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11 août 2013

Laetitia Chazel : interview pour Drôle de genre

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J’ai déjà mandorisé Laetitia Chazel, il y a moins d’un an, à l’occasion de la sortie de son premier roman, Le dégoût. Il a d’ailleurs reçu à cette époque le Prix du roman du mois des Espaces culturels Leclerc et Télé 7 Jours.

En cet été 2013, elle revient avec un second livre, Drôle de genre. Une enquête sociale mâtinée de polar menée de main de maître. L’écriture de Laetitia Chazel est sans fioriture et précise. Elle a l’art de nous inciter à tourner la page suivante de manière compulsive. Laetitia Chazel fait désormais partie des auteurs que je suivrai avec attention et que j’accueillerai ici le plus souvent possible…

Le 26 juin dernier, nous nous sommes donnés rendez-vous à l’agence pour une deuxième rencontre.

drole-de-genre.jpgLe mot de l’éditeur :

À 40 ans, Janis-Pearl, capitaine de la Brigade des Mœurs vit seule avec son chat à Paris. Après une enquête qui tourne mal par sa faute et son entêtement, elle quitte la police. Comme elle vient d’hériter de son père, rock star déjantée des années 70, elle projette d’acheter une maison dans les Alpilles où réside Jade, sa seule amie. Elle n’a pas uniquement hérité d’une jolie fortune de son père, elle tient son prénom aussi psychédélique que l’était sa mère, emportée ad patres par les paradis artificiels. Et pas mal de blessures sans nom.

Installée chez Jade et Toni qui tiennent une maison d’hôtes, flanquée d’un mentor en la personne du voisin Victor, Janis se lance dans sa nouvelle vie avec application. Jusqu’au moment où près de là, une petite fille, placée dans une famille d’accueil, disparaît. Contre toute attente et malgré son expérience, Janis refuse de se mêler de l’affaire. À l’inverse, elle se passionne pour les révoltes et désarrois d’Emma, la fille du couple de notables dont elle envisage d’acheter la maison. Persuadée qu’Emma est battue par son père, l’ex-flic de la brigade des Mœurs prend fait et cause pour l’adolescente. Elle accepte de l’aider au point d’organiser un chantage.

Que cherche donc Janis-Pearl, cette drôle de fille d’un « drôle de genre » ? Quel est ce secret dont elle est incapable de parler ? Quelles ombres risquent-elles de surgir des ténébreuses affaires dans ces Alpilles en plein soleil ?

L’auteur :

Née en 1963 dans le Gard, Laetitia Chazel vit entre Paris et un hameau près d’Uzès dans le Gard. Après avoir exercé ses talents dans le monde de la publicité, elle est aujourd’hui scénariste et romancière. Elle a publié Dégoût en 2012 (Alma éditeur). Drôle de genre est son second roman.

DSC08251.JPGInterview :

Après le dégout, déjà un deuxième roman. Tu sors un livre par an, comme Amélie Nothomb finalement ?

L’idée, ce serait d’en sortir un par an, jusqu’à l’année prochaine. Le 3e est prêt pour la même époque. Entre Dégout, Drôle de genre et le prochain, dont je ne te donne pas encore le titre, il y a l’idée d’explorer l’idée de manque. Dans Dégout, c’était le manque du sens de l’odorat et du goût, dans Drôle de genre, j’évoque plutôt le manque affectif et la solitude et dans le troisième, ce sera le manque de liberté. Après, j’arrêterai et je passerai à autre chose.

Tu veux éviter toute référence autobiographique dans tes livres. Pourquoi ?

Beaucoup d’écrivains racontent leur vie, je ne vois pas en quoi la mienne aurait un quelconque intérêt pour les lecteurs. Dans Dégout, j’ai voulu tellement m’éloigner de moi que j’ai pris un homme comme héros. Pour Drôle de genre, j’ai pris une fille, mais je pense qu’elle est assez différente de moi.

Ton héroïne est très attachante, je trouve.

C’est marrant parce qu’il y a des gens qui la détestent. Un journaliste qui a écrit un papier sur mon livre a affirmé que c’était « le genre de personnage qu’on adore détester et qu’on déteste adorer. »  

Je n’ai pas du tout eu ce sentiment-là, parce que tu expliques bien tout ce qu’elle a vécu. Les problèmes qu’elle a subis étant jeune, ses problèmes de manque de confiance dans le cadre de son travail en tant que policière.

Moi, je l’ai faite très solitaire, très isolée, mais j’ai voulu qu’elle s’ouvre. Elle part vers le soleil chez des amies de manière positive. C’est pour ça que j’insiste, quand la petite fille disparaît, sur le fait qu’elle n’en a rien à faire. Elle veut juste acheter sa maison, vivre une autre vie et ne surtout pas replonger dans une nouvelle enquête policière, ne plus remettre les pieds dans sa vie d’avant. C’est pour ça que les gens se sont dit « elle est étrange cette fille, un enfant disparaît, elle refuse de s’en occuper ». Moi, je l’aime beaucoup Janis.

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Il y a plein de fausses pistes dans ton livre.

Oui. Tu commences le premier chapitre, tu te dis que c’est un roman policier, le deuxième chapitre, elle n’est déjà plus policière… et ainsi de suite. Quand elle arrive dans le sud, on pourrait se dire que ça prend la tournure d’un téléfilm de France 3. Il y a quelqu’un qui arrive dans un petit village et comme par hasard, il y a une disparition. Je voulais qu’autour de ses fausses pistes, mon héroïne continue à rester droite dans ses bottes.

Ce qui est certain, c’est qu’elle n’a pas des réactions communes à celles que pourraient avoir d’autres personnes dans des circonstances similaires.

Je pense que son manque réel affectif et cette peur de l’amour, qui deviennent évidents quand Victor arrive dans l’histoire, font de cette femme une personne qui n’est pas comme tout le monde. Je pense que si Janice était assise avec nous, on sentirait quelque chose émaner de sa présence un peu différente de nous. Enfin j’espère.

chazel320_973319694_north_320x.jpgTu en parles comme si le personnage existait.

Parce que pour Bart, le héros de Dégout, beaucoup de gens sont venus m’en parler dans les signatures. Ils me disaient d’embrasser Bart pour eux ou de le saluer. Je trouvais cela étrange et même saisissant. Du coup, il est devenu un peu existant. D’ailleurs, je lui ai dédicacé Drôle de genre. Le prochain sera donc dédicacé à Janice, c’est déjà prévu. Si tu veux, je ne suis pas du tout amoureuse de mes personnages, mais j’ai l’impression qu’ils prennent corps après les avoir imaginés.

Il y a des personnages de ton livre auxquels je ne parviens pas à m’attacher. Victor, par exemple. Il est vénal et velléitaire. Ça fait beaucoup pour un seul homme. Je m’étonne que Janice envisage la possibilité d’entretenir une relation avec cet homme.

C’est la première fois qu’elle a une telle proximité avec un homme. En plus, elle vit avec lui et il est gentil. Et comme il a côté un peu déprimé parce que sa femme l’a quitté, il ne voit plus ses enfants, il a un côté touchant quand même. Il n’est pas fait pour être super sympathique, mais pour Janice, il est quand même une sorte d’appui.

Ton livre est un peu sociétal. Il se passe dans un petit village du sud de la France. Il y alaetitia chazel,drôle de gens,interview,mandor un couple de femmes homosexuelles qui tient un mas. Une jeune fille disparait. On les accuse directement…

Oui, en plus, elles ont des hôtes qui sont homos, ce qui n’arrange rien. J’ai lu quelque part que c’était un combat contre l’homophobie. Il se trouve que ce livre est sorti en plein milieu de ces histoires de mariage pour tous, mais je l’ai écrit l’année dernière. Moi, je vis dans un village, dans le sud  et j’entends bien ce qu’il se passe. Je pense que l’homophobie est prête à rejaillir à n’importe quel moment…  les gens sont bien intégrés et soudain, quelque chose ne va pas et hop ! On en profite pour faire une différence de traitement. Les homos y sont forcément pour quelque chose… Mais, tu ne m’as pas dit, tu as aimé alors ?

Oui, beaucoup, sinon tu ne serais pas là. Et comme le départ frise le polar, je me suis dit que tu devrais te lancer dans ce genre carrément.

Pour le moment, je ne me vois pas écrire un policier. Il faut que j’affine mon style et que je le trouve davantage. C’est pour cela que j’écris un livre par an. Je vais avoir 50 ans cet été et je me dis qu’il faut que j’y aille à fond. Dans la symbolique, j’ai fait de la pub pendant 20 ans, je n’ai plus de temps à perdre pour la littérature. À chaque fois, ça va être un peu polar et enquête sociale.

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Tu décris la complexité de l’âme… aucun de tes personnages n’est manichéen.

J’adore l’idée d’avoir beaucoup de personnages très différents et faire naviguer tout ça. Ils représentent ce que nous sommes tous. Personne n’est tout rose et tout noir. Quand tu sais cela, tu peux jouer avec tes personnages.

Tu t’y retrouves comment avec eux ?

Je fais rire tout le monde chez Alma. Un jour, je leur ai expliqué comment je travaillais. J’ai des fiches personnages. Je me fais une bible pour chacun d’eux. J’écris une histoire autour d’eux et ensuite, je réunis tout le monde.

laetitia chazel,drôle de gens,interview,mandorComment se passent tes relations avec Alma ?

Il faudrait leur demander, mais moi, j’ai l’impression qu’elles sont bonnes. J’étais tellement contente qu’ils me choisissent pour Dégout. Ils débutaient, moi aussi. Ca créé des liens. Ils ne savent pas vraiment où je vais, mais ils me font confiance. Le livre que j’écris actuellement, ils connaissent à peu près l’idée, j’ai écrit une centaine de pages, pour l’instant, personne ne m’a demandé de les montrer.  

Tu retravailles beaucoup avec eux, je crois.

C’est un truc qui m’est resté de la pub. Toute la journée, on te refait faire le travail effectué.  Je n’hésite jamais à reprendre quand on me fait des remarques. Il y a eu 5 versions pour ce livre, 5 versions pour Dégout. Pour moi, ce ne serait pas la meilleure solution de m’enfermer en me disant que j’ai raison. Il faut savoir accepter de dire oui à ce qu’on te propose de modifier, pour que la fois où tu dis non, on respecte ce non. C’est du donnant donnant. Il y a des choses sur lesquelles il ne faut pas transiger.

Tu relis ton livre à haute voix avec ton éditrice…

J’aime bien le son des mots. Tu vois, mon système de phrases avec les adjectifs accolés, je trouve que ça sonne. Ce n’est pas du rap, mais c’est la même idée. J’aime quand c’est efficace.

Et c’est très efficace. On reconnait bien là, la fille de pub. 546580_10151113282349189_636423167_n.jpg

Il n’y a pas longtemps, tu as mandorisé Grégoire Delacourt, qui lui aussi vient de la pub… il n’emploie pas le mot efficacité, mais on fonctionne un peu de la même façon. On a la même culture.

Lui est conscient que la pub l’a aidé à trouver des formules.

Mais moi aussi. Nous avons sans doute des automatismes. Il y a une forme de cousinage entre nous.

Parle-nous de la couverture illustrée par Loustal.

Il a été contacté par Alma. Il a reçu quelques extraits du livre et il s’est fait raconter l’histoire. Quand j’ai vu l’illustration arriver, j’ai été assez bluffée. Elle reflétait parfaitement l’ambiance du livre. Mais Loustal, tu l’as compris, je ne le connais pas en vrai.

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Commentaires

Extra la découverte de Laé... connue enfant elle m'a toujours impressionné. Elle respire la liberté vrai authentique! Je l'adore.

Écrit par : cohidon | 23 août 2013

Super ITW, merci à Laetitia Chazel d'y avoir répondu avec autant de franchise :)

Écrit par : Camille | 15 mai 2014

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