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10 octobre 2013

Ayo : interview pour la sortie Ticket to the World

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Ticket to the world, le nouvel album d'Ayo est depuis lundi matin dans les bacs. Un album que la chanteuse allemande d'origine nigériane et tzigane a voulu résolument cosmopolite. Un disque dans lequel Ayo est 100% elle-même. Ticket to the world contient en son titre la philosophie de ce 4e opus. La musique comme passeport pour le monde. Un souffle de liberté. Un mélange d'influences issues du brassage.

Pour MusiqueMag, je suis allée rejoindre la talentueuse Ayo dans un bar de la capitale, le 19 juillet dernier. Elle a répondu aux questions dans un Français plus qu’honorable (et toujours avec un sourire toujours rayonnant).

Avant que vous lisiez l'interview, voici la chronique que j'ai réalisée pour Le Magazine des espaces culturels Leclerc (daté du mois d'octobre 2013).

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Le clip de "Fire" en duo avec Youssoupha.

DSC0838lll8.JPGInterview :

Vous chantez dans cet album des chansons plus universelles, moins portées sur votre propre vie.

Sans doute, mais je le fais sans m’en rendre compte. Quand je fais de la musique, je deviens bête. Je ne le fais pas avec ma tête, mais à l’instinct. Je ne conceptualise rien. Les textes arrivent comme ça. D’ailleurs, je n’écris pas dans le but de faire des disques. Au bout de 20 chansons écrites en tournée ou n’importe où, je me dis : « Tiens ! Si je faisais un nouveau disque ? »

C’est un métier qui se fait uniquement dans le plaisir ?

Ce n’est pas uniquement le plaisir, c’est un besoin profond. Si je ne compose pas et si je n’écris pas, je deviens triste, voire méchante. Dans  la vie, je suis joyeuse et j’aime bien les gens, mais si je ne fais pas de musique je perds tout mon équilibre. Pour moi, la musique, c’est une thérapie. C’était ça au début et ça l’est encore.

Vous allez mieux aujourd’hui ? C’est en tout cas ce que l’on ressent dans ce disque.

Vous savez, la vie est une vague. C’est comme un cœur qui bat… ça va plus ou moins vite. Ce sont des hauts et des bas, ce n’est jamais une ligne. Si c’est une ligne, ça veut dire qu’on est mort. C’est très important d’accepter que la vie soit ainsi faite.

Artiste, c’est quand même le seul métier où on peut se servir de ses malheurs pour en faire quelque chose de beau.

Ca console. Parfois, mes amis se moquent de moi en me disant qu’il faut qu’ils me créent des problèmes pour que je puisse écrire de bonnes chansons.

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Avez-vous plus de facilité à écrire quand ça ne va pas ?

Pour moi, la musique, c’est tellement quelque chose de spirituel. Tout comme l’amour d’ailleurs. Quand j’écris ou que je chante une chanson, je suis capable de pleurer, il se passe quelque chose de réellement divin. Ensuite, je me sens beaucoup mieux.

Et que cette chanson touche les gens. C’est magique, non ?

Lors de l’un de mes concerts, j’ai vu récemment une dame qui pleurait. Je l’ai regardée et je me suis demandé comment c’était possible qu’une femme ressente la même chose que moi pour une chanson qui est, pourtant, très personnelle. J’ai compris que mon histoire, c’était aussi son histoire. Quand on est artiste, on partage plus qu’on ne le pense. Une chanson livrée au public n’appartient plus à la personne qui l’a créée.

Les artistes ont finalement un pouvoir phénoménal.

En tout cas, personnellement, je ne pense pas avoir du pouvoir. C’est la musique qui détient ce pouvoir. Je le sais, elle m’a sauvée alors, je connais ses bienfaits sur l’Homme. Elle m’a fait sortir d’un trou énorme.

Mais, c’est vous qui la créez, cette musique !

Je l’ai créée, mais je crois que c’est un cadeau du ciel. J’ai la certitude que demain, tout peut se finir. Je peux très bien continuer de chanter et que plus personne ne ressente rien pour mes chansons. La musique, c’est une affaire de connexion.

Divine ?

Oui, je crois. Je le répète, je ne crois pas que la musique que je crée vienne de moi. Je suis persuadée que c’est un cadeau. J’ai la sensation que si demain, je deviens arrogante, prétentieuse, méchante, tout va s’arrêter. Si je change, je crois que je ne sentirai plus cette connexion. Ce que j’aime avec la musique, c’est qu’elle permet de communiquer avec tous les gens du monde entier. C’est une même et seule langue.

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Vous êtes en train de me dire que vous avez peur que tout s’arrête parce que c’est un métier fragile ?

De tout mon cœur, je vous assure que je ne crois pas que ce que je fais est spécial. Ce qui est spécial, c’est l’énergie qu’il y a entre le public et moi lors des concerts. Les âmes se rencontrent et c’est comme de la magie.

Vous inspirez la sympathie, vous vous en rendez compte ?

Oui, je sens bien l’affection qu’ont les gens pour moi quand je marche dans la rue et qu’ils me reconnaissent. Je me sens parfois adoptée par eux. J’aime quand des personnes viennent échanger des choses avec moi. J’aime les gens, parce que je suis comme eux. Je ne me sens pas exceptionnelle et différente des autres.

Je sais que vous n’aimez pas le star-system.

Je suis contre le star-system. Je hais ça. Bien sûr, il m’arrive de vouloir me protéger, de souhaiter être tranquille, mais il y a des façons de le faire. Hier, j’étais avec mes enfants, un groupe de filles a voulu me prendre en photo, j’ai expliqué avec le sourire que lorsque je n’étais pas seule, je ne le souhaitais pas. Elles étaient super gentilles et ont très bien compris. On n’a pas besoin de garde du corps, des gens pour faire la sécurité ou je ne sais quoi. Franchement, je trouve ça débile.

On va revenir à l’album. Vous travaillez toujours avec la même équipe.

Je suis quelqu’un de fidèle. Avec mon producteur notamment. C’est un peu comme un mariage. Quand on a trouvé la bonne personne, pourquoi aller chercher ailleurs ? Mon précédent album n’a pas bien marché, mais ce n’est pas grave. On recommence avec les mêmes. J’aime bien que l’on vive les bons et les moins bons moments ensemble. Mes musiciens jouent incroyablement bien et ils me font grandir aussi. Quand on joue avec des gens qui frisent la perfection, on veut être à leur hauteur. J’ai besoin de m’élever en permanence. Par exemple, quand on travaille avec le bassiste de Sting ou de Stevie Wonder, il faut s’accrocher (rires). Je tiens à dire aussi que je ne peux travailler qu’avec des musiciens humains et humbles.

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On dit de vous que vous êtes si honnête que vous dites toujours la vérité aux gens. Est-ce vrai ?

Oui, c’est la pure vérité et c’est peut-être un problème. Quand j’étais petite, ma famille et mes amis me disaient que j’étais trop directe et trop honnête. Je n’ai pas de filtre. Et aujourd’hui, je suis encore comme ça. Je ne peux pas changer. Je n’aime pas tromper le monde, j’ai l’impression de me tromper moi-même. Je ne veux pas jouer à être ce que je ne suis pas, ni dire ce que je ne pense pas.

C’est un album à tendance douce, très folk, mais il y a un peu de hip-hop, de la soul, de la country, de la musique africaine.

C’est un peu comme dans mes deux premiers disques en fait, qui étaient très variés avec pas mal de titres très rythmiques. Dans le 3e, c’était très différent, j’avais envie de jouer de la guitare électrique parce que j’en avais un peu marre de l’acoustique.

Parlez-moi du premier single. Une nouvelle version du premier titre du disque, « Fire », en duo avec Youssoupha.

Youssoupha est un grand rappeur et il a quelque chose à dire. J’ai entendu dire qu’il voulait travailler avec moi. Avant qu’il sorte son disque, je voulais travailler avec lui. J’avais vu une vidéo de lui sur YouTube et je m’étais dit qu’il était très bon. Quand on m’a demandé avec quel rappeur français je voulais interpréter Fire, je n’ai pas hésité une seconde. On m’a répondu qu’il me « kiffait », alors les choses se sont faites naturellement et dans le respect l’un de l’autre.

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Avec Ayo, après l'entretien, le 19 juillet 2013.

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