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06 octobre 2013

The Popopopops : interview pour la sortie de Swell

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J’avais vaguement entendu parler de ce groupe pop rennais au nom bizarre The Popopopops. Je savais que depuis 4 ans, ils avaient remporté pas mal de prix et qu’ils faisaient des tournées mondiales alors qu’ils n’étaient pas encore prophètes en leur pays. Aujourd’hui, ils arrivent avec leur premier disque, Swell. Selon les Inrocks, « The Popopopops n’a pas perdu en force de frappe, mais gagné en précision et en élégance. On sent, tout au long de Swell, que le groupe a su dompter son explosivité juvénile et s’autoriser à visiter certaines terres jusque-là bien éloignées de son bastion originel. On croise sur cet audacieux premier album à l’armature pop des tentatives plutôt réussies de hip-hop (Text Me Call Me) et d’electro-pop (Cross the Line, Wavelength). »

Rencontre à l’agence, le 16 juillet dernier, avec Victor Solf (Chant, claviers, compositions) et Simon Carpentier (Chant, basse, compositions et textes).

the popopopops,swell,interview,simon carpentier,victor solf,mandorBiographie officielle (raccourcie) :

Depuis leurs débuts, The Popopopops enchaînent les concerts en France (Transmusicales, prix CQFD Les Inrocks, Zénith, Olympia en support de Skip The Use …) et à l’étranger (Hollande, Allemagne, Russie, Canada…). La réputation qu’ils acquièrent par leur live électrisant ne les détourne pas d’un travail ininterrompu de compositions. Les quatre Rennais signent en mai 2012 « A Quick Remedy », un EP intense. Ils y affirment ainsi leur identité singulière : celle d’un groupe alliant énergie scénique et audace des compositions.

Ces nombreuses expériences ont permis au groupe d’évoluer et de digérer les multiples influences à l’origine de leur vocation, telles que Frank Zappa, Television, TV On The Radio et The Whitest Boy Alive. Les pistes explorées dans l’EP, notamment avec l’hymne « My Mind Is Old », se sont cristallisées pour aboutir à l’écriture de ce premier album, Swell.the popopopops,swell,interview,simon carpentier,victor solf,mandor

En juillet 2012, ils entament donc un enregistrement exigeant sur plus de 6 mois. Dans 5 studios différents, ils ont minutieusement recherché différentes sonorités, ambiances et atmosphères, pour transcender leur son live et authentique et l’adapter à l’exigence des productions studio actuelles.

Ils organisent les collaborations et marient les gênes rock du réalisateur anglais Tom Peters (Klaxons, Cradle of Filth) avec l’élégance de l’école française du mix grâce à Maxime Le Guil (Concrete Knives, Camille, Joey Starr). Dans la recherche de cette alchimie, le groupe a été accompagné par Mickaël Declerck, leur ingénieur son live et studio, véritable cinquième membre du groupe.

the popopopops,swell,interview,simon carpentier,victor solf,mandorInterview :

Vous venez de Rennes, une ville avec une école de rock français hallucinante. Je me souviens de Marquis de Sade par exemple. Vous étiez jeune à l’époque ce cette mouvance du rock rennais, mais ça vous parle ?

Victor : Nous n’étions pas nés quand ils ont commencé. Mais nous les connaissions tous. Beaucoup sont encore là.

Simon : On se souvient d’Étienne Daho, Marquis de Sade, Kalashnikov, j’en oublie plein, mais tous ces groupes sont un héritage pour nous. C’est une force pour une ville qui a déjà beaucoup de caractère.

Il y a donc une nouvelle scène rock qui a pris la suite de ces groupes mythiques.

Victor : Il y a beaucoup de groupes dans beaucoup de styles différents. Dans notre style en particulier, on répète dans les mêmes lieux, donc ça crée une émulation et des échanges entre nous. Avec les Juvéniles par exemple, ou le groupe Manceau. Il y a une tradition, des lieux, beaucoup de bars dans lesquels on peut commencer, un héritage…

Tout a réellement commencé au lycée Émile Zola. Ce n’est pas une légende ?

Victor : Au début, il n’y avait que le batteur, Guillaume, et moi. A la base, on était amis et on voulait juste faire un duo de reprises de blues. On n’était pas du tout dans l’esprit de faire des compos. Mais, on s’est rendu compte que piano/batterie, au bout d’un moment, c’était assez limité. On a donc cherché des musiciens dans le lycée. C’est comme ça qu’on a rencontré les deux guitaristes. Simon, bassiste chanteur ici présent avec moi, est arrivé plus tard.

Une fois que le groupe est créé, il faut se faire connaître.

Victor : Oui, mais ça s’est fait naturellement. Chaque concert en amenait un autre. Notre premier concert, c’était au bal du lycée, il y a 6 ans. A ce concert-là, il y avait une femme qui animait la semaine d’après un concert sur la place du centre-ville. Nous y sommes allés, et nous avons rencontré là-bas une autre dame qui nous a vus et qui organisait une soirée de clôture d’un prix Goncourt, je ne sais plus bien, dans un lieu prestigieux. Elle nous a embarqués… nous avons toujours fonctionné ainsi. Après cette expérience-là, nous avons voulu continuer sérieusement parce que nous avons senti que nous adorions ça. Nous avons donc pressé un CD que nous avons donné à tous les bars de Rennes. Dans l’année qui a suivi, nous avons fait la fête de la musique.

C’est à cette Fête de la musique que vous avez rencontré Jean-Louis Brossard, directeur des rencontres Trans Musicales.

Victor : Oui, il nous a dit qu’il allait nous embarquer partout. Nous avons ouvert son festival au Parc Expo et nous avons fait sa tournée des Trans. Nous avions 6 mois pour être prêts alors que le groupe avait un an.

Quand vous avez fait les Trans, vous étiez dans quel état d’esprit ?

Victor : Nous ne nous rendions pas vraiment compte. Nous étions complètement innocents et complètement seuls. Pour 99% des groupes, les Trans Musicales, c’est une expérience que tu vis avec toute une équipe de promoteurs, de managers, qui sont là et qui t’accompagnent. (En souriant) Je pense que clairement, on n’était pas fini.

"Sign", live au Festival Art Rock.

Après ça, vous avez tourné pendant deux ans dans le monde entier.

Victor : Oui, nous pouvons dire qu’aujourd’hui, nous avons une vraie bouteille scénique. Nous sommes vraiment capables de gérer n’importe quelle scène. Quand tu as 17 ans et que tu joues devant 3000 personnes, tu apprends beaucoup.

Au début de votre carrière, à Rennes, on vous prenait pour des babys rockers, parce que c’était un  peu la mode avec le BB Brunes et ce genre de groupe.

Victor : Oui, comme Rennes est une ville très rock pur et dur, on nous l’a fait payer très durement. Le milieu nous comparait aux babyrockers, il trouvait que ce n’était pas intéressant, pas profond, dans les textes, la musique, l’attitude. Au début, nous étions très vexés. Très triste même. Je pense que se faire aimer de sa propre ville est le truc le plus dur. Au final, nous avons transformé ça en force.

Et c’est pour ça qu’on ne vous voit jamais sur les pochettes de disque et que vous apparaissez très peu dans vos clips ?

Victor : Nous voulons détacher nos personnes de la musique que l’on fait.

Vous faites jeunes parce que vous êtes jeunes.

Victor : Nous ne voulons pas que notre musique le soit, en tout cas.

Clip de "Cross The Line".

En 2009, vous remporter le prix des Inrocks CQFD.

Victor : Ça nous a bien encouragés. Mais, nous étions obsédés par le live. Nous sommes allés à Montréal, à Moscou, en Allemagne, en Espagne, aux Pays-Bas, en Hollande… il nous ait arrivé de jouer devant 15 000 personnes. C’était génial, mais nous n’étions pas encore passés par la phase « que va-t-on faire en studio, qu’est-ce que l’on veut être » ?

Avant ce disque, il n’y avait eu qu’un EP.

Victor : Et avant ça, nous n’avions sorti qu’un single. On n’avait qu’un titre qui nous portait pour faire des dates. Quand la tournée s’est calmée, avec Simon, nous avons décidé de se poser. On vit dans un monde ou tout est très rapide, où tout doit se faire dans l’instant. Nos partenaires nous demandaient de sortir quelque chose dans les deux mois. Nous avons dit non et nous avons mis un an à faire l’EP.

Vous avez fait l’Olympia en première partie de Skip The Use et le Zénith en première partie de Pony Pony Run Run.

Simon : C’était bien. Une très belle expérience, après ce n’est pas la même chose que si les gens étaient venus pour nous voir nous.

Clip de "Hypnotise Me".

Cet album, c’est ce que vous êtes après 5 ans de vie de groupe ?

Simon : Nous sommes très bien entourés. Il y a Michael Declerck, un ingénieur son live et studio qui nous suit tout le temps.

Victor : Nous avons vécu ensemble, il s’est imprégné de notre musique… et il a fini par créer ce son-là. Il a parfaitement fait la passerelle entre ce que nous faisions en live et ce qu’il avait envie d’entendre en studio.

Simon : Nous nous sommes permis des choses en studio qu’on ne s’est jamais permis en live. Sur l’album, nous avons ajouté des couches de claviers avec des sons acoustiques et des sons analogiques parce que l’opportunité nous a été donnée de bénéficier de plein de claviers de toutes sortes. Sur scène, nous n’avons qu’un seul clavier, c’est celui de Victor, du coup, on épure, nous gardons les meilleurs riffs.

Victor : En live c’est très brut et plus rock en fait.

Si je vous dis que votre musique me rappelle par moment celle de Depeche Mode, c’est une insulte ?

Victor : Pas du tout, nous aimons beaucoup et on nous le dit souvent.

Clip de "My Mind Is Old".

Vous avez chacun vos influences musicales et pourtant, il y a une parfaite osmose dans l’album…

Victor : Nous, on aime le hip-hop,  le rock, la pop… Nous en sommes complètement imprégnés. Alors, nous jonglons avec nos influences et nous les transformons en force. En France, ce qui manque, ce sont des prises de risques. Les Anglais et les Américains n’hésitent pas à se jeter à l’eau. Je pense beaucoup au dernier album de Kanye West. Il est tellement parti loin dans ce qu’il voulait que son album a été très mal accueilli, mais une semaine après, le monde a crié au génie. C’est ce que je déplore ici, on se met trop dans des carcans et pas assez en danger.

Votre disque est aussi complexe et pointu qu’il est facile d’accès. C’est un paradoxe rare.

Victor : Une de nos préoccupations principales est pourtant de rester dans un format pop dans le sens couplet refrain, couplet refrain… Nous ne serons jamais un groupe de fusion, un groupe expérimental. Nous allons toujours vers le plus évident.

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Vous deux, vous êtes les têtes pensantes du groupe.

Simon: Moi, j’écris la plupart des paroles et nous composons tous les deux. Ensuite, nous proposons au reste du groupe quand on estime qu’une chanson est aboutie. Après il y a l’étape primordiale. C’est de la jouer en répétition pour voir ce que cela donne avec tous les instruments.

Vous arrive-t-il de vous engueuler lors des phases de créations.

Victor : Comme nous sommes chacun très indépendants, que nous sommes capables de faire une chanson de A à Z, ça a toujours été assez conflictuel entre nous. Nous avons fait récemment une session de voix plutôt houleuse. Mais c’est du très bon conflit. C’est sain.

Simon : Le jour où nous ne nous engueulerons plus, c’est qu’on n’aura plus envie de prendre le temps de bien faire. C’est une question d’émulation. En plus, l’un veut impressionner l’autre, ça nous fait avancer.

Clip de "Pure".

Je sais que vous continuez à apprendre à travailler votre voix.

Victor : Mon expérience vocale a été pendant très longtemps aléatoire et approximative. J’ai été passionné par la voix quand j’été à la fin de l’école primaire, début du collège. Je faisais partie d’une chorale. J’étais choriste soliste. J’ai arrêté du jour au lendemain, à l’adolescence. Je n’ai repris que depuis quelques mois le travail sur la voix au Studio des Variétés. J’ai réussi à prendre confiance en moi et avoir beaucoup plus de certitude sur ce que j’étais capable de bien faire. En fait, je voulais apprendre à connaître ma voix et à bien chanter. J’étais dans l’instinctif, l’émotion et la puissance, mais c’était quelque chose qui n’était pas du tout contrôlé. Maintenant j’apprends à contrôler et, du coup, à m’en servir d’autant plus. Maintenant, c’est moi qui contrôle ma voix et non l’inverse.

Simon : Moi aussi je prends des cours avec une personne. Dès que tu te mets à travailler avec des professionnels de la voix, tu te rends compte que c’est un instrument comme l’est une basse ou une guitare, sauf qu’il est à l’intérieur de ton corps, il faut avoir une technique et une rigueur énormes si tu veux avoir de l’endurance et faire passer les émotions que tu souhaites.

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Quelques prochaines dates de tournées...

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A noter que The Popopopops est dans la compilation Fier comme un coq réalisée par Les Inrockuptibles avec "Cross The Line".

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