Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

« Merci Edgar : l'outil idéal pour le développement des projets artistiques des musiciens! | Page d'accueil | Simon Autain: interview pour son premier EP »

09 juillet 2013

Taïro: interview pour Ainsi soit-il

580410_10151704131507328_1091286035_n.jpg

Bon a priori, le reggae français et le ragga, ce n’est pas ma tasse de thé. Dire que je suis allé à reculons à la rencontre de cet artiste n’est pas totalement faux. Mais, bon, j’ai toujours le secret espoir de trouver en chacun quelque chose d’intéressant, des propos qui me surprennent et qui permettent un débat. C’est exactement ce qu’il s’est passé avec Taïro.

Avant de vous proposer mon interview, voici ma chronique sur ce disque (sorti hier, lundi 8 juillet) écrite pour Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté des mois de juillet-août 2013).

img431.jpg

Rencontre avec le roi du reggae français dans les locaux de sa maison de disque Polydor chez Universal Music. C’était le 25 juin dernier.

taïro,ainsi soit-il,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorInterview :

Ton album est à la fois léger et grave. Tu parles aussi bien de l’injustice et des problèmes sociétaux que de femmes ou des joints.

Je me laisse porter par mon inspiration. Avant de faire un album et de me lancer dans une chanson, je n’établis pas de plan particulier. Je ne réfléchis pas en amont aux sujets que je vais aborder. J’y vais à l’instinct, mais j’essaie aussi de diversifier les sujets pour ne pas ennuyer ceux qui m’écoutent. Ça me parait difficile de vivre dans ce monde, d’être musicien et auteur et d’être monomaniaque ou monocorde ou monothématique. Je n’ai pas de mal à parler de mes émotions.

Pourquoi as-tu commencé à faire de la musique et à écrire des chansons?

 À 15 ans, quand j’ai commencé, j’étais très influencé par le parcours de mon père qui est révolutionnaire politique marocain. J’avais trouvé dans le reggae, musique connue pour son aspect revendicatif,  une possibilité de suivre ses traces et continuer son combat. Dans ma famille, on a l’esprit de sacrifice. J’ai perdu une tante d’une grève de la faim en prison et mon père a fait quatre années de prison. Il s’en est sorti, heureusement pour lui. Au début, j’avais l’impression d’être investi par ça et d’avoir une mission. Je ne pouvais pas chanter des chansons sur notre petit quotidien. À un moment, je me suis demandé qui j’étais pour dire « ça, c’est bien, ça, c’est pas bien » ou « regardez qui sont les bons, qui sont les méchants ! »

Aujourd’hui, tu fais réfléchir et tu divertis. Ce nouvel album est vraiment un mélange des deux.

En tout cas, quand j’écris, je me laisse complètement aller vers l’émotion que je ressens à ce moment-là. Soit difficile, soit joyeuse. Je me laisse aller à cette actualité qui peut me toucher, à cette histoire d’amour que je peux vivre. Rien n’est plus calculé. Ça me permet de ne pas m’ennuyer à la fois quand j’écris et puis, j’espère, de ne pas trop ennuyer le public. L’idéal serait que les gens qui m’écoutent trouvent une résonance à leur propre douleur ou leur propre bonheur.

Taïro - "Love Love Love"

Quand tu écris « Justice », tu es traversé par quoi ?

C’était à un moment où je n’arrivais plus à vivre de la musique, un moment où je suis au RSA et forcément, ça influe sur mon inspiration. Ce n’est pas le fait que certaines personnes gagnent beaucoup d’argent qui me gêne, c’est le fait que d’autres en gagnent si peu en bossant comme des fous. C’est ça le problème.

Ton père était un révolutionnaire, crois-tu que l’on peut faire la révolution en chanson ?

Je pense que la seule chose qui pourrait faire changer les choses, c’est surtout la politique. C’est vraiment là qu’il pourrait y avoir un contre-pouvoir, parce que le pouvoir est devenu économique et uniquement économique. J’ai l’impression que les grandes sociétés pèsent un peu plus sur les décisions politiques que les convictions de ces mêmes hommes politiques. Je ne dis pas que mes chansons peuvent changer le monde, mais si elles peuvent faire du bien à ceux qui les écoutent, je serai déjà très content.

Je sais aussi que tu veux permettre à ceux qui t'écoutent de s’évader.

Parler uniquement des problèmes des gens, est-ce vraiment les aider ? Est-ce qu’avec ma musique, je ne me dois pas de leur permettre de s’échapper de la réalité. Dans cette vie assez difficile, ne dois-je pas leur permettre de partir le matin avec un peu de baume au cœur et d’énergie.

taïro,ainsi soit-il,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandor

Dans le premier titre « Je m’en fous », tu réponds à ceux qui ne croyaient pas en toi et c’est aussi un hommage à la musique.

C’est un clin d’œil à la fois aux gens qui n’ont pas cru en moi et à la fois au public. C’est une manière d’être complice avec les gens qui vont écouter le disque. Je ne viens pas du tout d’un milieu musical. Ma mère avait quelques disques. De Bob Marley, de Léonard Cohen, de Janis Joplin, de la musique des années 70 et beaucoup de musiques classiques. Au début, j’avais beaucoup de naïveté parce que je croyais énormément en moi, mais en fait j’avais beaucoup de carences et de lacunes. J’avais beaucoup d’énergie, beaucoup d’envies, mais très peu de connaissances musicales. Bon, dans cette chanson, j’appuie un peu le trait. C’est une chanson, il faut parfois surligner pour que le message passe mieux.

J’ai noté que tu apprécies les doubles lectures.

J’aime amener à un point de vue que l’on ne comprenne pas tout de suite et qu’on va découvrir à la fin du morceau. J’essaie de faire en sorte qu’on veuille le redécouvrir avec d’autres relectures.

taïro,ainsi soit-il,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandorDans « Ainsi soit-il », qui est aussi le titre de l’album, tu parles d’un départ. On imagine un suicide…

Je raconte mon hypothétique dernier jour. On ne va pas échapper à la mort. Ça nous arrivera à tous un jour. Plutôt qu’angoisser ce moment, peut-être faut-il essayer de le regarder un peu différemment. Essayons de penser à la vie qu’on a eue plutôt qu’à la mort.

Dans « Bébé toute seule », tu expliques à une femme que les enfants ont besoin d’un père.

Mes parents se sont séparés quand j’étais très jeune. Mon père a toujours été présent et aimant. Je crois que ce dont un enfant a besoin le plus en grandissant, c’est l’amour de ses deux parents, s’ils sont là. Il peut arriver dans la vie qu’une femme se retrouve seule avec un enfant et qu’elle soit obligée de l’élever comme ça. Je ne veux surtout pas que cette chanson lui fasse penser que c’est impossible. C’est surtout une fille qui m’a inspiré ce texte. Elle voulait garder son enfant alors que le père était parti, sans que cela ne lui pose aucun problème. Il y avait quelque chose de très naïf dans son discours. A 21 ans, elle était ancrée dans cette certitude qu’il n’y a absolument pas besoin du père, qu’il n’est pas utile de savoir qui il est et qu’il suffira un iniquement de l’amour d’une maman. C’est un peu court comme vision des choses. Si on a la possibilité d’offrir l’amour d’un papa et d’une maman, ou de deux papas ou de deux mamans, c’est quand même mieux pour un enfant. Cette chanson est une discussion entre deux points de vue. Il ne s’agit pas de faire la morale ou la leçon, mais juste d’équilibrer le débat.

Les chansons « Love, love, love » et « High Grade », notamment, évoquent ton amour destaïro,ainsi soit-il,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandor joints.

C’était un peu pour rigoler et, surtout, c’est une thématique récurrente du reggae. C’est un classique que j’avais envie de revisiter un petit peu. Et puis, je trouve qu’il y a quelque chose qui ne va pas en France à ce niveau-là. On a le système le plus répressif et on a le plus de consommateurs. On a cette hypocrisie absolue pour dire que c’est pour nous protéger, alors qu’il y a d’autres choses dans la vie qui sont tout à fait légales et qui sont beaucoup plus dangereuses. L’alcool, par exemple. Quand on est consommateur d’herbe, au pire, on se fait du mal à soi. Quand on a une société pétrolière, quand on envoie un bateau qui s’éclate en pleine mer et qui défonce la Terre, c’est dangereux pour tout le monde, mais pourtant, même s’ils se font engueuler, ils continuent à faire du business. Il y a une inégalité là-dessus qui est gênante. Il y a une déresponsabilisation des gens. Il n’est pas question de dire que c’est la panacée du peuple et que ceux qui ne fument pas n’ont rien compris à la vie et passe à côté de quelque chose de fantastique. Je ne comprends pas que l’on puisse être en danger pénalement. Cet effet d’interdit créer encore plus de désir chez les jeunes pour jouer avec la loi. La chanson que j’ai faite « Bonne Weed », si elle a eu tant de succès, c’est en partie grâce à ça.

Taïro Feat. Kalash, Kenyon, 3010 & Némir - "Bonne Weed Remix"

La chanson SF 92 parle de la destinée d’un fusil militaire.

SF 92, c’est un modèle de Beretta. Au départ, je voulais raconter l’histoire d’un soldat, mais en commençant à écrire, je me suis dit que je pourrais pousser la personnification  plus loin. Personnifier un objet pouvait être intéressant. J’ai donc extrapolé à partir de ce que j’ai lu de l’histoire de ce flingue. J’ai imaginé quel pourrait être le parcours d’une arme que l’on a fabriquée dans les années 80.

Pourquoi y a-t-il ces 3 featurings ?

Parce que j’aime le travail de Youssoupha, Merlot et Kalash. Faire des morceaux avec les gens, ce n’est pas un truc que je recherche absolument, c’est même une démarche un peu difficile pour moi d’aller frapper à la porte pour dire « excuse-moi, tu veux chanter un morceau avec moi ? » Généralement, quand j’ai chanté avec d’autres artistes pour mes albums, ça s’est fait grâce à des rencontres et puis, parce qu’il y avait un désir commun de faire quelque chose ensemble. C’est assez génial de pouvoir faire de la musique à plusieurs. C’est quelque chose de très stimulant et très gratifiant.

taïro,ainsi soit-il,interview,le magazine des espaces culturels leclerc,mandor

Tu as fait un album en 2009 chez Warner et pas mal de street tape et tu reviens là dans un gros label, Polydor chez Universal. Que fait un rebelle de nouveau dans ce genre de maison de disque ?

En signant ici, je me suis demandé si c’était une bonne idée et  par quel chemin j’allais passer. Avec les street tape que je faisais, je pouvais vivre de ma musique grâce à une économie autosuffisante qui me permettait de faire ce que j’aime dans une grande liberté. En étant ici, je me suis dit que c’était une possibilité de faire découvrir ma musique à plus de gens. Être supporté par Universal, ça va sans doute me permettre d’avoir plus de visibilité. Il est possible que ça m’ouvre une partie de leur réseau en télé, radio et presse écrite. Si cela permet de véhiculer des informations sur ma musique, allons-y…

Et tu as enregistré ce disque dans de meilleures conditions. Il faut le dire aussi.

Oui. Ca m’a permis de revisiter les morceaux. Quand j’ai signé avec eux, cet album était maquetté, quasiment fait, mais là, on a pu faire venir d’autres musiciens, rejouer, remixer… il faut bien le reconnaître, ça fait un meilleur disque.

DSC08245.JPG

Les commentaires sont fermés.