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16 septembre 2013

Tristen : interview pour Mars en marche

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Il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis.

Je n’avais pas été emballé par le premier album de Tristen, L'ombre à suivre. Pas touché du tout. L'artiste s'est pourtant bien fait repérer avec ce disque...

Mais son attachée de presse (Flavie Rodriguez) a retenté le coup avec son second album. En insistant un peu : « Écoute-le, ça n’a rien à voir avec le premier ! Je t’assure, tu vas être surpris. »

Il est agréable de travailler avec des attachées de presse qui connaissent parfaitement tes goûts. J’ai adoré dès la première écoute. Je n’ai pas eu l’impression d’écouter le même artiste.

Vous pouvez découvrir toutes les chansons de l'album ici!

J’ai donné rendez-vous à Tristen à l’agence le 28 juin dernier pour une conversation en toute franchise.

triste,mars en marche,interview,mandorArgumentaire officiel de l’album :

Il faut se rendre à l’évidence, de nombreux signes nous incitent à penser que la fin est proche. Malgré le futur incertain de notre espèce, qui ne sera bientôt plus qu’un irritant souvenir, Tristen, lui, décide dans un élan héroïque et salvateur de mettre un pied devant l’autre :
Mars en Marche, son second album, paraîtra chez Bleeding Gold Records le 16 septembre 2013 (aujourd’hui donc) en digital et en vinyle.
Hommage dérisoire rendu à Mars, le dieu romain de la guerre et de la fertilité, Mars en Marche se joue de l’imaginaire masculin. Tristen y feint la colère dans des murder songs hallucinées : "Le lustre" et son lustre suicidaire, "La pluie horizontale" et son infirmière un rien dangereuse, "Ce qui reste de toi" et sa fin ménagère. Il y joue l’ingénu dans d’étranges love songs : "La femme qui ne souriait jamais", "En solitaire". Il se met aussi à nu dans des sad songs à la délicatesse surréaliste : chevauchée messianique dans "Laisse pleurer les hommes", poésie banlieusarde dans "Les boîtes aux lettres".

Guitariste, bassiste, batteur, touche-à-tout, Tristen utilise tout l’arsenal du musicien bricolo pour réaliser un album aux sonorités subtiles et charnelles. Ses arrangements audacieux et personnels permettent le mariage aventureux, mais assumé de différentes influences. Mars en Marche célèbre la rencontre de Stereolab et d’Abba, d’un Mathieu Boogaerts et d’Arcade Fire, d’un Albin de la Simone et de Karkwa.

Tristen signe la plupart des musiques et prend part à l'écriture des textes de cet album qu'il partage avec sa bande de copains - musiciens et auteurs de la scène rock indé Parisienne - avec qui il se produit depuis quelques années : Bénédicte Monat (Blanche as a Name) qui prête même sa voix dans quelques chansons, Charlotte Gérand (Chérie ++), Loic Carron (Chérie ++, Yéti Lane, Cyann and Ben), Yann Giraud (Porco Rosso), Julien Cortes (Querencia, Erevan Tusk), Dominique Pascaud (Alex Rossi, Sandy Trash), Pacôme Genty (Rose Ttacet, Erevan Tusk, Mascara Snake).

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Interview :

Je vais être sincère avec toi. Ton premier album, je ne l’avais pas autant apprécié que celui-là. Je n’avais pas du tout été touché par ton travail. Et avec cet album, c’est tout le contraire.

J’ai fait un album beaucoup plus personnel, mais plus fou, parfois surréaliste. Le précédent album était centré sur les relations de couple passées, futures, fantasmées… Là, je parle toujours des filles, mais c’est annexe. C’est marginal. Ce disque est à mon sens beaucoup plus dérangeant.

D’où vient ce changement ?

Je me suis fait beaucoup plus confiance. J’ai beaucoup plus écrit que pour le précédent. Parfois, c’était même de l’écriture automatique sur 3, 4 chansons. Moi, j’ai l’angoisse de la page blanche, c’est pour ça que je demande de l’aide pour l’écriture à d’autres personnes bien qualifiées. Quand je reçois des ébauches de textes, je peux réagir et travailler sur ces textes. Bon, j’ai essayé de lutter contre cette angoisse. Pour moi, le texte, c’est comme un instrument, comme une basse. Si on me demande ce que veut dire telle ou telle parole, c’est comme si on me demandait ce que veut dire telle ou telle partie de basse. Ça me parle, mais ça ne veut pas obligatoirement dire quelque chose.

Teaser 1 de Mars en marche.

Tu es un solitaire dans la création, mais tu aimes bien être entouré.

C’est paradoxal, mais c’est humain. C’est solitaire parce que c’est comme ça que j’ai appris à créer mes propres chansons. J’ai joué dans des groupes et j’ai été frustré du processus de groupe. Suite à ça, je me suis mis à faire mes propres chansons seul. Mais, c’est nul d’être tout seul, donc je m’entoure pour l’écriture et même parfois pour des arrangements. Tout est une question de rencontre. Par contre, j’aime bien tout contrôler quand même.

Tu aimes bien avoir des propositions nouvelles et choisir, finalement.

Je commence à m’ouvrir. C’est vrai que je n’étais pas comme ça avant, mais j’ai compris aujourd’hui qu’on ne peut pas tout faire bien. Mon talent à moi, il est plutôt dans l’arrangement. Dans l’écriture totale, j’ai besoin que l’on m’aide, il faut le reconnaître. Il faut être conscient de ses faiblesses et de ses qualités.

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Tu es arrivé à Paris il y a 10 ans pour faire de la musique et tu viens de me dire que tu viens tout juste d’avoir confiance en toi musicalement et textuellement. Quel est l’élément déclencheur de ta nouvelle assurance ?

Il n’y a pas eu de déclic, ça a été un processus. À vrai dire, j’ai déjà fait 6 ou 7 albums tirés à 10 exemplaires et distribués uniquement aux amis. Ce sont les retours qu’ils m’en ont faits qui ont fini par être encourageants et qui m’ont poussé à continuer. Pour sortir un CD commercialisé, il faut déjà un certain standing. Mon premier, il y avait des maladresses, celui-ci est meilleur. En toute objectivité.

Tu chantes depuis longtemps ?

D’abord, il faut que tu saches que j’accepte l’idée d’être un chanteur depuis peu. Au début, j’ai fait des chansons, j’avais honte de les chanter, ensuite un peu moins honte, ensuite, j’ai pris conscience que j’avais une voix…etc. Mon assurance vient au fur et à mesure des expériences et du temps qui passe.

Teaser 3 de Mars en marche.

Tu as bien « bourlingué » en tant que musicien pour plein de groupes et de genres différents.

Quand j’habitais dans le sud de la France, j’ai fait notamment du metal et du jazz rock. Quand je suis arrivé à Paris, je me suis plus consacré au rock indé en accompagnant pas mal de gens. Querencia (pop rock indé à la Interpol) comme batteur, Dominique Pascaud (chanson française classe) comme percussionniste, Saibu (rock classieux en anglais) comme batteur, Alex Rossi (variété hype italo-gersoise) comme batteur, Myra Lee (pop folk indé ) comme percu, batteur, ou claviériste, Porco Rosso (pop française indé) comme batteur C++ désormais Chérie++ (chansons douces amères) comme ingé son, puis batteur, puis bassiste et enfin, Folks (pop française indé) comme bassiste. Folks, tu le connais, je crois.

Oui, je l’ai reçu ici. J’adore. Après avoir bossé pour le « milieu indé », on a envie d’être un peu plus sous la lumière ?

J’aime ce que je fais, je ne vais pas faire des choses plus basiques pour avoir plus de notoriété.

Mais, je trouve ton album très accessible et pas du tout underground.

Tant mieux alors ! Je suis au delta de la variété et du rock indé de toute façon. J’aime beaucoup la Véronique Sanson des années 70, Abba, des trucs comme ça…bien populaires, mais de qualité. Abba, c’est ma madeleine de Proust à moi. Quand j’étais petit, j’écoutais un conte musical qui s’appelle Abbacadabra.

Ah oui ! Mais je suis fan. Il y avait Daniel Balavoine, Frida, Plastic Bertrand, Catherine Ferry, Fabienne Thibeault !

Dis donc, c’est la première fois que je rencontre quelqu’un dans ma vie qui connait Abbacadabra !

"L'enfant do", extrait d'Abbacadabra (1983).

Oui, bon, ça n’a pas très bien vieilli…

En tout cas, en écoutant ça enfant, il faut croire que cela m’a marqué. Quand j’ai entendu Abba pour la première fois, je me suis demandé qui étaient ces gens qui copiaient Abbacadabra. Les Abba auraient eu la prod d’Arcad Fire, ils seraient le groupe ultime. C’est à la fois populaire et très grand public, mais il y a des éléments musicaux qui me plaisent vraiment. Ça ne s’entend pas forcément dans ce que je fais, mais c’est un groupe qui m’impressionne et que je respecte énormément.

Peut-on dire que Mars en marche est un disque conceptuel ?

Il y a un lien entre toutes les chansons en tout cas. La colère. Pour la blague, Mars, c’est le dieu de la guerre et de la fertilité. La sonorité « Mars en marche » me plait. Ça représente l’aspect guerrier en action.

Tes concerts vont devenir plus rock ?

Ça l’était déjà avant. Il y a aussi un côté electro parce que j’ai des programmations sur scène. J’ai un guitariste avec moi et je joue moi-même de la guitare. Mon côté rock indé ressort pas mal quand je donne un concert.  

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Tu joues aussi pour d’autres artistes. Nous nous sommes croisés au Prix Georges Moustaki. Tu accompagnais Céline Olivier.

Je joue encore pour d’autres, peut-être un peu moins en ce moment parce que je m’occupe de mon disque. J’ai besoin de ça aussi pour vivre artistiquement. Je n’en ai pas besoin financièrement.

Tu es chargé de mission au sein d’une cellule FSE (Fond social européen). Mazette !

Je ne sais pas si ça va intéresser les lecteurs de savoir ça. Ça n’a aucun lien avec la musique. Cela dit, j’ai une maitrise de maths. Pour moi, les maths, c’est de la poésie, ce sont des structures, c’est des formes, c’est de la beauté.

Les maths te servent-elles pour créer de la musique ?

Oui, mais pas dans le sens où les gens l’entendent, c'est-à-dire d’un côté froid et calculateur. Les maths, c’est plus le côté scientifique, c'est-à-dire l’erreur. On fait des erreurs et c’est de ses erreurs qu’on apprend. C’est ça la démarche scientifique.

Teaser 4 de Mars en marche.

Tristen sera en concert le 30 septembre 2013 aux 3 baudets et le 28 novembre à la péniche Antipode.

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Tristen et Mandor, le 28 juin 2013.

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