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28 octobre 2013

Lilian Auzas : interview pour La voix impitoyable.

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J’ai connu Lilian Auzas lors d’une soirée d’un ami commun, il y a moins de deux ans. Quelques auteurs étaient présents. Je ne sais plus si c’est Stéphanie Hochet ou Myriam Thibault (il est ami des deux) qui m’a incité à m’y intéresser de près. J’ai demandé quel était le sujet de son livre (le premier à l’époque). Il me parle de Leni Riefenstahl… l’égérie d’Adolf Hitler. Je tique un peu. Sujet osé pour un premier roman. Lilian me paraît jeune pour s’intéresser à ce genre de sujet. Et, en toute sincérité, j’ai trouvé intrigant le fait de s’intéresser à ce genre de sulfureuse personne, si proche d’une idéologie de cette nature. Mais soit, je vais lire ce livre.

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J’ai lu et j’ai été convaincu. Ce n'est pas une hagiographie, même si l'on sent bien la fascination exercée par le sujet sur son auteur. La question du Mal est complexe. Ça ne me dérange pas de lire des romans qui l’abordent sous un angle si original que celui-ci.

Je n’ai pas mandorisé Lilian Auzas pour ce livre, j’ai attendu le second… qui m’a beaucoup également intéressé. Plus que le premier. La voix impitoyable est un livre abordant le thème de la complicité du peuple allemand et de sa participation, directe ou indirecte, au nazisme. Sujet délicat. Décidément…

Le 29 août dernier, Lilian est venu me rendre visite à l’agence… je lui ai posé toutes les questions que j’avais sur le cœur. Et elles étaient nombreuses.

Electre_978-2-7561-0425-6_9782756104256.jpg4e de couverture de La voix impitoyable :

Qu’a pu faire Hanja Sauber, lorsqu’elle vivait à Berlin pendant la guerre, pour être à ce point rongée par la culpabilité et répéter inlassablement : « Je ne suis pas quelqu’un de bien » ? C’est ce que va tenter de découvrir son jeune voisin et ami, le photographe Gautier Maigné, à partir d’une cassette audio incomplète que lui confie le psychanalyste d’Hanja et d’une lettre que celle-ci lui a confié juste avant de mettre fin à ses jours.
Lilian Auzas reconstitue avec intelligence et subtilité cette période charnière qui a marqué l’histoire européenne du XXe siècle. Dans La Voix impitoyable, il met en lumière le Berlin de la Deuxième Guerre mondiale, mais aussi celui des années qui ont précédé la chute du mur, puisque le récit se déroule entre Paris et Berlin au début des années 80.

Biographie de l’auteur :

Né le 1er février 1982, Lilian Auzas a grandi non loin de Vienne au sud de Lyon. Son bac littéraire en poche, il suit des études d’histoire de l’art et d’archéologie à l’Université Lumière Lyon 2. Ses recherches sont assez éclectiques puisqu’il se spécialise d’abord dans les arts africains pour finalement s’intéresser aux arts totalitaires. L’esthétique des corps sous les régimes fascistes et notamment les travaux de la réalisatrice et photographe allemande Leni Riefenstahl (1902-2003) font l’objet de ses recherches. Passionné de cinéma et de littérature, Lilian a officiellement adhéré à l’association CREAM’ en janvier 2008 pour laquelle il rédige divers textes (notices, articles). Lilian a coréalisé un court métrage, Sale Type, sorti en janvier 2009. Depuis sa découverte à l’âge de 14 ans sur Arte de Leni Riefenstahl, son intérêt pour la cinéaste du nazisme ne s’est pas démenti, au point de lui consacrer son premier roman, Riefenstahl, publié en 2012 chez Léo Scheer. Il est également l’auteur de Charlie Fuchs et le monde en marge, un conte pour petits et grands paru en juillet 2013, toujours chez Léo Scheer. La Voix impitoyable est son deuxième roman.

DSC08405.JPGInterview :

Ta passion de l’Allemagne est criante dans ton œuvre.

Le premier évènement qui m’a marqué, c’était la chute du mur de Berlin. J’avais 7 ans. J’ai encore des images très nettes des gens qui cassaient ce mur. Inconsciemment, cela à dû me travailler. Je trouvais ça beau comme évènement…

Tu n’as pas dans ta famille, des secrets de familles qui seraient susceptibles d’expliquer ta passion pour ce pays ?

Non, pas du tout. Aucun lien avec l’Allemagne. Je n’ai pas d’ancêtre allemand, ou alors, je ne suis pas au courant.

Ce mur que l’on casse provoque quoi en ton for intérieur ?

J’étais petit, mais j’avais conscience que c’était un évènement important. Je comprenais aussi images.jpgque c’était un peuple qui voulait accéder à la liberté. Ça m’a marqué. Quand il s’est agi de choisir une langue à l’école, j’ai choisi l’allemand. Je suis tombé amoureux de la langue. Je trouve qu’elle est magnifique. Très vite, je me suis intéressé à la culture allemande. J’ai lu des écrivains de cette nationalité, tout comme j’écoutais de la musique allemande comme Rammstein, Nina Hagen, DAF ou encore Kraftwerk…

Tu ne te sentais pas isolé avec cette passion plutôt rare ?

Beaucoup pendant mon adolescence. Plus j’ai avancé vers l’âge adulte, plus j’ai rencontré des gens qui  partageaient ma passion. Il faut être mature, je suppose, pour aimer cette langue et cette culture. A la base, je pense que c’était par esprit de rébellion. Je n’avais pas envie de faire comme tout le monde. Mais, très vite, je me suis retrouvé subjugué.

On peut s’interroger parce que c’est un pays historiquement très marqué…

Je te rassure, je n’ai aucune fascination malsaine. Par contre, il y a une question qui me hante : comment une culture aussi brillante a pu aller jusque-là ? Je visualise cette période de l’histoire allemande comme un cancer.  Un cancer, ce sont des cellules qui se développent beaucoup trop. C’est un surplus.

Dans La vie impitoyable, c’est cela que tu expliques. Comment tous ces gens ont été aveuglés par cet endoctrinement.

À part les personnes qui se sont investies spontanément et qui ont commis des crimes, je ne veux juger personne. Pour le peuple, tout ceci s’est déroulé de manière passive. Je pense qu’on accepte des choses quand on ne se sent ni concerné, ni touché de près. Un jour, on se réveille et c’est trop tard… on ne peut plus revenir en arrière. La question de chacun est : est-ce que maintenant j’agis ou est-ce que j’attends que ça se passe ?

Moi, ce qui me travaille, c’est ce que j’aurais fait en ce temps-là, dans ce pays-là.

Tu as raison. Avec mon précédent roman, Riefenstahl, je ne me suis pas permis de juger la photographe et réalisatrice proche d’Hitler. Elle s’est impliquée, je comprends que l’on puisse se faire une opinion, mais moi, je ne voulais pas lui taper dessus. Il ya suffisamment de biographies qui s’en occupent.

J’avais lu ce livre avec le sentiment que tu aimais son travail, ce qui se comprend, mais que tu l’aimais bien. J’avoue que je me suis interrogé.quand-on-veut-on-peut.jpg

Je pense qu’elle a une réelle importance dans l’histoire du cinéma et de l’art en général. Bien sûr Le Triomphe de la Volonté est un film atroce, mais il est esthétiquement parfait et efficace. Maintenant, avec le recul, ça devient un devoir de le regarder.

Moi, je trouve que c’est difficile de discerner une œuvre d’une personnalité. Je n’y parviens pas.

Riefenstahl a toujours dit qu’elle avait fait une œuvre d’art, mais, effectivement, il faut un minimum être passionné par son sujet. Je me souviens d’une interview d’elle très contradictoire. Elle y explique lourdement qu’il faut dissocier une œuvre d’art d’une œuvre politique. Pour elle Le Triomphe de la Volonté est un document très objectif. Elle n’a fait que filmer ce qu’il s’est passé sans donner son point de vue. Plus loin, dans la même interview, elle dit qu’elle ne peut travailler que sur un sujet qui lui plait. Forcément, on est obligé de reconnaître que l’idéologie nazie la fascinait. Elle s’est impliquée corps et âme dans le tournage, le montage et la construction de ce film. Si elle me fascine, c’est par le déni qu’elle a du danger de son œuvre. Elle n’a jamais eu une once de regret de l’importance de ses films dans la mécanique de la propagande nazie. Elle n’a jamais dit pardon. Ça me gêne beaucoup.

Elle a inventé une esthétique que l’on voit encore aujourd’hui dans la publicité par exemple.

Pour moi, Riefenstahl n’a rien inventé, mais elle a sublimé l’homme. L’aryen. On le retrouve dans la publicité d’aujourd’hui et même dans les films. Elle a porté une version de l’homme très haut dans l’imaginaire.

Quand tu as sorti ce livre, tu n’as pas eu peur que l’on considère que tu es proche de cette idéologie ?

Si, évidemment. Déjà, avec la couverture, j’ai eu quelques soucis. Mais si on lit le roman correctement, il est impossible de prétendre que j’épouse cette idéologie. Ça fait plus d’un an que l’ouvrage est sorti, je n’ai jamais lu ou entendu quelqu’un qui m’accuse de cela.

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Riefensthal, Charlie Fuchs et le monde en marge et La voix impitoyable font partie de ta trilogie totalitaire consacrée à la vénéneuse séduction du mal. Excuse-moi d’insister lourdement, mais tu n’as pas peur d’être catalogué ?

Je ne me suis pas posé la question. Riefenstahl, il fallait réellement que j’écrive sur elle. C’était un besoin. Charlie Fuchs, c’est une parabole sur le système totalitaire, mais avec plusieurs niveaux de lecture. Ça raconte l’histoire d’un manuscrit qui n’a jamais été publié. Les annotations en marge se rebellent et envahissent le conte. Les trois héros ne peuvent pas jouer le conte. Ils sont démunis. Il faut qu’ils écrivent leur propre histoire et qu’ils remettent la frontière  entre le texte et la marge. En même temps, ceux qui sont dans la marge, sont-ils tous mauvais ? C’est un conte sur la tolérance.

En miroir de Riefenstahl, La Voix impitoyable est le deuxième volet d’un diptyque consacré à la Deuxième guerre mondiale, du point de vue non pas des victimes, mais des bourreaux. Là, tu écris sur une femme, cette fois-ci  fictive, Hanja, qui a culpabilisé sur des actes commis durant la Seconde Guerre mondiale.

Ce qu’elle a fait est horrible en soi, mais quand on est jeune et tellement endoctriné, il est simple de comprendre que l’on puisse faire ce qu’elle a fait. Elle a un tel poids de culpabilité qu’on imagine le pire. J’ai fait en sorte qu’on ait envie d’avoir pitié d’elle.

Hanja n’est pas mauvaise, contrairement a ce qu’elle dit d’elle tout le temps.

Dans Riefenstahl, j’ai mis en avant le déni de l’artiste. Hanja, c’est exactement l’inverse. Elle, c’est la culpabilité portée à son paroxysme. Ce sont deux extrêmes.

Après sa mort brutale et inexpliquée, le jeune photographe Gauthier, entre curiosité et appréhension, cherche à percer le secret de son amie. Il te ressemble pas mal ce Gauthier, non ?

Certes, il est passionné par l’Allemagne, il a pas mal de centres d’intérêt commun aux miens, mais nous n’avons pas du tout le même comportement. Mais comme lui, j’aime beaucoup la photo, l’histoire de l’art, j’écoute Nina Hagen et j’aime beaucoup Lou Reed.

La voix impitoyable, c’est quoi ? La propagande nazie ?

C’est emprunté à une épître de Madame de Staël. Pendant la Révolution française, elle parle de la voix impitoyable du peuple. C'est-à-dire que l’on tombe dans un engrenage qui ne s’arrête plus. Je l’applique à la propagande nazie. Le peuple qui suit bêtement comme le mouton de Panurge. La voix impitoyable, c’est aussi la petite voix intérieure qu’on a tous dans la tête : notre conscience. C’est aussi la voix d’un ami qui peut nous orienter. C’est la voix de Nina Hagen  et de Lou Reed, des chansons qu’on écoute et qui nous transportent. C’est tout ça la voix impitoyable.

C’est un livre qui fait réfléchir sur nous-mêmes qui ne sommes tellement pas manichéens…

Pour moi, cette période-là n’est pas toute blanche ou toute noire. Ce n’est pas possible. Je vais peut-être choquer en disant cela, mais même le pire des nazis est un être humain. Il faut accepter cette humanité pour accepter l’horreur. Je n’aime pas l’expression : « c’est inhumain ». Chaque jour, on a la preuve que l’horreur est bien humaine. Au lieu de s’apitoyer, on devrait combattre cet aspect-là de l’humanité.

Tu es fasciné par la complexité de l’âme ?

Peut-être que je sens mes limites et ma faiblesse, je ne sais pas. Peut-être que je ne suis pas à l’abri de tout ça. Je pense que je ne m’impliquerais pas de moi-même dans une idéologie de ce type-là, mais est-ce que j’aurais le courage de la combattre ? J’aurais sans doute la volonté rb001.jpgintellectuelle et intérieure de le faire, mais de là à passer aux actes, il y a un fossé. Est-ce que tout le monde peut être un héros ? Je pense à Hans et Sophie Scholl, ainsi que Christoph Probst, trois étudiants allemands d'une vingtaine d'années qui ont été guillotinés dans la prison de Stadelheim, près de Munich. Leur crime était d'avoir dénoncé le nazisme dans le cadre d'un mouvement clandestin, «La Rose blanche» (Die Weiße Rose en allemand). Est-ce que moi, à 20 ans, à Munich, j’aurais pu faire ce qu’ils ont fait. Honnêtement, je ne crois pas.

C’est quoi, pour toi, être écrivain ?

Être écrivain, c’est douter, avoir peur, ne jamais être satisfait. Le jour où j’arrêterai de me poser des questions et que je serai sûr de moi, j’arrêterai d’écrire.

Mais, dans ton cas, tu écris des livres qui font réagir et qui sont loin d’être anodins.

Dis donc, là, depuis un moment, j’ai l’impression d’être Hanja dans la scène avec le psychanalyste… (sourire).

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26 octobre 2013

Spécial Les 7 petits nègres, l'exquise nouvelle, saison 2

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Edit du 26 octobre 2013:

Le calcul des droits d'auteurs du livre Les 7 petits nègres (L’exquise nouvelle saison 2) va bientôt être clos pour 2013. Or, vous le savez peut-être, mais une partie des bénéfices revient à l’association Les Ptits Courageux, dont je fais partie (pour des raisons expliquées ci-dessous).

Aussi, aujourd’hui, je remets en ligne la chronique sur ce livre (publiée au mois d'avril de cette année). On ne sait jamais. Si cela peut inciter certaines personnes à se le procurer…

En cliquant ici, rien de plus simple...

Bonne lecture !

(Merci à la petite fille atteinte du syndrome de Crouzon qui pose avec le livre en début d'interview et, surtout, merci à ses parents d'avoir accepté que je publie cette photo!)

J’avais déjà évoqué L’exquise nouvelle en septembre 2011 sur ce blog. C’était à l’occasion de la première saison. Pour sa deuxième édition, sur le principe des Exercices de Style de Queneau, c'est la maison In Octavo qui publie cet ouvrage atypique, qui mèle auteurs confirmés et amateurs autour d'un même thème. Ainsi, Les 7 petits nègres entrent en lice. Un formidable et délirant roman policier collectif, dont voici la 4e de couverture (expliquant notamment qu’une partie des bénéfices revient aux P’tits Courageux).

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Le 24 mars 2013, j’ai rencontré l’un des 3 eXquisMen, David Boidin, de passage à Paris lors du Salon du Livre. Nous nous sommes installés dans un coin, et je lui ai posé quelques questions sur ce projet « L’exquise nouvelle » et plus particulièrement sur la deuxième saison.

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Interview:

20130519_11h42h24.JPGPeux-tu me raconter la genèse de cette série L’exquise nouvelle ?

La première exquise nouvelle est une idée de Maxime Gilliot qui est un auteur de polar du nord de la France. En 2010, il a considéré que ça pouvait être rigolo de construire une histoire à partir de statut Facebook. Les statuts Facebook ne pouvaient dépasser à l’époque 420 signes. Il a lancé l’idée, j’ai rebondi dessus et nous nous sommes retrouvés ensemble à organiser un cadavre exquis en utilisant la contrainte des statuts Facebook de l’époque. On s’est retrouvés à 80 participants, à la fois des auteurs réputés, reconnus et puis des gens qui n’avaient jamais écrit, à concevoir une nouvelle unique : la poursuite du tueur à l’andouillette. On a lancé ça, fin août 2010 et ça a duré jusqu’au mois de décembre. On s’amuse, des gens laissent des commentaires, bref, c’est une joyeuse pagaille.

Et très vite, de petits éditeurs vous contactent.

Trois en une semaine, sans que l’on ne fasse aucune démarche. On a accepté l’une d’elles et on s’est lancé dans l’aventure. Pour finir en apothéose, on a demandé aux auteurs de céder leurs droits pour les reverser à une association caritative. Comme Maxime Gillio est associé de façon très personnelle à Écoute ton cœur qui est une association qui aide les enfants autistes à s’insérer par le sport, c’est tout naturellement que nous l’avons choisi.  

Le livre est sorti un an plus tard.

Oui. Et pour pouvoir le promouvoir, nous lançons une saison 2. Ce la nous permet de renouveler l’expérience et passer des cadavres exquis aux exercices de style à la Queneau. On lance le projet d’ailleurs le jour de la commémoration des 35 ans de la mort de Raymond Queneau. Chaque auteur a dû écrire une nouvelle avec plusieurs contraintes : entre 3500 et 5000 signes, avec une même scène de départ pour tout le monde, à la croisée d’Agatha Christie et des frères Grimm.

C’est quoi la scène de départ ?Couv7PN_W.jpg

Une pièce, une table sur laquelle Blanche est morte. Au bout de la table, il y a 7 nains noirs. De l’autre côté de la table il y a Armand Leprince qui dit : l’assassin est dans ces murs. À partir de là, chacun écrit sa nouvelle.

Mais, vous ne vous arrêtez pas là...

On rajoute 3 mots différents par auteur qu’il faut absolument intégrer de façon la plus subtile possible au sein de la nouvelle. Sur le site dédié à cette saison 2, chaque visiteur pouvait essayer de deviner les mots imposés.

Pour cette deuxième saison, une partie des bénéfices reviennent à l’association Les P'tits Courageux. Je suis le responsable communication de cette association et surtout papa d’une fille porteuse d´une facio-craniosténose syndromique, en l’occurrence, le syndrome de Crouzon. Donc, je tiens à vous remercier au nom de tous les membres de l’association de nous avoir choisies.

La première fois que j’ai entendu parler de cette association c’est quand tu m’en as parlé il y a deux ans. J’ai un peu étudié la question et j’ai constaté qu’effectivement, ces jeunes enfants touchés par cette maladie avaient bien besoin d’avoir un peu plus de médiatisation.

Je tiens à préciser, que je ne t’ai rien demandé, mais que j’ai été fort touché que vous, les eXquisMen, preniez cette décision de nous choisir. Bon, je sais que vous êtes en train de préparer la saison 3 et qu’elle sera la dernière. Pourquoi ?

Parce qu’il fallait que le concept soit un évènement, que ce soit exceptionnel. Je ne suis pas persuadé que l’aspect habituel  soit une bonne chose. Aujourd’hui, on a fait la trilogie, on s’est bien amusé, on a fait plaisir et on est fier de ça.

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Voici la préface de Les 7 petits nègres, L'exquise nouvelle saison 2 par Jérôme Commandeur.

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Pour acheter le livre, c'est là!

Bonus mandorien.

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Pour compléter cette chronique, je mets en ligne la partie de l’émission "Quartier du talent" sur IDFM que la très sympathique et compétente Mireille Eyermann à  consacré à l’association Les Ptits Courageux en interviewant Héloïse Reichardt-Ogier, la présidente et fondatrice de l’association (par téléphone) et moi-même (en direct dans les studios à Enghien).

C'était le jeudi 4 avril 2012.
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25 octobre 2013

Thomas Fersen : interview pour Thomas Fersen & The Ginger Accident

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(Photo : Mathieu Zazzo)

Thomas Fersen-2013-Mathieu Zazzo -5672-41-WEB.jpgThomas Fersen, je lui suis fidèle depuis son premier album, Le bal des oiseaux. Ce n’est d’ailleurs pas sa première apparition chez Mandor. Il est certainement le chanteur français le plus original. Hors du temps, hors des codes, dans un autre monde. Celui de l’enfance, celui de pays qui n’existent pas.

A l’occasion de la sortie de son nouvel album, Thomas Fersen et The Ginger Accident,  Thomas Fersen m’a reçu une troisième fois chez lui. J’aime converser avec lui, l’homme n’est pas avare de confidences sincères et parfois étonnantes (je ne parle même pas de ses fulgurances !) Avant de lire la substantifique moelle de notre long entretien, voici ma chronique publiée dans Le magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de septembre 2013).

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DSC08418.JPGInterview :

Qu’est-ce qui vous a incité à laisser le soin de la réalisation de cet album à Cédric de la Chapelle ?

J’ai découvert ce groupe sur une compilation. The Ginger Accident sortait vraiment du lot. J’ai entendu cette production, cette instrumentation, cette dynamique. Ça m’a épaté. Je venais de finir l’enregistrement du disque au Studio Garage comme je l’avais fait pour le précédent. J’étais en train de me poser des questions sur des arrangements et quand je les ai écoutés, j’ai tout remis en question. Ce n’est pas facile, mais je n’ai pas hésité. La première fois que je suis allé voir Cédric de la Chapelle sur scène avec son groupe The Ginger Accident, je sentais que l’association des textures, c'est-à-dire de leur musique et de ma voix, allait être prometteuse. Ce n’était pas forcément une question de personne, mais plutôt d’alchimie.

Fouinez-vous souvent pour repérer des gens avec lesquels vous pourriez travailler éventuellement ?

On me donne souvent des disques, on me parle de telle ou telle personne… comme je suis quelqu’un de curieux, j’écoute toujours.

Est-ce que travailler avec quelqu’un d’extérieur à son univers permet de se remettre en question soi-même ?

La remise en question, elle va de soi. C’est un métier de désir. Refaire ce que l'on vient de faire, c’est beaucoup moins excitant que d’essayer de construire quelque chose avec un jeune compositeur talentueux et motivé.

Vous avez parfois besoin de la jeunesse ?

On a toujours besoin de la jeunesse parce que c’est la jeunesse qui refait le monde.

Ce disque à un son très sixties pourtant.

C’est la vision des sons d’avant qu’en ont les jeunes qui ont 30 ans aujourd’hui. Les gens qui font du sixties sans la modernité, c’est du musée, c’est autre chose.

Teaser "Donne-moi un petit baiser".

Il y a des chansons comme « Donne-moi un petit baiser » qui me font penser à des productions comme celles de Nino Ferrer.

Vous avez raison. Le texte est très simple comme ceux qu’il faisait dans les années 60. Il y a peu de mots, mais ils sont bien choisis, les phrases sont efficaces (rires). Le fait qu’il n’y ait pas beaucoup de texte colle bien à mon personnage de paresseux et de nonchalant que j’incarne déjà depuis plusieurs années à travers des chansons comme Deux pieds ou Les cravates. J’aime l’idée que ce personnage récurrent revienne taper à la porte. Il prend plus la parole que dans le passé. C’est lui qui habite ce disque.

Vous incarnez un personnage, ce ne sont donc jamais des chansons autobiographiques ?

Il y a beaucoup de moi, mais je raconte tout à travers le personnage que j’incarne. C’est un filtre. Mais, mon souci principal dans mon travail, c’est de faire en sorte qu’il y ait de l’espace et de la matière pour que les gens puissent fixer leur imaginaire. Ou au moins pour qu’ils puissent se mettre en marche.

Vous aimez incarner…

C’est un plaisir enfantin. Les enfants jouent à être, mais ils y croient vraiment.

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(Photo : Mathieu Zazzo)

La chanson est-elle un jeu ?

La chanson, c’est jouer et c’est pour cela que c’est un métier qui me fait toujours envie et avec lequel j’ai toujours des désirs.

Le désir, c’est votre moteur ?

J’ai en moi, inscrit très profondément, un réflexe de désobéissance qui fait que, quand je fais un disque, j’éprouve le besoin irrépressible de me définir autrement. C’est un désir de fuite qui est très présent dans ma personne. Je ne peux pas m’attacher sur une chaise, sinon, je souffre. Et donc, j’en ai besoin. C’est ce qui me pousse à la création et c’est ce qui fait que j’ai cette régularité de travail qui peut parfois surprendre.

Un psy serait intéressé par votre cas.

Je pense avoir déjà mis le doigt sur mes soucis. A la maternelle déjà, on m’attachait sur une chaise parce que je m’enfuyais de l’école. Quand j’ai fait la rentrée scolaire avec mes plus jeunes enfants, il y en a un qui avait envie de partir de l’école, c’était moi. J’ai comme une phobie de l’école. Me sentir enfermé est insupportable. C’est aussi pour ça que je fais ce métier. J’ai voulu être en dehors. Je veux toujours partir.

Vous avez du mal à rester dans un même lieu ?

Et dans ma personne. Et dans ce que je définis de ma personne. Je pense que c’est un élan vital très fort. Quand on ne bouge plus, c’est qu’on est mort. J’ai peut-être une réaction à la mort. Vous me faites faire de la psychologie de comptoir, là (rires).

Clip officiel de "Mais oui, mesdames".

Avez-vous déjà été tenté d’écrire des chansons sans incarner ?

Je ne sais pas faire. Je ne saurais pas trouver ce qui est juste. Je n’ai pas de repère. C’est pour ça que j’ai parfois du mal à écrire pour les autres.

Ce n’est pas vous qui réalisez le disque, mais faites-vous attention qu’il y ait la patte Fersen quand même ?

Oui, mais elle ne demande qu’à s’élargir et à s’enrichir. Il y a des choses auxquelles je n’ai pas pensé, même si c’est quelqu’un de l’extérieur qui a mis la lumière dessus,  je suis ravi qu’elles viennent augmenter mon univers.

Cédric de la Chapelle n’est intervenu que sur les arrangements, pas sur la composition et les textes, je présume.

Si. Il intervient sur les structures. Il a allongé des trucs, il a parfois coupé parce qu’il trouvait que c’était trop long. Mais, le plus difficile, c’est par rapport à l’auteur que je suis. Quand la chanson est un peu longue, comme sur « La boxe à l’anglo-saxonne », il a fait sauter un couplet à la fin. Bon, il avait raison. En fait, c’est ça qui est intéressant quand on travaille avec quelqu’un d’autre, c’est qu’il n’hésite pas à vous dire « là, je m’emmerde ! ».

C’est vexant ?

Il faut qu’il le dise. C’est son travail. S’il ne le dit pas, il y a une forte probabilité que tout le monde s’emmerde à ce moment-là. Au contraire, je suis très reconnaissant.

Teaser "Les femmes préfèrent".

Pourquoi les chansons de ce disque sont-elles très courtes ?

Les chansons de 4 minutes, c’est terminé aujourd’hui. Je ressens que c’est trop long. J’ai le souci de ne pas ennuyer l’auditeur.

Ça vous gêne de parler de vos chansons ?

Pas du tout. Juste, je n’aime pas la question : « dites-moi ce que raconte cette chanson ? » Je l’ai raconté du mieux que j’ai pu à travers la chanson. Si on insiste, à ce moment-là, je vais dire le texte sinon ce que je vais raconter va être en dessous. Je peux raconter la genèse, pourquoi j’ai écrit cette chanson et éventuellement les éléments autobiographiques qui sont à l’intérieur, mais pas l’histoire. Une chanson, ça s’écoute et éventuellement, ça se ressent… mais ça ne se raconte pas.

Mais, vous faites quand même des interviews…

J’aime bien parler et j’aime bien parler de moi (rires). Mais par exemple, après notre interview là, je ne pourrai pas travailler. Parce que je me suis livré, je n’ai plus ce désir. C’est toujours une question de désir. Dès qu’on sort du désir, on est fatigant, on est laborieux. Toutes mes chansons arrivent par totale fantaisie ou spontanéité. Ce ne sont jamais des choses qui sont ultra travaillées. Après, oui, il y a du travail pour fluidifier le texte ou pour le fignoler… mais la langue me vient spontanément.

Vous répondez à mes questions parce qu’on est dans une société qui veut ça. Il faut défendre son album pour qu’il se vende.

Je ne sais pas si, aujourd’hui, on en est encore à défendre un disque pour qu’il se vende, c’est plutôt pour dire qu’il existe. C’est la différence entre l’information et la promotion. Je ne pense pas être extrêmement offensif marketingment parlant.

Mais, ce n’est pas un peu répétitif de passer sa journée à ça ?

Ça ne l’est pas encore. Je suis au tout début de ce travail-là et vous êtes le premier à m’interviewer pour cet album, alors je découvre un peu avec vous. Et ce n’est pas désagréable (sourire). Et j’ai une certaine fraîcheur qui va s’estomper. Mes premières interviews sont toujours les meilleures. Après, on a cerné son sujet et on essaye de redire ce qu’on a déjà dit, c’est plus difficile. 

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(Photo : Mathieu Zazzo)

Pour la jeune génération, vous êtes un exemple.

Je n’en sais rien. Je ne m’en rends pas compte. On ne me le dit pas. Je n’ai pas l’impression d’être connu des gens. Surtout de la jeune génération. J’ai justement l’impression que tout est toujours à refaire.

Il n’y a pas des jeunes qui viennent vous voir à la fin des concerts pour vous donner des maquettes ou pour vous demander des conseils ?

À force de tourner, j’ai fait plus de 1000 concerts dans ma vie, ça m’est déjà arrivé en effet. J’ai reçu beaucoup de marques de sympathie de parents et d’enfants.

Ca vous fait quoi de recevoir l’affection du public?

C’est très dans l’instant. Ce n’est pas un magot que je me constitue et que je vais savourer après. C’est dans l’instant et puis j’oublie. Je pense que j’ai raison parce que les gens oublient eux aussi. On oublie tout et tout le monde. Il y a trop d’informations partout et constamment.

Teaser "Mes compétences".

Vous vous rendez compte que vous avez de l’importance pour des personnes ?

Dans la mesure où des artistes ont eu de l’importance pour moi, j’imagine, qu’effectivement, ma présence peut parfois inciter à ce genre d’affection. Mais, je suis un peu sceptique sur la question.

Vous pensez au public quand vous écrivez des chansons ?

Avant de faire de la scène, j’écrivais des chansons, mais je ne savais pas en écrire des partageables. Je n’avais pas ce sens du public, je ne savais pas m’adresser à quelqu’un. Je chantais des chansons pour me mettre en valeur (rires). Et ça ne marchait pas du tout. Les gens n’ont pas envie qu’on parle de nous, ils veulent qu’on parle d’eux. Avant Le bal des oiseaux, j’avais fait un 45 tours qui n’avait pas marché. Je ne faisais pas de scène. J’ai commencé à avoir la conscience du public quand j’ai fait du piano-bar. Quand quelqu’un vous écoute, vous voyiez bien que vous ne pouvez pas lui chanter n’importe quoi.

L’état de création vous met dans quel état ?

C’est du bonheur pur. On est seul face à un mystère. Un mystère qui est extatique.  

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Avec Thomas Fersen, le 10 septembre 2013, après l'interview.

23 octobre 2013

Yodelice : interview pour Square Eyes

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J’ai rencontré Yodelice pour son tout premier album en 2006. Il n’avait pas encore son pseudo. Maxime Nucci, un jeune homme déjà plein de talent avec un début de carrière bien singulier. Producteur du premier album des L5 en 2001, il collabore ensuite avec Jenifer, avec qui il aura un enfant en 2003. Après un rôle important dans le film Alive, il décide de publier un album solo en 2006, qui ne trouvera pas son public. Après cet échec, et quelques années plus tard, en 2009, Maxime Nucci devient Yodelice… à partir de ce moment, le carton absolu. Des disques qui se vendent à la pelle, des tournées nombreuses et sold out, une apparition fort remarquée dans le film Les Petits Mouchoirs de Guillaume Canet, une Victoire de la musique dans la catégorie « Album révélation de l'année » avec Tree of Life en 2010, une tournée la même année (avec Marion Cotillard qui l'accompagne sur scène sous le nom de Simone), plusieurs chansons pour Johnny Hallyday en 2011 pour l’album Jamais seul.

Yodelice m’a reçu le 20 septembre dernier à l’occasion de la sortie de son 3e et très addictif album, Square Eyes. Voici le fruit de notre entretien, pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois d’octobre 2013).

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"Au hasard du hasard, j'ai découvert les "Moustaches Brothers". La force qu'ils dégagent et leurs talents respectifs m'ont bouleversé et ouvert la route pour l'écriture de mon nouvel album. Je voulais partager avec vous les images de cette rencontre avec eux, leur témoigner mon amour, pour toujours." Yodelice ("Time")

yodelice,square eyes,le magazine des espaces culturels leclerc,interview,mandorPetit plus mandorien :

Même si la musique n’est plus la même, on sent la patte Yodelice.

Je ne l’identifie pas, mais il paraît. Avant de chanter, j’étais un technicien de cette industrie. Je travaillais sur des projets ou il y avait des codes et des formats… il fallait toujours faire l’effort pour essayer de rentrer dans les cases. Maintenant, je ne me pose plus ce genre de questions. Mais, je ne m’explique pas la touche Yodelice qu’on reconnait dans mes albums.

Cacher  Maxime Nucci derrière Yodelice, ça permet d’aller plus loin ?

C’était vraiment le but. Maintenant il y a avait une autre raison à cela. Je voulais me libérer au niveau de la scène et créer un clown m’offrait toute la liberté possible. Paradoxalement, au bout d’un moment, être toujours dans la mise en scène permanente, avec tout ces costumes et ce maquillage, je me suis senti enfermé par ce personnage. C’est pour ça que j’ai fait une longue pause de 2 ans entre la dernière date de tournée et ce disque. Je voulais retrouver le pourquoi du comment. Vivre 4 ans avec un personnage et avoir une exigence visuelle de mise en scène, ce n’est pas évident à gérer. Je ne voulais plus être prisonnier de lui.

Musicalement, tu regrettes d’être Français ?

Quand j’étais môme, je me disais que j’étais né dans le mauvais pays, mais plus du tout aujourd’hui. En plus, je crois que dans Yodelice, même si on sent cette influence anglo-saxonne très forte et que je chante en anglais, il y a quand même une touche très européenne. Quand je fais écouter ma musique à des Américains, pour eux, c’est très original. Ce n’est pas comme la musique de chez eux. Ils reconnaissent des codes, mais c’est tout de même différent.

Le clip officiel de "Fade Away".

yodelice,square eyes,le magazine des espaces culturels leclerc,interview,mandorTu as un public très fidèle.

Je l’aime à la folie. Je suis admiratif de ces artistes qui font peu de promos, voire pas du tout, et qui remplissent des tournées de Zénith sans problème. Je trouve ça dément. Ce n’est pas donné à tout le monde. C’est le fruit de beaucoup de travail et de beaucoup de concerts.

Quel rapport as-tu avec la notoriété ?

Pour être artiste, il faut forcément beaucoup d’ego. C’est trop difficile de faire ce que l’on fait si on n’a pas d’ego. Si je fais des disques, si je me donne en spectacle, c’est que j’ai quand même envie d’une reconnaissance. J’ai envie qu’elle soit à travers la musique et pas à travers autre chose. Je refuse de prendre des responsabilités de position politique. J’ai les miennes et elles sont pour moi. C’est une grosse responsabilité et je ne me sens pas plus intelligent qu’un autre.

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Avec Yodelice, le 20 septembre 2013, après l'interview.

19 octobre 2013

Bertrand Louis : Interview pour la sortie de SANS MOI

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C'est simple, l'album de Bertrand Louis, SANS MOI (qui sort ce lundi) est, pour moi, le disque le plus jubilatoire et exaltant de cette année. Mettre en musique douze poèmes ténébreux de Philippe Muray (1945-2006), extraits du recueil Minimum respect publié en 2003 était un projet ambitieux et casse-gueule. Mais au final c’est un exercice d'appropriation exécuté magistralement.

Bertrand Louis est venu me rendre visite à l’agence le 5 juillet dernier.

bertrand louis,sans moi,philippe muray,interview,mandorBiographie (signée Philippe Barbot) :

Il y a des rencontres qui ne doivent rien au hasard. Question d'atomes crochus, avec ou sans croches. Ainsi, la réunion aux sonnets de Bertrand Louis, artiste non conformiste et chantre des travers de l'époque, et de Philippe Muray, philosophe du désespoir ironique et chroniqueur de l'absurdité moderne, pouvait sembler inexorable.

C'est chose faite, à travers SANS MOI, un album mis en musique par le premier sur des textes du second. Des poèmes corrosifs et tendres, sombres et flamboyants, sortes d'odes au désastre contemporain, extraits d'un recueil intitulé Minimum Respect, publié en 2003, peu avant la disparition de son auteur. bertrand louis,sans moi,philippe muray,interview,mandor

Lorsque Bertrand Louis a eu le coup de foudre pour l'œuvre de Philippe Muray, découverte via une interview de Michel Houellebecq, il avait déjà composé la plupart des musiques. Puzzle idéal, les textes se sont imbriqués d'eux-mêmes dans l'électro rock tissé de guitares rageuses, de synthés sauteurs et d'un piano agile qui scandent tout l'album.

À l'image de l'opus précédent, Le Centre Commercial, romances noires contant le pétage de plombs d'une victime de la société de consommation, SANS MOI évoque tout à la fois la détestation du monde et l'amour d'une femme.

Avec des Moog qui mugissent, des cordes qui malaxent l'oreille et des tas de gros mots qui grommellent. Avec la participation de Lisa Portelli (mandorisées plein de fois) pour deux chansons.

"On n'est pas à l'abri d'un succès", chantait Bertrand Louis dans son précédent album. D'une réussite non plus. La preuve.

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bertrand louis,sans moi,philippe muray,interview,mandorInterview :

Tu as découvert Philippe Muray en entendant Michel Houellebecq l’évoquer dans une interview, c’est ça ?

Comme j’avais mis en musique un poème de Houellebecq sur l’album précédent, un jour quelqu’un m’appelle en me disant que Houellebecq parle de moi dans une interview. Je suis allé l’écouter sur un site. Et effectivement, il parlait aussi de Muray. Ça m’a mis la puce à l’oreille, du coup, je suis allé voir ce qu’il écrivait. Je crois même que j’ai acheté directement Le minimum respect. Ça a été le coup de foudre immédiat.

Tu avais déjà entendu parler de Philippe Muray ?

Pas du tout. Ça me paraît fou aujourd’hui.

Qu’est-ce qui t’a plu chez lui ?

C’est difficile de répondre à cette question. J’écoute beaucoup les autres personnes parler de Muray, des intellectuels notamment, et ils ont toujours du mal à parler de lui. Ils le disent tous, c’est très difficile de le définir. Il y a deux choses, Minimum respect, que j’ai mis en musique, ce sont des réflexions anti poétiques rimées. Et puis il y a tout le reste, les essais notamment. Ce qui m’a plu, c’est le ton et les sujets évoqués. J’avais l’impression que je l’attendais. Depuis plusieurs années, il y avait des choses que je ressentais par rapport à la société, mais que je n’arrivais pas à exprimer. Je me suis rendu compte que lui les exprimait.

Tu as tout lu de lui ?

Oui et ça m’a pris quelques années, mais sans enchaîner, parce que c’est quand même lourd à digérer.

En écoutant ton précédent album, Le centre commercial, je me dis qu’il n’y a pas un bertrand louis,sans moi,philippe muray,interview,mandorgouffre entre ce que raconte Muray et le sujet de tes chansons depuis longtemps.

D’une certaine façon, c’est vrai, j’avais déjà esquissé des thèmes similaires. Il y a en commun une détestation de la société, mais c’est dans un but créatif. Quand je suis allé voir la veuve de Philippe Muray pour lui demander l’autorisation de mettre en musique ses textes, je lui ai fait écouter notamment la chanson « 20 heures ». (Voir là.)

J’ai lu dans ton auto-interview que la musique existait déjà. C’est étonnant de savoir que tu as pu plaquer des textes de Muray sur une musique déjà composée.

Il y a eu comme une évidence et une magie. Je dis ça d’une façon très humble, mais je te le répète, c’est comme si je l’attendais.

Clip de Lâche-moi tout.

Tu écris toujours dans un deuxième temps, je crois.

Oui, surtout depuis l’album Centre commercial. J’ai besoin de trouver un thème qui m’accroche. Un peu comme un écrivain qui cherche un thème à son roman. Il me faut du temps pour le trouver. Et c’est vrai que je me sens plus musicien qu’auteur proprement dit. Des musiques, j’en ai beaucoup. J’en fais tout le temps quasiment. Pour ce projet-là, il m’a fallu prendre mon temps pour choisir les musiques qui pouvaient coller parfaitement aux textes. Et ça a collé. Sans devenir mystique ou quoi, Philippe Muray et moi, c’est une belle rencontre. Il y avait quelque chose de naturel et d’évident entre nous.

Les textes que tu interprètes sont parfois un peu modifiés, raccourcis.

J’avais demandé l’autorisation à sa veuve. J’ai respecté l’ordre chronologique des textes, mais certains font 10 pages, donc j’ai dû raccourcir parce que je voulais que ça reste aussi des chansons. J’ai évité que ça devienne un projet trop intellectuel.

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Se lancer dans un projet comme celui-ci est une sacrée gageure. Est-ce que ça t’a fait un peu peur au départ ?

Si je prends un peu de recul sur la genèse de ce disque,  je me souviens qu’au départ, j’ai foncé tête baissée inconsciemment parce que j’ai senti le truc. J’ai envoyé un message sur le site de Philippe Muray, j’ai pu être en contact avec sa veuve immédiatement alors que j’avais à peine commencé les maquettes… j’ai besoin de me bousculer comme ça. Après, quand j’ai commencé à me retrouver devant la phase de la construction de l’album, il y a eu des moments de doute très forts. Il fallait en même temps que j’assimile l’œuvre de Muray et ma relation avec lui.

Tu as vu au théâtre les lectures de Luchini des textes de Muray.

Oui, j’ai adoré. Surtout la première fois. Lui, il faisait ressortir le côté comique de Muray que je n’avais pas forcément décelé à ce point quand j’ai lu cet auteur. Avec Luchini, j’étais plié de rire du début à la fin. Moi, dans l’album, j’ai voulu montrer plus son côté teigneux, passionné, exalté du propos.

L'existence de Dieu.

Muray raconte le monde, la société, d’un côté, disons… pas très positif et surtout grinçant. En écoutant tes disques depuis longtemps, je t’ai toujours senti comme ça.

Je pense que j’ai toujours été comme ça, mais que je l’ignorais ou que je n’osais pas l’assumer totalement. J’ai toujours eu du mal avec les autres, avec le monde, du coup, ça me fait avoir un recul. Encore une fois, Muray m’a fait comprendre qu’on pouvait faire de son état désillusionné et lucide quelque chose de créatif.

Tu le faisais déjà avant. Je voulais aussi parler de la réputation que tu as. Celle d’un type qui n’aime pas trop parler, pas trop faire d’interview, pas trop justifier son œuvre.

C’est très bizarre la réputation qu’on peut avoir. J’aime bien faire des interviews parce que, justement, ça permet de prendre du recul sur soi même et sur son travail. C’est aussi une manière de me détendre après le travail accompli. La réputation qu’on a est due à des choses qu’on ne contrôle pas.

As-tu peur de la réaction des puristes de Philippe Muray ?

J’ai essayé de ne pas trop y penser. J’avais conscience que de mettre en chansons ses textes allait me placer dans une frontière un peu délicate. D’un côté, le public « chanson » qui ne connait pas Muray et de l’autre, les gens qui adulent l’auteur et qui ne connaissent pas mes chansons. Je ne m’en suis pas préoccupé parce que les adorateurs de Muray ont tendance à se le garder pour eux. Il ne faut surtout pas qu’il devienne populaire. Il était très individualiste, donc je peux comprendre… j’ai juste essayé d’aller dans son sens par rapport à ce que je suis aussi et dans la continuité de mes disques. Que je m’attaque à Muray est cohérent, mais je ne veux pas le « vulgariser » pour que plus de monde l’apprécie. Il a suffisamment miné son propos pour ne pas être récupéré de toute façon.

C'est la rentrée (teaser réalisé par Thibaut Derien).

Guy Debord s’est bien fait récupérer !

Et bien je n’espère pas qu’il en soit de même pour Muray. Ce n’est surtout pas mon but, en tout cas.

bertrand louis,sans moi,philippe muray,interview,mandorPhilippe Muray n’a jamais été populaire.

Non, mais aujourd’hui, il devient une référence intellectuelle. Il a un côté Cassandre. Celui qui dit la vérité, mais qui est condamné parce que personne ne le croit. Dans les entretiens qu’il a eus avec Élisabeth Lévy dans Festivus Festivus, elle  lui reproche d’aller beaucoup trop loin. 10 ans après, elle reconnait qu’il avait raison. Tout ce qu’il annonçait se passe. 

Il était incompris parce que  trop en avance sur son temps ?

Il y a de ça, mais surtout, la société n’aime pas qu’on la critique.

Aurais-tu aimé rencontrer Philippe Muray ?

Dèjà, je pense que j’aurais eu peur. Ça m’aurait intéressé si la rencontre avait eu lieu naturellement. Mais sinon, je ne crois pas. On est toujours déçu de rencontrer quelqu’un qu’on admire.

Pas toujours, je t’assure. Comment toi tu vis ta condition de musicien/auteur/chanteur ? Tu me sembles avoir une personnalité à ne pas te sentir bien dans ce monde.

Non, je n’y suis pas très bien. Mais, ça va beaucoup mieux depuis que je porte ce projet. Je me suis toujours senti à côté de la plaque. Je sentais que ça ne collait pas, que je n’étais pas à ma place. Je ne suis pas très communicant, donc j’ai du mal à rentrer dans le petit jeu du show-biz, comme bon nombre de chanteurs d’aujourd’hui.

Futur éternel de substitution (teaser réalisé par Thibaut Derien).

Et réaliser pour les autres, ça t’apporte quoi ?

Ça m’apporte beaucoup. C’est une façon aussi pour moi de murir et de trouver ma place. J’ai déjà une place, mais il faut se battre pour la garder.

Professionnellement, le métier reconnait ton talent.

Enfin, à chaque fois que je veux faire un disque, j’ai du mal à trouver un label,  j’ai du mal à trouver un tourneur, c’est un peu « casse-couille ». C’est toujours très difficile entre deux albums.

Qu’est-ce qui fait que tu continues quand même à faire ce métier ?

La musique est dans mes gènes. Je ne m’imagine pas faire autre chose. J’ai carrément l’impression d’avoir de plus en plus envie, si tu veux savoir.

C’est rassurant, parce que si à la base, tu as des doutes sur ton propre travail et que tu n’es pas motivé, c’est mal barré.

Tu sais, je connais plein de gens qui ont arrêté parce que ça ne marchait pas et qu’ils avaient envie d’essayer de faire autre chose. Ils ont fait un choix que je ne pourrais pas prendre moi. À un moment, on est sur un chemin et on ne peut pas reculer.

Tu travailles pour qui en ce moment ?

Je réalise le deuxième album de Je Rigole (mandorisé deux fois ici). C’est très intéressant parce que c’est moi qui fais les arrangements.

Parlons littérature à présent. Qui sont tes auteurs de prédilection ?

J’hésite entre Dostoïevski et Flaubert. Ce sont les deux pans de ma personnalité. Le côté très construit et bourgeois de Flaubert et le côté lâché et fou de Dostoïevski. J’aime aussi beaucoup Balzac. Tiens, d’ailleurs Muray aussi était fan de Balzac.

Ce que j'aime (teaser réalisé par Thibaut Derien).

Ton disque m’a incité à relire Muray.

Je conseille de lire au moins Minimum respect. C’est un livre à part.

Dis donc, réécrire des chansons personnelles après être passé par Muray, ça va être un peu duraille, non ?

Il est clair qu’au niveau texte, je suis KO. Après, quand on cherche, on trouve. Je pense que je veux avoir une bonne période de réflexion avant de passer à autre chose.

C’est aussi ça l’intérêt de ce métier. Mettre la barre plus haute encore de projet en projet, de disque en disque…

Oui, mais j’ai besoin de ça. J’ai un côté fainéant, j’ai donc besoin de me donner des challenges. Après Muray, il va falloir assurer. J’ai déjà des idées, mais c’est trop tôt pour en parler.

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Après l'interview, avec Bertrand Louis, le 5 juillet 2013.

17 octobre 2013

La Recycling Party fait son show à La Cigale (5e édition)

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Lier l'utile à l'agréable : telle est la devise de la Recycling Party. Un spectacle musical dont la cinquième édition se tiendra dans la salle parisienne de la Cigale, le 19 septembre prochain.

Le principe est on ne peut plus simple : à l'entrée, le spectateur échange un appareil ménager usagé contre une place de spectacle. Fer à repasser, lecteur MP3, téléphone portable, lave-linge et autres aspirateurs sont acceptés. On appelle ces déchets les "D3E", à savoir des détritus électriques et électroniques qui doivent bénéficier d'un recyclage spécial. Il faut généralement les donner à des associations spécialisées, les déposer en magasin lors de l’achat d’un matériel neuf équivalent ou les emmener à la déchèterie.

La soirée sera présentée par Thomas VDB (toujours aussi déjanté), le Monsieur Loyal de cet évènement depuis quelques années déjà,... le voici lors de la conférence de presse expliquant (à sa façon non consensuelle) la Recycling Party 2013, le 11 septembre dernier au Sentier des Halles.

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Thomas VDB présente La Recycling Party, face caméra, ce même jour.

Les DEEE, rappelons le encore une fois, sont les Déchets Equipements Electriques et Electroniques, soit les déchets issus des équipements fonctionnant grâce à des courants électriques ou à des champs électromagnétiques.

Pour plus d'explications sur le fond du problème...

Le spectacle présenté par Thomas VDB accueillera cette année Artus, la révélation de l’émission de Laurent Ruquier On ne demande qu’à en rire pour le coté Humour et Puggy (mandorisé ici), avec sa pop ravageuse pour le coté Musique.

La soirée “bonne humeur” pour rappeler trois gestes de tri essentiels.

Le groupe Puggy interprète en live acoustique "To Win the World" lors de la conférence de presse.

Alors, n'oubliez pas, le spectacle sera de qualité... et les artistes sont d'ores et déjà prêts, comme le confirment Artus et les Puggy.

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A l'issue de la conférence de presse. With Thomas VDB et Artus.

16 octobre 2013

Nicolas Bary : interview pour la sortie du film Au bonheur des ogres.

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nicolas bary,daniel pennac,le magazine des espaces culturels leclerc,interview,mandorL’adaptation cinématographique du livre culte de Daniel Pennac, Au bonheur des ogres, sort aujourd’hui. Le magazine des espaces  culturels Leclerc fête l’évènement dans son numéro daté d’octobre 2013. J’ai donc concocté deux pages sur cette sortie, dont une interview du réalisateur du film, Nicolas Bary.

Il y a en bonus dans cette chronique du jour 3 questions supplémentaires à Nicolas Bary, des vidéos du film et quelques archives de mes rencontres avec Daniel Pennac, un auteur que j’apprécie et rencontre depuis longtemps.

(J'ai évidemment vu le film en avant-première pour réaliser ce dossier. J'avais un peu peur d'être déçu par cette adaptation que je jugeais impossible. Miracle! Ça fonctionne à merveille. Le film est à la fois noir et drôle.)

Bande annonce d'Au bonheur des ogres.

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Nicolas Bary et Daniel Pennac sur le plateau.

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Petit plus mandorien:

Parlons du comédien qui joue Benjamin Malaussène, Raphaël Personnaz. Pourquoi avoir choisi ce comédien ?

Je voulais quelqu’un qui soit doué, que l’on commence à voir dans pas mal de films, mais qui ne soit pas encore « marqué ». Je voulais quelqu’un qui apporte une certaine fraicheur. C’est un très beau garçon dans la vie, nous nous sommes amusés à le patiner. Nous souhaitions que son charme réside plus dans l’humanité qu’il a que dans son physique.

Il y a Bérénice Béjo dans le rôle de la journaliste Tante Julia.

Quand elle a accepté le projet, le film The Artist n’était pas encore sorti en France. Il avait juste été présenté à cannes avec le succès que l’on connait. Comme elle a eu le prix d’interprétation à Cannes cette année, c’est une bonne chose pour le film, il ne faut pas le cacher, mais c’est une heureuse coïncidence.

Toucher à un livre culte, c’est très culotté. Vous vous en rendez compte ?

L’insouciance m’a aidé et la volonté peut porter n’importe qui n’importe où. Je n’ai pas voulu être trop écrasé par la montagne.

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Avec Nicolas Bary, le 13 septembre 2013 après l'entretien.

Au bonheur des ogres. Featurette "Nicolas Bary".

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Bonus: quelques archives de rencontres avec Daniel Pennac.

Le 13 juin 1995 à la librairie Kleber de Strasbourg (pour la sortie de Monsieur Malaussène).

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Le 28 septembre 2004, dans son antre parisien (pour la sortie de Merci).

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14 octobre 2013

Le Pic d'Or 2014 : Les nouveautés de la 29e édition

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La 29e édition du Pic d’Or aura lieu les 23 et 24 mai prochain au Théâtre des Nouveautés de Tarbes. Je suis membre du jury depuis deux ans et je le serai encore cette année. Pour rappel, voici mon bilan de l’édition 2012 et celui de 2013. Vous remarquerez qu’on ne s’ennuie pas.

Cet après-midi s’est tenue la conférence de presse de ce tremplin menée par sa présidente Corinne Labat devant la presse locale pour présenter la version 2014 du Pic d'Or.

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(De gauche à droite, Anne-Laure Delahodde, directrice artistique de l'agence Winao, conceptrice du logo, Victor Faury de l'agence Winao, concepteur du site internet, Corinne Labat, la présidente de l’association Pic d’Or, Éric Kieser, Trésorier, Marie Cruzel, Secrétaire, Laurent Teixeira et Corinne Daunay, bénévoles de l’association.)

pic d'or 2014,michael jonesCet après-midi, Corinne Labat a annoncé quelques nouveautés et pas des moindres…

Le nouveau logo et le nouveau site internet ont été présentés (le site est là et il est vraiment beau et clair). De plus, la présidente du Pic d’Or, a annoncé l’arrivée comme parrain d’un artiste emblématique de la musique française: Michael Jones.

Sachez que la journée du samedi sera consacrée à des ateliers : un coaching vocal est prévu en matinée. Quant au parrain de cette édition, Michael Jones, il animera une master class guitare.

Force est de constater que ce tremplin devient l’une des références pour tous les jeunes artistes en quête de reconnaissance. Personnellement, je vois bien que les jeunes artistes que je croise m’en parlent de plus en plus.

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La présentation du nouveau site du Pic d'Or à la presse locale par son concepteur, Victor Faury.

L’an dernier, plus de 150 CD sont arrivés dans les bureaux de l’association et proposés aux oreilles averties de 4 jurés locaux.

Cette année aussi, de nombreuses candidatures sont attendues.

Message (pratique) aux artistes :

Les candidatures devront parvenir à l’association à partir du 1er novembre 2013, et ce jusqu’au 1er mars 2014.

Tout envoi devra être adressé à l’association Pic d’Or, 11 rue de la Chaudronnerie, 65000 Tarbes.

Les informations seront disponibles sur le nouveau site du Pic d’Or : www.picdor.fr.

Les auditions se dérouleront le vendredi au théâtre des Nouveautés de 9 H 30 à 12 H 30 et de 13 H 30 à 16 H 30, la demi-finale aura lieu le soir même à 20 H 30.

La journée du samedi sera consacrée à des ateliers : un coaching vocal prévu en matinée et les guitaristes se retrouveront à la Gespe l’après-midi.

À 20 H 30, la finale se disputera sur la scène du Théâtre des Nouveautés.

Voici la composition du jury de cette année (bio d’après le dossier du Pic d’Or 2014):


pic d'or 2014,michael jonesLe Parrain, Michael JONES : Le guitariste et chanteur gallois Michael Jones a débuté sa carrière en écumant les villages français avec un groupe de rythm’blues, le Urban District Council Dib Dob Band. En 1978, il intègre Taï Phong dont le chanteur n’est autre que Jean-Jacques Goldman. À la séparation du groupe,  il accompagne celui qui est devenu son ami le plus proche, ce jusqu’à la fin de sa carrière. Le plus grand tube de Jean-Jacques Goldman, « Je te donne » (8 semaines n° 1 du Top 50) est d’ailleurs interprété en duo avec Michael Jones. En 1990, ils forment  avec la chanteuse américaine Carole Fredericks un trio qui va tourner pendant plus de cinq ans, Fredericks Goldman Jones. En 1997, il sort un album solo en français, A consommer sans modération. Sept ans plus tard, son opus Prises et reprises est composé de chansons à tendance blues, folk et rock. Celtic Blues sort en 2009, suivi d’une tournée qui va s’étendre sur quatre années. Notons qu’au fil de sa carrière, il  a participé aux albums de très nombreux artistes comme Johnny Hallyday, Liane Foly ou encore Joe Cocker. pic d'or 2014,michael jones

Le Président, Arnold Turboust : Compositeur, auteur, chanteur, musicien (claviers), producteur de disques. Le grand public découvre cet « homme orchestre » en 1986 avec le tube ‘Adélaïde’ (plusieurs semaines dans le Top 50). De « Marquis de Sade » à Etienne Daho, en passant par Sylvie Vartan, Clémentine, Brigitte Fontaine, Jacno….Arnold Turboust, riche d’une déjà belle carrière, reste un insatiable curieux de toutes les musiques.

pic d'or 2014,michael jonesStéphanie Berrebi : (FrancoFans magazine) Stéphanie Berrebi est journaliste principalement pour le Magazine FrancoFans, bimestriel indépendant de la scène francophone actuelle. Depuis une bonne décennie maintenant, par le biais de divers médias (Radio Néo, RFI, FrancoFans …) Stéphanie Berrebi erre dans les salles de concert, bars et festivals, souvent plus à l’affut des groupes à découvrir que des têtes d’affiches

Alain Navarro : Créateur de  l’association « Arpèges et Trémolos » dont il devient le directeur artistique en 2008.  Avec, entre autres,  l’organisation et la programmation du festival « Pause Guitare » à Albi, moment  incontournable de la chanson francophone, Alain Navarro démontre qu’une programmation très ouverte populaire peut être de grande qualité.pic d'or 2014,michael jones

Thierry Cadet : Animateur, rédacteur presse écrite, chroniqueur sur différentes radios, biographe, interprète, co-fondateur du Prix Moustaki mais aussi homme engagé pour le combat contre la maladie d’Alzheimer. Artiste toujours, Thierry Cadet promène tous ses talents de magazine en plateaux télé, sans oublier la scène où se remettre en question ne l’effraie pas,  que ce soit en tant que candidat comme finaliste de la « Rose d’or » à l’Olympia, où  tête d’affiche au Sentier des  Halles à Paris.

François Alquier :Homme de télévision (CD’Aujourd’hui, France 2…) de radio (RTL, RTL2, RMC, Rire et Chansons, Nostalgie, Fun Radio), de presse écrite (Actu FNAC, Addiction, Virgin, Les fiches du cinéma...) et de site musical (MusiqueMag.com).  Également connu sous le pseudonyme de Mandor. il raconte sur son blog, « Les chroniques de Mandor », ses rencontres souvent peu ordinaires avec les artistes qu'il interviewe. François Alquier malgré ses 25 ans d’expérience auprès des personnalités du monde de la littérature, de la chanson et de tous les médias,  a su conserver cette réelle fraîcheur qui caractérise ceux qui savent écouter.

pic d'or 2014,michael jonesJean-Pierre Pasqualini : Il a fait de Platine Magazine, dont il est le rédacteur en chef, « LA » référence en matière de chanson et de variété françaises. Il  présente depuis dix ans, les grandes émissions de variété sur Télé Mélody dont il est directeur des programmes. Jean-Pierre Pasqualini trouve encore le temps de signer plusieurs livres sur la chanson et concevoir plus d’une centaine de compilations et coffrets mais également d’être juré pour des tremplins et concours de la chanson : Festival Chorus, Prix Moustaki à Paris, Festival de Granby au Québec, Concours Eurovision, Talents Acoustic TV5 Monde, …etc. Cet amoureux fou de la chanson française n’y va pas par quatre chemins lorsqu’il s’agit de défendre la chanson française de qualité, sa présence au Pic d’Or, est en quelque sorte un label qu’il accorde à nos jeunes candidats.

Pierre Domenges : Directeur artistique de « La Gespe », salle de musiques actuelles à Tarbes, mais aussi écrivain de romans, créateur d’une école de musique sociale, ce Tarbais, rocker devant l’éternel, met toute sa belle énergie dans le développement de la salle dont il assure la direction. Partenaire du Pic d’Or, Pierre Domenges met l’établissement qu’il dirige à la disposition d’un concours dont il partage l’envie de donner une chance à de jeunes et talentueux artistes.

Stéphane Rigot : Directeur de la structure "Tarbes en Scènes", pôle culturel de la Ville de Tarbes, regroupant trois salles de spectacles (le Théâtre des Nouveautés, salle à l'italienne, le PARI, fabrique artistique et résidences d'artistes, la Gespe). Stéphane Rigot et son équipe mettent un point d’honneur à ce que la qualité technique soit au rendez-vous avec chacun des participants du Pic d’Or.

Anne Toujas-Marchand : Responsable du jury de présélection. Professeur agrégée d'éducation musicale, 1er prix de solfège spécialisé au conservatoire national de musique de Paris (CNSM), prix d'écriture, 1er prix d'analyse, prix de piano du conservatoire de Bayonne. Anne Toujas Marchand met toute sa rigueur mais aussi son humanité dans l’écoute de tous les artistes candidats au tremplin.

Eric Lagarrigue : Responsable du secteur des musiques actuelles au sein du service de l’action culturelle du Conseil général des Hautes-Pyrénées. Il est notamment l’organisateur des Horizons Numériques, manifestation dédiée aux arts numériques sous toutes leurs formes et de concerts programmés par le Conseil Général.

Bonus (parce que, quand même, on est chez Mandor): Quelques rencontres (très anciennes) avec le parrain du Pic d'Or 2014, Michael Jones

A Paris, juillet 1987, après une interview pour Radio Bocal, (la radio de Daniel Guichard).

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Ici, le 15 mai 1992 à Cayenne pour RFO Guyane radio.

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Là, le même jour, toujours à Cayenne, en compagnie de Carole Fredericks et Jean-Jacques Goldman, pour RFO Guyane télévision.

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Quelques autres articles sur la présentation du Pic d'Or 2014:

Le site Tarbes en Direct.

Le site Pyrénées info.

Le site de La Dépêche.

Le site de la mairie de Tarbes.

Stacey Kent : interview pour la sortie de The Changing Lights

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Stacey Kent est considérée comme l’une des plus étonnantes et élégantes révélations du jazz vocal actuel. Sa voix unique, mêlant le swing, la sensualité et la limpidité font d’elle une grande diva de jazz. Américaine de naissance, neuf albums à son actif, couronnée de prix prestigieux (dont le BBC Jazz Award en 2007), Stacey Kent est une chanteuse de l’âme. Il n’est pas évident de placer Stacey Kent dans une case. Une Américaine qui parle couramment le français, de même que le portugais, l’italien et l’allemand. Elle franchit sans effort les frontières entre les genres et, dotée d’un timbre de voix à la fois vif et tendre, Stacey Kent colore de façon swing et dynamique des chansons jazz intemporelles.
Elle a signé en 2007 sur le label Blue Note/EMI (aujourd’hui Parlophone) et a vendu plus d’un demi-million d’albums à travers le monde.

Je suis allé à sa rencontre (elle était accompagnée par son mari et compositeur Jim Tomlinson) le 2 juillet dernier dans le jardin de sa maison de disque française, à l’occasion de la sortie de son nouvel album The Changing Lights, dont j’ai écrit la chronique pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de septembre 2013).

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stacey kent,the changing lights,interview,mandorInterview :

Précision : Stacey Kent a fait l’effort de répondre à mes questions en langue française. Parfois, j’ai un peu reformulé les phrases, mais en faisant très attention de ne pas trahir sa pensée initiale.

C’est le 10e album. Ça constitue une œuvre conséquente en peu de temps finalement.

J’aime beaucoup le parcours qu’a pris ma carrière. Quand j’ai commencé à enregistrer, j’ai fait des albums à la chaîne et pour être honnête j’estime qu’on a bougé un peu trop vite au début. Comme j’ai eu beaucoup de succès, j’ai fait beaucoup de tournées, et j’ai enregistré trop vite entre deux albums. Il fallait que je réfléchisse plus à là où je voulais aller. Après l’album The Boy Next Door, tout à changé pour le mieux.

Vous n’avez pas enregistré pendant 4 ans.

J’ai juste fait des concerts. J’ai donc eu beaucoup de temps pour réfléchir sur ce que je voulais faire pour l’album suivant. J’ai beaucoup aimé The Boy Next Door, mais je dirais que c’est vraiment la fin d’une époque. Blue Note est venue me voir sur scène à Paris et ils m’ont proposé d’intégrer leur label. Tout à coup, la vie a changé. J’ai pu prendre mon temps et j’ai envisagé ce métier autrement.

Dans ce monde du jazz, vous êtes chanteuse, mais vous êtes aussi une formidable raconteuse d’histoire.

A un moment donné, je voulais pouvoir chanter une histoire entière dans les 3-4 minutes d’une chanson. Les gens avec lesquels j’ai commencé à collaborer après The Boy Next Door m’ont écrit des chansons comme ça. Une chanson, une vie. Contrairement à avant, la musique devait s’intégrer aux textes, du coup, parfois, elle devait s’improviser. Ça donnait un résultat très intense. J’ai l’impression que ça m’a permis de mieux m’exprimer. Je me suis sentie beaucoup mieux dans ce milieu du jazz. J’ai enfin compris où était ma place.

Songs from The Changing Lights (teaser officiel).

Dans l’album d’il y a deux ans, Raconte moi, vous repreniez quelques standards français,stacey kent,the changing lights,interview,mandor mélangés à des titres originaux. Dans The Changing Lights, vous reprenez des classiques brésiliens, mais vous les intégrez parmi des morceaux nouveaux. Vous n’aimez pas faire des albums de reprises sans valeur ajoutée personnelle ?

Avec Jim, on a fait ça dans les trois derniers albums. Vous avez oublié Breakfast on the Morning Tram, il y avait pas mal de reprises dont quelques-unes de Gainsbourg ou de Pierre Barouh. Je trouve qu’intégrer ces reprises au milieu de chansons originales donne plus de logique à l’ensemble. J’ai la chance d’avoir des chansons écrites pour moi par mon mari qui me connait mieux que quiconque comme artiste et comme femme. On fait une balance entre ces chansons inédites écrites pour moi et des chansons déjà écrites, mais que je choisis parce qu’elles me correspondent totalement.

Ça demande beaucoup de recherches, je présume, pour trouver les bons morceaux.

Oui, pour The Changing Lights, par exemple, on a mis quatre ans. Il faut réfléchir, il faut du temps aussi pour bouger, discuter et pour faire des découvertes.

Je sais que vous discutez beaucoup avec Jim Tomlinson sur votre musique.

Oui, du matin au soir, voire même la nuit. C’est un mélange de notre vie personnelle et de notre travail. C’est marrant parce que nous en parlions ce matin au petit déjeuner. On passe beaucoup de temps ensemble, mais c’est chaque jour de plus en plus intense entre nous. On ne sait pas où notre relation commence et où elle se termine.

Ce n’est pas lassant de travailler et de vivre avec la même personne ?

Non. Vraiment, au contraire. On vit dans un dialogue personnel et musical 24 heures par jour et on adore.

C’est un luxe ?

Oui, tout à fait. Je ne dis pas que c’est l’idéal pour tout le monde. Ça l’est pour nous. Ça marche très bien. J’ai très confiance en Jim et en moi. Là, on vient de déménager. On était dans un petit appartement dans le Colorado et on a trouvé une maison avec beaucoup d’espace et de tranquillité. Nous n’avons pas de distraction, pas de télévision, pas de voisin. Que des animaux, des arbres et des montagnes. Tout ceci nous inspire. On discute, on se sépare pour continuer nos travaux différents, on se rejoint, on rediscute et on finit par jouer de la musique ensemble. On est vraiment habité…

Le premier single de l'album The Changing Lights, "One Note Samba".

Votre amour de la musique brésilienne, ce n’est pas qu’avec ce nouvel album que vousstacey kent,the changing lights,interview,mandor nous le prouvez. Ce n’est pas la première fois que vous en interprétez dans des disques.

Pour Jim et moi, ce disque n’est pas un disque brésilien. Je dirais que c’est un album à la sensibilité brésilienne spirituellement. Le Brésil est un immense pays avec beaucoup de musiques différentes qui viennent d’Europe ou d’Afrique. Pour moi, ce qui compte c’est l’esprit de bossa-nova qui est très intense, mais très calme. Il y a beaucoup de percussions, mais joués à l’économie. C’est ce minimaliste qui compte pour moi parce que la fondation de ma musique c’est la clarté, la tranquillité, la légèreté et l’intensité. C’est un peu ma personnalité aussi. Je suis attirée par ce qui me ressemble.

Quand on reprend des chansons connues, il faut être au moins au même niveau que la version originale.

On peut se réapproprier des chefs d’œuvres joués par des maîtres sans avoir peur. On a confiance en notre propre son et style et on ne passe pas notre temps à comparer les versions. Il faut prendre plaisir à rendre à ces chansons notre personnalité à nous. Ce n’est pas arrogant de ma part. Je remercie tous ces « monstres » d’avoir créé ces morceaux légendaires et exceptionnels.

Ce qui est amusant, c’est que, du coup, on a l’impression que même vos chansons à vous sont des standards.

On fait en sorte que nos chansons se mêlent aux standards de manière à former un même univers.

Cet album a été fait dans le sud de Londres et pas au Brésil. Pourquoi ?

On a juste un musicien brésilien. Avec Jim, on s’est beaucoup demandé s’il fallait ou non aller là-bas pour enregistrer. On a estimé qu’il n’était pas utile de se rendre au Brésil pour trouver la sensibilité brésilienne parce que cette sensibilité est déjà dans nos cœurs et nos esprits. 

Un autre extrait de The Changing Lights, "This Happy Madness".

Pourquoi dites-vous, je vous cite dans le communiqué de presse que j’ai reçu,  que « c’est un album crucial » ?

Quand la maison de disque indique cela, c’est vrai. Nous dialoguons beaucoup avant de sortir un communiqué de presse me concernant. Donc, oui, c’était crucial. Je vais vous dire quelque chose d’important que je n’ai dit nulle part ailleurs. Quelque chose un peu dramatique s’est passée dans ma vie personnelle il y a quelques années. Après cela, j’ai décidé de réfléchir sur moi et ce que je voulais faire de ma vie.

Un long silence.

Je reprends.

N’en parlez pas si c’est trop dur…

Bon, c’est juste pour expliquer qu’il y a cinq ans, j’ai dit à Jim : « je veux apprendre le Portugais », il a répondu que lui aussi. On a arrêté de faire des tournées pendant trois étés, ce qui est une décision importante parce que c’est une période où on est très sollicité, pour rentrer dans un monde lusophone, portugais. On a abandonné la langue anglaise complètement pendant sept semaines pour ne parler qu’en Portugais. On a fait des découvertes musicales, sociales, personnelles. On a pris des cours intensifs de Portugais dans une université. C’était vraiment une histoire d’amour entre nous deux. Je sens que c’est un peu abstrait comme j’explique, excusez-moi. Ce que je veux dire, c’est que cet album n’est pas la seule preuve d’amour que l’on porte au Brésil. Vraiment pas…

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Avec Stacey Kent, le 2 juillet 2013 (photo Jim Tomlinson) 

13 octobre 2013

Orna Danecan (Anne Cardona): interview pour... un futur EP

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Orna Danecan, (Anne Cardona) fait partie d’une mouvance d’artistes que j’aime beaucoup. Exigeante et qualitative. 

Avant, Anne Cardona, c’était des textes malins, malicieux, poétiques, qui parlaient à tout le monde. Aujourd’hui, Orna Danecan, c’est une nouvelle chanteuse, un autre style (voire biographie ci-dessous). Mais elle vise toujours là où ça fait mal parfois, là où ça fait du bien souvent. Ce qui est sûr, c’est que ses chansons font mouche toujours.
Pour écouter quelques nouvelles chansons, cliquer là !

J’ai reçu Anne Cardona pour me parler de son double Orna Danecan le 1er juillet dernier.

Biographie officielle :

Orna Danecan a une voix. Grave. Élégante. Singulière. Théâtres, télé, radio, depuis toujours sa voix lui montre la voie.
Ballades pop ou folk sombre, accompagnées de violoncelle et de guitares twang, la musique d’Orna, onirique, mêle mélancolie et délices d’une enfance effacée.
On pense à Mazzy Star, Jesse Sykes, Rufus Wainwright ou Lee Hazelwood.
Écriture enfantine ou crépusculaire, Orna Danecan ne sacrifie pas les mots et les intègre harmonieusement à ses influences musicales folk rock anglo-saxonnes.

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Interview :

Tu m’as envoyé une maquette. Habituellement, je ne mandorise pas sur maquette, mais là, j’ai vraiment beaucoup aimé. Tu es donc l’exception qui confirme la règle.

Il y a six titres. Le premier, qui est censé être un single, « L’homme de ma vie d’en ce moment », est plus produit, mais les autres sont volontairement épurés. Il n’y a que guitare, violoncelle, voix. Je vais évidemment faire un EP dans les mois qui viennent et il sera plus produit. Cette maquette est juste un outil de démarchage.

Tu as fait pas mal de scènes. Les Trois Baudets et le Divan du Monde par exemple l’année dernière avec tes nouvelles chansons.

Oui, mais j’ai fait beaucoup de concerts avec mon ancien projet et donc, avec mon ancien nom, qui est mon vrai patronyme, Anne Cardona. Pour ce nouveau projet, c’est encore un peu neuf, tout est en train de se préparer en fait.

Changer de nom, d’ailleurs, ça ne brouille pas un peu les pistes pour ceux qui te suivent depuis Anne Cardona ?

Tu sais, je pense que je les ai perdus. Ça faisait deux ans que je n’avais pas fait de scène, donc mon public, pas très nombreux à la base, a dû m’oublier.

532035_173323419492143_592117076_n.jpgPourquoi as-tu changé de nom ? J’insiste parce que ce n’est pas d’une logique implacable.

J’avais fait beaucoup de scènes, gagné des tremplins, obtenu pas mal d’articles dans la presse, ça, c’est le côté positif. Mais, j’avais fait aussi une grosse vague de démarchage dans les maisons de disques, les labels, les éditeurs, les tourneurs et, je vais être franche avec toi, j’ai eu zéro réponse. Ce n’est pas aussi simple que ça, il y a eu des opportunités qui ont capoté, des promesses non tenues… bref, comme ça arrive à plein de jeunes artistes. Ça m’a totalement déprimée et j’ai pris la décision de tout arrêter. Comme je suis bilingue, un peu plus tard, je me suis mis à écrire et composer en anglais. Comme ce que je composais musicalement était fondamentalement différent, j’ai décidé de changer de nom. Mais entre temps, je suis revenue à mes premiers amours, les textes en français, mais je ne pouvais déjà plus rechanger de nom une troisième fois (rires). Je vais essayer de garder celui-là longtemps.

Orna Danecan, ça sonne irlandais.

Ce n’est pas un hasard. J’ai passé énormément de temps de ma vie en Irlande. C’est d’ailleurs là où j’ai appris à parler anglais. Bon, tu l’avais compris, accessoirement, c’est une anagramme d’Anne Cardona. J’ai fait mon Boris Vian.

D’où te vient ta culture musicale ?

Mes parents m’ont un peu aidée, mais globalement, je me l’ai acquise seule. Mais, je n’ai pas une culture musicale incroyable. Je suis assez monomaniaque en fait. Cette année par exemple, j’ai écouté trois, quatre albums, mais en boucle. Je les connais par cœur, note par note. Par exemple celui de Sharon van Etten. Une Américaine folkeuse qui a beaucoup travaillé avec The National. C’est d’ailleurs Aaron Dessner, guitariste et clavier du groupe, qui a réalisé son disque. Si je dois t’en citer un autre, un français, celui de Camille, Ilo Veyou. Bon, il y en a d’autres… mais pas des masses.

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Tes textes, de drôles dans ta première partie de carrière de chanteuse, sont devenus plus grinçants et mélancoliques.

Je me suis sans doute assagie. Avant, je faisais plus rire les gens, parce que le rire, c’est un super mode d’adhésion. Mais à un moment, j’ai remarqué que j’en avais marre de faire rire. Je pense que je masquais mes faiblesses par ça. Dans la vie, je ne dis pas que je suis une fille sinistre, mais je suis plus mélancolique qu’hilarante. Ce n’est pas pour rien que j’ai travaillé avec Bertrand Louis pour la réalisation d’un disque. C’est l’un des artistes les plus talentueux de notre génération, mais ce n’est pas le plus drôle. Je vais peut-être ramer un peu plus pour faire venir les gens à mes spectacles, mais en tout cas, je me sens mieux dans mes chansons d’aujourd’hui.

Sur scène, tu es réceptive à ce qu’il se passe dans le public.562183_166953813462437_942766058_n.jpg

Oui, je sens quand ça marche et quand ça ne marche pas. Tu sais, je vois très mal, j’ai une maladie aux yeux. Du temps où je faisais du théâtre, c’était dur parce que je voyais le public, mal parce que c’était dans le noir,  mais maintenant, je ne vois rien réellement. Ça m’aide pour le trac, du coup, mais en revanche, il y a des trucs que je ne perçois pas. Je ne vois pas les gens dans la salle, je vois à peine mes musiciens… La perception, pour moi, est de l’ordre du feeling auditif.

En enquêtant sur toi sur Internet, je suis tombé sur une page où on peut écouter plein de pubs avec ta voix. Ce n’est pas un pan de ta vie que tu caches, on peut donc en parler.

Ça fait quinze ans que je fais des voix de pubs. Je fais tout sauf du doublage. C'est-à-dire du documentaire, de la bande-annonce, de la pub, des films institutionnels. C’est avec ça que je mange.

Depuis un an, tu animes aussi une émission de télé pour la chaîne Voyage, une chaîne du câble.

Je suis allée en Islande, au Cambodge, en Guinée-Bissau, en Roumanie, en Bolivie. À chaque fois, je pars 15 jours. Ces émissions seront multi diffusées cet hiver.

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Tu as fait le cours Florent, et donc aussi du théâtre. Tu es vraiment pluridisciplinaire.

Quand j’étais gamine, je voulais être actrice. C’était donc cette activité mon premier cheval de bataille, j’ai donc fait ça pas mal de temps au théâtre et à la télé. A un moment, je me suis inscrite à l’école ATLA et après au Studio des Variétés.

Tu avais des textes depuis pas mal de temps.

Oui, donc avec un ami, on a monté un répertoire piano-voix. Je me suis carrément prise au jeu, mais au départ, ce n’était pas ça que je voulais faire.

Que vas-tu faire à présent que cette maquette existe ?

Je suis en train de chercher des réalisateurs pour faire un EP. Je rencontre des gens dont j’ai envie, mais il faut qu’ils aient envie de moi également. Il faut que financièrement on puisse trouver un accord et souvent, les gens dont j’ai envie sont des gens chers. Donc, ce n’est pas simple. Mon idée est quand même de produire un EP pour que plus personne ne puisse me dire : « c’est chouette tes chansons, mais je ne sais pas exactement où tu vas. »

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