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16 juillet 2013

Elodie Frégé : interview pour Amuse-bouches

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(Photo: André Rau)

Élodie Frégé est la chanteuse française la plus glamour d’entre toutes. Une des plus belles voix aussi. Cela fait un moment que je regrette qu’elle ne chante plus qu’en retenue et qu’elle n’exploite pas ses possibilités vocales plus intensément.

J’aime bien humainement cette femme fragile, peu à l’aise devant un micro (même si de rencontre en rencontre, je trouve qu’elle parvient à se détendre et à dire des choses) et surtout très sympathique.

(Voir ma précédente mandorisation en 2010. Et ma première en 2006).

Si je ne suis pas fan de ses productions discographiques (hormis peut-être « La fille de l’après-midi », son précédent album) je m’évertue à croire qu’un jour sortira l’album qu’elle mérite et qui la fera enfin reconnaître à sa juste mesure.

Avant de vous proposer l’interview d’Élodie Frégé (qui s’est tenu au Platine Hôtel, lieu rendant hommage à Marylin Monroe, le 12 juin dernier), voilà ce que j’en ai dit dans Le magazine des loisirs culturels Auchan. Une chronique polie.

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BOalqrXCQAAaPFx.jpg large.jpgInterview :

Vous avez chanté avec des musiciens latinos pour cet album. Travailler avec une chanteuse française qu’ils ne connaissaient pas, ça leur a plu ?

Ils étaient ravis. Ça les changeait de leur quotidien. Ils nous ont apporté beaucoup parce qu’ils ont vraiment un son à eux. C’était super intéressant pour tout le monde, finalement. En plus, ce sont des personnes qui ne se prennent pas du tout la tête. Il n’y avait pas de problème d’ego. En plus, ils étaient contents de retravailler pour Marc avec qui il avait déjà tourné pour la tournée de Nouvelle Vague aux États-Unis.

Ces musiciens ont tendance à improviser plus que nécessaire, vous avez su les gérer pour qu’ils ne sortent pas trop de vos sentiers balisés ?

Moi, je crois plutôt que c’est comme ça que l’on fait de la musique. J’aime les musiciens qui partent en free-style. Il faut juste parfois les canaliser un peu, mais ils sont très bons… grâce à leur façon de faire intuitive, ça sonne « live » et c’est ce que l’on souhaitait.

Le genre musical de ce quatrième album est un mélange de samba, cha-cha, mambo… oserais-je dire des rythmes un peu désuets. Charmants en tout cas.

Les arrangements sont très modernes et c’est le génie de Marc Colin. Moi, je voulais revenir plus intensément à cette musique-là parce que j’avais pris beaucoup de plaisir à chanter « Je te dis non », une bossa-nova qui figurait sur mon premier album et que Catherine Breillat avait d’ailleurs mise en image. Ensuite, avec Benjamin Biolay, on avait un peu abordé ces thèmes, mais c’était un peu moins chaloupé bien que pur et live. Pur et live, c’est ce que l’on retrouve dans Amuse Bouches.

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(Photo: André Rau)

Pourquoi un album quasi entièrement bossa nova ?

Je l’ai ressenti ainsi. C’est dans ce but que j’ai choisi Marc Colin. Il excelle en la matière avec Nouvelle Vague. Moi, je n’avais pas envie de chanter comme une damnée, en hurlant et en faisant des prouesses techniques. Pour ce disque, il a fallu chanter plus dans la retenue, avec beaucoup de nuance puisque j’ai privilégié la sensualité.

En entendant une chanson comme « Garce carbonique », je me suis fait la réflexion que c’était des chansons extrêmement difficiles à chanter.

Cette chanson-là, on l’a un peu improvisé à Miami. J’ai écrit un texte à partir de ce très mauvais jeu de mots (rires). « Garce carbonique » raconte l’histoire d’une fille qui asphyxie un peu ses proies, une sorte de mante religieuse. Les personnages de cet album sont moins victimes que ceux qui figurent sur mes albums précédents.

Vous êtes plus cash qu’avant…

Depuis des années que j’écris mes textes, j’avoue que j’ai toujours été un peu trop littéraire. J’utilisais beaucoup de métaphores, d’assonances, de litotes… Aujourd’hui, ça y est ! C’est bon ! Je crois que j’ai montré des choses en tant qu’auteure. J’ai peut-être voulu trop le prouver dans l’album La fille de l’après-midi. J’étais très égoïste sur ce disque. J’ai écrit pour moi, pour le plaisir d’écrire, du coup j’ai touché moins de monde et, en tout cas, pas le même public. Par contre les critiques étaient très bonnes. Bref, du coup, délestée de cette charge de prouver que l’on vaut quelque chose après être passée dans une émission de TF1, finalement, on revient aux choses essentielles. On fait moins de détours. J’ai remarqué qu’en vieillissant, ce n’est pas que j’ai moins de pudeur, mais j’ai moins de mal à exprimer des choses de femmes. Je ne suis plus une adolescente. Je ne peux plus raconter des histoires de jeunes filles qui cherchent l’amour, mal aimées, mal baisées.

Dans ce nouveau disque, il reste quand même un peu de l’ancienne Élodie Frégé… un fond mélancolique.

Parce que c’est comme ça que je suis. En tant qu’artiste, il faut que je sois nourrie de choses diverses et variées, mais l’ayant beaucoup exprimée sur le précédent disque, là j’ai pu me lâcher un peu plus dans l’humour, l’auto dérision et le jeu. Moi, j’aime les choses de la vie. Les choses que l’on peut savourer. Les gens ne connaissent pas cette facette de ma personnalité et pouvoir l’exprimer artistiquement, sans parler de ma vie privée, c’était assez jouissif en fait. Pour être tout à fait sincère, je ne pensais pas pouvoir me renouveler, je n’avais même pas beaucoup d’idées de chansons tellement j’avais tout donné pour La fille de l’après-midi. Je m’étais investi tellement dans tout… et finalement, ça m’allège d’un poids et je me retrouve dans ce nouveau disque avec quelque chose de plus simple et épuré.

Dans Amuse Bouches, on sent une forme de sérénité.

Pendant l’enregistrement, en tout cas, grâce à Marc Colin, j’étais assez sereine.  Il est calme et rassurant. C’est important pour une artiste comme moi. Il dédramatise tout et on a jamais peur avec lui. Moi qui dramatise tout, c’était très bien que je me retrouve avec lui. Ça a contrebalancé. 

Clip de "Comment t'appelles-tu ce matin".

Dans vos nouvelles chansons, j’ai trouvé que les femmes que vous interprétiez, les soumises,  étaient devenues dominatrices… notamment dans le premier single « Comment t’appelles-tu ce matin ? ».

C’est vous qui ressentez les choses comme ça, et c’est tant mieux parce que je veux que chacun lise mes chansons comme il le souhaite. Je voulais mettre en avant ces histoires que l’on raconte sur les femmes qui se réveillent en ne sachant pas le prénom de la personne qui est dans leur lit. Je voulais déculpabiliser ça, parce que ce n’est pas grave. Bon, je précise, je ne parle jamais de ma vie privée et ce personnage n’est pas du tout moi. Par contre, on se rejoint dans le fait de chercher un amour, de donner sa chance à des personnes avec qui ça ne marche pas. Ça arrive à tout le monde. La fille de « Comment t’appelles-tu ce matin ? » est quelqu’un de seul. Est-ce que ce n’est pas à elle qu’elle se pose la question ? Je ne sais pas.

Elle n’est donc pas une dominatrice ?

Elle peut être tout et n’importe quoi, selon la personne avec laquelle elle s’est couchée la veille. C’est surtout une femme perdue qui ne sait plus qui elle est.

Les titres de vos chansons sont très « charnels » : « Ma bouche, tes yeux », « Ma langue au chat »… ce n’est pas un hasard, je présume.

C’est très « corps », charnel, les cinq sens… c’est très sensuel. Même dans la façon de chanter. Je me suis amusée à interpréter ces textes de manière sensuelle, comme si je jouais un personnage. Cela dit, ça fait partie de moi. La chanson « La ceinture » qui date de 2006, je l’avais aussi interprété de façon sensuelle. Dans cet album, de par les textes, l’émotion est sensuelle tout de suite.

Il y a une reprise de Gainsbourg : « La fille qui fait tchic ti tchic ».

C’est encore Marc Colin qui m’a fait découvrir cette reprise. Gainsbourg l’a écrite pour Michèle Mercier.

Michèle Mercier chante "La fille qui tchic ti tchic".

« Dans l’escalier » fait un peu roman noir…

On s’est clairement inspiré des films à la Hitchcock. J’imaginais cette fille tirée à 4 épingles avec un regard gourmand sur un homme qu’elle voit monter devant elle et dont elle admire le fessier. On ne sait pas si elle a envie de lui ou s’il y a autre chose... bon, à la fin, elle le tue, un peu comme ces insectes qui tuent leur partenaire après avoir fait l’amour avec eux.

Il y a aussi « Ta maladie ». Là, vous êtes le venin d’un homme.

Un jour, j’ai commencé à imaginer une chanson et je l’ai tout de suite appelé « Ta maladie ». En général, d’ailleurs, je commence toujours par le titre. C’est déclencheur du reste. Le titre va me parler. Bref, j’ai remarqué que généralement, une femme, il faut qu’elle soit une mère ou une infirmière pour un homme. Ou une putain. Souvent, on est l’infirmière. Souvent, l’homme sort d’un chagrin d’amour. J’ai remarqué ce truc. Il faut qu’on prenne soin d’un homme quoi. Ou d’une femme, ça dépend (sourire). Ce truc de l’infirmière, je trouve ça un peu humiliant. Il y a un moment, on a envie d’avoir un autre rôle. Plutôt que d’être l’infirmière, donc le remède, je me suis dit que c’était très intéressant de devenir une espèce de venin, de peste. Une peste noire qui rentre dans les veines d’un homme et qui lui fout la fièvre, qui le cloue au lit. Le champ lexical de la maladie, il n’est pas loin de celui du coït (rires). Le mec se retrouve au lit, il a de la fièvre, il a chaud, il n’arrive plus à respirer. Voilà, du coup, je me suis amusée avec ça. J’ai voulu contaminer le cœur et le corps d’un homme. Je suis terrible, hein ?

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(Photo : André Rau)

Vous avez joué dans Potiche de François Ozon, film dans lequel, vous jouiez le même rôle que Catherine Deneuve, mais jeune. On est ici dans un hôtel dont la thématique est Marylin Monroe…  ces femmes vous évoquent quoi ?

Elles ont une ambivalence qui en fait des icônes. Elles étaient plutôt cérébrales avec une beauté particulière. Elles étaient des femmes qui faisaient rêver.  C’était aussi des femmes drôles que j’imagine fragiles et perdues… souvent on les catalogue dans les femmes fatales.

Vous avez un côté comme ça.

C’est possible. Souvent, quand je fais une prestation à la télévision, la seule chose qu’on me dit, c’est : « Tu étais très belle ». Moi, je trouve que c’est une insulte. Je veux toujours être très belle, parce que ça me met à l’aise avec moi-même quand je vais chanter. Mais quand on me fait cette réflexion, je me dis qu’on ne m’a pas écouté, on m’a juste regardé. Pourtant, je joue avec ça parce que je ne vois pas pourquoi je m’empêcherais d’être bien dans ma peau, de me sentir femme, belle et désirable sous prétexte que les gens ne voient que ça.

C’est paradoxal comme comportement ?

Je suis très paradoxale. Je suis à la fois une fille qui n’a pas du tout confiance en elle, mais qui pourtant se jette dans la gueule du loup pour aller chanter des chansons face à un public. Je n’ai pas confiance en moi, je pense. Je doute en permanence parce que c’est le propre d’un artiste. Bon, je ne veux pas parler de ma vie privée, mais quand on est artiste, on écrit des choses, il faut bien que ça sorte de quelque part. Si j’avais juste une enveloppe corporelle plutôt glamour, ça ne marcherait pas. Il faut bien que sous l’enveloppe il y ait quelque chose.

Vous vous retrouvez chez ce genre de femmes là ? Les Deneuve ou Marylin...

Je me retrouve dans celles qui ont eu longtemps un complexe d’infériorité à un moment, un manque d’affection et un manque de sécurité en fait. Pour moi, le corps est un laissez-passer. Un passeport pour l’affection et un passeport pour qu’on nous écoute. Je sais, c’est terrible de dire ça.

Mais, vous savez que vous avez plein de qualités.

Vous avez raison, je ne veux pas m’affliger, mais effectivement, j’ai besoin d’être rassurée en permanence. Le fait de passer par une enveloppe corporelle très féminine et glamour est rassurant. Je le répète, ça ne veut pas dire qu’à l’intérieur, il n’y a rien.

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