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25 octobre 2013

Thomas Fersen : interview pour Thomas Fersen & The Ginger Accident

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(Photo : Mathieu Zazzo)

Thomas Fersen-2013-Mathieu Zazzo -5672-41-WEB.jpgThomas Fersen, je lui suis fidèle depuis son premier album, Le bal des oiseaux. Ce n’est d’ailleurs pas sa première apparition chez Mandor. Il est certainement le chanteur français le plus original. Hors du temps, hors des codes, dans un autre monde. Celui de l’enfance, celui de pays qui n’existent pas.

A l’occasion de la sortie de son nouvel album, Thomas Fersen et The Ginger Accident,  Thomas Fersen m’a reçu une troisième fois chez lui. J’aime converser avec lui, l’homme n’est pas avare de confidences sincères et parfois étonnantes (je ne parle même pas de ses fulgurances !) Avant de lire la substantifique moelle de notre long entretien, voici ma chronique publiée dans Le magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de septembre 2013).

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DSC08418.JPGInterview :

Qu’est-ce qui vous a incité à laisser le soin de la réalisation de cet album à Cédric de la Chapelle ?

J’ai découvert ce groupe sur une compilation. The Ginger Accident sortait vraiment du lot. J’ai entendu cette production, cette instrumentation, cette dynamique. Ça m’a épaté. Je venais de finir l’enregistrement du disque au Studio Garage comme je l’avais fait pour le précédent. J’étais en train de me poser des questions sur des arrangements et quand je les ai écoutés, j’ai tout remis en question. Ce n’est pas facile, mais je n’ai pas hésité. La première fois que je suis allé voir Cédric de la Chapelle sur scène avec son groupe The Ginger Accident, je sentais que l’association des textures, c'est-à-dire de leur musique et de ma voix, allait être prometteuse. Ce n’était pas forcément une question de personne, mais plutôt d’alchimie.

Fouinez-vous souvent pour repérer des gens avec lesquels vous pourriez travailler éventuellement ?

On me donne souvent des disques, on me parle de telle ou telle personne… comme je suis quelqu’un de curieux, j’écoute toujours.

Est-ce que travailler avec quelqu’un d’extérieur à son univers permet de se remettre en question soi-même ?

La remise en question, elle va de soi. C’est un métier de désir. Refaire ce que l'on vient de faire, c’est beaucoup moins excitant que d’essayer de construire quelque chose avec un jeune compositeur talentueux et motivé.

Vous avez parfois besoin de la jeunesse ?

On a toujours besoin de la jeunesse parce que c’est la jeunesse qui refait le monde.

Ce disque à un son très sixties pourtant.

C’est la vision des sons d’avant qu’en ont les jeunes qui ont 30 ans aujourd’hui. Les gens qui font du sixties sans la modernité, c’est du musée, c’est autre chose.

Teaser "Donne-moi un petit baiser".

Il y a des chansons comme « Donne-moi un petit baiser » qui me font penser à des productions comme celles de Nino Ferrer.

Vous avez raison. Le texte est très simple comme ceux qu’il faisait dans les années 60. Il y a peu de mots, mais ils sont bien choisis, les phrases sont efficaces (rires). Le fait qu’il n’y ait pas beaucoup de texte colle bien à mon personnage de paresseux et de nonchalant que j’incarne déjà depuis plusieurs années à travers des chansons comme Deux pieds ou Les cravates. J’aime l’idée que ce personnage récurrent revienne taper à la porte. Il prend plus la parole que dans le passé. C’est lui qui habite ce disque.

Vous incarnez un personnage, ce ne sont donc jamais des chansons autobiographiques ?

Il y a beaucoup de moi, mais je raconte tout à travers le personnage que j’incarne. C’est un filtre. Mais, mon souci principal dans mon travail, c’est de faire en sorte qu’il y ait de l’espace et de la matière pour que les gens puissent fixer leur imaginaire. Ou au moins pour qu’ils puissent se mettre en marche.

Vous aimez incarner…

C’est un plaisir enfantin. Les enfants jouent à être, mais ils y croient vraiment.

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(Photo : Mathieu Zazzo)

La chanson est-elle un jeu ?

La chanson, c’est jouer et c’est pour cela que c’est un métier qui me fait toujours envie et avec lequel j’ai toujours des désirs.

Le désir, c’est votre moteur ?

J’ai en moi, inscrit très profondément, un réflexe de désobéissance qui fait que, quand je fais un disque, j’éprouve le besoin irrépressible de me définir autrement. C’est un désir de fuite qui est très présent dans ma personne. Je ne peux pas m’attacher sur une chaise, sinon, je souffre. Et donc, j’en ai besoin. C’est ce qui me pousse à la création et c’est ce qui fait que j’ai cette régularité de travail qui peut parfois surprendre.

Un psy serait intéressé par votre cas.

Je pense avoir déjà mis le doigt sur mes soucis. A la maternelle déjà, on m’attachait sur une chaise parce que je m’enfuyais de l’école. Quand j’ai fait la rentrée scolaire avec mes plus jeunes enfants, il y en a un qui avait envie de partir de l’école, c’était moi. J’ai comme une phobie de l’école. Me sentir enfermé est insupportable. C’est aussi pour ça que je fais ce métier. J’ai voulu être en dehors. Je veux toujours partir.

Vous avez du mal à rester dans un même lieu ?

Et dans ma personne. Et dans ce que je définis de ma personne. Je pense que c’est un élan vital très fort. Quand on ne bouge plus, c’est qu’on est mort. J’ai peut-être une réaction à la mort. Vous me faites faire de la psychologie de comptoir, là (rires).

Clip officiel de "Mais oui, mesdames".

Avez-vous déjà été tenté d’écrire des chansons sans incarner ?

Je ne sais pas faire. Je ne saurais pas trouver ce qui est juste. Je n’ai pas de repère. C’est pour ça que j’ai parfois du mal à écrire pour les autres.

Ce n’est pas vous qui réalisez le disque, mais faites-vous attention qu’il y ait la patte Fersen quand même ?

Oui, mais elle ne demande qu’à s’élargir et à s’enrichir. Il y a des choses auxquelles je n’ai pas pensé, même si c’est quelqu’un de l’extérieur qui a mis la lumière dessus,  je suis ravi qu’elles viennent augmenter mon univers.

Cédric de la Chapelle n’est intervenu que sur les arrangements, pas sur la composition et les textes, je présume.

Si. Il intervient sur les structures. Il a allongé des trucs, il a parfois coupé parce qu’il trouvait que c’était trop long. Mais, le plus difficile, c’est par rapport à l’auteur que je suis. Quand la chanson est un peu longue, comme sur « La boxe à l’anglo-saxonne », il a fait sauter un couplet à la fin. Bon, il avait raison. En fait, c’est ça qui est intéressant quand on travaille avec quelqu’un d’autre, c’est qu’il n’hésite pas à vous dire « là, je m’emmerde ! ».

C’est vexant ?

Il faut qu’il le dise. C’est son travail. S’il ne le dit pas, il y a une forte probabilité que tout le monde s’emmerde à ce moment-là. Au contraire, je suis très reconnaissant.

Teaser "Les femmes préfèrent".

Pourquoi les chansons de ce disque sont-elles très courtes ?

Les chansons de 4 minutes, c’est terminé aujourd’hui. Je ressens que c’est trop long. J’ai le souci de ne pas ennuyer l’auditeur.

Ça vous gêne de parler de vos chansons ?

Pas du tout. Juste, je n’aime pas la question : « dites-moi ce que raconte cette chanson ? » Je l’ai raconté du mieux que j’ai pu à travers la chanson. Si on insiste, à ce moment-là, je vais dire le texte sinon ce que je vais raconter va être en dessous. Je peux raconter la genèse, pourquoi j’ai écrit cette chanson et éventuellement les éléments autobiographiques qui sont à l’intérieur, mais pas l’histoire. Une chanson, ça s’écoute et éventuellement, ça se ressent… mais ça ne se raconte pas.

Mais, vous faites quand même des interviews…

J’aime bien parler et j’aime bien parler de moi (rires). Mais par exemple, après notre interview là, je ne pourrai pas travailler. Parce que je me suis livré, je n’ai plus ce désir. C’est toujours une question de désir. Dès qu’on sort du désir, on est fatigant, on est laborieux. Toutes mes chansons arrivent par totale fantaisie ou spontanéité. Ce ne sont jamais des choses qui sont ultra travaillées. Après, oui, il y a du travail pour fluidifier le texte ou pour le fignoler… mais la langue me vient spontanément.

Vous répondez à mes questions parce qu’on est dans une société qui veut ça. Il faut défendre son album pour qu’il se vende.

Je ne sais pas si, aujourd’hui, on en est encore à défendre un disque pour qu’il se vende, c’est plutôt pour dire qu’il existe. C’est la différence entre l’information et la promotion. Je ne pense pas être extrêmement offensif marketingment parlant.

Mais, ce n’est pas un peu répétitif de passer sa journée à ça ?

Ça ne l’est pas encore. Je suis au tout début de ce travail-là et vous êtes le premier à m’interviewer pour cet album, alors je découvre un peu avec vous. Et ce n’est pas désagréable (sourire). Et j’ai une certaine fraîcheur qui va s’estomper. Mes premières interviews sont toujours les meilleures. Après, on a cerné son sujet et on essaye de redire ce qu’on a déjà dit, c’est plus difficile. 

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(Photo : Mathieu Zazzo)

Pour la jeune génération, vous êtes un exemple.

Je n’en sais rien. Je ne m’en rends pas compte. On ne me le dit pas. Je n’ai pas l’impression d’être connu des gens. Surtout de la jeune génération. J’ai justement l’impression que tout est toujours à refaire.

Il n’y a pas des jeunes qui viennent vous voir à la fin des concerts pour vous donner des maquettes ou pour vous demander des conseils ?

À force de tourner, j’ai fait plus de 1000 concerts dans ma vie, ça m’est déjà arrivé en effet. J’ai reçu beaucoup de marques de sympathie de parents et d’enfants.

Ca vous fait quoi de recevoir l’affection du public?

C’est très dans l’instant. Ce n’est pas un magot que je me constitue et que je vais savourer après. C’est dans l’instant et puis j’oublie. Je pense que j’ai raison parce que les gens oublient eux aussi. On oublie tout et tout le monde. Il y a trop d’informations partout et constamment.

Teaser "Mes compétences".

Vous vous rendez compte que vous avez de l’importance pour des personnes ?

Dans la mesure où des artistes ont eu de l’importance pour moi, j’imagine, qu’effectivement, ma présence peut parfois inciter à ce genre d’affection. Mais, je suis un peu sceptique sur la question.

Vous pensez au public quand vous écrivez des chansons ?

Avant de faire de la scène, j’écrivais des chansons, mais je ne savais pas en écrire des partageables. Je n’avais pas ce sens du public, je ne savais pas m’adresser à quelqu’un. Je chantais des chansons pour me mettre en valeur (rires). Et ça ne marchait pas du tout. Les gens n’ont pas envie qu’on parle de nous, ils veulent qu’on parle d’eux. Avant Le bal des oiseaux, j’avais fait un 45 tours qui n’avait pas marché. Je ne faisais pas de scène. J’ai commencé à avoir la conscience du public quand j’ai fait du piano-bar. Quand quelqu’un vous écoute, vous voyiez bien que vous ne pouvez pas lui chanter n’importe quoi.

L’état de création vous met dans quel état ?

C’est du bonheur pur. On est seul face à un mystère. Un mystère qui est extatique.  

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Avec Thomas Fersen, le 10 septembre 2013, après l'interview.

Commentaires

Super, comme d'hab. ;o)
Mais pourquoi avoir attendu si longtemps pour publier l'article ?

Écrit par : Palmita | 26 octobre 2013

Bonsoir !

C'est un premier interview, si je comprends bien, face au reste. Ok.... J'ai toujours en mémoire, assez vaguement, je dois le reconnaitre, la première interview, mais je me souviens très bien que mon sentiment, avait été fort favorable.

Je retiens, ce que Thomas dit, au sujet du fait qu'une interview, le vide quasiment, et que ça le rend stérile, pour la journée, artistiquement..... Chose qui explique, effectivement, aussi, le fait, que je le sois, moi aussi, quand on voit, ce que "débite", par mes écrits, je reconnais, que c'est un aspect, auquel je n'avais pas pensé.

Pour le reste, je trouve tout ce qui est dit, fort intéressant.

Écrit par : Françoise Niel Aubin. | 27 octobre 2013

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