Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Von Pariahs : interview pour la sortie de Hidden Tensions | Page d'accueil | Dry : interview pour Maintenant ou jamais »

07 novembre 2013

Norig : interview pour son deuxième album Ionela

norig,ionela,interview,café de la danse

(Photo : Marguerite Mai)

Ce soir Norig se produit au Café de la Danse. Un spectacle à ne pas manquer tant la jeune femme à du talent et sait toucher le cœur et l’âme. Norig est un jour tombée amoureuse du chant tzigane, ce « cri » dans lequel elle se reconnait. Tant mieux pour nous. Depuis, elle n'a eu de cesse de s'imprégner de cette culture pour se l'approprier à sa façon, poétique et puissante. Aujourd’hui, elle chante en français et le résultat est remarquable. Plume, musique et voix exceptionnelles, Norig enchante.

L'artiste est passée me voir à l'agence, le 4 octobre dernier.

norig,ionela,interview,café de la danseArgumentaire :

Après un premier album, Gadji, (vendu à plus de 10 000 exemplaires en 2006), une bande originale pour Tony Gatlif, une tournée européenne avec le spectacle Django Drom (Salle Pleyel, Jazz in Marciac, Les Nuits de Fourvière…), Norig revient aujourd’hui avec Ionela, nouvel album riche d’histoires sensibles, contées en Français, et de mélodies d’où s’envolent des vapeurs balkaniques.

Forte d'une écriture sincère et poétique, des histoires plein la tête et plein le cœur, la chanteuse écrit désormais ses textes. Désireuse de raconter et chanter avec ses propres mots, pour partager ses rencontres, ses héroïnes, ses errances et sa poésie, sa capacité à écrire de vrais récits répond en écho lyrique aux compositions du musicien Sébastien Giniaux. Il crée sur Ionela une mosaïque musicale aux inspirations multiples : Jazz, classiques et rock.
Des mélodies pleines, des valses, l'orchestration épique d'un tango laissent la place à une guitare qui s’électrise en phrasés balkaniques, et se ballade en Nougaro (mandorisé là)…

L'album Ionela nous embarque sur une vague d'émotion, nous attache à une nostalgie, une mélancolie, sublimées par l'incroyable voix de Norig, émouvante, puissante et grisante.

norig,ionela,interview,café de la danseInterview :

As-tu toujours eu un goût prononcé pour la musique ?

J’ai abordé la musique par besoin et presque dans l’urgence. Je n’ai pas pris des cours de chant pour prendre des cours de chant, il fallait que je prenne des cours de chant. Je sentais qu’il fallait que j’exprime quelque chose à travers la voix. Je viens d’un milieu familial où on faisait de la musique. Mon père est guitariste classique. J’ai beaucoup écouté Villa-Lobos et de musique baroque. J’ai vraiment beaucoup baigné dans la musique classique.

Tu as pris des cours de chant avec qui ?

Avec Martina Catella. Elle travaillait sur les techniques vocales du monde entier. Je suis arrivée dans cette école par hasard, je ne m’imaginais pas qu’un jour je ferais de la musique tsigane. Après, tout est affaire de hasards et de concours de circonstances. Après mes premiers cours de chant, j’ai vu Le temps des gitans d’Émir Kusturica. J’ai eu un choc émotionnel en voyant ce film. Je suis tombée amoureuse de la chanson qui revient en boucle, Erdelesi. J’ai dit à ma prof que je voulais la chanter. Ensuite, j’ai rencontré Sébastien Giniaux. Lui qui était violoncelliste de formation s’est mis à la guitare. Lui et moi avions beaucoup d’intérêt pour cette musique-là, donc on a travaillé ensemble pendant 12 ans.

Les héroïnes + interview.

Tu t’es reconnue dans la musique tsigane ?norig,ionela,interview,café de la danse

Je me suis parfaitement retrouvée dans cette musique qui est arrachée.

Tes grands-parents maternels sont espagnols.

Oui et mes parents sont nés à Montpellier dans des quartiers populaires, il y avait une certaine proximité avec les quartiers gitans. On croisait Manitas de Platas (mandorisé là) dans la rue, j’ai un oncle gitan par alliance.... Bref, quand j’écoute du flamenco, je sens que ça réveille des choses en moi.

Le fait que tu joues cette musique, du coup, ce n’est pas que le fruit du hasard.

Peut-être qu’il n’y a pas de hasard, en effet. On ne se retrouve jamais quelque part sans raison. Cette influence est un peu impalpable.

Le premier album, Gadji, était plus radical que Ionela. Ce n’était que de la musique tsigane.

C’est le disque avec lequel tout commence. Un disque à part parce qu’il y avait beaucoup de compositions originales et donc il ne rentrait pas dans la catégorie de musique traditionnelle. On ne se posait pas de questions. C’était évident qu’il fallait que je fasse ce disque-là comme ça, à ce moment-là.

Dans tes deux albums, il y a une chanson de Gainsbourg. « Les petits papiers » dans l’un et « L’aquoiboniste » dans l’autre. 

J’aime beaucoup le Gainsbourg de l’époque « Ce mortel ennui » ou « La javanaise ». Il jouait avec les mots et avec la résonnance des mots. Je sais que Gainsbourg aimait beaucoup le jazz manouche.

"Ionela".

Dans cet album, Ionela, tu as écrit de nombreux textes. Plus que dans le premier.

La musique tsigane est la musique dans laquelle je me retrouve émotionnellement. Les gens ne comprennent pas nécessairement ce que je raconte, mais ça touche leur âme. A un moment, j’ai réalisé qu’il me manquait quelque chose : ma culture française. J’avais besoin de m’exprimer dans ma propre langue et de raconter des choses qui m’appartiennent plus. Cet album me dévoile complètement. Ce n’est pas très confortable de se mettre à nu sans rien cacher, mais je ne fais pas de la musique pour être dans le confort.

Tu es méticuleuse dans ton écriture poétique ?

Oui. J’ai essayé de m’imposer des écritures cadrées avec strophes, refrains. Ça m’amuse de chercher la rime, la phrase, l’image. Parfois, je sais où je vais, parfois, je ne sais pas.

Quels artistes t’impressionnent en matière d’écriture ?

Les textes de Bashung (mandorisé ici) m’impressionnent. Je les trouvais beaux, parce qu’ils étaient libres. La liberté dans l’écriture me fascine. J’écoute beaucoup de musiques anglo-saxonnes, Noir Désir, de la chanson française un peu passée, de la musique traditionnelle. Je peux écouter une chanson jusqu’à ce que mort s’en suive. J’aime beaucoup les textes de Léo Ferré et de Philippe Léotard (chez Mandor ici).

norig,ionela,interview,café de la danse

Comment tu vis ton Café de la Danse à venir (ce soir) ?

Je fais beaucoup de concerts en tzigane et en roumain et je m’y sens à l’aise. C’est plus effrayant de présenter ses textes personnels en français, mais je suis très excitée de le présenter au public. Il y aura tout de même des chansons tsiganes, celles qui me paraissent les plus importantes et qui auront un sens dans ce spectacle. On jouera sur scène le disque parce que le disque a été enregistré quasiment en live. Il y aura peut-être un invité ou deux. Il faudra venir vérifier sur place.

Tu as un fond mélancolique.

C’est mon côté Mylène Farmer, mais il ne faut pas le dire (rires).

Tu fais de la musique pour qui ? Pour toi, pour les autres, pour aller mieux ?

Je pense qu’on ne peut pas commencer la musique pour les autres. Il faut commencer pour soi. Je me souviens, quand je montais sur scène, les musiciens avec lesquels je travaillais me disaient « il faut qu’on s’écoute, il faut qu’on soit ensemble, après on reverse tout au public ». Pour que le public ressente les émotions, il faut bien qu’entre les musiciens et moi, il se passe quelque chose.

Techniquement, quand on chante en roumain ou en français, on chante de la même façon ?

Pas moi. Il faut accepter d’entendre la voix différemment. Ce ne sont pas les mêmes consonances, on ne place pas la voix de la même manière. Le roumain, c’est une langue latine, il y a des voyelles qu’on n’utilise pas du tout en français. Pour moi c’est impensable de chanter en français comme on chante en tsigane.

norig,ionela,interview,café de la danse

(Photo : Marguerite Mai)

Il faut parvenir à se défaire des chanteurs ou chanteuses illustres dont on aime le travail ?

Oui. Ma prof de chant, au début, me déculpabilisait sur le fait que j’imitais des chanteuses. Elle me disait qu’au début, c’était normal. J’ai donc beaucoup imité et recopié les voix. Les années ont passé et ma voix a changé très naturellement. Une voix, c’est comme la calligraphie, il y a des pleins et des déliés. Je veux qu’au moment où j’envoie ma voix délicatement, il y ait du sens et que l’émotion soit très présente. En tout cas, j’ai envie d’interpréter mes chansons en langue française avec la même ferveur que j’ai dans la musique tsigane.

Tu me sembles être quelqu’un de nostalgique…

Oui, mais pas dans la nostalgie mélancolique. Ça ne veut pas dire ne pas vivre dans le présent, ça veut dire juste procurer une sensation douce dans le souvenir.

Je sens que ce disque est fait avec le cœur.

Je ne sais pas où je serai dans quelques années, j’ai donc toujours l’impression que c’est le dernier. J’ai mis du temps à écrire ces textes et donc,  j’aimerais que les gens les écoutent. Mais c’est pareil pour la musique. Ce que j’aime dans ces chansons, c’est qu’il y a de vraies mélodies. C’est important les mélodies. C’est ce que l’on retient.

norig,ionela,interview,café de la danse

Norig et Mandor, après l'interview le 4 octobre 2013.

Les commentaires sont fermés.