C’est la seule manière pour que les gens comprennent.

Te sens-tu seule dans ton combat ?

Non. Je me sens même pas mal entourée. Ma maitresse à penser de la révolution musicale, elle n’est pas connue. Elle s’appelle Géraldine Torres. Voilà une femme irréprochable. Il nous faut des Lucie Aubrac, des incorruptibles magnifiques !!!

Ton attitude est un peu risquée pour perdurer dans ce métier.

Quand les gens me rencontrent, ils voient bien que je suis une sorte d’allumée en mission ; je n’ai pas de carrière. J’ai une vie et un idéal, la chanson est une des formes, un des outils, c’est tout.

Il y a de tout dans ce métier. Mais, toi, tu es vraiment à part. Différente…

Je ne prends pas de coke. Je n’ai pas de problème sexuel. Je suis fidèle. Je suis même stricte. Très famille. J’aime rester chez moi. Je n’ai rien à voir avec ce métier. J’aime manger bio. J’aime l’eau de source. J’aime courir dans les bois. J’aime les chevaux… J’ai vraiment cru que je pourrais emmener une nouvelle couleur à l’arc-en-ciel. C’est prétentieux, hein ?

C’est utopique, je dirais. Tu te sens désillusionnée, du coup ?

Je me suis surestimée c’est sur, ou j'ai sous-estimé le bouillon culturel commercial.

Tu es considérée comme très chieuse, mais sacrément talentueuse. Tu le sais ?

Tu me mords, je te mords. Tu me pousses, je te pousse. Je voulais changer les choses et je me suis pris des baffes : j’ai tenté de les rendre !! (Rires). Le talent vient de la fêlure. Je suis fêlée !!!

flow,interview,intime conviction,mandor

Flow discutant à l'agence avec un personnage d'Assassins Creed...

Et aujourd’hui, tu vas te calmer ?

NON !!! Mais quand tu ne cesses de passer sous des rouleaux compresseurs, au bout d’un moment, tu es lassé. La nouvelle Flow est bien plus posée et bien plus libre. Je vais enfin arrêter de me faire du mal. Chaque goutte d’adrénaline pourrit mon muscle, me rend vieille, m’use. Il faut que je réagisse.

As-tu une idée de la date de sortie du disque ?

La vraie réponse serait : quand on sera prêt ! Mais : le plus vite possible me plait d’avantage. La force d’être indépendant et autonome c’est de pulvériser les calendriers habituels et de tenter  la surprise !!!

Pour finir, je voudrais que tu me parles du bracelet que tu portes…

C’est une idée amusante : c’est la queue de la souris verte !! C’est l’enfance, la différence, la force des petits regroupés !! C’est une façon, de dire que l’on cherche à avoir une culture autre que seulement celle de la grande diffusion. C’est un symbole un peu comme le ruban rouge solidarité contre le sida. On a déposé le projet il y a quelques mois ! Un site est en construction. C’est une forme de reconnaissance symbolique, ça veut dire : je choisis ce que je consomme aussi au niveau culturel. Ça s’appelle : CHOISIS TA CULTURE. Moi j’y crois !!

flow,interview,intime conviction,mandor

Liens Facebook : flowdesflow ou flowofficiel

www. Lesflow.fr (work in progress)

Commentaires

Très belle mandorisation d'une artiste que j'affectionne beaucoup !

Écrit par : Benjamin B. | 22 novembre 2013

Merveilleuse Flow
Merveilleux moments à chaque fois et un honneur de t'avoir eu pour nous ici.
Choisis ta culture..ici c'est fait. Quelle belle aventure.

Écrit par : Frédé33 | 22 novembre 2013

Flow nous concocte des bijoux à remuer nos tripes!! de la Louise à Je sais que des bijoux!!!

Écrit par : fernandez | 22 novembre 2013

Fidèle Flow!! le poing levé!!
On attend impatiemment ce 3è petit!!

Écrit par : sandy | 23 novembre 2013

Les commentaires sont fermés.