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30 septembre 2013

Elsa Kopf : interview pour Marvelously Dangerous

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C’est le génial et prolifique Pierre Faa (tête pensante du trio pop Peppermoon) qui m’a parlé pour la première fois d’Elsa Kopf (il a très largement participé à l’élaboration de son deuxième album). Quand j’ai reçu Marvelously Dangerous, j’ai immédiatement été séduit. La jeune femme a un nom à consonance germanique pour une voix cristalline et des mélodies du sud. Elsa chante des amours espiègles et ensoleillés... Le 15 juillet dernier (quoi je suis en retard ???), Elsa Kopf est venue à l’agence…

Biographie officielle :

En 2011, elle nous a conté les plus belles de ses joies acoustiques dans un délicieux album, au croisement de la folk et du jazz. Elsa Kopf revient avec « Marvelously Dangerous », onze chansons nées dans le salon-studio de son ami de toujours, Pierre Faa. Voilà dix ans qu’elle fréquente l’architecte du trio Peppermoon avec l’envie réciproque d’écrire des chansons puis d’enregistrer.

elsa kopf,marvellously dangerous,interview,mandor,pierre faaOn connaissait Elsa Kopf pour la richesse de ses mélodies et de ses rythmes – conjuguant le swing, la bossa et le jazz – mais surtout pour la délicatesse de son timbre de voix. On retrouve toutes ces qualités dans les arrangements de Pierre Faa, qui les souligne de subtiles broderies digitales : claviers, boucles, échos, delays... 

Elsa chante en anglais, en français et en espagnol. Des langues qui l’ont accompagnée tout au long de sa vie, de Strasbourg où elle est née, à l’Argentine et l’Espagne où elle a vécu et retourne régulièrement. Trois palettes de vocabulaire et de sonorités dont elle se sert spontanément, sur lesquelles son timbre déploie toutes ses nuances. En bref, Marvelously Dangerous est un splendide herbier d’histoires nostalgiques et impertinentes, servies par des mélodies entêtantes.

Voici un medley de l'album, histoire que vous vous fassiez une idée...

elsa kopf,marvellously dangerous,interview,mandor,pierre faaInterview :

Comment as-tu débuté ?

Dès l’âge de 4 ans, j’ai souhaité devenir chanteuse. Ma mère, Joëlle Kopf, est parolière. Elle a notamment écrit dans les années 80 un tube qui s’appelle « Femme libérée » pour Cookie Dingler. C’était d’ailleurs le voisin du dessous et souvent, il y avait des fêtes avec plein de musiciens qui jouaient du piano, faisaient des bœufs dans une ambiance incroyable. J’ai vraiment grandi dans une ambiance de musique et ça m’a donné des idées très précises sur ce que je voulais devenir. Mon émission préférée était L’École des Fans et je me voyais y participer. C’était mon rêve, mon fantasme absolu (rires).

Une mère parolière, certes, mais pas musicienne.

Si. En fait, elle a fait des très belles chansons et elle ne les a jamais sorties. C’est dommage parce qu’à l’époque, pour sortir des chansons, il fallait avoir un label, des musiciens, payer des maquettes… enfin, c’était encore très compliqué. Et puis elle venait d’avoir deux enfants, elle vivait à Strasbourg, bref, elle n’avait pas tout pour faire avancer les projets. Elle a donc lâché le truc pour rester uniquement parolière. C’est moi qui continue à sa place…

Ta mère t’a incité à faire de la musique ?

Elle m’a inscrit à des cours de piano, mais ça ne me plaisait pas vraiment. Je n’avais pas non plus une voix très bien placée, donc je chantais très mal. À 15 ans, j’ai commencé en même temps la guitare et l’écriture de chansons. Dès que j’ai su faire deux accords, j’ai fait ma première chanson. Ensuite, je me suis écrit un répertoire.

Que pense ta mère de ce que tu fais ?

Elle aime beaucoup. Elle est ma plus grande fan, en toute objectivité évidemment (rires). On travaille parfois ensemble. On se met mutuellement sur des projets, parfois on écrit des chansons ensemble pour d’autres gens.

À un moment, tu es partie à Paris. Pour y faire quoi?elsa kopf,marvellously dangerous,interview,mandor,pierre faa

J’ai commencé à faire une école de musique tout en travaillant à côté. Un jour, j’ai rencontré un chéri qui était Argentin. Je suis donc partie avec lui en Espagne et en Argentine. J’ai fait mes petites expériences et je suis revenue en 2005. J’ai commencé à travailler sur mon premier album, Acoustic Joys et j’ai eu tellement de galères qu’il n’est sorti qu’en 2011.

La passion pour la musique argentine te vient d’où ?

Mon beau-père est argentin et depuis que j’ai 10 ans, je passe tous mes étés en Espagne. Donc, j’ai grandi avec Astrud Gilberto et  toute la musique sud-américaine. Ce sont de très beaux souvenirs d’enfance.

Du coup, tu refuses de choisir parmi dans toutes tes cultures.

Mon père est allemand, je chante donc aussi dans cette langue. Chaque langue a une certaine manière d’être appréhendée. C’est très intéressant.

Pierre Faa a écrit toutes les chansons en langue française et toi le reste.

On avait depuis longtemps fait des chansons avec Pierre et ce disque était l’occasion de pouvoir en faire quelque chose. J’écris aussi en Français, mais j’adore les textes de Pierre, alors je lui ai laissé la place. Ses chansons méritaient d’exister.

Clip de "Des enfants insolents".

elsa kopf,marvellously dangerous,interview,mandor,pierre faaRaconte-moi votre rencontre.

Il y a très longtemps on m’a parlé de lui en me disant qu’il fallait que je le rencontre. On s’est donc donné rendez-vous, on a bu un thé ensemble et on a discuté musique. On s’est beaucoup apprécié, puis je suis partie en Espagne faire ma petite vie. Quand je suis revenue en 2006, il y a eu MySpace. On avait chacun un pseudo, mais sans  savoir que l’un était l’autre, on s’est contacté tant nos univers respectifs nous plaisait. On était fait pour se rencontrer vraiment.

Pierre est une espèce d’alter ego ?

Ce serait prétentieux de dire ça. Il a une culture et une curiosité que je lui envie. Il me fait toujours découvrir des trucs incroyables. Des humoristes, des séries, des restaurants, des galeries d’art, des artistes… à chaque fois, il tombe dans le mille. Je m’inspire de lui, parce que c’est un bosseur, il fait tout tout seul. Il bosse beaucoup et est très indépendant… et ça j’aime bien.

Comment appelles-tu la musique que tu fais ?

De la folktronica. C’est un peu de la folk, mais avec de l’électronique.

Qui dirige qui ?

Personne. On fait ensemble. Quand je ne sais pas, c’est plus lui. En tout cas, il fait superbement ce que je déteste faire moi-même: le traitement sonore, la prise de son. Pour moi c’est de l’astrophysique et des mathématiques mis au milieu d’émotion, de rêverie et de poésie. Je le bénis parce qu’il a la méticulosité que j’aimerais avoir.

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Il parait que vocalement, tu n’es jamais contente. C’est vrai ?

Tout à fait vrai. Je dis toujours à Pierre qu’il faut refaire. Il ne m’a permis que trois prises par chanson. Mais, je me dis toujours quand je sors de studio que j’aurais pu mieux faire.

Il y a un moment où pourtant tu aimais bien ta voix…

J’aimais bien ma voix quand je faisais une voix mystérieuse de chanteuse sensuelle, mais quand je chantais des chansons pour toute la famille et devant tout le monde, j’avais une voix très haut perchée, voire de crécelle. Du coup, j’ai pris des cours de chant avec un grand ténor, qui d’ailleurs joue l’arbre qui chante dans le film Intouchables, Fabrice Mantegna. C’est le meilleur prof que l’on puisse avoir. On a fait un coaching intensif ensemble pendant 6 mois.

Tu dis beaucoup de choses dans tes chansons. Elles ne sont pas moralisatrices, encore moins démagos. Ouf !

Merci de le comprendre comme ça. Qui suis-je pour faire la morale ? Si ça peut se faire poser des questions aux gens, c’est très bien.

Mais la majorité des chansons sont des chansons d’amour poético-sarcastiques. Ça te va comme définition ?

C’est tout à fait ça. Je suis une fille assez fleur bleue et une éternelle incurable romantique. Mais il y a dans l’album des chansons un peu plus noires.

Clip de "Sugar Roses".

Est-ce que tes chansons te ressemblent ?elsa kopf,marvellously dangerous,interview,mandor,pierre faa

C’est complètement moi. C’est ma vie que j’essaie de mettre en beauté. Ce qui est bien avec la musique et avec les différents arts, c’est que toutes les galères qu’un artiste traverse deviennent des cadeaux. On peut en faire quelque chose. Le pire pour un artiste, c’est qu’il ne lui arrive rien.

Un artiste se met à nu. C’est compliqué parfois de se dévoiler devant des inconnus ?

Dans l’album, il y a certaines chansons que j’ai écrites et que je ne pensais pas mettre. Du coup, je me suis dévoilée à 100%. Par exemple, il y en a une que j’ai écrite pour dire à quelqu’un que je l’aimais, parce que je n’arrivais pas à lui dire en vrai. Maintenant que le disque est sorti, il va l’entendre… parfois, on se met dans des situations… Mais, évidemment, aujourd’hui, j’assume.

Il va falloir les chanter sur scène maintenant.

J’adore la scène. Bon, quand il y a de gros enjeux, je suis un peu traqueuse. J’ai horreur du moment avant de rentrer sur scène. Je me demande ce que je fais là. Après ça va.

C’est quoi, pour toi, le critère d’une bonne chanson ?

C’est si la chanson me reste dans la tête. Je me dis que si elle reste dans ma tête, elle restera dans la tête des autres personnes. Si elles ne passent pas le cap de me séduire moi pendant quelques jours, je la mets de côté ou je la retravaille ou je la laisse dormir quelques années.

C’est un album que vous avez financé sur un site participatif.

Je ne pensais pas du tout à ce système de financement au départ. C’est Pierre Faa qui m’a convaincue de la faire en participatif. Moi, je me disais que personne n’allait mettre de sous sur moi. On a présenté notre projet avec amour et on a récolté un peu plus de 5000 euros, ce dont nous avions besoin pour boucler le projet.

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Après l'interview...

24 septembre 2013

Léonora Miano : interview pour La saison de l'ombre

léonora miano,la saison de l'ombre,le magazine des espaces culturels leclerc,interview,mandorL’histoire de ce livre commence grâce à la chanteuse Sandra Nkaké. En septembre 2010, elle remet à Léonora Miano une enquête intitulée La mémoire de capture. C’est sa mère Lucie-Mami Noor Nkaké qui a conçu ce court rapport de mission. Ce traité n’était pas destiné à être lu par un écrivain…

La saison de l'ombre décrit, de l'intérieur, une communauté confrontée à la disparition d'un grand nombre des siens et tout à fait ignorante des opérations de traite ayant déjà commencé depuis un bon moment. Ce roman présente une population devant faire face, du jour au lendemain, à une situation imprévue et incompréhensible. Il permet aussi aux lecteurs de savoir comment on vivait en Afrique centrale/équatoriale avant le choc de la rencontre avec l'Europe.

La saison de l'ombre parle avant tout d'un drame humain et sans manichéisme ni intention de sauver ce qui ne peut l'être.

Pour Le magazine des espaces culturels Leclerc (daté du mois de septembre 2013), j’ai rencontré Léonora Miano, (au Fumoir), le 16 août dernier.

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Tout petit bonus mandorien:

Vous travaillez toujours sur des questions inhabituelles dans votre œuvre.

J’aime bien travailler sur le non-dit, j’aime bien fréquenter les régions de l’expérience humaine qu’on n’a pas trop envie d’aller voir.

Pourquoi racontez-vous ces histoires-là ?

Parce que je trouve extrêmement troublant et sans doute handicapant pour toute une partie de l’Afrique sub-saharienne de ne pas être très au fait de ce passé. Je trouve très troublant d’ignorer les 500 ans de sa propre histoire. La traite transatlantique, c’est 500 ans d’histoire sub-saharienne. J’ai le sentiment qu’il est difficile de comprendre ce que l’on est devenu aujourd’hui si on ne connait pas cette histoire-là et la manière dont elle a bouleversé la vie dans nos espaces. Il y a une impossibilité de se projeter dans un avenir quelconque si on ne sait pas comment on a été transformé par sa propre histoire. Comme il n’y a pas d’écrits précis sur la question, je pense que c’est aux créateurs de compléter le travail que font les historiens.

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Léonora Miano et Mandor le 16 août 2013.

20 septembre 2013

Marc Bélit : interview pour Le philosophe amoureux

marc bélit,le philosophe amoureux,interview,mandor,le magazine des espaces culturels leclercMéfiez-vous de l’eau qui dort… Derrière l'homme de culture rigoureux se cache un intellectuel facétieux. Marc Bélit, ancien professeur de philosophie, fondateur du Parvis, la Scène nationale de Tarbes, sort son premier roman, Le philosophe amoureux. On y retrouve un mélange d'humanité, de philosophie, de sentiments amoureux et d'analyse politique. Une fantaisie que ses précédents essais sur la politique culturelle n'avaient pas laissé deviner. J’ai interviewé Marc Bélit pour Le magazine des espaces culturels Leclerc (daté du mois de septembre 2013).

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marc bélit,le philosophe amoureux,interview,mandor,le magazine des espaces culturels leclercLe bonus mandorien:

Descartes est présent dans ce livre, comme une ombre qui passe.

C’est un personnage subliminal. Il est l’équivalent de mon héros, le professeur Granier. Il est cet enseignant qui a parlé avec cette jeune Princesse Palatine. Quand on lit leur correspondance, c’est très troublant.  En même temps, c’est l’homme de la dualité, philosophiquement. Dans ce livre, je fais beaucoup de clins d’œil philosophiques.

Descartes est-il votre philosophe préféré ?

Non. À un moment donné dans le livre, Nadia dit: « Descartes, c’est la France ». C’est une icône. C’est le début de la pensée des « modernes », c’est le cogito, le « je pense », c’est l’idée de ce moment ou l’homme se met au centre de l’univers et organise son univers autour de lui et soumet l’univers à lui-même. Ça, c’est la modernité.

Le professeur est convaincu du pouvoir de la raison sur les passions de l’âme. Un jour, cette thèse bat de l’aile et ça le mine. Comme ça le mine de ne pas savoir si Descartes est mort empoisonné ou d’une pneumonie. Tout ça l’obsède, comme il est obsédé par Nadia. Il oscille entre des sujets profonds et les affres de son cœur.

On enseigne Les passions de l’âme de Descartes parce qu’à un moment donné, il faut arriver à les dominer, à ne pas en être esclave. Mais quel plaisir d’y succomber. C’est tout le déchirement de l’homme. La tête veut une chose, le cœur en veut une autre.

19 septembre 2013

Tal : interview pour A l'infini

b059c2f40e2d11e38cc022000ae80ec6_7.jpgAprès avoir vendu 300 000 unités de son premier album Le droit de rêver et tutoyé le sommet des charts français en participant à l'aventure Génération Goldman, Tal revient avec un deuxième opus, baptisé A l’infini. L'artiste franco-israélienne de 23 ans, loin de s'appesantir sur une formule qui a fait ses preuves, a choisi d'explorer de nouvelles directions musicales pour son deuxième album, en y incorporant des touches de reggae, tout en conservant les influences pop et R'n'B qui ont fait son succès. Évidemment, ce n’est pas ma tasse de thé personnelle, problème sans doute de génération. En tout cas, Tal confesse volontiers proposer aujourd'hui des chansons « plus musicales » et moins « commerciales ». Le résultat ne décevra pas ses fans, dans un album à l'image de sa pochette : nuancé, coloré et esthétique.

Pour Le magazine des loisirs culturels des magasins Auchan (daté des mois de septembre/octobre 2013), j'ai rencontré Tal le 26 août dernier, dans sa loge, lors de l'enregistrement de la première de Les chansons d'abord (émission musicale sur la chanson Française présentée par Natasha St-Pier sur France 3).

(Petit rappel: le goût des uns n'est pas le goût des autres... je n'ai pas l'âge du public visé et je suis amateur de chanson française plus... disons "traditionnelle". Je ne me sens donc pas le droit de juger une musique qui n'est pas faite pour moi.) (Ma fille l'adore et la jeune femme est très sympathique et lucide... ça me suffit pour l'apprécier un peu).

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A l'international (clip officiel).

Petit bonus mandorien (tout petit, le bonus):

Qu’est-ce qui fait mûrir quand on fait ce métier et que ça marche ?
Ce sont les expériences humaines et scéniques que j’ai vécues en deux ans. On rencontre beaucoup de gens. Il y a beaucoup de partages et on vit des moments très forts. J’ai vécu énormément de choses qui ont été très fortes émotionnellement.

1044200_550859224971518_746427716_n.jpgVous participez aussi à l’album Génération Goldman 2. Tout comme vous étiez sur la première compilation. Pourquoi ce choix ?
C’est toujours un plaisir de devoir défendre des chansons de Jean-Jacques Goldman. C’est un vrai honneur pour moi. Je respecte et admire vraiment cet artiste. J’ai eu la chance de le rencontrer aux Enfoirés cette année. Goldman, pour moi, c’est le parfait exemple de carrière et de gestion humaine. Le type parfait. Il faudrait que tous les artistes soient comme lui humainement.

On vous voit beaucoup danser dans vos clips.
C’est parfait pour participer à Danse avec les Stars (à partir du 28 septembre 2013), dont vous êtes l’une des candidates…
Je fais cette émission pour l’expérience parce que, selon mes amis qui y ont participé, c’est une aventure humaine extraordinaire. Moi, je n’ai jamais dansé à deux. J’ai toujours dansé seule des chorégraphies très urbaines. Là, ça va me changer. J’ai envie de vivre une nouvelle expérience et ça va me faire du bien physiquement. J’adore les défis.

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Tal et Mandor le 26 août 2013.

18 septembre 2013

Zep : interview pour Une histoire d'hommes

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Zep quitte une nouvelle fois la cour de l’école et son Titeuf aux 20 millions d’exemplaires561716_0202728272551_web_tete.jpg vendus. Il revient avec Une histoire d'hommes, un album racontant les retrouvailles d’anciens copains, membres d’un même groupe de rock qui a sévi il y a 18 ans. L’un d’eux a réussi. Sandro est devenu une star, les autres galèrent ou ont pris une voie beaucoup plus sage. Ils se retrouvent un week-end invités par la star, refont l’histoire, imaginent ce qu’aurait été le groupe s’il n’avait pas explosé en vol et découvrent une sombre vérité, un secret enfoui qui vont expliquer pas mal de choses sur les uns et les autres. Émotions, tendresse, apparences trompeuses, rien n'est simple quand les quatre amis sont ensemble. Chacun a ses démons, ses petites fautes inavouables. Mais l'amitié est plus forte, et la raison de ces retrouvailles sera d'autant plus violente qu'elle lèvera le voile sur une incroyable histoire. Zep livre là un album splendide et très touchant.

Le 13 septembre dernier, j’ai rencontré Zep au sein même de la jeune maison d’édition consacrée à la BD, Rue de Sèvres.

IMG_1529.JPGInterview :

Vous avez remarqué combien cet album suscite la curiosité ?

Quand on est associé aussi fortement à un personnage comme Titeuf, dès qu’on en sort, ça suscite de l’intérêt. J’ai déjà fait des projets parallèles comme Happy Sex, qui était un livre réservé aux adultes. Comme Titeuf l’est pour les enfants, il a fallu que je me justifie constamment quand j’ai changé mon fusil d’épaule. Alors que c’est le propre d’un artiste, il est censé évoluer. On ne peut pas raconter les mêmes choses à 40, 30 ou 20 ans.

Avec Titeuf, vous aviez déjà évoqué tous les sujets possibles et imaginables, comme le deuil, le secret, mais en version humoristique. Dans cet album, c’est en version plus adulte. C’est compliqué de passer d’un univers à l’autre ?

Non, ce n’est pas compliqué parce que c’était quelque chose que j’avais besoin de faire. Tous ces sujets me touchaient, même les plus graves, mais pour Titeuf,  je les travaillais avec une pirouette humoristique. Ça me permettait de garder une espèce de protection et de mettre une distance sur des choses que je pourrais dire moi. Avec l’âge, j’ai eu envie de sortir du bois. J’ai eu envie de raconter des histoires sans faire le rigolo. J’ai enfin atteint une forme de maturité que je n’avais pas jusque-là. Un album comme Une histoire d’hommes a mis du temps à venir.

Y a-t-il  a eu un déclic pour que vous remarquiez que vous étiez prêt ?zep-carnet-intime.jpg

Le déclic c’était le livre Carnet intime, qui était une compilation de mes carnets de voyage et mon premier livre sans gag.

Mais le public a suivi aussi dans ce registre-là.

Oui, et ce n’était pas gagné d’avance. C’est toujours mieux si le public nous lit.

Vous ne seriez pas allé dans ces directions si les premières tentatives avaient échoué.

C’est encourageant, c’est sûr. Pour Carnet intime, il y a plein de gens qui m’ont dit qu’ils n’étaient pas sensibles à mon travail humoristique, mais qu’avec ce livre, quelque chose les avait touchées. Je m’octroie désormais le droit de jouer dans des registres différents. Quand on est artiste, on nous associe tellement à un personnage, qu’il ne faut pas le mettre en péril.

Mais, dans votre cas, c’est normal. Titeuf vous accompagne quand même depuis 20 ans.

Justement, ça fait du bien de le quitter pour faire autre chose. C’est un truc que ma génération peut faire, qui était un peu plus compliqué pour la génération précédente.  A l’époque de Franquin et d’Uderzo, c’était un jeu risqué. Franquin, quand il a fait ses Idées noires, ça a été la mort de Gaston Lagaffe. Il a mis 10 ans à refaire un Gaston après et ce n’était pas le meilleur. Clairement, il n’avait plus envie de le faire.

titeuf-au-cinema-en-2010-01.jpgVous, vous répétez bien que vous allez faire de nouveaux albums de Titeuf.

C’est vrai. Je conjure peut-être le mauvais sort. Mais, je n’ai pas l’impression d’avoir fait la même chose pendant 20 ans jusqu’à aujourd’hui. L’album de Titeuf que j’ai fait il y a deux ans est complètement différent de celui que j’ai fait  il y a 10 ans ou celui que j’ai fait il y a 20 ans. Je ne me retrouverais pas du tout dans une carrière comme celle de Jim Davis avec Garfield où rien n’a bougé depuis 40 ans. Ce sont les mêmes gags avec les mêmes dessins. C’est une autre démarche, mais je trouve qu’ici, en Europe, on a la possibilité de faire une bande dessinée d’auteur variée.

J’ai lu de la part de critiques qui écrivaient sur Une histoire d’hommes que désormais, ils sentaient qu’il y avait un scénario… ça ne doit pas vous faire plaisir de lire ça. Titeuf, ce n’était pas scénarisé ?

Ils disent cela parce que c’est un long récit. Dans l’idée des gens, s’il y a un long récit, il y a un scénario, si c’est du gag, c’est juste une idée de gag. Il faut avouer que sur une page, il y a une idée et un jet immédiat, alors je peux comprendre ce genre de critique. Cet amalgame ne me vexe pas. 

Dans une histoire d’homme, il n’y a pas beaucoup d’humour, mais il y en a un peu. Il y a même un personnage, Franck, qui me rappelle votre univers habituel.

C’est comme la vie, il n’y a pas que des gens qui sont que drôles ou que tristes. Même dans Titeuf, c’est de l’humour, mais il y a des moments sensibles et touchants. Dans Une histoire d’hommes, ces 4 copains qui ne se sont pas vus depuis 18 ans ont aussi envie de faire les cons, de boire ensemble… c’est assez légitime. Ils se retrouvent dans des circonstances tragiques, il y a plein de secrets qui pèsent sur eux. Ils ont donc tous besoin de se marrer.

Il y a du Titeuf, chez Franck.

C’est marrant ce que vous me dites là parce qu’on me demande souvent si Titeuf va grandir. Et bien, si Titeuf grandissait, potentiellement, il peut être Yvan, pas Franck. Titeuf et Yvan sont deux loosers et ils se prennent des baffes avec les filles.

 

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Sandro est donc celui qui a réussi. Il est devenu une star du rock français. Quand il fait venir ses anciens camarades, il gère plutôt bien la situation.

On sent quand même qu’il y a chez lui une part de culpabilité, mais en même temps, il a fait sa vie et il ne doit rien aux autres. Et les autres ont fait leur vie, sauf Yvan. Mais Yvan, lui, il a choisi d’attendre.

Si le ton est dans l’ensemble grave, c’est une histoire optimiste ?

La fin est ouverte en tout cas. Malgré toutes les révélations fracassantes de ce livre, dont je ne peux pas parler ici, on peut imaginer que leur vie va reprendre sous de meilleurs auspices.

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Dans Une histoire d’hommes, vous ne dessinez pas de la même manière que dans Titeuf. On a l’impression que ce n’est pas le même artiste.

Je n’ai pas le recul nécessaire pour dire ça, mais quand même, comme vous, j’ai l’impression que c’est très différent. Je pense que le dessin d’un dessinateur va s’adapter à ce qu’il a envie de raconter. Bon, ça ne se fait pas non plus en claquant des doigts. J’ai redessiné l’album trois fois en neuf mois. Il y a eu du boulot pour l’acquisition de ce nouveau dessin.

Mais votre trait reste votre trait.

J’ai cette manière de dessiner qui est une forme de ligne claire. Je dessine tout. Je ne suis pas Hugo Pratt qui met un coup de pinceau et c’est une ville. Si je dessine une ville, je dessine toutes les tuiles, les toits, les cheminées (rires).

Vous êtres un méticuleux.

Je suis un méticuleux, un peu obsessionnel et en même temps, je dessine très vite. Il faut sortir de certains automatismes. Mon dessin humour est beaucoup plus précis, beaucoup plus sûr de lui. Pour Une histoire d’hommes, il est un peu plus fragile, mais ça va avec le personnage principal Sandro. 

1558587874.jpgBon, personnellement, je ne peux pas ne pas évoquer Goldman avec vous. Vous êtes quand même celui qui avez réalisé sa dernière pochette. Celle de Chansons pour les pieds.

Oui, et je crois que ce sera vraiment sa dernière pochette. Il me donne de ses nouvelles de temps en temps. Il veut voir grandir ses enfants et je ne suis pas certain qu'il sorte un nouveau disque un jour.

Ce n’est pas une bonne nouvelle que vous me dites là.

(Il sourit)

Il a lu Une histoire d'hommes ?

Oui.  Jean-Jacques m’a d’ailleurs envoyé un petit mot charmant pour me dire qu’il avait aimé. Il m’a parlé du passage ou Yvan annonce la mort de son père à Franck. Quand il dit « Il est mort. Il n’a jamais beaucoup vécu. Je ne suis pas sûr qu’il ait vu la différence ».

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Zep et Mandor après l'interview le 13 septembre 2013.

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17 septembre 2013

Eric-Emmanuel Schmitt : interview pour Les perroquets de la place d'Arezzo

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Rencontrer Éric-Emmanuel Schmitt est toujours un délice. Cet  homme érudit et charmant a été l’un des tout premiers mandorisés (en 2006), à une époque où je cachais encore mon visage et où (donc) personne ne savait qui se cachait derrière Mandor (voir là).

Dans ce nouveau roman choral, Les perroquets de la place d'Arezzo, Eric-Emmanuel Schmitt a voulu montrer qu’il y a autant de façons d’aimer, autant de sexualités différentes qu’il y a de peaux. Chacun arrive avec une histoire et des désirs différents. Il a écrit une sorte de petite encyclopédie romanesque des manières d’aimer. Il a aussi souhaité montrer qu’il n’y a pas de normalité en matière d’amour ou de sexualité. Pour lui, tant qu’il y a accord entre les parties, rien n’est répréhensible.

Bref, l’amour dans toute sa diversité selon maître Schmitt !

Le 17 juillet dernier, pour Le Magazine des Loisirs culturels des magasins Auchan (daté des mois de septembre/octobre 2013), nous nous sommes rencontrés dans un bar situé en face du théâtre qu’il dirige, le Théâtre Rive Gauche. Ce que j'aime avec lui, c'est qu'il ne mâche pas ses mots...

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(Voici l'intro, pour ceux et celles qui n'avaient pas pensé à se munir d'une loupe avant d'arriver sur cette page)

Autour de la place d'Arezzo se croisent, dans un voisinage élégant et contrasté, le fonctionnaire et l'étudiant, le bourgeois et l'artiste, la poule de luxe et la veuve résignée, mais aussi la fleuriste et l'irrésistible jardinier municipal. Jusqu'au jour où leur parvient une lettre, anonyme, identique, mystérieuse : "Ce mot simplement pour te signaler que je t'aime. Signé: tu sais qui." Une vraie bombe à retardement. Et chacun de s'enflammer, de rêver, d'y voir une promesse, un bonheur attendu, une blague, une menace. Éric-Emmanuel Schmitt revient avec une véritable anthologie littéraire de l’érotisme et des relations de couple.

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Voici le bonus mandorien (autant dire, la version longue de l'interview).

Il y a un moment où vous avez senti que ce nouveau livre était prêt ?

Oui, c’est exactement ce qu’il s’est passé. Je n’ai ni diagramme, ni plan, je n’ai qu’à tirer le fil et tout va se mettre en place très naturellement. Ça se fabrique tout seul dans une partie de mon cerveau. Mon rôle consiste ensuite à rendre ça lisible, visible, audible, mais ça existait déjà quelque part.

Pourquoi ce livre fait-il plus de 800 pages ?

Vous ne trouvez pas que c’est un peu chiche quand le sujet principal est l’amour ? Dans ce livre, je voulais avoir un regard encyclopédique sur toute forme d’amour et toute sorte de sexualité. Il y a une trentaine de personnages. C’est écrit bref, mais il y a beaucoup de protagonistes, donc il y a beaucoup à dire.

Vous faites toujours en sorte qu’aucune explication ne l’emporte sur une autre.

Je ne veux pas tomber sur le psychologisme ou tout s’explique par l’histoire des gens. Je n’exclus pas les données de nature, mais je ne réduis pas tout à elles. Je donne des clefs, mais en montrant qu’il n’y en a jamais une seule. Il y a un trousseau.

À lire votre roman, personne ne vit normalement…

Ça n’existe pas les gens qui vivent normalement, qui ne cachent pas des cadavres. Quand on pense que quelqu’un est normal, c’est qu’on en a une vision superficielle. Moi, personnellement, je ne connais personne de normal.

Il y a une forme d’œcuménisme dans cette observation des êtres…eric-emmanuel schmitt,les perroquets de la place d'arezzo,interview,mandor,magazine des loisirs culturels auchan,poussin 1er

Dans beaucoup de mes livres, je parle de religion et de spiritualité. Il y a ce regard d’intérêt et d’attention pour, sans jugement. J’ai le même regard pour la vie intime des gens. Dans ce livre, j’ai été très surpris de me trouver proche de tous les personnages.

Quel est le personnage qui vous ressemble le plus.

Il y en a plusieurs… en plus édulcoré (rires). Votre question a de l’intérêt, mais ma réponse n’en a pas. Ce qui compte, c’est que le lecteur fasse son propre cheminement par rapport aux personnages. Dans ma vie, j’ai toujours été plusieurs personnages, alors je suis obligatoirement bon nombre de personnages de ce roman. Je peux même me portraiturer dans la peau d’une femme. Je n’ai peur de rien… Dans ma vie, il y a des points d’ancrage, qui sont mes affections et mes fidélités, mais en même temps, il y a une vraie diversité qui fait que je peux être vraiment plusieurs de ces personnages.

Tout ce que fait Éric-Emmanuel Schmitt trouve un large public. Cette confiance met-elle de la pression.

Normalement, un auteur de romans fait un même roman tous les 18 mois. Moi, c’est un conte, un recueil de nouvelles, un gros roman, une pièce, un film, un essai sur la musique…  je varie mes activités. Ma spécificité, c’est d’être au rendez-vous, mais on ne sait jamais avec quoi. Ce n’est pas une pause de ma part. Dès que j’ai l’impression que je sais faire, j’arrête. Je veux retrouver le sentiment du danger, le sentiment de la première fois.

Redevenir puceau.

Oui, complètement. Vivre chaque œuvre comme si c’était la première fois.

Est-ce qu’écrire ce type de livre est une prise de risque ?

Je ne me pose pas ce genre de question, mais j’entends ça autour de moi. Moi, j’ai juste peur de ne pas être à la hauteur de ce que je me promets de faire.

eric-emmanuel schmitt,les perroquets de la place d'arezzo,interview,mandor,magazine des loisirs culturels auchanVous sortez aussi une bande dessinée, « Poussin 1er, cui suis-je ? » dessiné par Janry.

C’est un personnage que j’avais dans la tête depuis 25 ans et j’avais écrit certaines de ses histoires sous la forme de contes. Un jour, j’ai compris qu’il fallait que ces histoires deviennent une bande dessinée. J’ai donc rencontré les gens de chez Dupuis. Je leur ai raconté mon projet : un petit poussin philosophe qui est dans une bassecour avec des poules qui sont toutes plus idiotes les unes que les autres. Quand elles répondent aux questions, elles savent, mais sans avoir appris. Elles ont des opinions, des préjugés. Elles reproduisent la façon de pensée commune. Poussin, lui, pose des questions justes auxquelles il apporte des réponses fausses. C’est parti pour plusieurs albums. Je suis en train d’écrire le deuxième.

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Eric-Emmanuel Schmitt et Mandor le 17 juillet 2013.

16 septembre 2013

Tristen : interview pour Mars en marche

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Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis.

Je n’avais pas été emballé par le premier album de Tristen, L'ombre à suivre. Pas touché du tout. L'artiste s'est pourtant bien fait repérer avec ce disque...

Mais son attachée de presse (Flavie Rodriguez) a retenté le coup avec son second album. En insistant un peu : « Écoute-le, ça n’a rien à voir avec le premier ! Je t’assure, tu vas être surpris. »

Il est agréable de travailler avec des attachées de presse qui connaissent parfaitement tes goûts. J’ai adoré dès la première écoute. Je n’ai pas eu l’impression d’écouter le même artiste.

Vous pouvez découvrir toutes les chansons de l'album ici!

J’ai donné rendez-vous à Tristen à l’agence le 28 juin dernier pour une conversation en toute franchise.

triste,mars en marche,interview,mandorArgumentaire officiel de l’album :

Il faut se rendre à l’évidence, de nombreux signes nous incitent à penser que la fin est proche. Malgré le futur incertain de notre espèce, qui ne sera bientôt plus qu’un irritant souvenir, Tristen, lui, décide dans un élan héroïque et salvateur de mettre un pied devant l’autre :
Mars en Marche, son second album, paraîtra chez Bleeding Gold Records le 16 septembre 2013 (aujourd’hui donc) en digital et en vinyle.
Hommage dérisoire rendu à Mars, le dieu romain de la guerre et de la fertilité, Mars en Marche se joue de l’imaginaire masculin. Tristen y feint la colère dans des murder songs hallucinées : "Le lustre" et son lustre suicidaire, "La pluie horizontale" et son infirmière un rien dangereuse, "Ce qui reste de toi" et sa fin ménagère. Il y joue l’ingénu dans d’étranges love songs : "La femme qui ne souriait jamais", "En solitaire". Il se met aussi à nu dans des sad songs à la délicatesse surréaliste : chevauchée messianique dans "Laisse pleurer les hommes", poésie banlieusarde dans "Les boîtes aux lettres".

Guitariste, bassiste, batteur, touche-à-tout, Tristen utilise tout l’arsenal du musicien bricolo pour réaliser un album aux sonorités subtiles et charnelles. Ses arrangements audacieux et personnels permettent le mariage aventureux, mais assumé de différentes influences. Mars en Marche célèbre la rencontre de Stereolab et d’Abba, d’un Mathieu Boogaerts et d’Arcade Fire, d’un Albin de la Simone et de Karkwa.

Tristen signe la plupart des musiques et prend part à l'écriture des textes de cet album qu'il partage avec sa bande de copains - musiciens et auteurs de la scène rock indé Parisienne - avec qui il se produit depuis quelques années : Bénédicte Monat (Blanche as a Name) qui prête même sa voix dans quelques chansons, Charlotte Gérand (Chérie ++), Loic Carron (Chérie ++, Yéti Lane, Cyann and Ben), Yann Giraud (Porco Rosso), Julien Cortes (Querencia, Erevan Tusk), Dominique Pascaud (Alex Rossi, Sandy Trash), Pacôme Genty (Rose Ttacet, Erevan Tusk, Mascara Snake).

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Interview :

Je vais être sincère avec toi. Ton premier album, je ne l’avais pas autant apprécié que celui-là. Je n’avais pas du tout été touché par ton travail. Et avec cet album, c’est tout le contraire.

J’ai fait un album beaucoup plus personnel, mais plus fou, parfois surréaliste. Le précédent album était centré sur les relations de couple passées, futures, fantasmées… Là, je parle toujours des filles, mais c’est annexe. C’est marginal. Ce disque est à mon sens beaucoup plus dérangeant.

D’où vient ce changement ?

Je me suis fait beaucoup plus confiance. J’ai beaucoup plus écrit que pour le précédent. Parfois, c’était même de l’écriture automatique sur 3, 4 chansons. Moi, j’ai l’angoisse de la page blanche, c’est pour ça que je demande de l’aide pour l’écriture à d’autres personnes bien qualifiées. Quand je reçois des ébauches de textes, je peux réagir et travailler sur ces textes. Bon, j’ai essayé de lutter contre cette angoisse. Pour moi, le texte, c’est comme un instrument, comme une basse. Si on me demande ce que veut dire telle ou telle parole, c’est comme si on me demandait ce que veut dire telle ou telle partie de basse. Ça me parle, mais ça ne veut pas obligatoirement dire quelque chose.

Teaser 1 de Mars en marche.

Tu es un solitaire dans la création, mais tu aimes bien être entouré.

C’est paradoxal, mais c’est humain. C’est solitaire parce que c’est comme ça que j’ai appris à créer mes propres chansons. J’ai joué dans des groupes et j’ai été frustré du processus de groupe. Suite à ça, je me suis mis à faire mes propres chansons seul. Mais, c’est nul d’être tout seul, donc je m’entoure pour l’écriture et même parfois pour des arrangements. Tout est une question de rencontre. Par contre, j’aime bien tout contrôler quand même.

Tu aimes bien avoir des propositions nouvelles et choisir, finalement.

Je commence à m’ouvrir. C’est vrai que je n’étais pas comme ça avant, mais j’ai compris aujourd’hui qu’on ne peut pas tout faire bien. Mon talent à moi, il est plutôt dans l’arrangement. Dans l’écriture totale, j’ai besoin que l’on m’aide, il faut le reconnaître. Il faut être conscient de ses faiblesses et de ses qualités.

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Tu es arrivé à Paris il y a 10 ans pour faire de la musique et tu viens de me dire que tu viens tout juste d’avoir confiance en toi musicalement et textuellement. Quel est l’élément déclencheur de ta nouvelle assurance ?

Il n’y a pas eu de déclic, ça a été un processus. À vrai dire, j’ai déjà fait 6 ou 7 albums tirés à 10 exemplaires et distribués uniquement aux amis. Ce sont les retours qu’ils m’en ont faits qui ont fini par être encourageants et qui m’ont poussé à continuer. Pour sortir un CD commercialisé, il faut déjà un certain standing. Mon premier, il y avait des maladresses, celui-ci est meilleur. En toute objectivité.

Tu chantes depuis longtemps ?

D’abord, il faut que tu saches que j’accepte l’idée d’être un chanteur depuis peu. Au début, j’ai fait des chansons, j’avais honte de les chanter, ensuite un peu moins honte, ensuite, j’ai pris conscience que j’avais une voix…etc. Mon assurance vient au fur et à mesure des expériences et du temps qui passe.

Teaser 3 de Mars en marche.

Tu as bien « bourlingué » en tant que musicien pour plein de groupes et de genres différents.

Quand j’habitais dans le sud de la France, j’ai fait notamment du metal et du jazz rock. Quand je suis arrivé à Paris, je me suis plus consacré au rock indé en accompagnant pas mal de gens. Querencia (pop rock indé à la Interpol) comme batteur, Dominique Pascaud (chanson française classe) comme percussionniste, Saibu (rock classieux en anglais) comme batteur, Alex Rossi (variété hype italo-gersoise) comme batteur, Myra Lee (pop folk indé ) comme percu, batteur, ou claviériste, Porco Rosso (pop française indé) comme batteur C++ désormais Chérie++ (chansons douces amères) comme ingé son, puis batteur, puis bassiste et enfin, Folks (pop française indé) comme bassiste. Folks, tu le connais, je crois.

Oui, je l’ai reçu ici. J’adore. Après avoir bossé pour le « milieu indé », on a envie d’être un peu plus sous la lumière ?

J’aime ce que je fais, je ne vais pas faire des choses plus basiques pour avoir plus de notoriété.

Mais, je trouve ton album très accessible et pas du tout underground.

Tant mieux alors ! Je suis au delta de la variété et du rock indé de toute façon. J’aime beaucoup la Véronique Sanson des années 70, Abba, des trucs comme ça…bien populaires, mais de qualité. Abba, c’est ma madeleine de Proust à moi. Quand j’étais petit, j’écoutais un conte musical qui s’appelle Abbacadabra.

Ah oui ! Mais je suis fan. Il y avait Daniel Balavoine, Frida, Plastic Bertrand, Catherine Ferry, Fabienne Thibeault !

Dis donc, c’est la première fois que je rencontre quelqu’un dans ma vie qui connait Abbacadabra !

"L'enfant do", extrait d'Abbacadabra (1983).

Oui, bon, ça n’a pas très bien vieilli…

En tout cas, en écoutant ça enfant, il faut croire que cela m’a marqué. Quand j’ai entendu Abba pour la première fois, je me suis demandé qui étaient ces gens qui copiaient Abbacadabra. Les Abba auraient eu la prod d’Arcad Fire, ils seraient le groupe ultime. C’est à la fois populaire et très grand public, mais il y a des éléments musicaux qui me plaisent vraiment. Ça ne s’entend pas forcément dans ce que je fais, mais c’est un groupe qui m’impressionne et que je respecte énormément.

Peut-on dire que Mars en marche est un disque conceptuel ?

Il y a un lien entre toutes les chansons en tout cas. La colère. Pour la blague, Mars, c’est le dieu de la guerre et de la fertilité. La sonorité « Mars en marche » me plait. Ça représente l’aspect guerrier en action.

Tes concerts vont devenir plus rock ?

Ça l’était déjà avant. Il y a aussi un côté electro parce que j’ai des programmations sur scène. J’ai un guitariste avec moi et je joue moi-même de la guitare. Mon côté rock indé ressort pas mal quand je donne un concert.  

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Tu joues aussi pour d’autres artistes. Nous nous sommes croisés au Prix Georges Moustaki. Tu accompagnais Céline Olivier.

Je joue encore pour d’autres, peut-être un peu moins en ce moment parce que je m’occupe de mon disque. J’ai besoin de ça aussi pour vivre artistiquement. Je n’en ai pas besoin financièrement.

Tu es chargé de mission au sein d’une cellule FSE (Fond social européen). Mazette !

Je ne sais pas si ça va intéresser les lecteurs de savoir ça. Ça n’a aucun lien avec la musique. Cela dit, j’ai une maitrise de maths. Pour moi, les maths, c’est de la poésie, ce sont des structures, c’est des formes, c’est de la beauté.

Les maths te servent-elles pour créer de la musique ?

Oui, mais pas dans le sens où les gens l’entendent, c'est-à-dire d’un côté froid et calculateur. Les maths, c’est plus le côté scientifique, c'est-à-dire l’erreur. On fait des erreurs et c’est de ses erreurs qu’on apprend. C’est ça la démarche scientifique.

Teaser 4 de Mars en marche.

Tristen sera en concert le 30 septembre 2013 aux 3 baudets et le 28 novembre à la péniche Antipode.

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Tristen et Mandor, le 28 juin 2013.

14 septembre 2013

Mandor interviewé par le magazine Revivre

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J’avoue avoir été étonné par la proposition de l’éditeur/directeur littéraire Sébastien Mousse. Être interviewé pour Le Magazine Revivre, le magazine du don d’organes et de la greffe (édité par FRANCE ADOT, la Fédération des Associations pour le Don d’Organes et des Tissus humains), ne me semblait pas une évidence totale. Pour la rubrique « Tendance », en plus. Alors soit. J’ai quand même compris que mon implication dans l’association Les P’tits Courageux et les soucis de santé de ma fille pouvaient intéresser les lecteurs de ce magazine.

Merci donc à Sébastien Mousse (papa de la série policière L’embaumeur) de l’intérêt qu’il porte à mon travail…

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09 septembre 2013

Stéphane Haumant : interview pour Le jugement dernier

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Dans son premier thriller, Le Jugement dernier : l'énigme du Codex Lucis, le journaliste Stéphane Haumant (que les abonnés de Canal+ connaissent bien puisqu’il est le présentateur/producteur de Spéciale Investigation) entraîne le lecteur sur la piste d'un manuscrit Cathare qui annoncerait l'Apocalypse. Il raconte également, avec une plume alerte et précise, l’enquête d’un policier Américain et d’un journaliste Français qui se lancent à la recherche des coupables d’une série d'attentats ayant ensanglanté le Brésil, les États-Unis, puis le Japon.

Un très bon premier roman (1er du longue série ?).

Stéphane Haumant est passé me voir à l’agence le 19 juillet dernier…(Merci à Gilles Paris).

stéphane haumant,le jugement dernier,interview,mandor4e de couverture :

Des bombes sèment la terreur au Brésil, aux États-Unis, au Japon, en Inde. Pas des bombes ordinaires, mais celles du « Jugement dernier », des engins miniaturisés d'une effroyable efficacité ! Qui se cache derrière ces attentats et pourquoi sont-ils commis, causant des milliers de morts ?
Un policier américain et un journaliste français se lancent sur la piste des mystérieux coupables qui ne formulent aucune revendication.
Comment imaginer qu'ils devront remonter à un texte apocalyptique, le Codex Lucis des Cathares, pour identifier la source d'un complot vieux de neuf siècles et posant une question cruciale : l'humanité a-t-elle un avenir ?

L’auteur : 

Grand reporter, journaliste d'investigation, Stéphane Haumant est producteur de l'émission spéciale Investigation sur Canal +. Le Jugement dernier : l'énigme du Codex Lucis est son premier roman.

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Interview :

En lisant Le jugement dernier, on sent la patte du journaliste qui a fréquenté le terrain pendant des années. On voyage beaucoup dans ce roman.

Pendant une quinzaine d’années, j’ai été reporter donc je suis allé dans la plupart des pays que j’évoque pour y bosser. Je me suis effectivement inspiré de plein de souvenirs et d’anecdotes que j’ai vécues quand je suis allé dans ces pays. Je parle du Japon, du Brésil, de la Russie et de la plupart des pays d’Europe…

Quand on est journaliste, on a un style d’écriture bien particulier. On se doit d’être clair et concis. Dans un roman, il faut ça, plus du style. Le vôtre est-il venu naturellement ?

C’est totalement intuitif et empirique. J’avais une idée d’histoire en tête et je l’ai écrite sans me poser trop de questions. J’ai écrit spontanément dans un style peut-être un peu journalistique et sec, mais moi, ça me convenait bien. Je trouvais même que c’était cohérent avec ce que je voulais faire en termes de rythme et d’efficacité.

stéphane haumant,le jugement dernier,interview,mandorDu coup, il n’y a pas de fioritures. On ne s’ennuie jamais.

Je voulais écrire un livre comme on regarde un film d’action américain, que cela aille vite et rebondisse sans arrêt. Mais, je souhaitais aussi que derrière toute cette énergie, il y ait matière à réflexion. Je ne voulais pas de longues introspections de mes personnages, mais qu’ils n’existent que par ce qu’ils font. À travers ce qu’ils font, on comprend qui ils sont.

C’est un roman d’anticipation, dont l’action se situe dans 25 ans. Le monde que vous avez inventé ressemble tout de même au monde d’aujourd’hui.

Quand j’étais enfant, j’imaginais qu’en l’an 2000, il y aurait des voitures qui volent, que l’on vivrait dans des combinaisons en aluminium et qu’on mangerait des pilules. Finalement, 35 ans après, le monde est assez proche, à part quelques outils technologiques qui ont révolutionné nos vies. Donc je me dis que dans 25 ou 30 ans, la vie ne sera pas forcément très différente d’aujourd’hui et les angoisses des hommes seront probablement les mêmes.

Les questions existentielles de l’Homme restent les mêmes, vous avez raison.

Qu’est-ce que la liberté ? Comment doit-on organiser la société ? Les questions sur la vie, la mort… toutes ces questions n’ont pas changé et seront encore là dans 40 ans.

Je trouve ça intéressant de lire le livre d’un journaliste. Dans ce métier, il faut vérifier ses informations, être rigoureux, ne rien inventer…  alors que lorsque l’on est écrivain, rien de tout cela n’est obligatoire. Au contraire, c’est l’imagination, l’invention, la fantaisie qui priment.

99% de ce que je raconte dans ce livre est authentique. Après, le romancier que je suis a fait rentrer 1% de fantaisie et d’imagination, a tordu un peu le réel à la marge. Mais tordre à la marge permet d’inventer des choses totalement plausibles, qui pourtant n’ont pas existé. Je voulais que le lecteur, à chaque page, se demande si telle ou telle chose est vraie ou pas. J’ai voulu créer un jeu sur le vrai et le faux entre l’actualité et l’histoire.

Vous vous êtes amusé à écrire ?

Honnêtement, je pensais écrire ce livre en 3, 4 mois et ça m’a pris plutôt trois ans. J’ai découvert que le métier d’écrivain était un vrai métier et que c’était difficile. J’ai construit une sorte de puzzle. Ce n’est pas simple un puzzle. On place, on retire, on recommence, on hésite… Tout ça prend du temps, mais  une fois que le puzzle est fini, on est content.

Stéphane Haumant/Dan Brown, même combat ?stéphane haumant,le jugement dernier,interview,mandor

Il y a l’idée d’un grand complot qui régirait le monde. Dan Brown n’est pas le seul à l’avoir imaginé. C’est lui qui a fait le plus gros succès, mais il y a pléthore de livres avant lui et après lui sur ce sujet.

Croyez-vous à un complot mondial ?

Moi, pas du tout. Qu’il y ait des sociétés secrètes qui fassent du lobbying, qui travaillent, qui influencent, ça, il y en a un paquet, dont la plus célèbre est la Franc-maçonnerie. Après, qu’elles dirigent le monde, je n’y crois pas du tout. En revanche, ce qui me frappe, c’est que depuis 10 ou 15 ans, cette croyance-là est devenue une sorte de religion à part entière. À côté du catholicisme, du protestantisme, aujourd’hui il y a la théorie du complot qui mobilise quand même des dizaines de millions de gens. C’est une religion informelle qui n’a pas de gourou, mais qui, quand même, donne à tout un tas de gens, une grille de lecture du monde. Ca m’intéressait d’utiliser cette grille de lecture et de la confronter à d’autres, plus politiques, plus religieuses. Comme plus personne ne croit aux institutions, ni aux hommes politiques, on imagine qu’il y a quelque part des organisations secrètes qui changent le monde.  

Avec votre livre, vous confortez la théorie du complot, non ?

Déjà, on peut se dire que cette histoire se passe dans l’avenir, donc elle ne cherche pas à expliquer le présent.

Mais permettez-moi de vous dire qu’en vous lisant, on oublie un peu que l’action se situe dans 25 ans.

Oui, je sais. Alors, soit on peut se dire que mon livre est la preuve que la théorie du complot est vraie. Un peu comme a fait Dan Brown qui avait donné la clef de l’énigme de l’humanité à travers Jésus et la Bible. J’ai surtout voulu démontrer qu’avec un peu d’imagination et un peu de persuasion, on peut inventer tous les complots que l’on veut. Et qu’avec la théorie du complot, ce qu’il y a de formidable, c’est que l’on peut tout expliquer.

stéphane haumant,le jugement dernier,interview,mandorVous parlez du Trésor des Cathares. Le fameux trésor est en fait  un livre, le Codex Lucis (le livre de la lumière) qui révèle le secret des origines de l’homme. Rien que cela !

Tout ce que j’évoque dans ce livre à ce sujet sont des thèses, des hypothèses. Celles qui existent ne sont pas plus crédibles que celle que je rajoute. L’imaginaire de l’homme se nourrit de ces mystères historiques qu’il tourne dans tous les sens pour essayer de comprendre ce qui se cache en dessous. Je m’en suis servi et je me suis amusé avec.

Vous mettez en scène un journaliste français et un flic du FBI qui enquêtent chacun de leur côté sur la même affaire et qui finiront par se rejoindre. Journaliste et policier, c’est un peu le même métier finalement.

Ce sont les deux faces d’un même métier en tout cas. Les deux enquêtent, les deux cherchent la vérité, mais pas pour les mêmes raisons.Ca m’amusait de les mettre en parallèle parce que ce sont des professions qui se côtoient, mais qui travaillent de façon différente. Le journaliste est sur le terrain, il rencontre des gens. Il fait son enquête un peu au ras des pâquerettes. Le flic, lui, a accès à des documents officiels, des réunions importantes à la Maison Blanche par exemple. Eux aussi sont à deux niveaux de lecture du monde et de collecte d’indices très différents, mais ils vont parvenir au même point d’arrivée. Les journalistes ont une liberté d’action qui fait qu’ils trouvent des choses que les flics ne trouvent pas forcément.

Le flic Balthazar est un peu rentre-dedans quand même. Il n’attend pas toujours les autorisations officielles…

Il y a des gens qui sont mus par une espèce d’énergie qui, dans la quête de la vérité, peut devenir un peu extrême. Sur certaines enquêtes un peu exceptionnelles, on peut aller très loin et donc se bruler les ailes. Cette enquête-là ne pouvait se mener en respectant toutes les règles. Pour un journaliste, c’est un peu une seconde nature de louvoyer avec les règles, c’est plus rare du côté des institutions. Il arrive que des flics ou des juges aussi sortent des cadres et des règles du jeu juridiques parce qu’ils pensent que c’est la seule façon de toucher la vérité après  laquelle ils courent parfois depuis des années.

Vous-même, avez-vous pris beaucoup de risques professionnels ? Je parle d’avant la présentation de Spéciale Investigation ?

Je n’ai jamais été reporter de guerre, donc je me suis très rarement retrouvé dans des situations où ma sécurité physique était en jeu. Après, de ne pas tout à fait respecter les consignes étiquetées par les autorités ici ou là, c’est fréquent et ça fait partie du jeu. Si on veut sortir des infos et avoir un discours qui ne soit pas un discours officiel, on est obligé en permanence de sortir des cadres. Par nature, notre métier exige que nous soyons tous des francs tireurs.

stéphane haumant,le jugement dernier,interview,mandorVous n’êtes aujourd’hui plus sur le terrain. Vous présentez et dirigez Spéciale Investigation… c’est autre chose comme vie.

Je créé une ligne éditoriale. On reçoit beaucoup de projets, il faut en garder 40 par an, les accompagner… En gros, mon équipe et moi choisissons les sujets, on les initie, on peut intervenir en cours de tournage, on aide le journaliste à mettre en forme de la façon la plus efficace, pédagogue, claire et en même temps la plus haletante possible s’il éprouve des difficultés. À la fin, c’est un travail collectif et on essaie de faire accoucher le mieux possible le bébé. Une enquête c’est une matière assez complexe à mettre en forme. Il y a beaucoup de paramètres à prendre en compte.

Avec ce livre, vous vous faites interviewer. Soudain, vous êtes de l’autre côté de la barrière…

C’est plus difficile pour moi de parler de mon livre que de parler de l’émission. Parler de l’émission, c’est parler de films faits par d’autres. J’y mets une certaine distance. Je suis à l’aise sur les problématiques liées à mon métier. Parle du livre, c’est parler un peu de soi. C’est moins facile, mais je me lance quand même.

Il y a aura une suite à ce livre?

Oui, je l’écris en ce moment. L’histoire de ce livre se clôt, mais elle peut se rouvrir. J’ai des personnages secondaires qui pourraient avoir des rôles plus importants dans le second.

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07 septembre 2013

Anastasia : Interview pour Beau parleur

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J’ai reçu le disque d’une dénommée Anastasia, Beau parleur, et j’ai beaucoup aimé. La voix, tirant un peu vers les graves, le propos plutôt masculin, insolent et sexy. Guitare et voix sont les instruments principaux qu'elle utilise pour nous plonger dans son univers qui allie jazz et airs d'antan, groove et blues, soul et ambiance tropicale... Son disque est sacrément abouti, mature et cohérent.

Le lendemain, je vous jure que c’est vrai, j’ai reçu l’album d’un groupe que je ne connaissais pas, Les Dessous de la Vie, La libido du linving room. J’écoute et j’ai un sentiment curieux. La voix me rappelle celle de la jeune chanteuse de la veille. Normal, c’est elle. Les deux disques sont sortis en même temps et les deux attachées de presse de chaque opus me les ont envoyés sans se concerter.

La mandorisation s’imposait donc. Ainsi fut fait, le 9 juillet dernier. Une forte personnalité la jeune femme. Je me suis dit que je n’étais pas à l’abri d’être en face d’une future grande de la chanson française.

Biographie officielle d’Anastasia :

Quand on entend Anastasia chanter on l’imagine bien flâner dans les clubs de jazz, et fredonner des airs d’antan. Bluesy et souriante, cette jeune artiste à la veine urbaine, possède sa propre vitalité, son propre groove, ainsi qu’un son authentique, roots à souhait.anastasia,beau parleur,les dessous de la vie,interview mandor

Elle contacte Batlik en 2011 en lui envoyant quelques titres. Début 2012, elle enregistre son 1er album « Beau parleur » au studio de la Cuve à Aubervilliers, dans les locaux d’A Brûle Pourpoint. Coté scène, elle assure les premières parties de Batlik, Fred Métayer, Karpatt, Berry ou Tété. « Beau parleur » est sorti le 25 mars 2013, en co-production avec le propre label d’Anastasia, Budhi’s prod.

On tient là une vraie nature, un feu bouillonnant, une personnalité qui en impose. Ces premiers titres guitare voix la placent entre Brésil et Jamaïque, les deux tropiques où la guitare est reine. Merveilleuse petite tache de son, sa musique et sa gouaille s’unissent pour offrir une musique évocatrice, une simplicité, des mots et une poésie en couleur instantanée.

anastasia,beau parleur,les dessous de la vie,interview mandorBiographie officielle des Dessous de la Vie :

Pétillants de fraîcheur, Les Dessous de la Vie exultent sur la scène indépendante et, au passage, remportent plusieurs prix de la chanson Française. Le quintet bien trempé exalte la poésie des chansons intimistes qui virevoltent du swing au jazz musette, du hip hop au jazz manouche. Les intrépides complices incarnent leurs mélodies qui nous accrochent et nous entraînent hardiment dans La libido du living-room. Autoproduit, ce premier album dévoile les dessous de la vie sentimentale avec une subtile énergie.

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Interview :

Contrairement à ce que l’on pourrait éventuellement penser, tu n’es pas une débutante…

Avant les dessous de la vie, j’étais dans un groupe avec Gaël, qui est l’auteur compositeur des Dessous de la vie et l’auteur compositeur de mon album. On avait un groupe de punk, ska, reggae.

Musicalement, j’ai la sensation que tu t’es essayé à tout?

J’étais au conservatoire à Mulhouse, je faisais du piano classique. C’était en parallèle à toutes mes études. J’ai eu quelques bases pédagogiques pour apprendre à chanter, mais je n’ai jamais pris de cours de chant officiel.

Tu as pratiqué « l’autoditasme urbain » dis-tu. As-tu beaucoup appris dans la rue ?

La guitare, l’accordéon et le chant… j’ai appris tout ça en allant jouer avec des potes dans la rue. J’habitais à côté d’une zup. Il y a des rappeurs qui venaient, qui posaient… 

"J'aimerais" aux Francofolies 2013

anastasia,beau parleur,les dessous de la vie,interview mandorTon parcours est étonnant. Tu as fait un Master en musicologie, puis un Master de Sciences-Po en politique et gestion de la culture.

Je voulais comprendre comment développer un projet culturel. Et mes parents ne me lâchaient pas. Ils voulaient que j’aie des diplômes. Quand j’ai eu mes diplômes, je me suis mis la tête dans les projets et je n’en suis plus sortie.

Tu écoutais quoi dans ta prime jeunesse ?

Tu sais, depuis quelques années, je me suis plus focalisée sur la musique black comme Erykah Badu, Krystle Warren, Robert Glasper… Quand j’avais entre 13 et 16 ans, je n’écoutais que de la chanson française. Aujourd’hui, j’aime beaucoup Batlik, mais aussi Bazbaz, Sandra Nkaké. Mais comme mon père écoutait beaucoup de jazz, de jazz fusion, ça fait partie également de ma culture musicale.

Tes parents ne voulaient pas que tu deviennes musicienne?

Non parce que mon père était un super pianiste de jazz et organiste. Il aurait rêvé faire ça de sa vie, mais il n’a pas réussi.  Du coup mes parents étaient flippés que je ne parvienne pas à ce que j’avais pour ambition d’entreprendre.

Comment ils voient les choses pour toi aujourd’hui ?

Maintenant, ils sont super fiers. Ils sont là à presque à tous mes concerts et ils aiment beaucoup ce que je fais. Au début, ma mère, quand je lui faisais écouter une chanson, elle me disait qu’elle trouvait cela triste. Elle me conseillait de chanter des chansons plus légères et plus gaies. Mon père, lui, depuis le début, a toujours aimé. Dans le prochain album, on fera sans doute un morceau ensemble.

" Je Vole ", pour Strasbourg Acoustik. Session tournée au Musée Tomi Ungerer de Strasbourg.  Février 2013.

Avoir fait des études de musicologie t’apporte quoi, concrètement ?anastasia,beau parleur,les dessous de la vie,interview mandor

Ça m’apporte une méthodologie dans mes compositions, dans la manière de travailler ma musique, de l’apprendre, de l’analyser aussi. Quand j’écoute un artiste que j’adore, je repique des petites choses. Je sais les prendre et les comprendre.

Paradoxalement, est-ce que ça n’empêche pas la spontanéité pendant la création ?

Non, parce qu’au niveau guitare et chant, je suis complètement autodidacte donc, forcément, j’oublie la méthodologie. Je réfléchis un peu quand je fais les chœurs ou les harmonisations, mais au niveau de la composition et de ma façon de chanter, c’est assez libre, instinctif et spontané.

Comment est né le groupe Les dessous de la vie ?

J’ai rencontré Gaël Muller à Mulhouse. On a commencé à faire ce premier groupe donc je viens de te parler. Quand le projet s’est effondré, on s’est retrouvé, moi avec l’accordéon et lui avec sa guitare. Il a commencé à composer des chansons françaises du type La Rue Kétanou, les Tètes Raides, Négresses Vertes et tout ça. Une amie nous a inscrits à un tremplin à Mulhouse et on a remporté la deuxième place. Ça nous a mis en confiance. On a commencé notre répertoire et très vite, nous avons été visibles dans le réseau des musiques actuelles en Alsace. Petit à petit, on nous a proposé des scènes. Petit à petit on a eu envie de rajouter d’autres musiciens. Ensuite, il y a des professionnels qui se sont un peu intéressés à nous. On fait de la scène avec Les dessous de la vie depuis 2009, mais depuis 2010, on le fait de manière professionnelle.

Teaser de la sortie de l'album La Libido du living room du groupe Les dessous de la vie.

C’est un groupe de jazz, un peu musette, mais aussi un peu hip-hop. L’accordéon que tuanastasia,beau parleur,les dessous de la vie,interview mandor utilises dans le groupe, tu l’oublies sur ton disque perso.

J’avais la tête dans Les dessous de la vie pendant très longtemps. J’étais vraiment dans le truc accordéon-voix. Quand j’ai terminé mes études, j’avais une plage de temps qui me permettait de développer ce projet guitare-voix que je traîne depuis que j’ai 14 ans. C’est seulement en 2011 que j’ai demandé à Gaël à m’aider à construire mon répertoire en lui parlant de ma vie, en lui racontant mes petites histoires à moi. Et puis, on se fréquente depuis 10 ans, donc il me connait très bien.

Tu ne te sentais pas prête à écrire seule ?

Gaël a une plume que j’aime énormément et qui me correspond parfaitement. Mais ça va venir. Je pense que dans mon deuxième album, il y aura des chansons à moi. Mais, je crois que j’aime bien interpréter.

anastasia,beau parleur,les dessous de la vie,interview mandorTu as contacté Batlik en 2011. Comment la rencontre s’est-elle déroulée ?

Je ne le connaissais pas personnellement. Je ne savais pas comment il était. Juste qu’il avait beaucoup de caractère. Mais, moi, j’ai plein d’amis avec des mauvais caractères et moi aussi, d’ailleurs, je n’ai pas un caractère facile. Finalement, ça s’est passé plutôt normalement.

Tu devais faire combien de titres avec lui ?

J’avais préparé 5, 6 titres. On les a réalisés rapidement et comme on avait encore du temps, il m’a proposé de faire les suivantes. 11 en tout. Je suis rentrée à Strasbourg, quelques jours après, il m’a appelée pour me dire qu’il aimait vraiment bien mes chansons et qu’il était prêt à m’aider plus encore. A l’époque, je voulais sortir un EP, mais je n’avais pas prévu de budget pour. Sans Batlik, j’en aurais sorti que 500 exemplaires et je n’aurais jamais fait tout ce que j’ai fait grâce à lui. On m’a ouvert plus de portes grâce à son nom et à sa bonne réputation. Il ne faut pas se le cacher, Batlik m’a aussi créé de la légitimité.


France ô Folies : ANASTASIA - Mulhouse par franceo

Tu joues beaucoup avec les mots dans tes textes.

J’aime bien les jeux de mots. J’aime bien les oppositions, les extrêmes et la dichotomie. J’aime bien jouer avec cet effet un peu schizophrénique.

C’est quoi tes chansons finalement ?

Ce sont des visions masculines chantées dans la bouche d’une fille. Je suis dans un cycle un peu bizarre où c’est moi qui demande à mon auteur compositeur des histoires de filles. Il les imagine en tant que mec et c’est une bouche de fille qui les rechante. Ce sont des choses personnelles sur l’amour, la confiance, la vie de couple… C’est assez sexy, ce ne sont pas des chansons de petite midinette qui raconte sa vie, en tout cas.

C’est même souvent insolent.

Je m’en fous, je dis ce que je pense et ça me va super bien parce que je suis comme ça dans la vie.

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Après l'interview...

Pour finir, voici la chronique sur le disque d'Anastasia d'une des rares consœurs que j'apprécie dans le métier, Stéphanie Berrebi du magazine FrancoFans. Une vraie passionnée. Comme il y en a peu.

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