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17 septembre 2013

Eric-Emmanuel Schmitt : interview pour Les perroquets de la place d'Arezzo

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Rencontrer Éric-Emmanuel Schmitt est toujours un délice. Cet  homme érudit et charmant a été l’un des tout premiers mandorisés (en 2006), à une époque où je cachais encore mon visage et où (donc) personne ne savait qui se cachait derrière Mandor (voir là).

Dans ce nouveau roman choral, Les perroquets de la place d'Arezzo, Eric-Emmanuel Schmitt a voulu montrer qu’il y a autant de façons d’aimer, autant de sexualités différentes qu’il y a de peaux. Chacun arrive avec une histoire et des désirs différents. Il a écrit une sorte de petite encyclopédie romanesque des manières d’aimer. Il a aussi souhaité montrer qu’il n’y a pas de normalité en matière d’amour ou de sexualité. Pour lui, tant qu’il y a accord entre les parties, rien n’est répréhensible.

Bref, l’amour dans toute sa diversité selon maître Schmitt !

Le 17 juillet dernier, pour Le Magazine des Loisirs culturels des magasins Auchan (daté des mois de septembre/octobre 2013), nous nous sommes rencontrés dans un bar situé en face du théâtre qu’il dirige, le Théâtre Rive Gauche. Ce que j'aime avec lui, c'est qu'il ne mâche pas ses mots...

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(Voici l'intro, pour ceux et celles qui n'avaient pas pensé à se munir d'une loupe avant d'arriver sur cette page)

Autour de la place d'Arezzo se croisent, dans un voisinage élégant et contrasté, le fonctionnaire et l'étudiant, le bourgeois et l'artiste, la poule de luxe et la veuve résignée, mais aussi la fleuriste et l'irrésistible jardinier municipal. Jusqu'au jour où leur parvient une lettre, anonyme, identique, mystérieuse : "Ce mot simplement pour te signaler que je t'aime. Signé: tu sais qui." Une vraie bombe à retardement. Et chacun de s'enflammer, de rêver, d'y voir une promesse, un bonheur attendu, une blague, une menace. Éric-Emmanuel Schmitt revient avec une véritable anthologie littéraire de l’érotisme et des relations de couple.

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Voici le bonus mandorien (autant dire, la version longue de l'interview).

Il y a un moment où vous avez senti que ce nouveau livre était prêt ?

Oui, c’est exactement ce qu’il s’est passé. Je n’ai ni diagramme, ni plan, je n’ai qu’à tirer le fil et tout va se mettre en place très naturellement. Ça se fabrique tout seul dans une partie de mon cerveau. Mon rôle consiste ensuite à rendre ça lisible, visible, audible, mais ça existait déjà quelque part.

Pourquoi ce livre fait-il plus de 800 pages ?

Vous ne trouvez pas que c’est un peu chiche quand le sujet principal est l’amour ? Dans ce livre, je voulais avoir un regard encyclopédique sur toute forme d’amour et toute sorte de sexualité. Il y a une trentaine de personnages. C’est écrit bref, mais il y a beaucoup de protagonistes, donc il y a beaucoup à dire.

Vous faites toujours en sorte qu’aucune explication ne l’emporte sur une autre.

Je ne veux pas tomber sur le psychologisme ou tout s’explique par l’histoire des gens. Je n’exclus pas les données de nature, mais je ne réduis pas tout à elles. Je donne des clefs, mais en montrant qu’il n’y en a jamais une seule. Il y a un trousseau.

À lire votre roman, personne ne vit normalement…

Ça n’existe pas les gens qui vivent normalement, qui ne cachent pas des cadavres. Quand on pense que quelqu’un est normal, c’est qu’on en a une vision superficielle. Moi, personnellement, je ne connais personne de normal.

Il y a une forme d’œcuménisme dans cette observation des êtres…eric-emmanuel schmitt,les perroquets de la place d'arezzo,interview,mandor,magazine des loisirs culturels auchan,poussin 1er

Dans beaucoup de mes livres, je parle de religion et de spiritualité. Il y a ce regard d’intérêt et d’attention pour, sans jugement. J’ai le même regard pour la vie intime des gens. Dans ce livre, j’ai été très surpris de me trouver proche de tous les personnages.

Quel est le personnage qui vous ressemble le plus.

Il y en a plusieurs… en plus édulcoré (rires). Votre question a de l’intérêt, mais ma réponse n’en a pas. Ce qui compte, c’est que le lecteur fasse son propre cheminement par rapport aux personnages. Dans ma vie, j’ai toujours été plusieurs personnages, alors je suis obligatoirement bon nombre de personnages de ce roman. Je peux même me portraiturer dans la peau d’une femme. Je n’ai peur de rien… Dans ma vie, il y a des points d’ancrage, qui sont mes affections et mes fidélités, mais en même temps, il y a une vraie diversité qui fait que je peux être vraiment plusieurs de ces personnages.

Tout ce que fait Éric-Emmanuel Schmitt trouve un large public. Cette confiance met-elle de la pression.

Normalement, un auteur de romans fait un même roman tous les 18 mois. Moi, c’est un conte, un recueil de nouvelles, un gros roman, une pièce, un film, un essai sur la musique…  je varie mes activités. Ma spécificité, c’est d’être au rendez-vous, mais on ne sait jamais avec quoi. Ce n’est pas une pause de ma part. Dès que j’ai l’impression que je sais faire, j’arrête. Je veux retrouver le sentiment du danger, le sentiment de la première fois.

Redevenir puceau.

Oui, complètement. Vivre chaque œuvre comme si c’était la première fois.

Est-ce qu’écrire ce type de livre est une prise de risque ?

Je ne me pose pas ce genre de question, mais j’entends ça autour de moi. Moi, j’ai juste peur de ne pas être à la hauteur de ce que je me promets de faire.

eric-emmanuel schmitt,les perroquets de la place d'arezzo,interview,mandor,magazine des loisirs culturels auchanVous sortez aussi une bande dessinée, « Poussin 1er, cui suis-je ? » dessiné par Janry.

C’est un personnage que j’avais dans la tête depuis 25 ans et j’avais écrit certaines de ses histoires sous la forme de contes. Un jour, j’ai compris qu’il fallait que ces histoires deviennent une bande dessinée. J’ai donc rencontré les gens de chez Dupuis. Je leur ai raconté mon projet : un petit poussin philosophe qui est dans une bassecour avec des poules qui sont toutes plus idiotes les unes que les autres. Quand elles répondent aux questions, elles savent, mais sans avoir appris. Elles ont des opinions, des préjugés. Elles reproduisent la façon de pensée commune. Poussin, lui, pose des questions justes auxquelles il apporte des réponses fausses. C’est parti pour plusieurs albums. Je suis en train d’écrire le deuxième.

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Eric-Emmanuel Schmitt et Mandor le 17 juillet 2013.

Commentaires

cet auteur me touche plus que d'autres c'est ainsi ✿⊱╮
très bel échange comme d'habitude, le supplément d'âme qu'il faut ✿⊱╮

Écrit par : Lunaba | 04 octobre 2013

Bonjour,
Merci pour ce très bon entretien, vos questions sont pertinentes, c'est une belle manière d'entrer dans l'univers de l'auteur. Juste une petite remarque: 3e question avant la fin,je pense qu'il faudrait écrire dans la réponse d'EES: ce n'est pas une pose de ma part (et non pause). Merci encore, je dois à mon tour le rencontrer pour ne ITW radio, la semaine prochaine.
Bonne suite à vous
Bien cordialement
Magali Wiéner

Écrit par : Magali Wiéner | 29 octobre 2013

Les commentaires sont fermés.