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26 juillet 2013

Guillo : interview pour Super 8

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Guillo est un artiste dont j’avais beaucoup entendu parler, mais dont l’œuvre m’avait échappé. Je voyais son nom de-ci, de-là… j’entendais dire que l’homme écrivait bien et que son sens de la mélodie était remarquable.

Parfois, les évidences m’échappent, mais il m’arrive de les rattraper. 

Et c’est à Tarbes que l’évidence m’a sauté aux yeux.

Guillo était l’un des artistes présélectionnés pour le Pic d’Or 2013, tremplin dont je suis juré. J’ai eu un coup de foudre immédiat.

La voix, les textes et la musique, tout me parle chez Guillaume Galiana.

Quelques semaines après le Pic d’Or, je lui ai demandé de venir à l’agence, histoire que l’on fasse connaissance plus tranquillement. C’était le 20 juin dernier…

guillo,guillaume galiana,interview,pic d'or,super 8,mandorBiographie officielle, mais considérablement réduite…

Sur scène Guillo capte rapidement l'attention, on voit l'homme et on ne tarde pas à aimer l'artiste, auteur-compositeur-interprète à la plume sensible, doué pour la phrase et la mélodie. L'instant présent, les souvenirs que l'on partage et le quotidien qui nous frôle nourrissent ses chansons…En filigrane, les émotions défilent sur l'écran d'un univers teinté de nostalgie et de douceur.

Guillaume Galiana voit le jour en 1974. À 18 ans, il quitte Gonesse et s’installe dans les Landes avec la ferme intention de poursuivre ses études…Première guitare, premier groupe et premier prix d’interprétation lors d’un tremplin organisé à Pau par l’association AMPLI…

Il participe dès lors à l’aventure de plusieurs troupes en tant qu’interprète et officiera comme chanteur d’un groupe de bal pendant 7 ans...
En parallèle, il mène le projet Guillo qui connaitra plusieurs configurations scéniques et dont il reste à ce jour l’auteur-compositeur interprète.

Après quelques 250 concerts, il est sélectionné pour participer comme auteur aux 26èmes Rencontres d’Astaffort…Le Repérant à cette occasion, le Staff de Voix du Sud lui propose un accompagnement de 2 ans...

Devenu depuis intervenant pour Voix du Sud, Guillo anime aussi des ateliers de créations de chansons hors les murs ou dans les locaux de l'association à Astaffort.

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Interview :

Tu as commencé la musique à Gonesse, ville dans laquelle tu as passé ton enfance ?

Non, j’ai commencé à écrire des textes à 16 ans, mais je ne faisais pas de musique du tout à l’époque. J’avais essayé, mais sans succès. D’ailleurs, mes textes étaient plutôt des poèmes, je ne pensais pas du tout à faire des chansons. Je faisais ça parce que je baignais un peu dans un univers littéraire. Mon frère écrivait lui aussi, mon père était prof de français. Il y avait des livres partout à la maison. J’ai cette culture. J’ai même suivi un cursus littéraire jusqu’à aller en fac d’anglais à Pau. C’est là que tout à commencé.

C’est amusant parce qu’à Tarbes, Stéphane Rigot, le directeur du Théâtre des Nouveautés, et moi-même t’avons remis le Prix du texte au Pic d’Or 2013. Il y a une espèce de logique…

C’est pour ça que tu m’as vu hyper touché sur scène. Ce prix avait vraiment du sens pour moi. En Suisse, j’avais eu le prix du public, ça m’avait hyper touché aussi.

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(Photo: Nöt Pixbynot)

On reviendra au Pic d’Or tout à l’heure… Aujourd’hui, tu t’es installé dans les Landes.

Depuis tout petit, on avait une maison de vacances là-bas et c’est la maison dans laquelle j’habite aujourd’hui. Un jour, j’ai racheté cette maison à mes parents et à mes frères et sœurs et maintenant, j’y vis. Aujourd’hui encore, c’est le seul point de chute familial que nous avons qui nous rattache à notre passé.

Je crois savoir que tes parents sont pieds-noirs.

On n’a pas vraiment d’attaches, de racines ici en France, à part cette maison. Dans les Landes, je suis un enfant adoptif, pas natif. Je me sens quand même chez moi comme nulle part ailleurs.

Je récapitule, tu commences à écrire des textes à 16 ans, mais la musique, elle arrive quand ?

À 18 ans, j’arrive à Pau. Je m’inscris en fac, en DEUG d’anglais et je rencontre des types qui montent un groupe de blues et de rock et qui cherchent un chanteur. Avant, je n’avais jamais chanté, mais j’y découvre un plaisir immédiat. Petit à petit, je commence à présenter mes textes à ce groupe. Beaucoup en anglais au début. J’ai appris la culture rock grâce à eux, alors que moi j’écoutais de la chanson et de la variété.  

Tu écoutais quoi comme chanteurs français ?

Mon père écoutait Georges Brassens, Yves Duteil, ma sœur Cabrel et mon frère Téléphone, Van Halen, AC DC… donc, j’ai baigné dans ces deux univers-là. Aujourd’hui, j’aime toutes ces musiques. J’ai moi-même beaucoup écouté Goldman… j’étais fan. Lui, il a beaucoup joué dans mes inspirations.

Tu as ensuite enchaîné les groupes et joué dans des baloches pendant près de 10 ans.

C’est long, mais il me fallait ça pour apprendre le métier. C’est hyper formateur. Aujourd’hui j’apprécie de jouer une heure, une heure et demie mes chansons plutôt que de jouer 4 heures de reprises devant une foule fortement alcoolisée.

Ça permet d’apprendre à capter l’attention…

Tu apprends à être « frontman ». À aller chercher les gens dans des conditions parfois compliquées. Quand tu as fait ça, tu es prêt à faire n’importe quoi, même le pire.

guillo,guillaume galiana,interview,pic d'or,super 8,mandorTu as fait aussi pas mal de concerts à domicile.

La proximité est telle qu’on a intérêt à savoir communiquer. Je pense qu’il faut avoir un tempérament adapté à ça. Il y a des artistes que je connais qui me disent qu’ils seraient incapables de faire ça.

Y a-t-il eu un déclic ou un moment où tu as décidé de faire ce métier sérieusement ?

Quand j’ai considéré que j’avais quelques textes intéressants en poche, j’ai formé un duo avec un pote. Il s’appelait déjà Guillo. Mon premier groupe à Pau n’était pas encore séparé, d’ailleurs. Je menais les deux formations en parallèle. Je faisais mes petites maquettes, j’avais loué un studio pour faire des autoprods. C’est aussi à cette époque-là que j’ai rencontré mon manager Seb. Il est d’ailleurs toujours avec moi aujourd’hui. Je travaille avec lui en totale cohésion. Il est essentiel pour moi et pour le projet Guillo.

Est-ce que tu commences à savoir où tu veux aller musicalement ?

Oui, même si j’évolue constamment. Maintenant, je sais au moins ce que j’ai envie de faire ou de ne pas faire. Et surtout, aujourd’hui, j’ai appris à m’écouter. J’ai arrêté de me censurer. Je sais ce qui me plait dans les thèmes, dans le choix d’angle d’attaque. Je me fais plaisir à moi d’abord. J’ai juste envie de monter sur scène en croyant à mes chansons à 200%.

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Dans le Rock&Folk de juin 2013.

Tu me parlais de Cabrel… aujourd’hui, puisque tu vas souvent à Astaffort, tu le connais très bien. C’est curieux de connaître personnellement quelqu’un qu’on a beaucoup écouté ?

Il est hyper accessible et simple. J’ai fait 4 ou 5 dates avec lui en première partie sur sa dernière tournée. J’ai rencontré Aurélie, sa fille. Elle était stagiaire à Astaffort en même temps que moi. Sorti de ce stage, on a fondé un collectif et on s’est revu quelquefois, puis on a refait des résidences. Donc le lien s’est créé avec Aurélie. Elle m’a même fait rencontrer ma compagne d’aujourd’hui. Sans m’en apercevoir, le lien avec Astaffort et Cabrel s’est fait un peu insidieusement, mais ça me remplit de joie aujourd’hui. J’y retourne régulièrement. L’équipe de Voix du Sud  m’appelle pour les ateliers d’écriture avec les collégiens et pour les labos chansons, qui sont une espèce d’anti chambre des Rencontres d’Astaffort. On est là pour encadrer les gens qui viennent chercher des conseils.

Tu aimes communiquer ton savoir ?

Oui, mais transmettre n’est pas évident. Il faut se mettre dans la peau de celui à qui on demande des conseils et qui doit en prodiguer. Quand on rencontre les gens aux Labos chansons, on est clair dès le départ. Il y a des gens qui sont débutants, mais il y a aussi des gens qui commencent à avoir une bonne expérience. La frontière n’est souvent pas énorme entre eux et nous. Moi, je suis encore un artiste en développement. J’ai de l’expérience, mais on n’a jamais fini d’apprendre.

Guillo-Si j'étais Marty McFly (acoustique) from Guillo on Vimeo.

guillo,guillaume galiana,interview,pic d'or,super 8,mandorParlons de ce premier vrai album, Super 8,  qui vient de sortir…

On a fait deux autoprods avant ce disque, l’un en 2003, l’autre en 2008. C’était Guillo sous forme de groupe. Une chanteuse m’accompagnait. Je ne m’étais pas encore trouvé artistiquement. Ça partait un peu dans tous les sens. Tout ce qui était avant cet album, c’était du brouillon. Super 8, c’est le premier disque où j’ai un vrai fil conducteur.

Tu fêtes les 10 ans de Guillo, je remarque.

Il faut au moins 10 ans de pérégrinations et de remises en question pour commencer à se connaître et à savoir ce que l’on veut. Mon terrain à moi, c’est l’émotion et la sensibilité. Je suis bien à l’aise là dedans, j’ai envie de partager ça avec les gens. Je ne suis pas bon dans la chanson engagée.

Tu as essayé ?

Oui. Si j’arrive à parler de la société, c’est par un biais détourné. Je ne suis pas de l’école Saez ou des gens comme ça. Je n’écoute pas Saez, mais je l’admire quand même. Il est radical. J’ai tendance à apprécier les artistes qui sont à l’opposé de moi. Moi, je suis plutôt dans l’histoire personnelle, la petite histoire quotidienne.

Tu parles aussi du temps qui passe, de l’enfance. L’ambiance est mélancolique.

Peut-être qu’en racontant mes souvenirs, j’ai voulu aussi parler indirectement un peu de mes parents. Il y a deux trois allusions, notamment dans « Fais-moi danser » dans laquelle je parle d’une grand-mère qui a perdu la mémoire. Il y a une petite allusion à Alger. C’est le seul moment explicite de l’album où je fais référence à ça, mais à mon avis, c’est implicite dans beaucoup d’autres titres.

Tu tournes pas mal et ce depuis des années…

Oui, j’essaie de ne pas tourner en rond, du coup, je suis en tournée toute l’année.

Lors du Pic d'Or 2013, "Le chien de la fille" en acoustique (Lebert-Galiana).

La remise du Prix du texte à Guillo lors du Pic d'Or 2013 (par Stéphane Rigot et moi-même).

Puis-je te demander pourquoi tu as fait le tremplin du Pic d’Or, étant donné que tu es déjà dans un circuit fort honorable ?

Avec mon album qui vient de sortir, ça lui permet de le mettre en lumière. Surtout quand on repart avec un prix. Ça me permet aussi de faire des rencontres. Avec d’autres musiciens, d’autres chanteurs, des journalistes comme Thierry Cadet, Jean-Pierre Pasqualini et toi. Et puis, ça déclenche souvent des dates derrière. Tarbes, ça été trois jours superbes. Cela a été pour moi une expérience très très riche. C’est quasiment une ambiance festival avec un plateau d’une extraordinaire qualité.

Je crois d’ailleurs que tu vas travailler avec le gagnant du Pic d’Or de cette année, Askehoug.

On va bosser ensemble au mois de janvier, mais on le savait avant de se rencontrer à Tarbes. Du coup, sur place, on a bien sympathisé. Bordeaux chanson est une association qui organise à la fois des concerts à domicile et un festival. Chaque année, elle fait se réunir trois artistes dans un appartement et ils échangent leur répertoire. Il y aura donc Askehoug, Gérald Genty et moi. On va faire trois représentations à Bordeaux.

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23 juillet 2013

Keen'V: interview pour Ange ou démon

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-Ce que tu fais, à priori, c’est l’antithèse de ce que j’aime. J’ai 46 ans et je ne corresponds pas du tout au public visé. Mais ça m’intéressait quand même de te rencontrer. Par curiosité.

-Merci de ta franchise. Je comprends parfaitement que mon travail ne te touche pas.

-Mais, j’ai bossé sur ton disque comme je le fais sur n’importe quel autre disque que je traite habituellement et je dois dire que j’ai été surpris par tes chansons calmes et émouvantes comme « Mon père », « Elle nie l’évidence » ou « Malgré moi ». Ce sont réellement de très bonnes chansons. Je te suivrais presque avec intérêt si tu développais ce côté-là de ton répertoire.

-Moi, pour le moment, je suis bien avec ce que je fais et j’adore les morceaux rythmés que tu n’aimes pas. C’est dans celles-ci que je me sens le plus à l’aise et que j’aime le plus chanter… Tu sais, moi je chante pour faire danser et amuser les gens. Donner un peu de légèreté dans ce monde quand même pas mal obscur, il n'y a rien de déshonorant...

C’est ainsi que nous avons débuté notre conversation/interview avec Keen'V, le 9 juillet dernier dans au bar d’un hôtel parisien.

Voilà tout à fait le genre d’artiste vers lequel je ne viens pas naturellement. Et c’est (aussi) ce que j’apprécie dans mon métier. Rencontrer quelqu’un qui ne m’inspire pas un intérêt grandiose (voire même qui m’indispose textuellement et musicalement) parce qu’un des médias pour lequel je travaille m’y incite… et être surpris. Par les qualités humaines et les propos échangés.

J’ai rencontré Keen'V pour le site musical auquel je collabore, MusiqueMag (l’interview originale est visible là.) Mais, j’ai aussi chroniqué le disque pour lequel je rencontre l’artiste pour Le magazine des espaces culturels Leclerc (daté des mois de juillet/août 2013).

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keen v,ange ou démon,interview,musiquemagInterview :

Dans cet album, il y a le Keen'V que l’on connait, chansons légères sur rythmes dansants, mais aussi des chansons profondes et émouvantes. Celles-ci ne sont heureusement pas inspirées de ta vie personnelle.

Comme je me suis mis une grosse carapace, j’ai du mal à être touché par quoi que ce soit. Donc, j’ai du mal à m’inspirer de mes propres difficultés. Il y a juste en amour où, éventuellement, je parle un peu de mes histoires.

Ce qui est curieux dans ce disque, c’est qu’il a des chansons comme « Quitte-moi » dans laquelle tu joues une ordure et celle qui lui succède, « Je ne gâcherai pas tout », dans laquelle tu es l’homme idéal.

C’est l’antagonisme parfait. Tu as l’enculé et le mec adorable. Je suis content que tu aies employé l’expression « jouer », parce que c’est exactement ça. Je joue mes chansons et ce n’est jamais moi. J’aime bien prendre la musique comme si c’était de l’acting, comme si je jouais un rôle. Je me mets dans la peau du personnage. Jouer un enculé, personne ne le fait, pourquoi ne le ferais-je pas ?

Clip de "Copine de baise".

Comme tu le fais par exemple dans « Copine de baise », qui est une chanson très provocante.

J’ai eu pas mal de relations longues jusqu’au jour où je n’ai plus cru à l’amour. Aujourd’hui, comme je n’ai pas le temps de me poser, au final, j’ai des copines de baise. J’ai toujours dit que j’étais célibataire, mais que j’avais des copines. Je n’ai aucune honte à l’avouer et désormais, à le chanter.

C’est le quatrième album. Trouves-tu que ta carrière a progressé rapidement ?

Non. On a eu le temps de voir arriver les choses. En 2008, l’album Phenom’N a bien marché avec notamment le titre « À l’horizontale». On a fait deux ans de tournée avec ce disque. Quant j’ai sorti « J’aimerai trop » en 2001, tiré de l’album Carpe Diem, là par contre, on a été largué. On n’a pas vu arriver ce tube. À part ce méga succès, je trouve que tout est allé en progression.

Je sais que tu as l’impression qu’on te met des bâtons dans les roues. Explique-moi pourquoi tu as cette sensation ?

Je ne joue pas au people, moi. Je ne suis donc pas dans les petits papiers de certains. Je préfère me concentrer sur la musique pendant que d’autres sortent en soirée à boire du champagne.

Tu ne joues pas le jeu du show-biz.

Du tout. De la promo oui, mais pas du show-biz. La promo, à partir du moment où les questions sont intelligentes, c’est un réel plaisir. En toute honnêteté, je n’aime pas la foule et particulièrement la foule en mouvement. Sur scène ça va, mais je ne pourrais pas traverser la foule comme Johnny Hallyday.

Clip de "La vie du bon côté".

Dans ce disque, il y a plein de genres musicaux.

Je n’ai rien à prouver à quiconque. Sauf à mon public. Dans chacun de mes albums, il y a des styles musicaux différents, mais effectivement, dans celui-ci, nous sommes allés un peu plus loin. Il y a aussi du rock, du reggae, de la soul. Je ne me contente pas du dance hall qui a fait mon succès. Mon album, c’est comme un jus de fruit multivitaminé dans lequel il y a de tout. Des chansons rythmées et ensoleillées pour la plupart et des chansons émouvantes et lentes qui devraient déclenchées d’autres émotions.

Ta voix devient parfois plus blues…

Je n’ai pas une grande voix et il y a beaucoup de choses que je ne sais pas chanter. Ma vraie faculté n’est pas dans ma voix, mais plus dans ma façon d’interpréter. Je sais où aller par rapport aux chansons. Jacques Brel n’a jamais chanté comme Adèle, que je sache !

Pour beaucoup, ce que tu fais n’est pas d’un haut niveau. Dans l’esprit de beaucoup, keen v,ange ou démon,interview,musiquemagchanson légère égale chanson nulle.

Je m’en moque royalement. Ça me passe très largement au-dessus de ma tête. Je fais ce genre de musique parce que j’aime ça. Être critiqué par des gens qui n’aiment pas le genre que j’affectionne, je m’en fous. J’aime ça ! Tu n’aimes pas, et bien, n’écoutes pas ! Pendant qu’ils perdent leur temps à critiquer, moi je continue à tracer ma route. Ça ne m’atteint pas dans le sens où j’essaie de plaire à mon public. Plaire à tout le monde, c’est plaire à n’importe qui ! Je ne comprends pas pourquoi certains de mes collègues sont touchés par les critiques ?

Si un artiste en prend plein la gueule sur ses textes et sa musique, moi, je comprends qu’il le prenne moyennement.

Oui, mais si on ne t’explique pas pourquoi ce tu fais c’est de la merde, comment peut on être touché ?

Très sincèrement, tant mieux pour toi, si ça ne t’atteint pas.

Je relativise tout. Je sais que les gens qui disent que je ne sais pas chanter ne sont jamais venus me voir en live. Les gens qui sont venus, ils savent… Je vais plus loin. Les critiques, je les lis. Ça m’amuse et ça me détend même. Ça me permet de voir la profondeur de la débilité humaine. Et puis, très franchement, la vraie question dans tout ça, c’est : pourquoi des gens décident de commenter des forums ou des sites avec la ferme intention de détruire un artiste ? Moi, j’aime tellement la vie que je ne comprends pas cette perte de temps. Les seules critiques qui me font de la peine, ce sont celles de mon public.

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Tu te sens victime de la jalousie ?

Comme tout le monde. En France, plus tu montes, plus on veut te descendre. Nous sommes le seul pays dans le monde à agir ainsi. Ici, on n’aide pas les gens, on ne les encense pas, on veut qu’ils soient à notre niveau. Du coup, encore une fois, je m’en fous.

Tu es très détaché de la notoriété ?

Il y a des gens qui font Secret Story pour être reconnus, je ne comprends pas. Je ne comprends pas le fait de vouloir être reconnu dans la rue. Après ça t’empêches de vivre, donc je ne vois pas l’intérêt. Moi, je veux vivre de ma passion et point barre.

Tu es anxieux à quelques jours de la sortie de cet album ?

Je suis anxieux comme un gamin qui attend ses jouets de Noël. J’ai hâte de savoir ce que mon public va en penser... je ne veux tellement pas le décevoir.

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22 juillet 2013

Olympe : interview pour son 1er album

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J’ai rencontré Olympe, une des nouvelles coqueluches de la chanson française, le 24 juin dernier pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté des mois de juillet/août 2013). Il s’est fait connaître par la saison 2 de The Voice. S’il n’a pas remporté la finale, il a eu l’adhésion d’un très large public. Le jeune homme (qui ne réalise pas encore tout à fait ce qui lui arrive) s’est révélé tout à fait charmant et avenant.

Aujourd'hui (lundi 22 juillet) sort son premier album (certes, de reprises en attendant de l'inédit). L'occasion de vous proposer son interview pour le magazine, puis un petit plus mandorien...

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Clip de "Born to die".

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196460_557867097584719_1085037558_n.jpgBonus mandorien:

Vous vivez un rêve éveillé ?

Très éveillé parce que je n’ai plus le temps de dormir. Une semaine après The Voice, on était déjà en tournée. Je n’ai pas le temps de réaliser ce qui m’arrive. Ce que je réalise juste, c’est que je ne suis pas rentré chez moi depuis deux mois et demi.

Au début, vous vous êtes filmé dans votre chambre en chantant et vous postiez vos vidéos sur YouTube. Ensuite, vous avez essayé de postuler dans d’autres télé-crochets, sans succès. Soudain, The Voice vous accepte et c’est l’explosion immédiate de notoriété.

Je ne pouvais pas m’imaginer avoir un tel impact. Je suis arrivé avec la chanson d’Anna del Rey que j’avais travaillée un peu à la maison, mais pas pour en faire une version télé. Quand on  m’a demandé de la chanter, je me suis dit que ça ne marcherait jamais. Je vous assure, je trouve que ce qui m’arrive est complètement inattendu.

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Le fait d’arriver deuxième permet de continuer sa route sans la pression qu’on a quand on est gagnant, non ?

Pour moi, le gagnant, c’était Yoann Fréget. Il avait une technique exceptionnelle et une voix magnifique. Comme à la finale, il y a eu 0,2 % d’écart, je me suis dit que j’avais tout gagné. Mon but n’était pas de devenir une star internationale, mais de pouvoir me faire entendre.

Je ne reviens pas sur Yoann Fréget qui a dit dans la presse que vous ne l’aviez pas du tout fait vibrer…

On s’entend très bien avec Yoann. Sur la tournée, il y a une bonne ambiance. Je pense que ses propos ont été retirés de son contexte. Il n’est pas dans cet esprit-là.

Vous en avez parlé ?

Oui, le jour où c’est sorti, j’étais en studio pour enregistrer mon album et il m’a laissé un message vocal en m’expliquant qu’il n’avait pas dit ça comme ça et qu’il n’avait aucun intérêt à faire ce genre de déclaration. Et puis, même s’il l’avait dit, chacun ses goûts. Ça ne me dérange aucunement.

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Ce que vous vivez en ce moment vous a redonné confiance en vous ?

J’ai beaucoup de moments de doute et je ne suis toujours pas sûr de moi. Ça ne m’a pas donné plus de confiance que ça. Je peux dire que je suis toujours aussi stressé.

Il y a un deuxième album qui est prévu dans quelques mois. Un album plus pop avec des compos originales. Vous écrivez et composez ?

Oui, mais est-ce que ce sera assez bien pour être dans l’album ? Je ne sais pas. Si une ou plusieurs chansons plaisent à mon équipe artistique, il est possible qu’on les retrouve sur l’album. J’ai vraiment envie de me livrer dans ce disque à venir. Avec Emmanuel Moire, on s’est vu récemment, il n’est pas exclu qu’on écrive un texte ensemble. J’aimerais bien partager avec des artistes qui me touchent et qui ont une sensibilité proche de la mienne.

Quels sont les artistes qui vous touchent ?

J’adore Zazie. C’est vraiment une artiste extraordinaire. J’aimerais beaucoup travailler avec elle, car je trouve qu’elle a des textes et des mélodies magnifiques.

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20 juillet 2013

NACH : interview pour son premier EP

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Dans la famille Chedid, il y avait la grand-mère Andrée, écrivain et poète. Il y a toujours le père Louis, chanteur, une de mes idoles de jeunesse que je continue à apprécier sans modération. Il y a le fils, le phénoménal Matthieu alias -M-, devenu poids lourd de la scène française (voir tout ce beau monde en bas de cette chronique).

Anna Chedid arrive à son tour sous les feux de la rampe avec un pseudo, NASH, un projet pop-rock francophone très original.

LOGO NACH SUR NOIR.jpg"Lève-toi", "Oh oui je t'aime" et "Libre", les trois titres disponibles aujourd'hui à l'écoute sur une clé USB (album prévu début 2014) donnent une idée du talent de la jeune femme. Des compos béton et des textes, piquants mélanges d'ironie et de romantisme. Sa voix ensuite. Ample, puissante, se baladant sans démonstration.

Elle est passée me voir à l’agence le 10 juillet dernier.

(Merci à Christelle Florence d’avoir organisé la rencontre si rapidement et avec efficacité). Sa page Facebook.

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Biographie officielle :

Subtil est l'art de celle qui se fait appeler NACH.
Un jeu de miroirs, chassé-croisé musical, portrait chinois toujours en devenir… L'univers de Nach se refuse au formatage, cher aux géomètres du marché de la musique.

Conservatoire, comédie, scène rock: Dans son kaléidoscope à elle, tournent Scarlatti, Tim Burton, Hendrix, La Callas, Mathieu Boogaerts, Nina Simone, Khalil Gibran et les Fleurs du Mal.

DSC08346nn.JPGInterview :

Si vous êtes une enfant de la balle, vous avez tout de même envisagé ce métier sérieusement. Vous avez fait le conservatoire par exemple.

Bien sûr, la musique a bercé mon enfance et j’ai toujours été en contact avec des instruments de musique. Si j’ai été sensibilisée à cet art, je ne pensais réellement pas du tout en faire mon métier. Je pensais être psychologue ou comédienne. En fait, j’écrivais beaucoup. Un jour, j’ai écrit un morceau pour quelqu’un et j’ai commencé à le chanter. Et là, j’ai eu une révélation très forte. J’ai compris que moi aussi, j’étais reliée à la musique… comme presque tout le monde dans ma famille.

Vous vous êtes dit à un moment : « je ne vais quand même pas faire comme les autres ! »

Il y a un peu de ça. À un moment donné, il faut arrêter. Nous ne sommes pas bons qu’à ça ! Et en fait, j’ai suivi le mouvement.

Vous, vous êtes plus intéressée par la voix.

Oui. J’ai même fait du chant lyrique.

Et maintenant, vous faites quoi ?

De la chanson française pop. Après, je ne fais pas de la musique pour rentrer dans les cases.

Teaser "Film live".

Dans le film que l’on trouve dans votre clé USB, il y a trois chansons. Toutes différentes les unes des autres.

Moi, je m’investis dans ma chanson comme dans un thème, dans une couleur, dans une ambiance et dans une histoire à part entière. Je ne suis pas la même dans la tête quand j’écris « Lève-toi », « Oh oui, je t’aime ! » ou « Je suis libre ». Quand je chante l’une d’elles, je me retrouve dans l’état d’esprit dans lequel j’étais quand je l’ai créée.

Quand vous avez décidé de vous y mettre à fond, vous avez demandé conseil à votre père ?

Quel que soit mon métier, j’aurais demandé conseil comme le fait une fille auprès des siens. Après, c’est un luxe incroyable d’avoir mon père ou mon frère Matthieu qui ont beaucoup d’expérience et qui peuvent m’aider, qui peuvent répondre à des questions et surtout qui peuvent me comprendre.

Je sais que vous êtes par contre très indépendants les uns des autres artistiquement.

Oui. On est vraiment chacun dans sa créativité, sa musique et après, on se donne du recul, des avis…

"Minuit". Enregistrement live au Comptoir Général.

Mais, jeunette, vous trainiez dans les pattes de votre père en studio quand il répétait ou enregistrait. C’est un peu normal que vous attrapiez le virus.

Oui, mais regardez ma sœur. Elle, elle fait de la création vidéo, elle n’est pas chanteuse. Bon, au fond, c’est sûr, vous avez raison. Ça me parait assez évident que je sois sur ces traces-là.

Mais, y a-t-il un processus intellectuel qui fait que l’on se dit, moi, je ne vais pas suivre le courant.

Ce n’est pas réfléchi de cette manière-là. Si on s’écoute vraiment et qu’on a quelque chose à dire et qu’on a vraiment envie de faire ce métier parce qu’on en a besoin aussi, on n’a pas besoin de se dire qu’on va se démarquer des autres. Je ne suis pas comme Matthieu, je suis une fille avec une histoire différente de la sienne, même si on est de la même famille. J’ai un autre univers, je dis autre chose et je dégage autre chose.

M interprète le titre "Délivre" sur le plateau des Victoires de la musique 2011 en compagnie de sa soeur Anna.

Vous avez tourné deux ans avec lui comme musicienne et choriste. Ca vous a apporté quoi de jouer devant 6000 personnes régulièrement ?

C’est fou parce qu’il y a aussi mon autre frère Joseph dans l’aventure. Donc, se retrouver tous les trois dans ce cas de figure, c’est très fort. Joseph et moi, on avait peu d’expérience et on s’est retrouvé à faire 12 Olympia, 3 Bercy, Les Vieilles Charrues devant 60 000 personnes, on est parti en Chine, au Canada… bref, c’était la folie totale. Ça a été un rêve fulgurant de deux ans. Matthieu a été notre pilier. Il nous a beaucoup appris.

Pourquoi, vous permet-il de vivre ça ?

Je pense fondamentalement qu’il le fait parce qu’il en a profondément envie. Artistiquement, il en a envie. Il est content d’avoir ma voix par exemple sur ses choeurs. Il est content d’avoir mon clavier. Et je pense aussi que c’est un gros cadeau qu’il nous fait. Il a 16 ans de plus que nous. Au-delà d’être le frère, il a un côté « papa » avec nous. Ça fait partie de l’éducation qu’il nous offre.

Quand on passe de 6000 personnes en jouant pour un chanteur populaire comme -M- à pas grand monde pour son projet personnel, ce n’est pas un peu déstabilisant ?

Ça remet les pendules à l’heure. Ça me montre où je suis. Ce qui est génial dans ce métier, c’est que, même si on joue devant 60 000 personnes aux Vieilles Charrues et que le lendemain, on joue devant 30 personnes dans un appartement à Paris, l’émotion, dans un sens, est la même. C’est la même démarche. C’est la musique !

"Lève toi". Session Francosonik sur le Mouv'

Vous faites les textes et la musique de vos chansons.

J’adore écrire, j’adore composer, j’adore chanter et même j’adore travailler pour les autres.

Vous écrivez beaucoup ?

Je compose surtout beaucoup. Les textes viennent souvent après. À mon sens, c’est plus difficile d’écrire un texte que de composer une mélodie.

Vous en êtes où aujourd’hui, dans votre carrière en tant que NACH ?

Ça va lentement, mais sûrement. Ça va lentement, mais au bon rythme j’ai l’impression. Là, j’ai très envie de faire mon premier disque, mais je pense que ça va arriver bientôt. J’espère le sortir en 2014.

C’est qui NACH, exactement?

NACH, c’est moi. C’est une voix féminine qui chante des textes en Français. Après NASH se partage avec qui veut.

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464031_10151457341627842_297972270_o.jpgVous avez besoin d’être entourée de proches pour votre tournée personnelle.

La tournée, c’est une aventure humaine. Une tournée, c’est 5%, on fait de la musique et le reste, on vit. Je suis comme Matthieu, je veux aussi en faire profiter les gens que j’aime.

Quand les gens viennent vous voir sur scène, vous savez qu’ils viennent d’abord voir la sœur de ou la fille de.

Je le sais parfaitement. Il ne faut pas arriver avec cette énergie là sur scène. Si j’arrive en m’excusant d’exister, ça ne marchera jamais. Au-delà d’être la sœur de -M-, je suis aussi NACH.

Les chansons sont déjà écrites en vue du futur premier album ?

J’en ai énormément dans mes tiroirs parce que ça fait très longtemps que j’en écris. En 8 ans, j’en ai fait pas mal. Il va falloir que je les réécoute toutes. J’en ai une quarantaine, dont pas mal que je ne joue plus du tout auxquelles je pense un peu en ce moment. J’ai des textes forts. Bon, en plus, j’en fais aussi pas mal des nouvelles. C’est inspirant de vouloir faire un disque. Il faut juste que je trouve une cohérence entre mes anciennes chansons et les nouvelles.

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Votre grand-mère Andrée, que je connaissais un peu et que j’aimais beaucoup, a-t-elle eu de l’influence sur vous ?

Oui, c’est elle, à 8 ans, qui m’a offert mon premier cahier. Je voulais être poète quand j’étais petite, certainement parce qu’elle l’était. Elle m’a beaucoup poussée à écrire. C’est beaucoup grâce à elle que j’aime écrire.

Elle a lu certains de vos textes ?

Malheureusement non. Mais peut-être qu’elle les entend de là-haut ?

Tu es à la recherche d’un label, je crois ?

J’ai un super éditeur, j’ai un super tourneur, j’ai un super manager, mais je n’ai pas de label. Même si je ne trouve pas de label, de toute manière, je ferai mon disque par mes propres moyens. Je trouverai une solution. Je sens que c’est le moment, je ne vais donc pas attendre.

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Bonus mandorien:

Quelques moments chédidiens de ma vie des années 90 à aujourd'hui...

La Grand-Mère, Andrée Chédid.

Le 12 décembre 1998, à Radio Notre Dame.

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Là, pour une émission sur Lucy, j'avais réuni Andrée Chédid pour Lucy, la femme verticale et le paléonthologue, "papa" de Lucy, Yves Coppens pour Le genou de Lucy. Grande et belle émission... qui s'est tenu le 1er avril 1999.

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Le papa, Louis Chédid.

Le 15 janvier 1993 : rencontre à la Fnac de Strasbourg.

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Le 11 octobre 2010 dans un bar de la capitale pour la sortie de On ne dit jamais assez aux gens qu'on aime qu'on les aime (voir la mandorisation, là).

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Et Matthieu Chédid, à l'occasion de la sortie de son dernier disque, Îl, pour CD'Aujourdhui (voir là).

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19 juillet 2013

Dominique Dyens : Interview pour Lundi Noir

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« Tension extrême dans un décor feutré, spirale du mensonge, vertige de l'adultère et ivresse du pouvoir... » c’est la marque de fabrique de Dominique Dyens. Dans ce nouveau roman, Lundi noir, elle s'amuse "à écailler le vernis des conventions et conjugue le drame bourgeois à l'ère de la délinquance en col blanc".

Je l’avais déjà mandorisé pour son précédent roman, Intuitions et ce fut un véritable plaisir humain et intellectuel. Un bis repetita s’imposait donc pour Lundi noir (je suis fidèle quand j’aime les gens). C’était le 19 juin dernier à l’agence…

9782350872254,0-1636840.jpg4e de couverture :

Homme d’affaires redouté, Paul Deshoulières a 55 ans, une belle situation, une femme élégante et deux enfants. Tous les signes extérieurs de la réussite. À la suite d’une opération chirurgicale qui le laisse impuissant, la honte le ronge. Diminué, obsédé par l’idée de perdre sa femme, ce requin de la finance est prêt à tout, même à un irréparable délit d’initiés, pour la retenir. Mais son montage illicite tourne mal et entraîne sa ruine. Pire, il est soupçonné d’ententes délictueuses avec la mafia de l’Est, des entreprises pharmaceutiques douteuses, et des trusts opaques.
Trahi par sa femme, qui fuit dans les bras de ses amants, abandonné par ses amis, harcelé par son broker (ses pertes se montent à plusieurs millions), poursuivi par l’AMF (autorité des marchés financiers), il se réfugie dans le souvenir de son premier amour, Madeleine, et décide de tout mettre en œuvre pour la retrouver. Cette femme, qui l’avait initié aux plaisirs de la chair lorsqu’il avait quinze ans, est désormais atteinte d’Alzheimer et se repose dans une maison de retraite de la côte Est américaine. Son décès brutal donne lieu à de surprenantes révélations. Comment Madeleine était-elle liée à ces OPA ? Pourquoi a-t-elle décidé de secourir Paul ?

L’auteure :

Dominique Dyens vit à Paris. Elle est l’auteur de six romans dont, entre autres, La Femme éclaboussée, le décapant Éloge de la cellulite et autres disgrâces, et Intuitions. Elle écrit également pour le cinéma et la jeunesse, et collabore à diverses revues littéraires.

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eho_dyens2p.jpgInterview :

Comme le titre de ce livre l’indique, ce roman est peut-être plus noir que d’habitude ?

D’une certaine façon, dans la première partie, il y a les codes du thriller. C’est serré, il y a une dégringolade, des évènements extérieurs et beaucoup de suspens. Habituellement, dans mes livres c’est un peu plus psychologique. Dans Lundi noir, il y a vraiment des faits. C’est un livre, entre guillemets, « à l’américaine ». Cela étant, la deuxième partie est aussi humaine que dans mes précédents livres.

On en apprend pas mal sur le milieu de la finance. J’ai eu peur que l’on se perde dans de fumeuses explications sur cet univers très complexe. Il n’en est rien.

Avant d’écrire ce livre, je n’y connaissais rien à ce milieu. Raison pour laquelle je reculais le fait de l’écrire. Je voulais aborder depuis très longtemps la chute d’un homme de pouvoir dans le milieu de la finance. C’était bien avant la crise de 2008. J’ai travaillé, je me suis documentée, je suis allée sur des sites… au début,  je ne comprenais rien. Je me disais que je n’allais jamais y arriver. Je suis passée par des premiers mois très difficiles. Avec le temps et l’expérience, j’ai commencé enfin à comprendre les choses. Pour que ce soit compréhensible, il fallait que je comprenne ce que je racontais. Il fallait que j’explique pourquoi mon héros allait perdre beaucoup d’argent rapidement et que la situation reste crédible.

Tu parles de la puissance d’un homme, mais aussi de son impuissance.

Je ne dis pas que tous les hommes de pouvoir sont impuissants, évidemment. Mais, je pense que les personnes qui sont à la recherche incessante du pouvoir et qui ne vivent que pour le pouvoir cachent automatiquement une impuissance. Pas forcément érectile, comme dans mon livre, mais une impuissance ou une fragilité dans autre chose.

Tu dis qu’il n’y a pas un homme puissant qui n’a pas un problème quelque part…

Je le répète, je parle des hommes qui ne vivent que pour le pouvoir. Je suis intimement persuadée qu’ils ont quelque chose à se prouver ou qu’ils ont quelque chose à cacher aux autres.

L’impuissance érectile des hommes… on en parle très peu dans les romans.

Jamais d’ailleurs. Dans mes romans, mes « héros » sont plutôt des femmes. C’était toujours des femmes qui cachaient une souffrance et d’énormes fêlures. Dans Intuitions, c’était la perte d’un enfant. Là, je parle d’un homme. J’avais envie de faire évoluer un homme qui souffre, donc présenter un homme dans sa fragilité.

J’ai l’impression que tu as été interpellée par le fait que l’impuissance est une maladie indéniable, mais que l’on tait.

Il y a des impuissances ponctuelles psychologiques, mais il y a aussi les cancers de la prostate qui ont pour conséquence, pour certains hommes, d’avoir une impuissance définitive. Ce n’est jamais abordé. C’est complètement tabou. Pour me documenter, j’ai enquêté sur Internet. D’ailleurs c’est drôle parce que j’ai tapé sur Google « impuissance masculine » et depuis, j’ai de nombreux spams sur le Viagra qui arrivent sur ma boite mail. Je me suis rendu compte que sur les forums, il n’y avait pas de témoignages d’hommes. Il n’y a que des témoignages de femmes. Les hommes qui sont vraiment atteints dans leur chair, ils n’en parlent pas. La société n’en parle pas non plus, alors qu’on parle beaucoup de la ménopause chez les femmes, même si ce n’est pas tout à fait la même chose. Pas parce qu’on se préoccupe de l’aspect psychologique, plus pour vendre beaucoup de médicaments, je te l’accorde. On parle aussi un peu des conséquences après l’ablation d’un sein à la suite d’un cancer. Du coup, j’aime bien traités les sujets tabous.

J’ai lu tous tes romans et j’ai remarqué que c’est la première fois que tu écris à la 181991_10150094484906668_8304017_n.jpgpremière personne. Et c’est quand tu te mets à la place d’un homme. C’est curieux.

Comment veux-tu parler de ton sexe autrement qu’à la première personne ?

L’impuissance de Paul Deshoulières implique que sa femme Alice aille voir ailleurs. Cette femme, je te le dis franchement, je ne lui trouve pas beaucoup de qualité humaine.

Paul, par certains côtés, est très touchant et bouleversant, mais sa femme, effectivement, est loin d’être une sainte. Elle est très vénale, mais finalement, je lui trouve quelques circonstances atténuantes. Au fond, c’est une midinette, une femme qui a toujours rêvé au grand amour qu’elle n’a jamais rencontré. Elle a quand même été trompée par son mari dès le début, ça a donc pu la changer intérieurement, même si elle l’a épousé pour l’argent dès le départ. Quand son mari est devenu impuissant, elle a quand même essayé une autre sexualité avec lui avant de prendre des amants. Lui n’a pas été capable d’assumer sa déroute sexuelle, il a donc été très agressif envers elle. Je ne prends pas sa défense parce qu’elle n’est pas très sympathique, mais tout n’a pas été rose pour elle.

Ce roman se passe, comme à l’accoutumée dans ton œuvre, dans un milieu bourgeois. Tu n’as pas envie d’en sortir ?

J’aimerais bien, mais je n’y peux rien, ce milieu m’inspire. Personnellement, je le traverse plus que le milieu ouvrier. Non pas que je fréquente des gens comme ceux dont je parle dans mes livres, mais ce milieu m’est familier. Ça m’inspire parce que je trouve qu’il y a plus d’hypocrisie qu’ailleurs. C’est le royaume de l’apparence.

C’est ton 7e roman. Il y a aussi un recueil de nouvelles pour ado. Dis donc, ça commence à s’appeler une œuvre… Crois-tu que si on lit tous tes livres, on connait bien Dominique Dyens ?

On peut déceler dans mes livres des thématiques qui me travaillent. Par exemple, je parle beaucoup du désir. Et du désir de la femme qui n’est plus désirée. J’évoque aussi des problèmes de couple. Je ne sais pas pourquoi je me lance toujours dans ces histoires-là alors que je fais partie des dinosaures mariés depuis très longtemps et que j’ai la chance de ne pas être dans ce cas.

Tu conjures le mauvais sort, au fond ?

Peut-être (rires). Mais le couple, l’amour, les émotions, les sentiments, la sexualité, tout ça, c’est fascinant. La mort aussi a un côté fascinant. Dans mes livres, elle est toujours présente. Tout ceci fait sans doute partie de mes névroses.

Sais-tu déjà sur quoi tu vas écrire après ce roman ?

J’ai une idée, mais je ne l’ai pas assez développée pour savoir su ça peut aboutir à l’écriture d’un livre. Il faut que ça se décante. J’ai honte, mais quand j’ai fini d’écrire un livre, je deviens très paresseuse. Ce qui est dommage, c’est que je n’en profite pas pour vivre à fond. Je me laisse vivre. Bon, c’est pas mal.

Quand tu écris, tu es rigoureuse ?

Très rigoureuse. Je me coupe du monde, je ne sors pas de la maison. Ça devient obsessionnel. Et moins je sors, moins j’ai envie de sortir.

Pour en revenir à Lundi noir, ça m’a fait penser que je te verrais bien écrire des thrillers assumés comme tels.

J’ai déjà fait deux romans avec des policiers, mais c’était autant « policier » que « psychologique ». La femme éclaboussée, un drame bourgeois et Maud à jamais, un thriller amoureux. Il y avait le même policier avec sa même équipe. Il n’est pas exclu que je reprenne tout ce beau monde un jour. Je ne ferais pas ce qu’on appelle un « polar » pur et dur. J’ai besoin que le lecteur s’attache aux personnages et que le crime, la merde, arrivent après. C’est important qu’il y ait de l’épaisseur dans l’attachement.

Tu as un lectorat qui te suit, j’ai remarqué…

Tout à fait. Il est là et c’est très agréable. C’est un sacré réconfort. Justement, quand j’ai du mal à écrire ou quand je suis découragée, je pense à mes lecteurs fidèles. Je pense aux témoignages que j’ai. Facebook facilite d’ailleurs la communication avec les lecteurs. Je me dis : « Au moins, je sais pourquoi j’écris ». Quand je sais que je donne du plaisir aux gens, c’est le plus beau des cadeaux.

Tu écris des romans noirs et pourtant, tu es une fille gaie quand on te connait dans la vie.

Je ne te dis pas que je suis tout le temps gai, que je n’ai pas mes soucis, mes angoisses, mais en tout cas, je suis plutôt optimiste comme fille. Tu vois, j’ai fait des progrès. Dans Lundi noir, ma fin est moins cynique que d’habitude… un jour, j’écrirai une comédie, je te le promets.

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Pour finir, voici Dominique Dyens... qui vous présente Lundi noir pour la librairie Mollat.

16 juillet 2013

Elodie Frégé : interview pour Amuse-bouches

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(Photo: André Rau)

Élodie Frégé est la chanteuse française la plus glamour d’entre toutes. Une des plus belles voix aussi. Cela fait un moment que je regrette qu’elle ne chante plus qu’en retenue et qu’elle n’exploite pas ses possibilités vocales plus intensément.

J’aime bien humainement cette femme fragile, peu à l’aise devant un micro (même si de rencontre en rencontre, je trouve qu’elle parvient à se détendre et à dire des choses) et surtout très sympathique.

(Voir ma précédente mandorisation en 2010. Et ma première en 2006).

Si je ne suis pas fan de ses productions discographiques (hormis peut-être « La fille de l’après-midi », son précédent album) je m’évertue à croire qu’un jour sortira l’album qu’elle mérite et qui la fera enfin reconnaître à sa juste mesure.

Avant de vous proposer l’interview d’Élodie Frégé (qui s’est tenu au Platine Hôtel, lieu rendant hommage à Marylin Monroe, le 12 juin dernier), voilà ce que j’en ai dit dans Le magazine des loisirs culturels Auchan. Une chronique polie.

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BOalqrXCQAAaPFx.jpg large.jpgInterview :

Vous avez chanté avec des musiciens latinos pour cet album. Travailler avec une chanteuse française qu’ils ne connaissaient pas, ça leur a plu ?

Ils étaient ravis. Ça les changeait de leur quotidien. Ils nous ont apporté beaucoup parce qu’ils ont vraiment un son à eux. C’était super intéressant pour tout le monde, finalement. En plus, ce sont des personnes qui ne se prennent pas du tout la tête. Il n’y avait pas de problème d’ego. En plus, ils étaient contents de retravailler pour Marc avec qui il avait déjà tourné pour la tournée de Nouvelle Vague aux États-Unis.

Ces musiciens ont tendance à improviser plus que nécessaire, vous avez su les gérer pour qu’ils ne sortent pas trop de vos sentiers balisés ?

Moi, je crois plutôt que c’est comme ça que l’on fait de la musique. J’aime les musiciens qui partent en free-style. Il faut juste parfois les canaliser un peu, mais ils sont très bons… grâce à leur façon de faire intuitive, ça sonne « live » et c’est ce que l’on souhaitait.

Le genre musical de ce quatrième album est un mélange de samba, cha-cha, mambo… oserais-je dire des rythmes un peu désuets. Charmants en tout cas.

Les arrangements sont très modernes et c’est le génie de Marc Colin. Moi, je voulais revenir plus intensément à cette musique-là parce que j’avais pris beaucoup de plaisir à chanter « Je te dis non », une bossa-nova qui figurait sur mon premier album et que Catherine Breillat avait d’ailleurs mise en image. Ensuite, avec Benjamin Biolay, on avait un peu abordé ces thèmes, mais c’était un peu moins chaloupé bien que pur et live. Pur et live, c’est ce que l’on retrouve dans Amuse Bouches.

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(Photo: André Rau)

Pourquoi un album quasi entièrement bossa nova ?

Je l’ai ressenti ainsi. C’est dans ce but que j’ai choisi Marc Colin. Il excelle en la matière avec Nouvelle Vague. Moi, je n’avais pas envie de chanter comme une damnée, en hurlant et en faisant des prouesses techniques. Pour ce disque, il a fallu chanter plus dans la retenue, avec beaucoup de nuance puisque j’ai privilégié la sensualité.

En entendant une chanson comme « Garce carbonique », je me suis fait la réflexion que c’était des chansons extrêmement difficiles à chanter.

Cette chanson-là, on l’a un peu improvisé à Miami. J’ai écrit un texte à partir de ce très mauvais jeu de mots (rires). « Garce carbonique » raconte l’histoire d’une fille qui asphyxie un peu ses proies, une sorte de mante religieuse. Les personnages de cet album sont moins victimes que ceux qui figurent sur mes albums précédents.

Vous êtes plus cash qu’avant…

Depuis des années que j’écris mes textes, j’avoue que j’ai toujours été un peu trop littéraire. J’utilisais beaucoup de métaphores, d’assonances, de litotes… Aujourd’hui, ça y est ! C’est bon ! Je crois que j’ai montré des choses en tant qu’auteure. J’ai peut-être voulu trop le prouver dans l’album La fille de l’après-midi. J’étais très égoïste sur ce disque. J’ai écrit pour moi, pour le plaisir d’écrire, du coup j’ai touché moins de monde et, en tout cas, pas le même public. Par contre les critiques étaient très bonnes. Bref, du coup, délestée de cette charge de prouver que l’on vaut quelque chose après être passée dans une émission de TF1, finalement, on revient aux choses essentielles. On fait moins de détours. J’ai remarqué qu’en vieillissant, ce n’est pas que j’ai moins de pudeur, mais j’ai moins de mal à exprimer des choses de femmes. Je ne suis plus une adolescente. Je ne peux plus raconter des histoires de jeunes filles qui cherchent l’amour, mal aimées, mal baisées.

Dans ce nouveau disque, il reste quand même un peu de l’ancienne Élodie Frégé… un fond mélancolique.

Parce que c’est comme ça que je suis. En tant qu’artiste, il faut que je sois nourrie de choses diverses et variées, mais l’ayant beaucoup exprimée sur le précédent disque, là j’ai pu me lâcher un peu plus dans l’humour, l’auto dérision et le jeu. Moi, j’aime les choses de la vie. Les choses que l’on peut savourer. Les gens ne connaissent pas cette facette de ma personnalité et pouvoir l’exprimer artistiquement, sans parler de ma vie privée, c’était assez jouissif en fait. Pour être tout à fait sincère, je ne pensais pas pouvoir me renouveler, je n’avais même pas beaucoup d’idées de chansons tellement j’avais tout donné pour La fille de l’après-midi. Je m’étais investi tellement dans tout… et finalement, ça m’allège d’un poids et je me retrouve dans ce nouveau disque avec quelque chose de plus simple et épuré.

Dans Amuse Bouches, on sent une forme de sérénité.

Pendant l’enregistrement, en tout cas, grâce à Marc Colin, j’étais assez sereine.  Il est calme et rassurant. C’est important pour une artiste comme moi. Il dédramatise tout et on a jamais peur avec lui. Moi qui dramatise tout, c’était très bien que je me retrouve avec lui. Ça a contrebalancé. 

Clip de "Comment t'appelles-tu ce matin".

Dans vos nouvelles chansons, j’ai trouvé que les femmes que vous interprétiez, les soumises,  étaient devenues dominatrices… notamment dans le premier single « Comment t’appelles-tu ce matin ? ».

C’est vous qui ressentez les choses comme ça, et c’est tant mieux parce que je veux que chacun lise mes chansons comme il le souhaite. Je voulais mettre en avant ces histoires que l’on raconte sur les femmes qui se réveillent en ne sachant pas le prénom de la personne qui est dans leur lit. Je voulais déculpabiliser ça, parce que ce n’est pas grave. Bon, je précise, je ne parle jamais de ma vie privée et ce personnage n’est pas du tout moi. Par contre, on se rejoint dans le fait de chercher un amour, de donner sa chance à des personnes avec qui ça ne marche pas. Ça arrive à tout le monde. La fille de « Comment t’appelles-tu ce matin ? » est quelqu’un de seul. Est-ce que ce n’est pas à elle qu’elle se pose la question ? Je ne sais pas.

Elle n’est donc pas une dominatrice ?

Elle peut être tout et n’importe quoi, selon la personne avec laquelle elle s’est couchée la veille. C’est surtout une femme perdue qui ne sait plus qui elle est.

Les titres de vos chansons sont très « charnels » : « Ma bouche, tes yeux », « Ma langue au chat »… ce n’est pas un hasard, je présume.

C’est très « corps », charnel, les cinq sens… c’est très sensuel. Même dans la façon de chanter. Je me suis amusée à interpréter ces textes de manière sensuelle, comme si je jouais un personnage. Cela dit, ça fait partie de moi. La chanson « La ceinture » qui date de 2006, je l’avais aussi interprété de façon sensuelle. Dans cet album, de par les textes, l’émotion est sensuelle tout de suite.

Il y a une reprise de Gainsbourg : « La fille qui fait tchic ti tchic ».

C’est encore Marc Colin qui m’a fait découvrir cette reprise. Gainsbourg l’a écrite pour Michèle Mercier.

Michèle Mercier chante "La fille qui tchic ti tchic".

« Dans l’escalier » fait un peu roman noir…

On s’est clairement inspiré des films à la Hitchcock. J’imaginais cette fille tirée à 4 épingles avec un regard gourmand sur un homme qu’elle voit monter devant elle et dont elle admire le fessier. On ne sait pas si elle a envie de lui ou s’il y a autre chose... bon, à la fin, elle le tue, un peu comme ces insectes qui tuent leur partenaire après avoir fait l’amour avec eux.

Il y a aussi « Ta maladie ». Là, vous êtes le venin d’un homme.

Un jour, j’ai commencé à imaginer une chanson et je l’ai tout de suite appelé « Ta maladie ». En général, d’ailleurs, je commence toujours par le titre. C’est déclencheur du reste. Le titre va me parler. Bref, j’ai remarqué que généralement, une femme, il faut qu’elle soit une mère ou une infirmière pour un homme. Ou une putain. Souvent, on est l’infirmière. Souvent, l’homme sort d’un chagrin d’amour. J’ai remarqué ce truc. Il faut qu’on prenne soin d’un homme quoi. Ou d’une femme, ça dépend (sourire). Ce truc de l’infirmière, je trouve ça un peu humiliant. Il y a un moment, on a envie d’avoir un autre rôle. Plutôt que d’être l’infirmière, donc le remède, je me suis dit que c’était très intéressant de devenir une espèce de venin, de peste. Une peste noire qui rentre dans les veines d’un homme et qui lui fout la fièvre, qui le cloue au lit. Le champ lexical de la maladie, il n’est pas loin de celui du coït (rires). Le mec se retrouve au lit, il a de la fièvre, il a chaud, il n’arrive plus à respirer. Voilà, du coup, je me suis amusée avec ça. J’ai voulu contaminer le cœur et le corps d’un homme. Je suis terrible, hein ?

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(Photo : André Rau)

Vous avez joué dans Potiche de François Ozon, film dans lequel, vous jouiez le même rôle que Catherine Deneuve, mais jeune. On est ici dans un hôtel dont la thématique est Marylin Monroe…  ces femmes vous évoquent quoi ?

Elles ont une ambivalence qui en fait des icônes. Elles étaient plutôt cérébrales avec une beauté particulière. Elles étaient des femmes qui faisaient rêver.  C’était aussi des femmes drôles que j’imagine fragiles et perdues… souvent on les catalogue dans les femmes fatales.

Vous avez un côté comme ça.

C’est possible. Souvent, quand je fais une prestation à la télévision, la seule chose qu’on me dit, c’est : « Tu étais très belle ». Moi, je trouve que c’est une insulte. Je veux toujours être très belle, parce que ça me met à l’aise avec moi-même quand je vais chanter. Mais quand on me fait cette réflexion, je me dis qu’on ne m’a pas écouté, on m’a juste regardé. Pourtant, je joue avec ça parce que je ne vois pas pourquoi je m’empêcherais d’être bien dans ma peau, de me sentir femme, belle et désirable sous prétexte que les gens ne voient que ça.

C’est paradoxal comme comportement ?

Je suis très paradoxale. Je suis à la fois une fille qui n’a pas du tout confiance en elle, mais qui pourtant se jette dans la gueule du loup pour aller chanter des chansons face à un public. Je n’ai pas confiance en moi, je pense. Je doute en permanence parce que c’est le propre d’un artiste. Bon, je ne veux pas parler de ma vie privée, mais quand on est artiste, on écrit des choses, il faut bien que ça sorte de quelque part. Si j’avais juste une enveloppe corporelle plutôt glamour, ça ne marcherait pas. Il faut bien que sous l’enveloppe il y ait quelque chose.

Vous vous retrouvez chez ce genre de femmes là ? Les Deneuve ou Marylin...

Je me retrouve dans celles qui ont eu longtemps un complexe d’infériorité à un moment, un manque d’affection et un manque de sécurité en fait. Pour moi, le corps est un laissez-passer. Un passeport pour l’affection et un passeport pour qu’on nous écoute. Je sais, c’est terrible de dire ça.

Mais, vous savez que vous avez plein de qualités.

Vous avez raison, je ne veux pas m’affliger, mais effectivement, j’ai besoin d’être rassurée en permanence. Le fait de passer par une enveloppe corporelle très féminine et glamour est rassurant. Je le répète, ça ne veut pas dire qu’à l’intérieur, il n’y a rien.

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14 juillet 2013

Laurent Montagne : interview pour A quoi jouons-nous?

laurent montagne,à quoi jouons-nous,interview,mandor,coup de coeur charles cros 2013

(Photo : Tanguy Soulairol)

L’ancien chanteur du groupe Les Acrobates poursuit sa route avec un troisième album solo, A quoi jouons-nous?.Des textes intenses, d’une émotion rare, réchauffés par des envolées pop et assurément rock. Ça frissonne, ça bouillonne, ça détonne ! Son album m’ayant beaucoup plu, le très sympathique et réservé Laurent Montagne est venu me rendre visite à l’agence le 10 juin dernier… et il s’est confié comme rarement.

Biographie officielle (mais retouchée et raccourcie, comme d’habitude. Je ne respecte jamais rien. Honte à moi.) :

Une énergie flamboyante, des textes ciselés comme de purs diamants, une voie aérienne se promenant d’octave en octave, revoilà l’ancien chanteur des Acrobates. Un panache scénique détonnant, accompagné par un trio plein de spontanéité et résolument rock.

Du son et du sens, des mélodies hypnotiques pour des chansons bouillonnantes et débordantes de poésie.

laurent montagne,à quoi jouons-nous,interview,mandor,coup de coeur charles cros 2013Épaulé notamment par Pierre-Yves Serre (Mes Anjes Noires). Laurent Montagne poursuit sa route en format A4 avec un nouvel album « A quoi jouons-nous ? », mixé au studio Recall (Noir Désir : Des Visages Des Figures). Diatribes rock, envolées pop alternent avec des morceaux intimes et autres moments vécus épousés par la fragilité de la voix de Laurent.

Repéré en 2007 par Le Chantier des Francofolies, Laurent sillonne depuis les routes, Francofolies de La Rochelle, Alors chante, Pause Guitare, Printival, Café de la Danse... Il a fait notamment les 1ères parties de Gaetan Roussel, Emily Loizeau, Mathieu Boogaerts, Thomas Fersen... Il a également participé aux « Chroniques lycéennes » de l’Académie Charles Cros en 2009 et reçu le coup de cœur de cette même Académie avec le groupe Les Acrobates pour leur dernier album La Belle Histoire.

En parallèle et avec la même équipe, Il a également créé à partir de ses chansons un spectacle solo jeune public produit par Les Jeunesses Musicales de France et Les Francofolies.

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Interview :

Être chanteur en langue française n’implique pas nécessairement qu’on aime la chanson française. Toi tu apprécies ?

Je suis venu à la musique par le rock et la pop. J’écoutais les Smith, les Pixies… des groupes comme ça. Je faisais mes études sur Lyon et à cette époque, il y avait beaucoup de musique punk, mais surtout de musique Indus. C’était un peu sauvage ce que j’écoutais (rires). Mon intérêt pour la chanson française est venu un peu plus tard.

Tu as commencé très tard la musique.

Je suis allé en fac faire des maths et au bout de deux ans de fac, j’ai rencontré des gens qui faisaient de la musique. Je me suis mis à chanter dans les soirées étudiantes et j’ai compris à ce moment-là qu’il y avait un truc. Les gens étaient intéressés par ce que je jouais et je me sentais hyper à l’aise. Dans la vie de tous les jours, je suis quelqu’un de réservé. J’aime bien la solitude. Et là, en chantant, j’ai trouvé mon truc. Il y a eu un deuxième temps où est venue l’écriture et ensuite le temps de la lecture, puis le temps de l’écoute de la chanson française… j’ai tout fait progressivement, mais intensément.

Il y a quand même un chanteur que tu suivais depuis longtemps, c’est Jacques Brel.

Oui, je l’écoute depuis que je suis enfant. Après, je me suis mis à écouter Ferré, Barbara… et d’autres qui savaient interpréter et écrire.

Ta passion à toi, c’est le chant.

Oui, c’est vraiment quelque chose que j’ai toujours aimé et que j’aime toujours. Ensuite, c’est l’écriture. C’est marrant parce que c’est deux temps très différents dans la chanson. Le temps de l’écriture, c’est le temps de la solitude. J’aime bien parce que je peux prendre mon temps. Je réécris énormément. Et il y a le temps de l’immédiateté qui est le temps où tu chantes devant les gens. Le rapport direct aux gens me fascine et m’intéresse… j’ai senti que pour moi, ce moyen-là était le meilleur pour que je puisse m’exprimer.

Les Acrobates. Clip de "Schizophrène" (2007)

Il y a eu un moment dans ta carrière musicale assez important, c’était ton aventure avec Les Acrobates. Un duo de chansons « AcoustiDynamicoRock » créé en 1998.

On finissait nos études avec Cyril Douay. On se demandait ce qu’on allait faire à présent. On ne vivait presque de rien, on a décidé de faire de la musique ensemble et d’enregistrer un disque. Cyril était plus dans la musique et les arrangements. C’est quelqu’un qui bidouillait énormément. Aujourd’hui, il a un projet qui s’appelle The Chase et qui tourne pas mal. On a quand même fait 3 albums ensemble. À l’époque c’était assez facile. On enregistrait et mixait un disque en un jour, ce qui peut paraître aujourd’hui incroyable. On a été pris par Pias pour la distribution, ensuite, en licence. On a mis le pied dans l’étrier et puis c’était parti… on a fait plein de concerts, on a été repéré par les Francofolies… et puis moi, au bout de 7 ans, j’ai ressenti le besoin de vivre ma passion de m’exprimer dans les chansons à 100%. J’ai eu besoin d’être tout seul face à mon texte. Je suis reparti en solo.

Pendant 6 ans, tu es parti sur les routes, seul avec ta guitare…

Oui. J’ai commencé par faire « le chantier des Francofolies » et en même temps, je venais d’être papa. Mon univers était donc teinté d’enfance, même si ce n’était pas des chansons destinées aux enfants. Mais les Francos m’ont proposé de faire, à partir de mes chansons, un spectacle pour jeune public qui a été repris par les Jeunesses musicales de France. J’ai énormément tourné avec ce spectacle.

À la fin, tu n’en pouvais plus d’être seul…

J’ai fait un dernier spectacle où il n’y avait que des Laurent Montaigne sur scène. En vidéo, je chantais avec moi-même. Là, j’avais fait le tour de ma mégalomanie, c’était bon… 

Tu as eu envie de continuer, mais de nouveau avec des musiciens.

Il s’avérait que mon cousin Pierre-Yves Serre ressortait d’un projet avec un groupe qui s’appelait Mes Anjes Noires, qui a d’ailleurs beaucoup tourné. Il a eu envie d’arrêter avec ce groupe. C’est quelqu’un qui fait de la musique depuis l’âge de 5 ans, qui a fait le conservatoire… on a donc travaillé ensemble. Il m’a apporté ses arrangements et quelques compositions. Il m’a dit que faire du rock avec une guitare sèche était assez limité.  C’est lui qui m’a incité à tenter l’aventure avec un batteur et un bassiste.

Le clip de "Coloscopie d'un président" (2013)

« Coloscopie d’un président » est dans la mouvance de ce que faisait Noir Désir !

Noir Désir reste dans mes influences. Ils sont les premiers a avoir chanté des paroles intelligentes sur de la musique rock en France. J’ai aussi beaucoup de respect pour Dominique A (mandorisés ici). Lui, plus sur la musique pop. On ne peut pas chanter en Français en ayant les mêmes airs de chant qu’en Anglais. Dominique A, lui, y parvient. Sur mon nouvel album, je me suis forcé à faire des morceaux qui sont plus des ballades et qui tentent de réussir ce que réussit Dominique A.

Tu lui rends hommage d’ailleurs, en interprétant un de ses titres, « Le courage des oiseaux » dans ton nouvel album.

Il m’a ouvert une voie dans l’écriture en langue française. Par rapport à lui, je pense que j’ai un côté plus populaire, plus accessible. Lui, il poursuit sa route, parfois de manière expérimentale. Il est impressionnant.

Reprise Live du "Courage des Oiseaux" de Dominique A enregistrée à La Presqu'île à Annonay (2013).

Que penses-tu de la variété française ?

Ce que je n’aime pas dans la variété, c’est le fait d’aller dans la facilité pour vouloir trop plaire aux gens. Par contre, le côté chanson populaire, je viens de ce milieu-là. Mes chansons, pour la plupart, peuvent être écoutées par tout le monde. Mes chansons, c’est moi.

Ton album n’est pas un album de variété, mais il est très varié. Même ta façon de chanter n’est pas la même d’une chanson à l’autre.

En France, on aime bien reconnaître tout de suite la fin d’un chanteur. Moi, j’ai une tessiture très large. Quand je chante, j’ai une voix de haute-contre et une voix un peu grave quand je parle. J’en joue pas mal.

À chaque chanson, te demandes-tu avec quelle voix tu vas l’interpréter ?

Non, ça vient tout seul. Comme je suis autodidacte, parfois, quand je crée une chanson, je peux avoir un petit mimétisme par rapport à des gens que j’ai pu écouter. Que ce soit Noir Désir ou Dominique A. Donc, je fais extrêmement gaffe. J’arrête tout de suite si je décèle une similitude vocale.

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(Photo : Raphael Métral)

Ça fait 15 ans que tu chantes. Trouves-tu que le succès tarde un peu à venir ?

Non, je prends mon temps et ça me convient bien.  Je suis un solitaire, je pourrais vivre dans une grotte, je n’ai pas de réseau… ça n’aide pas à avancer rapidement dans le chemin de la notoriété. Ce n’est pas dans ma manière d’être,  je n’ai pas envie de me forcer là-dessus. Par contre, je suis un solitaire qui aime bien les rencontres. Quand je fais un concert, après ma prestation, je vais voir les gens qui étaient dans la salle et je parle avec eux longtemps. J’adore ça. Juste, j’aime bien dissocier les deux. Pour répondre plus précisément à ta question, j’aimerai passer un échelon supplémentaire dans l’échelle du succès, mais uniquement pour pouvoir jouer plus souvent. J’ai fait 3 albums solos, 3 albums avec Les Acrobates, j’ai toujours la petite lueur d’espoir, mais en même temps, je relativise beaucoup.

Quand tu montes sur scène, tu te transfigures ou tu restes le même ?

Un peu les deux. C’est une petite partie de moi que je ressors au maximum. Aux « Chantiers des Francos », j’avais fait de belles rencontres avec Philippe Albaret et Benjamin Georjon qui me faisaient travailler la scène. Ils m’avaient dit que le but sur scène n’était pas forcément d’être naturel, mais de paraître naturel. Il faut qu’une partie naturelle de moi s’exprime vraiment… J’ai en moi un côté exubérant que je montre plus quand je suis sur scène, mais toujours avec de la fragilité et de la sincérité. Je suis un chanteur, je ne me cache pas derrière un micro.

Finalement, tu exprimes plus tes idées et ton ressenti sur scène que dans la vie ?

Tu as raison. C’est plus facile pour moi en ayant une lumière en pleine poire, devant des gens, avec un micro. Peut-être que dans la vie, il faudrait que je me balade avec une petite estrade. C’est plus facile pour moi parce que je vais travailler le texte avant. Je sais ce que je vais dire, je ne pars pas dans l’inconnu. Le texte va être écrit, réécrit, je vais avoir peser le pour et le contre.

Depuis peu, tu es « Coup de Cœur de l’Académie Charles Cros 2013 ». C’est encourageant de recevoir ce genre de prix ?

Ça permet de se faire un peu remarquer et ça fait plaisir que son travail soit reconnu. Quand toi tu es quelqu’un qui est plus dans l’indépendance et qui vit un peu sur les chemins de traverse, oui, c’est utile.

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12 juillet 2013

Simon Autain: interview pour son premier EP

simon autain,interview,ep,pic d'or,mandorJ’ai découvert Simon Autain au Pic d’Or de cette année. Je peux même dire, sans vexer personne (j’espère), que c’était ma plus belle découverte de cette édition. (Même si je connaissais la moitié des artistes sélectionnés, mais ça n’a rien à voir). Le jeune homme est arrivé sur scène, habillé en dandy d’un autre temps, puis s’est mis à jouer au piano. Puis à chanter. Pendant ce temps, je me suis mis à frissonner. Avec le public et avec la quasi-totalité de mes amis jurés. Une vraie claque ! Puis quand nous l’avons revu chanter une seconde chanson, on a tendu la joue gauche.

J’avais déjà écouté son EP reçu quelques semaines avant, mais l’effet n’avait pas été le même sur moi. Un Simon Autain, certes, ça s’écoute, mais surtout ça se regarde et ça se ressent. Et ça déclenche toutes sortes d’émotions.

Pour la petite histoire, Simon Autain est reparti bredouille du Pic d’Or. C’est à peine simon autain,interview,ep,pic d'or,mandorcroyable. Un cas d’école. Largement favori lors de la demi-finale et de la finale, l’artiste nous a déçus lors de sa dernière prestation. Déception à la hauteur du choc qu’il nous avait procuré lors de ses deux premières prestations, du coup, nous avons été intraitables (et à mon sens parfaitement injustes. Je m’inclus, car je ne l’ai pas défendu non plus). Après coup, j’ai d’énormes remords. Il a fait deux mauvais choix de chansons lors de la finale (préférant interpréter des chansons personnelles et importantes pour lui plutôt que des chansons universelles et touchantes pour le public). Et il y a eu des remarques au public, disons… maladroites. Étant donné que certains autres artistes finalistes très talentueux sont allés, eux, crescendo dans la progression, le jury n’a plus su où placer Simon Autain.

L’artiste n’a pas non plus compris pourquoi il n'avait reçu aucun prix parmi les 5 proposés. Mais il a su très vite reprendre du poil de la bête et entendre avec humilité et intelligence ce que nous lui avons dit (chacun de nous il me semble).

Simon Autain, un mois plus tard (le 31 mai dernier) est passé me voir à l’agence. Et évidemment, nous avons notamment reparlé de sa mésaventure du Pic d’Or. Franche et diplomate explication entre l’artiste et l’un des jurés.

Biographie officielle (mais réarrangée et raccourcie) :

Originaire de Montpellier, Simon Autain passe son temps entre Poitiers et Paris. Quand il a découvert les Beach Boys, la pop est entrée dans sa vie et ne l’a plus lâché. Parce que les harmonies vocales, la beauté de la chose. Et l’histoire qui va avec. Une histoire de famille, de mort, qui lui inspira d’ailleurs un morceau, « Marina Del Rey ».

Mais avant, il y eut dix années de piano. Puis les premiers groupes, en tant que guitariste. Avant de devenir ce qu’il est aujourd’hui : chanteur, auteur, compositeur, et, fait assez rare pour un aussi jeune artiste, arrangeur. Et très vite, naît cette envie de ne pas souffrir d’une étiquette. Simon ne sera ni chanson, ni pop, et privilégiera la simplicité des textes, qui n’est pas la facilité.

simon autain,interview,ep,pic d'or,mandorEn studio avec Dominique Blanc-Francard (et Bénédicte Schmitt), Simon joue de (presque) tout, convoque quelques potes, quelques rencontres, et accouche de ce premier EP. Au détour de ces cinq titres, il raconte une belle histoire. On y croise des questionnements sur la mort, sur la véritable importance de l’Amour, du couple… La vie.

Ce premier EP, cette première déclaration, le place sur l’échiquier pop des futurs grands, des têtes à suivre. Un artiste singulier, une voix reconnaissable entre mille au service de textes mêlant le noir et le lumineux.

Notez le bien, il s’appelle Simon. Simon Autain.

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Interview:

Tu as 24 ans et tu as commencé à faire de la musique à l’âge de 9 ans. Plutôt précoce comme garçon.

Je pianotais tout seul à la maison et mes parents m’ont donc proposé de prendre des cours particuliers de piano classique avec une prof. J’y ai trouvé beaucoup d’intérêts. Je jouais tout le temps, ce qui me permettait d’avancer assez vite. Mais je travaillais très peu les cours. D’ailleurs, aujourd’hui, le solfège, je le lis super mal alors que j’en ai fait pendant 10 ans. J’en ai fait d’ailleurs malgré moi parce que je tentais les concours du conservatoire en candidat libre. J’apprenais mes morceaux, mais le solfège, ça m’a toujours gonflé. Je les apprenais plus en écoutant des CD.

Je crois savoir que tu étais en 5e quand tu as pris la décision nette et définitive de faire ce métier-là.

Oui. J’ai dit à mes parents que je voulais faire de la musique. J’ai ajouté que l’école me saoulait. Je voulais l’arrêter à 16 ans pour ne faire que de la musique, mais ils n’ont pas voulu. Pour faire plaisir à ma mère, il fallait au minimum que j’aie le bac.

Donc tu jouais parallèlement à l’école ?

J’ai joué en tant que guitariste dans des groupes forts différents les uns des autres. Certains très bourrins, assez metal. J’ai commencé à chanter dans un groupe folk de mon lycée qui était assez théâtral, complètement barjo, The Flower Dicks.

simon autain,interview,ep,pic d'or,mandorDans ta bio, je lis que tu as découvert les Beach Boys à l’âge de 10 ans.

C’est vraiment le groupe de mon enfance. Mon père était un immense fan des Beach Boys. Il écoutait ça tout le temps. Même à Noël il mettait les disques de Noël des Beach Boys. J’écoutais ça avec mon frère, avec lequel j’avais une relation assez forte, du coup, ces histoires de frères résonnaient pas mal en nous.

Hormis les histoires qu’ils racontaient, leurs harmonies étaient fascinantes.

Évidemment. Et j’ai été très touché par l’histoire de Brian Wilson, qui était un vrai autiste. Il refusait parfois de partir en tournée, il refaisait toutes les voix des albums lui-même, il engueulait tout le monde parce qu’il n’était pas content…

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(Photo: Nöt Pixbynot)

Au Pic d’Or, le jury t’a trouvé bluffant et très mature lors de tes deux premières prestations.

À Tarbes, j’ai montré d’abord une facette de mon univers qui est très intime, assez premier degré, assez mélancolique, mais il n’y a pas que ça dans mon travail. Je pense que j’ai grillé mes cartouches très rapidement en chantant deux chansons qui me tenaient à cœur dès le départ. J’aurais dû les garder pour la finale et commencer avec des titres un peu plus légers. Et surtout, je ne peux pas passer d’un extrême à un autre extrême. Au Pic d’Or, j’aurais dû choisir juste une facette. En fait, j’ai trop cru en la victoire. Il ne faut jamais y croire et se battre. J’avoue qu’avant de rentrer sur scène, je me suis dit que ça allait le faire… j’ai pris des risques qui n’étaient pas nécessaires. C’est bizarre ma réaction, parce que ce n’est pas mon mode de fonctionnement habituel. Je ne suis pas un arriviste. Parfois, j’ai juste le goût du « ça passe ou ça casse ».

Mais, tu sais très bien que je suis allé te voir le premier soir pour te dire tout le bien que je pensais de toi. Je crois t’avoir influencé involontairement. Arnold Turboust m’a d’ailleurs gentiment remis dans le droit chemin à ce sujet… Je t’ai donné trop de confiance en te communiquant mon enthousiasme. Je le regrette profondément.

Ça a dû jouer, mais c’est à moi de contrôler ce genre de chose. Si tout le monde te dit « c’est génial !», il ne faut surtout finir par y croire. Sans devenir pour autant « artiste maudit » qui n’accepte pas les compliments. Il faut arriver à rester concentré. Rester dans le calme et ne pas bouger de sa sincérité. C’est difficile, mais ça fait partie du métier. Tu sais, on fait un boulot de risques dans lequel on doit surprendre les gens et se surprendre soi-même. Lors du Pic d’Or, je suis allé dans la provoc. J’ai mal joué mon truc parce que tout le monde a eu l’impression que j’agressais le public. Rien n’est jamais acquis, c’était donc une bonne leçon pour moi.

Il n’en reste pas moins que ta voix nous a fascinées.

Pour moi, c’est le plus important. En ce moment, je bosse avec deux potes sur mon album (qui devrait sortir en septembre). Comme ils ne viennent pas de la chanson, je leur répète souvent que là, on est dans les arrangements, on est dans le son, certes, mais que tout ça c’est du vent. On s’en fout. Le plus important, c’est la voix, il n’y a pas à tergiverser. Un mec comme Tom Waits, il peut chanter n’importe quoi, tu vois.

Tu joues beaucoup avec le public ?

Oui, j’adore ça. Je ne l’ai pas fait au Pic d’Or ou du moins, je ne l’ai pas bien fait. On ne peut pas faire la même chose sur la longueur d’un concert que sur un tremplin. Je n’avais pas encore l’expérience nécessaire pour le comprendre.

Le clip de "Le voyage en douce".

Je reviens à ton EP réalisé par Dominique Blanc-Francard. Une sacrée belle carte de visite !

C’est mon label qui m’a proposé Dominique Blanc-Francard et sa compagne Bénédicte Schmitt. Je n’étais quasiment jamais rentré en studio, à part pour des tout petits projets. Moi, j’ai toujours fait seul mes maquettes et mes arrangements. Et là, la démarche de studio m’angoissait terriblement. Je me suis retrouvé devant des gens adorables et compétents. 

Mais, tu ne renouvelles pas l’expérience pour ton album.

Humainement, c’était génial. J’ai eu une légère frustration au niveau du temps. C’est un studio qui coûte quand même cher, on ne peut pas prendre notre temps. Il faut constamment tracer et on arrive au mixage, on a plus que deux jours. Comme je suis un grand fan de post prod, quand je bosse tout seul, je prends énormément de temps pour tout bien placer. Je suis de plus en plus passionné par le son et ça me dérange de ne pas aboutir ce travail-là, car je le considère aussi important que le reste. Alors, je précise. Il y a la voix d’abord, comme nous le disions tout à l’heure, ensuite,  il y a, au même niveau, le texte et la chanson et le son et les arrangements. Je suis très pointilleux là-dessus.

C’est pour ça que tu bosses en ce moment avec des musiciens qui travaillent beaucoup dans l’électronique ?

Oui, avec ce genre musical, tu n’as pas toujours la compo, mais tu as toujours le son. Mais, ne t’inquiète pas, je ne suis pas en train d’enregistrer un album électro. Ça reste très acoustique. Il y a bien un ou deux synthés à droite à gauche mélangés à des cordes… Moi, j’adore chanter sur de la musique orchestrée. Il y a beaucoup de violons et par moment, c’est même grandiloquent, avec des envolées...

Mai 2013: Simon Autain prépare son premier album studio. Première étape, enregistrement des parties basse batterie au studio Soyuz de Paris.

Tu trouves que les choses bougent vite en ce moment pour toi ?

Si je veux que les choses aillent plus vite, il faut que ça vienne de moi. Attendre d’un label, c’est un peu une erreur. Si on attend de lui, on est frustré. Un label, c’est un plus. Les gens des labels ne peuvent pas penser à notre place, ils ne peuvent pas prendre des décisions artistiques à la place du principal concerné, l’artiste. Si on n’a pas envie de se sentir dépossédés par ses créations, il faut anticiper. Il faut dire : « Tiens, j’ai fait ma pochette, ça va ressembler à ça ! Qu’est-ce que vous en pensez ? Elle est déjà faite… » Moi, je suis quelqu’un d’autonome. On n’est jamais mieux servi que par soi même…  Quand on a des idées et qu’on a envie, on va s’investir 10 fois plus que n’importe qui. Les gens qui passent deux heures sur mon projet et qui me conseillent, j’ai un peu de mal parce que moi, j’y ai passé un temps fou. Je suis accro à ça et c’est ma vie…

Tu ne décroches jamais de la musique ?

Je suis toujours dedans, en effet. Je compose, j’écris tout le temps.       

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Quand tu es en studio, tu sais que c’est bon ou tu as du mal à t’arrêter ?

Je suis un gourmand. Tant qu’on ne m’arrête pas, je ne m’arrête pas.

Comme Voulzy ?

Non, pas du tout parce que moi, je suis un fan des prises spontanées. Il y a beaucoup de sons que j’avais faits sur la maquette et que je garde. J’adore l’instantané. Voulzy, c’est tout sauf ça. Il est méticuleux, mais pour moi, il l’est trop. Du coup, il perd le côté spontané de la musique. Moi, j’m’en fous s’il y a du bruit, s’il y a un souffle dans ce qu’on enregistre. Si ça le fait, je garde. Je ne me pose pas trop de questions.

Outre ton album, tu bosses sur d’autres projets, dont un avec Benjamin Paulin (mandorisé là). 

Là, je bosse avec lui sur son disque. J’ai coécrit et co-composé la moitié des chansons… C’est un mec hyper talentueux, un vrai auteur.

Si je te dis que ce que tu fais me rappelle le meilleur de la variété des années 70 et 80. William Sheller, Julien Clerc, des gens comme ça, tu ne m’en veux pas ?

William Sheller, je suis très fan. Julien Clerc, il y a juste quelques chansons du début que j’aime vraiment. J’ai beaucoup écouté l’album intitulé N°7 et notamment une chanson qui est dingue « Souffrir par toi n’est pas souffrir » écrite par Étienne Roda-Gil. C’est une chanson magnifique.

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Bonus : L'interview de Simon Autain par HorsCène. Très complémentaire ce celle-ci...

09 juillet 2013

Taïro: interview pour Ainsi soit-il

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Bon a priori, le reggae français et le ragga, ce n’est pas ma tasse de thé. Dire que je suis allé à reculons à la rencontre de cet artiste n’est pas totalement faux. Mais, bon, j’ai toujours le secret espoir de trouver en chacun quelque chose d’intéressant, des propos qui me surprennent et qui permettent un débat. C’est exactement ce qu’il s’est passé avec Taïro.

Avant de vous proposer mon interview, voici ma chronique sur ce disque (sorti hier, lundi 8 juillet) écrite pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté des mois de juillet-août 2013).

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Rencontre avec le roi du reggae français dans les locaux de sa maison de disque Polydor chez Universal Music. C’était le 25 juin dernier.

taïro,ainsi soit-il,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorInterview :

Ton album est à la fois léger et grave. Tu parles aussi bien de l’injustice et des problèmes sociétaux que de femmes ou des joints.

Je me laisse porter par mon inspiration. Avant de faire un album et de me lancer dans une chanson, je n’établis pas de plan particulier. Je ne réfléchis pas en amont aux sujets que je vais aborder. J’y vais à l’instinct, mais j’essaie aussi de diversifier les sujets pour ne pas ennuyer ceux qui m’écoutent. Ça me parait difficile de vivre dans ce monde, d’être musicien et auteur et d’être monomaniaque ou monocorde ou monothématique. Je n’ai pas de mal à parler de mes émotions.

Pourquoi as-tu commencé à faire de la musique et à écrire des chansons?

 À 15 ans, quand j’ai commencé, j’étais très influencé par le parcours de mon père qui est révolutionnaire politique marocain. J’avais trouvé dans le reggae, musique connue pour son aspect revendicatif,  une possibilité de suivre ses traces et continuer son combat. Dans ma famille, on a l’esprit de sacrifice. J’ai perdu une tante d’une grève de la faim en prison et mon père a fait quatre années de prison. Il s’en est sorti, heureusement pour lui. Au début, j’avais l’impression d’être investi par ça et d’avoir une mission. Je ne pouvais pas chanter des chansons sur notre petit quotidien. À un moment, je me suis demandé qui j’étais pour dire « ça, c’est bien, ça, c’est pas bien » ou « regardez qui sont les bons, qui sont les méchants ! »

Aujourd’hui, tu fais réfléchir et tu divertis. Ce nouvel album est vraiment un mélange des deux.

En tout cas, quand j’écris, je me laisse complètement aller vers l’émotion que je ressens à ce moment-là. Soit difficile, soit joyeuse. Je me laisse aller à cette actualité qui peut me toucher, à cette histoire d’amour que je peux vivre. Rien n’est plus calculé. Ça me permet de ne pas m’ennuyer à la fois quand j’écris et puis, j’espère, de ne pas trop ennuyer le public. L’idéal serait que les gens qui m’écoutent trouvent une résonance à leur propre douleur ou leur propre bonheur.

Taïro - "Love Love Love"

Quand tu écris « Justice », tu es traversé par quoi ?

C’était à un moment où je n’arrivais plus à vivre de la musique, un moment où je suis au RSA et forcément, ça influe sur mon inspiration. Ce n’est pas le fait que certaines personnes gagnent beaucoup d’argent qui me gêne, c’est le fait que d’autres en gagnent si peu en bossant comme des fous. C’est ça le problème.

Ton père était un révolutionnaire, crois-tu que l’on peut faire la révolution en chanson ?

Je pense que la seule chose qui pourrait faire changer les choses, c’est surtout la politique. C’est vraiment là qu’il pourrait y avoir un contre-pouvoir, parce que le pouvoir est devenu économique et uniquement économique. J’ai l’impression que les grandes sociétés pèsent un peu plus sur les décisions politiques que les convictions de ces mêmes hommes politiques. Je ne dis pas que mes chansons peuvent changer le monde, mais si elles peuvent faire du bien à ceux qui les écoutent, je serai déjà très content.

Je sais aussi que tu veux permettre à ceux qui t'écoutent de s’évader.

Parler uniquement des problèmes des gens, est-ce vraiment les aider ? Est-ce qu’avec ma musique, je ne me dois pas de leur permettre de s’échapper de la réalité. Dans cette vie assez difficile, ne dois-je pas leur permettre de partir le matin avec un peu de baume au cœur et d’énergie.

taïro,ainsi soit-il,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandor

Dans le premier titre « Je m’en fous », tu réponds à ceux qui ne croyaient pas en toi et c’est aussi un hommage à la musique.

C’est un clin d’œil à la fois aux gens qui n’ont pas cru en moi et à la fois au public. C’est une manière d’être complice avec les gens qui vont écouter le disque. Je ne viens pas du tout d’un milieu musical. Ma mère avait quelques disques. De Bob Marley, de Léonard Cohen, de Janis Joplin, de la musique des années 70 et beaucoup de musiques classiques. Au début, j’avais beaucoup de naïveté parce que je croyais énormément en moi, mais en fait j’avais beaucoup de carences et de lacunes. J’avais beaucoup d’énergie, beaucoup d’envies, mais très peu de connaissances musicales. Bon, dans cette chanson, j’appuie un peu le trait. C’est une chanson, il faut parfois surligner pour que le message passe mieux.

J’ai noté que tu apprécies les doubles lectures.

J’aime amener à un point de vue que l’on ne comprenne pas tout de suite et qu’on va découvrir à la fin du morceau. J’essaie de faire en sorte qu’on veuille le redécouvrir avec d’autres relectures.

taïro,ainsi soit-il,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorDans « Ainsi soit-il », qui est aussi le titre de l’album, tu parles d’un départ. On imagine un suicide…

Je raconte mon hypothétique dernier jour. On ne va pas échapper à la mort. Ça nous arrivera à tous un jour. Plutôt qu’angoisser ce moment, peut-être faut-il essayer de le regarder un peu différemment. Essayons de penser à la vie qu’on a eue plutôt qu’à la mort.

Dans « Bébé toute seule », tu expliques à une femme que les enfants ont besoin d’un père.

Mes parents se sont séparés quand j’étais très jeune. Mon père a toujours été présent et aimant. Je crois que ce dont un enfant a besoin le plus en grandissant, c’est l’amour de ses deux parents, s’ils sont là. Il peut arriver dans la vie qu’une femme se retrouve seule avec un enfant et qu’elle soit obligée de l’élever comme ça. Je ne veux surtout pas que cette chanson lui fasse penser que c’est impossible. C’est surtout une fille qui m’a inspiré ce texte. Elle voulait garder son enfant alors que le père était parti, sans que cela ne lui pose aucun problème. Il y avait quelque chose de très naïf dans son discours. A 21 ans, elle était ancrée dans cette certitude qu’il n’y a absolument pas besoin du père, qu’il n’est pas utile de savoir qui il est et qu’il suffira un iniquement de l’amour d’une maman. C’est un peu court comme vision des choses. Si on a la possibilité d’offrir l’amour d’un papa et d’une maman, ou de deux papas ou de deux mamans, c’est quand même mieux pour un enfant. Cette chanson est une discussion entre deux points de vue. Il ne s’agit pas de faire la morale ou la leçon, mais juste d’équilibrer le débat.

Les chansons « Love, love, love » et « High Grade », notamment, évoquent ton amour destaïro,ainsi soit-il,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandor joints.

C’était un peu pour rigoler et, surtout, c’est une thématique récurrente du reggae. C’est un classique que j’avais envie de revisiter un petit peu. Et puis, je trouve qu’il y a quelque chose qui ne va pas en France à ce niveau-là. On a le système le plus répressif et on a le plus de consommateurs. On a cette hypocrisie absolue pour dire que c’est pour nous protéger, alors qu’il y a d’autres choses dans la vie qui sont tout à fait légales et qui sont beaucoup plus dangereuses. L’alcool, par exemple. Quand on est consommateur d’herbe, au pire, on se fait du mal à soi. Quand on a une société pétrolière, quand on envoie un bateau qui s’éclate en pleine mer et qui défonce la Terre, c’est dangereux pour tout le monde, mais pourtant, même s’ils se font engueuler, ils continuent à faire du business. Il y a une inégalité là-dessus qui est gênante. Il y a une déresponsabilisation des gens. Il n’est pas question de dire que c’est la panacée du peuple et que ceux qui ne fument pas n’ont rien compris à la vie et passe à côté de quelque chose de fantastique. Je ne comprends pas que l’on puisse être en danger pénalement. Cet effet d’interdit créer encore plus de désir chez les jeunes pour jouer avec la loi. La chanson que j’ai faite « Bonne Weed », si elle a eu tant de succès, c’est en partie grâce à ça.

Taïro Feat. Kalash, Kenyon, 3010 & Némir - "Bonne Weed Remix"

La chanson SF 92 parle de la destinée d’un fusil militaire.

SF 92, c’est un modèle de Beretta. Au départ, je voulais raconter l’histoire d’un soldat, mais en commençant à écrire, je me suis dit que je pourrais pousser la personnification  plus loin. Personnifier un objet pouvait être intéressant. J’ai donc extrapolé à partir de ce que j’ai lu de l’histoire de ce flingue. J’ai imaginé quel pourrait être le parcours d’une arme que l’on a fabriquée dans les années 80.

Pourquoi y a-t-il ces 3 featurings ?

Parce que j’aime le travail de Youssoupha, Merlot et Kalash. Faire des morceaux avec les gens, ce n’est pas un truc que je recherche absolument, c’est même une démarche un peu difficile pour moi d’aller frapper à la porte pour dire « excuse-moi, tu veux chanter un morceau avec moi ? » Généralement, quand j’ai chanté avec d’autres artistes pour mes albums, ça s’est fait grâce à des rencontres et puis, parce qu’il y avait un désir commun de faire quelque chose ensemble. C’est assez génial de pouvoir faire de la musique à plusieurs. C’est quelque chose de très stimulant et très gratifiant.

taïro,ainsi soit-il,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandor

Tu as fait un album en 2009 chez Warner et pas mal de street tape et tu reviens là dans un gros label, Polydor chez Universal. Que fait un rebelle de nouveau dans ce genre de maison de disque ?

En signant ici, je me suis demandé si c’était une bonne idée et  par quel chemin j’allais passer. Avec les street tape que je faisais, je pouvais vivre de ma musique grâce à une économie autosuffisante qui me permettait de faire ce que j’aime dans une grande liberté. En étant ici, je me suis dit que c’était une possibilité de faire découvrir ma musique à plus de gens. Être supporté par Universal, ça va sans doute me permettre d’avoir plus de visibilité. Il est possible que ça m’ouvre une partie de leur réseau en télé, radio et presse écrite. Si cela permet de véhiculer des informations sur ma musique, allons-y…

Et tu as enregistré ce disque dans de meilleures conditions. Il faut le dire aussi.

Oui. Ca m’a permis de revisiter les morceaux. Quand j’ai signé avec eux, cet album était maquetté, quasiment fait, mais là, on a pu faire venir d’autres musiciens, rejouer, remixer… il faut bien le reconnaître, ça fait un meilleur disque.

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07 juillet 2013

Merci Edgar : l'outil idéal pour le développement des projets artistiques des musiciens!

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1001790_205326649622594_592859969_n.jpg« Vous êtes artiste ? Vous n'avez pas encore de tourneur ? Vous n'avez pas le choix, vous devez vous occuper de tout, et tout seul !
Vous aimeriez consacrer davantage de temps à créer, répéter, jouer sur scène plutôt qu'à vous occuper de la communication, des tâches administratives ou commerciales ?
Avec Merci Edgar, vous avez enfin un outil vous permettant d'être plus efficace, organisé dans vos recherches de dates. Bref, vous allez gagner du temps, du temps que vous pourrez consacrer à votre passion, pour le plaisir de votre public ! »

En lisant ce message, tout artiste qui débute ou qui rame un peu à se faire connaître d'un public plus large, devrait être tenté par ce projet (qui n’en est plus un (projet) puisque là, nous parlons bien d’éléments concrets).

J’ai découvert le blog Merci Edgar, il y a quelques mois par l’entremise de son fondateur, Christophe Robillard, responsable développement et musicien auto-produit. J’avoue qu’à la base, je n’avais pas compris tous les tenants et les aboutissants, mais j’avais une vision globale très positive de la chose. Le projet à évolué depuis.

Ce qu’il faut savoir, c’est que Merci Edgar est un outil conçu pour aider les musiciens à développer leur projet artistique. Plusieurs moyens sont proposés :

-Un logiciel pour gérer ses différents contacts professionnels, en faire le suivi, leur adresser des mails en masse (On peut le tester lors d’apéros organisés par Merci Edgar).

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-Des vidéos d’interviews de professionnels de la profession : directeurs de salle, tourneurs, journalistes, chargés de diffusion, attaché(e)s de presse et artistes. Ces vidéos permettant à l’artiste de mieux appréhender l’univers du spectacle vivant. (Et je peux témoigner que Christophe sait poser les bonnes questions. Il interviewe une demi-heure et n’en garde que 10 minutes. Le best of des entretiens, quoi !)

Voici l’interview que je lui ai accordée. C’était le lendemain de l’annonce de l'arrêt des émissions musicales actuelles sur France 2, dont celle à laquelle je collaborais, CD’Aujourd’hui. Christophe Robillard m’a donc fait réagir à ce sujet (notamment).

Entretien d'Edgar #16 : François Alquier, journaliste from Merci Edgar on Vimeo.

Les autres vidéos sont . Personnellement, en les visionnant, j’ai appris beaucoup de choses sur les rouages de cette gigantesque machinerie qu'est le monde de l'industrie de la musique en France. Tous les gens du métier devraient s'y intéresser...)

Pourquoi je décide de mettre un coup de projecteur aujourd’hui sur Merci Edgar ?

robi.jpgD’abord parce que cette initiative est intéressante et peut réellement aider les artistes émergents. Parce que Christophe Robillard est convaincu et convaincant. Parce que j’aime ce genre de type qui parle, qui demande, qui s’interroge, mais surtout qui fait. Des actes à la parole… ça devient suffisamment rare pour être dûment signalé.  

Nous devrions être nombreux à bouger notre cul comme lui et ne pas attendre que les choses se fassent. (Je parle aussi (et beaucoup) pour moi. Aussi.)

Depuis la semaine dernière, Merci Edgar possède un site « vitrine » explicatif (absolument clair et précis). 

Enfin (belle coïncidence qui n'en est pas tout à fait une quand même), sachez qu'il y a aujourd'hui (dimanche 7 juillet), un pique-nique au Parc de la Villette à Paris organisé par Merci Edgar.

Il fait beau, il fait bon... si vous êtes artiste, c'est le temps idéal pour venir jeter un coup d’œil et vous renseigner…

Pour en savoir plus sur le pique-nique, c’est ici que ça se passe.

Longue vie à Merci Edgar!