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05 septembre 2013

Leïla Ssina : interview d'une chanteuse en devenir

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Je n’avais jamais entendu parler de Leïla Ssina avant que je ne la voie, à Tarbes, sur la scène du Pic d’Or 2013, alors que la jeune femme chante depuis quelques années déjà. Pour moi, c’était réellement une découverte. Les membres du jury de ce tremplin ont beaucoup apprécié ce qu’a dégagé cette chanteuse hors norme. À tel point qu’ils lui ont attribué le Prix d’interprétation (elle a reçu aussi le Prix ACP Manufacture Chanson). Et c’était mérité ! Leïla Ssina est donc venue à l’agence le 1er juillet dernier. Un peu timide, mais ayant la tête bien sur les épaules et pas la langue dans sa poche. J’aime beaucoup.

leïla ssina,interview,pic d'or,mandorBiographie officielle :

Leïla Ssina évolue dans un monde fou où Barbie tapine alors que les vaches se font interner et où le jeu de l’amour s’apparente plus à une partie de touché-coulé qu’à une promenade de santé. Et ne croyez pas que Leïla s’en satisfasse…

Comme elle respire, elle chante… Pour lutter, dénoncer et panser ses plaies aussi. De coups de griffes en coups du sort, de coups de gueule en coups de soleil, elle nous croque le tableau de sa vie et de son univers avec ses beautés et ses travers. Ses textes mêlés d’ironie et d’optimisme soulignent la seule posture possible face à ce monde marketé pour rester soi-même. Le rêve apporte du sens et Leïla interpelle notre vigilance pour rêver tout éveillé avec sa musique pop groove acide, mais nécessaire. Entourée de ces trois musiciens complices qui posent le cadre sans cesse en mouvement de cet univers de travers, Leila Ssina joue franc jeu avec une énergie brute et magnétique, à découvrir.

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leïla ssina,interview,pic d'or,mandorInterview :

Comment ton histoire d’amour avec la musique a-t-elle démarré ?

J’ai toujours adoré chanter depuis que je suis toute petite. Entre 15 et 20 ans, j’ai fait des chœurs et des refrains pour des groupes de rap. Ce n’était pas forcément ma « came » musicalement, mais ça me permettait de chanter. À un moment, j’ai eu de plus en plus envie de faire quelque chose de sérieux. Je me suis rendu compte que je ne parlais pas très bien le langage musical, donc j’ai intégré  ACP la Manufacture Chanson, il y a 10 ans maintenant.

On y apprend quoi ?

On apprend absolument tout de ce qu’il y a à savoir dans le métier de chanteur. L’écriture d’un texte, la composition, l’interprétation scénique. Le cursus à l’époque se passait en deux ans. La première année c’était le travail de création en groupe. Ils prennent 30 élèves en première année et on ne fait que des spectacles en groupe.

Un artiste est généralement un solitaire, ça ne doit pas être évident.

Ça ne l’est pas. Mais, en même temps, c’est indispensable. Même si un artiste est solo, il doit bosser avec une équipe. Déjà, il faut savoir avec qui on est capable de collaborer et avec qui ça ne sera pas du tout possible.

Ensuite, il y a la deuxième année.

Ils en gardent douze avec lesquels ils vont travailler sur le projet individuel de l’artiste. Il s’agit aussi d’affiner l’identité artistique du stagiaire. C’est super enrichissant.

As-tu su rapidement quelle direction tu souhaitais prendre dans la musique ?

C’était un peu compliqué parce que j’étais dans une école de chanson française plutôt traditionnelle. Je savais que je voulais chanter en français, mais ce n’était pas mon esthétique musicale personnelle. En français, j’ai plus écouté Nougaro et Jonasz, des gens qui groovent. Comme j’aime beaucoup ce qui groove, j’ai donc aussi beaucoup écouté de variétés internationales. Moi, je voulais faire un truc type variété internationale, mais chanter en français. J’espère y parvenir.

LGDM en live au Pic d'Or 2013.

Au Pic d’or, je t’ai vu chanter 3 chansons aux textes forts et qui délivraient des messages.

Je ne suis pas dans la revendication pure, je suis plutôt dans l’ironie. J’aime bien me moquer des incohérences de la société. Quitte à avoir la parole, autant raconter des choses intéressantes.

Prendre l’angle de l’ironie, voire du sarcasme, ça évite la démagogie finalement ?

Je fais super gaffe à ne pas devenir démago. J’ai toujours besoin de savoir si je suis crédible quand je chante une chanson parce que j’ai besoin d’assumer à 200% ce que je chante. Je fais donc écouter à des oreilles que je juge de confiance... mon comité d’écoute.

Il faut du talent pour écrire des chansons sociétales ironiques. Tu en as beaucoup.

Parfois, j’aimerais bien écrire des chansons plus légères, mais je n’y parviens pas trop. Je ne veux pas me faire enfermer dans le costume de la femme qui chante des chansons sarcastiques. Je n’écris pas toute seule… Pour diversifier ce que je raconte, j’ai besoin de me faire aider. Je commence toujours par quelque chose de très poétique pour tomber rapidement dans la gravité.

Pourquoi ?

Je trouve qu’on est dans une société malade et qu’il vaut mieux en parler à son échelle que s’en foutre.

"A payer" en live au Pic d'Or

Parfois, j’ai souri en t’écoutant chanter.

Ça me rassure parce que je préfère faire sourire que faire pleurer. Ce que je dis n’est pas marrant dans l’absolu, mais je n’ai pas envie que lorsqu’on écoute mon disque on ait envie de se pendre. Il y a dans mes propos aussi de l’optimisme.

Optimisme ? Ça ne me serait pas venu à l’idée de dire ça de ton œuvre.

Bon, fondamentalement non. Mais on met des musiques derrière un peu enthousiastes pour faire passer la pilule.

Un artiste doit-il forcément dénoncer ?

Pas obligatoirement. Je pense que chacun à sa cuisine, son fonds de commerce, son cheval de bataille. Il y a des artistes qui n’interprètent que des textes légers et que j’aime beaucoup. J’adore aussi les vieux Renaud. Je trouve qu’il a un sens de la formule incroyable.

Admires-tu des artistes français plus récents ?

Oui, sans hésitation, Clarika (mandorisée ici). Il n’y a rien à jeter dans ce qu’elle fait. Les textes, les mélodies, les orchestrations sont magnifiques. Et en plus, c’est une bête de scène.

leïla ssina,interview,pic d'or,mandorClarika a un Pygmalion, Jean-Jacques Nyssen. Toi aussi, tu en as un: Édouard Coquard, musicien multi-instrumentiste et arrangeur de grand talent avec lequel tu as réalisé ton EP.

C’est hyper important d’avoir quelqu’un qui travaille avec toi. C’est un métier qui est hyper compliqué. Il faut énormément de temps, d’argent, de travail pour arriver à en faire quelque chose. Il est donc important d’avoir la base solide, en fait. Nous, au final, ce qui nous éclate le plus c’est de faire des chansons et les chanter. Et c’est important que cette combinaison fonctionne. Quoiqu’il se passe, que ça marche ou que ça ne marche pas, nous, on fera toujours des chansons.

Pour l’instant, il n’y a pas d’EP officiel. Mais vous y travaillez en ce moment.

Oui, on a même terminé. On va tenter une sortie numérique de l’EP avant la fin 2013 et une sortie physique au début 2014.

Ça permettra au public et aux professionnels de te découvrir réellement.

Oui, mais c’est dommage de devoir attendre un EP pour découvrir un artiste. Il n’y a plus de chercheurs de talents nouveaux. Des gens qui vont dans les petites salles à la découverte des jeunes qui promettent…

Je suis d’accord avec toi. C’est un métier qui n’existe plus.

Il n’y a plus de découvreur de talent. Personne n’écoute des artistes inconnus au bataillon, comme vous, vous avez pu le faire au Pic d’Or. Moi, je ne connaissais personne là-bas, juste Thierry Cadet, dont je savais qu’il n’était pas spécialement fan de ce que je faisais. En tant qu’artiste émergent, quand on va dans des conférences sur « comment développer son projet ? », c’est hyper décourageant parce que les professionnels nous disent : « n’envoyez pas vos CD, on n’écoute pas ! On en reçoit beaucoup trop ».

Ce n’est pas toujours vrai. Pour ma part, j’écoute tout, mais il ne faut pas être pressé. Et je fonctionne beaucoup au hasard des rencontres… comme ça a été le cas pour nous à Tarbes.  D’ailleurs, quand je t’ai vu, tu n’avais pas l’air d’avoir le trac là-bas.

C’est bien si tu as cru cela. J’essaie d’être complètement dans ce que je chante. Je rentre dans le texte. Il m’est arrivé d’être même complètement habitée. Ça m’évite d’être paralysée par le stress et le trac.

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Quand tu chantes, tu es habitée, c’est exactement ça. Du coup, là, je te vois dans l’exercice de l’interview et je te trouve sage, voire timide.

Mais, en vrai, je suis timide tendance extravertie. Là, on ne se connait pas vraiment, mais en général, je suis plutôt drôle en société.

Tes années rap, quand même, on les retrouve dans ton phrasé, ta façon de chanter, ton flow.

Je pense que ça m’a influencée, j’en écoute encore aujourd’hui. Il y a des projets hip-hop que j’aime beaucoup. Que je trouve sérieux et bien écrit. Je n’ai aucun problème avec le monde du rap.

Tu te donnes combien de temps pour réussir ta vie de chanteuse ?

5 ans. Je me donne 2 ans pour carburer et 5 ans pour voir où ça va me mener. Alors, je ferai un bilan.

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Commentaires

Une belle et longue interview qui permet de mieux connaitre cette nouvelle chanteuse que je ne connaissais absolument pas, mais les deux videos de Leïla Ssina mon fait découvrir une superbe voix, une belle surprise, mais dommage que les titres ne soient pas encore disponible sur Itunes

Écrit par : Martina | 05 septembre 2013

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