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29 juin 2013

Renaud Hantson: interview pour Homme à failles

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Renaud Hantson fait partie de mon panthéon personnel. Au même titre que Balavoine, Goldman, Berger, Cabrel et autre Souchon. Sauf que lui, il est toujours sorti des sentiers habituellement bien balisés de ce métier. Il a été difficile pour moi, et sans doute pour les autres « fans », de le suivre avec assiduité, car il a pris beaucoup de chemins différents. Et il n’a jamais fait de concessions. Aucune. Ou vraiment très peu. Alors, les chanteurs de sa génération, de sa mouvance, lui sont passés devant sans complexe. Pourtant, les Calogéro-Pagny-Obispo, il les surpassait largement. Mais, à faire du metal, à faire connerie sur connerie dans sa vie personnelle, à se perdre dans la drogue et le sexe pendant 18 ans, on ne fidélise pas vraiment son public. Moi-même, j’ai cessé de le suivre. Presque oublié. De temps à autre, je me demandais ce qu’il devenait, mais sans plus. Le temps est assassin. Il travaillait, même pas mal, mais comme il n’était plus médiatisé (et que Facebook n’était pas encore là), il était difficile de le savoir.

Je l’avais rencontré quelques fois dans les années 90 (voir photos après l’interview) et j’airenaud hantson,homme à failles,interview,mandor toujours bien apprécié nos rencontres.

Et puis cette année, coup sur coup, je l’ai rencontré et interviewé deux fois en un mois à l’occasion de la sortie de sa deuxième biographie, Homme à failles, sexe & drogues & show business, tome 2 (aux Editions du Préau). D’abord et succinctement au Salon du livre de Provins le 14 mars dernier, puis quelques jours plus tard, à l’agence, le 15 mai. Il est venu avec Olivier Vadrot son manager. Le but était qu’il dise ce qu’il pense, sans langue de bois. Je le confirme, la langue de bois, il ne connait pas. J’ai décidé de retranscrire l’interview dans sa quasi-totalité. J’aime quand on sort des conventions, quand le type que j’ai en face de moi se fout complètement des conséquences de ce qu’il raconte parce qu’il est honnête et qu’il n’a plus rien à prouver à quiconque. Ça devient rare. Donc, ne soyez pas choqués par ses propos, ne le jugez pas comme quelqu’un de prétentieux ou d’arrogant, il est juste cash et franc. Il dit ce qu’il pense. Point barre. Renaud Hantson est un survivant, et rencontrer un survivant, ça ne m’arrive pas tous les jours.

renaud hantson,homme à failles,interview,mandor4e de couverture de Homme à failles:

Après son précédent ouvrage où il dévoilait son parcours musical et ses 17 années d’addiction à la cocaïne, l’auteur-compositeur-interprète et comédien Renaud Hantson (Starmania, La Légende de Jimmy, Notre-Dame de Paris) revient avec un deuxième tome encore plus personnel et virulent. Pour faire suite à son autobiographie, c’est sous la forme d un abécédaire que l’auteur a choisi cette fois-ci de s’exprimer. Contrainte des plus difficiles puisqu’il s’est imposé de décliner chaque lettre de l’alphabet en sept mots, comme les sept péchés capitaux ou les sept notes de la gamme en musique. Ainsi, il passe en revue des termes aussi différents qu’animateur, banlieue, drogue, groupies, paranoïa, quinquagénaire, rock, sexe, télévision ou xénophobie. Sans vouloir se substituer aux intellectuels, Renaud Hantson parle du monde dans lequel nous vivons et va encore plus loin dans sa description d’une addiction pernicieuse à la cocaïne afin de prévenir les générations futures des dangers d’une telle descente aux enfers. Une fois de plus, ce livre étonnera par sa sincérité et son réalisme. Dans un show-business où tout n’est que poudre aux yeux, Renaud Hantson fait figure d’OVNI et se met à nu à nouveau pour notre plus grand plaisir. Écrit en collaboration avec Audrey Chariras. Préface du docteur Laurent Karila, psychiatre-addictologue à l’hôpital Paul Brousse à Villejuif. Postface d’Olivier Vadrot, manager.

renaud hantson,homme à failles,interview,mandorInterview :

En lisant ce livre, je me suis dit que tu étais et es encore le chanteur français le plus rock’n’roll d’entre tous. Je ne sais pas si vous êtes deux à avoir eu ce genre de vie.

Ça a été presque caricatural. En fait, j’ai eu les opportunités de toutes mes idoles. Je monte un groupe de metal, les Satan Jokers de 1983 à 1985 et dans le genre, ça fait un succès considérable. Pour ce groupe, j’ai inventé le terme « les fils du métal ». Il est resté pour désigner un groupe de hard rock. Ça devient un truc culte. Un peu plus tard, je rencontre Michel Berger, les gonzesses me courent après alors que je joue Ziggy dans Starmania, un personnage gay. Je deviens même une égérie dans le circuit gay. J’ai toujours une espèce de difficulté à trouver mes marques sur mes albums solos. Ensuite, j’enchaine avec le rôle principal de La légende Jimmy, le second opéra rock de Michel Berger et Luc Plamondon, mis en scène par Jérôme Savary. Là, je rentre dans l’excès. J’ai un accident de voiture un soir après le spectacle. Personne ne le sait parce que je ne suis pas médiatisé et pas entouré comme une rock star.

Clip de "C'est du sirop" en 1988. Un de ses premiers tubes.

Un extrait de Starmania, version 1988 : "La chanson de Ziggy" par Réjane et Renaud Hantson.

La drogue arrive en 1994.

Oui. Deux ans après la mort de Michel Berger.

C’est lié ?

Ma thérapie a prouvé que c’était lié, en effet. Il était comme un père spirituel. Je lui faisais écouter mes maquettes. Il me donnait son avis et de manière très franche. Indéniablement, il avait une valeur ajoutée. Mais il avait aussi du flair et une lucidité sur le métier. Quand il est parti, je n’avais plus cet ami, je n’avais plus personne à qui faire écouter mes disques. Je me suis senti complètement perdu. Après, je me suis perdu avec des trucs de rock stars. Comme mes idoles.

Et tu n’as rien vu venir.

Je continue à travailler. Donc je triche. Je fais des albums. Je rentre même dans une troisième comédie musicale, Notre Dame de Paris. Plamondon me rappelle après la mort de Michel, il s’engueule avec Cocciante, moi je ne leur fais aucun cadeau, comme une rock star. C'est-à-dire que je leur coûte un bras. En 2000, je suis au pic de mon addiction. Et c’est quand je fais Notre Dame de Paris. J’y allais comme si j’allais à l’usine. Après je continue à faire des disques, mais avec une vision du bizness et du métier qui n’est plus la même. Je comprends pourquoi Berger en 1990 était déjà désespéré par rapport à ce métier, aux médias, à l’évolution des médias, l’évolution des formats, l’évolution du public…etc. Je vois ce qui l’a usé. Bref, je pars encore plus en vrille.

Extrait de la comédie Musicale La légende de Jimmy filmé lors de la soirée hommage à Michel Berger à Paris le 23 avril 2012 au Réservoir.

Tu prends encore du plaisir à quelque chose à ce moment-là ?

Oui, mais juste en matière de sexualité. J’ai utilisé mes « excès » uniquement dans le cadre de  jeux à connotations physiques, avec mes compagnes. C’est une forme d’antidépresseur. Se mettre la tête à l’envers dans la sexualité pendant 3 jours de suite, c’est une façon d’éviter les 4 autres jours de la semaine où on s’est fait chier. Je refais face à la réalité le lundi et je me dis que je fais un métier de merde. Et je me dis que les gens ne sont pas à leur place, que le talent n’est pas reconnu. Je ne pense pas qu’à moi. Je pense à des types comme Gildas Arzel, comme Art Mengo, comme Daniel Lévy. Il y a un paquet de mecs qui ont plus de couilles, de voix, de talents… je me demande pourquoi on n’occupe pas la place des mecs qui sont là depuis 25 ans et qui vendent d’ailleurs de moins en moins de disques, et qui font le même album à chaque fois. Je me demande ça, entre autres, et je me perds dans la drogue.

Tu t’es perdu dans la drogue à cause de cette incompréhension.

Pas uniquement. Il y a des gens, comme moi, qui ont une propension à ça. T’as des gens qui peuvent boire un coup et s’arrêter. Moi, je ne peux pas. En matière de cocaïne, c’est la même chose. Moi, il ne faut jamais que je commence.

Clip de "Apprendre à vivre sans toi", un hommage à son ami et mentor Michel Berger en 1994 (et qui me fait penser irrémédiablement à ma soeur Florence, disparue il y a trois mois, et dont je me remets difficilement du départ précipité).

renaud hantson,homme à failles,interview,mandorAprès Poudre aux yeux, c’est le deuxième livre que tu sors sur ce sujet. Ca devient addictif d’écrire, de te raconter ?

Le premier livre est moins trash. Il y a eu une très grosse relecture de Flammarion, parce qu’ils savent faire. Mais, en fait, à peu près tout ce qu’ils ont voulu que j’enlève, je l’ai laissé. C’est quand même l’auteur qui a le choix final. C’est sous forme d’autobiographie. Je pars de mes débuts dans la musique avec ma famille. Mes grands-parents qui m’offrent ma première batterie jusqu’à Satan Jokers, la rencontre avec Michel Berger, sa disparition, l’apparition de la drogue dans ma vie, les sorties nocturnes, un peu de sexe, beaucoup de show-biz. J’ai l’impression d’avoir tout dit dans ce bouquin. Suite à la parution de ce livre, je me demande comment ça se fait que je n’aie toujours pas compris. Le deuxième est apparu à cause de ça. J’ai voulu raconter que c’est encore plus compliqué que ce que je croyais. On a longtemps dit aux gens que certaines drogues étaient des drogues festives, alors que les drogues psychologiques sont les plus infernales à arrêter. Bien sûr qu’avec l’héroïne, tu es ferré physiquement. L’alcool, il y a un dealer tous les 100 mètres. La coke, t’as l’impression qu’il y a des choses que tu ne pourras plus jamais faire sans. Les relations sexuelles par exemple. J’ai du réapprendre sans. Le paradoxe, c’est que la drogue n’est pas du tout efficace pour ça. J’ai donc voulu parler de tous les trucs glauques dont je n’avais pas parlé dans le premier livre qui était un peu plus mainstream, un peu plus grand public.

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A l'Elysée en 1989 lors d'une représentation de Starmania devant Lady Di, le Prince Charles, Michel Berger et le Président François Mitterand... 

Je n’ai jamais lu une biographie aussi trash, autant non censurée !

Il y a celles de Clapton et de Keith Richard qui sont aussi pas mal dans le genre. En fait, tu as commencé l’interview en disant exactement la réalité, c’est un truc de fou. Je n’occupe pas la première place du hit-parade, mais je crois être le seul artiste en France à avoir vécu une telle existence de rock star. À part Hallyday bien sûr.

Cette deuxième autobiographie, elle était essentielle pour toi ?

C’était nécessaire. C’est un deuxième acte thérapeutique. Il fallait que toute la merde sorte. Là, ça va. Je n’ai plus rien à sortir.

Une autre facette de Renaud Hantson. Il est aussi le leader des Satan Jokers. Ici au Hellfest 2009, interprétant "Fils du metal".

renaud hantson,homme à failles,interview,mandorQuand je pense à toi, et Dieu sait si j’adore ce que tu fais depuis longtemps, je ne comprends pas où tu vas. Tu fais du hard rock, tu joues dans des comédies musicales, tu chantes de la bonne variété, tu as un groupe plus folk... je crois que c’est la raison pour laquelle le public n’a pas suivi ta carrière comme tu le méritais. Il était un peu perdu.

C’est possible. Fais du co-management ou deviens co-producteur (rires) ! C’est très exact ce que tu dis. On est dans un truc totalement illogique parce que le seul moment où je suis heureux, le seul moment où je suis complètement opérationnel, c’est quand je suis sur scène ou dans un studio. Le reste de ma vie est totalement dérisoire. En cela, il y a un parallèle avec Johnny. Le reste ne m’intéresse pas. Faire des courbettes aux médias, aller appuyer sur un buzzer dans une émission en prime time, juste pour faire une télé et ne même pas y chanter en direct, ça ne m’intéresse plus.  J’ai 50 balais, je trouve ce métier d’une superficialité sans limites. En même temps, c’était une lâcheté et une facilité de fuir et me réfugiant dans des phantasmes et dans la consommation de drogues. C’était plus dur pour moi de se battre, j’en ai parfaitement conscience. J’aurais dû me battre.

Oui, du coup, tu as laissé la place aux autres.

J’ai laissé passer devant moi des gens pas plus talentueux, dans la même mouvance, mais qui eux, ont su s’entourer. Mon problème, c’est qu’avant de rencontrer quelqu’un comme Olivier Vadrot ou avant de pouvoir parler comme je te parle là, il y a eu des années où je n’étais pas moi-même. Les maisons de disque que j’ai eu dans lesquels j’étais « artiste maison » m’ont fait faire des trucs qui n’étaient pas cohérents. Je ne suis pas un artiste destiné à OK, Podium, Salut les copains !, tout comme je ne suis pas un artiste formaté NRJ. Il y a d’autres moyens de vendre des disques, il y a d’autres moyens de réunir beaucoup de public en concert que ça. Regarde Thiéfaine ou Lavilliers.

Autre tube de Renaud Hantson, "Voyeur", à Agde le 24 juillet 2012. (Avec une battle de batteries en ouverture).

Toi, tu sors souvent des disques, tu fais beaucoup de concert en ton nom propre ou avec tes deux groupes. Tu es vraiment un chanteur en activité.

Moi, ce que je veux, c’est laisser une trace. Tant que le disque physique existe, tant qu’on n’est pas balayé par la technologie, je veux faire un maximum de disques. Là, je prépare un album de blues pour Furious Zoo, je prépare un opéra rock avec Satan Jokers sur les addictions sexuelles avec le docteur Karila et enfin, je vais aussi sortir un nouvel album solo.

Revenons à la littérature. Écrire, c’est pour prévenir,  pour s’en sortir ou pour ne pas retomber.

Les trois. Moi, j’ai récupéré toutes les merdes que l’on peut récupérer à cause de la drogue. Les problèmes respiratoires. Il y a une clim’, je suis malade. Je n’étais pas allergique, je suis allergique. Mes voies respiratoires sont niquées. Il y a deux solutions, soit je mets du Dérinox et pendant trois heures, j’ai les cloisons qui se rebouchent, soit je prends de la coke. Reprendre de la coke, je vais éviter. Je crois que j’ai assez consommé. L’écriture, c’est très simple. C’est prévenir que c’est beaucoup plus galère de s’en sortir pour les générations à venir. Leur dire que les drogues seront de plus en plus addictives, même la fumette. Leur dire que, pour cette espèce d’ersatz de plaisir qu’ils vont trouver, ils vont avoir un mal fou à faire machine arrière. Écrire, pour moi, c’est thérapeutique. Le temps passé à écrire m’évite déjà de penser à faire des conneries.

Tu dis quand même dans tes livres que tu ne seras jamais sorti de l’auberge…

Les anciens addicts restent toute leur vie des anciens addicts. Moi, j’ai une réelle volonté à arrêter les conneries. Je fais de la prévention. Le projet Addictions de Satan Jokers a été validé par la MILDT (la mission interministérielle de lutte contre la drogue et la Toxicomanie). Je n’ai absolument pas envie d’être un usurpateur. Et je ne suis pas un usurpateur. Il se trouve simplement que je dis haut et fort que j’ai fait déjà 12 faux pas minimum depuis la sortie de ce livre parce que c’est dur. C’est un combat permanent.

Que peux-tu faire concrètement pour que tu t’en sortes réellement et sur le long terme ?

Je n’ai qu’une chose à faire par rapport à l’évolution que je souhaite dans ma vie musicale, artistique et créative, ça s’appelle la thérapie comportementale. Ça implique un changement de carnet d’adresses. Ce que pour l’instant, je m’oppose à faire puisque ça voudrait dire pour moi, quasiment changer de métier.

Eh oui. Parce que toutes tes relations sont des relations professionnelles.

Voilà. Et dans ces relations professionnelles, il y a un 5e de gens qui sont en rapport avec la substance. Je n’ai pas choisi les choses ainsi, mais c’est comme ça. Je suis dans une merde noire.

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Lors de l'entretien, le 15 mai 2013. (Photo de son manager Olivier Vadrot).

Tu veux expliquer quoi d’autre dans « Homme à failles » ?

Je veux expliquer pourquoi je n’ai pas été là 18 ans. Pourquoi je n’ai pas livré bataille avec le show-bizness. Pourquoi j’ai laissé ma place, comme je te le disais tout à l’heure, aux Calogero, Obispo, Pagny et compagnie. C’est très présomptueux de dire ça, mais il n’y a pourtant pas de match entre eux et moi.

Extraits d' "Opera Rock", album de Renaud Hantson comprenant 20 titres extraits des plus grands opéras rock et comédies musicales francophones et internationaux.

C’est sûr, ça n’aide pas à sortir la tête de l’eau.

Il y a un truc qu’on ne peut pas m’enlever, c’est ma voix, les chansons que je sais écrire et la scène que je maîtrise. Moi, depuis 2005, je vais à la bataille. Comme je veux me prouver des choses et parce que j’aime le danger, que j’aime prouver que dans n’importe quelle configuration, je peux assurer, je ne me refuse pas de jouer dans des endroits improbables, des lieux où je ne devrais jamais jouer. Il ne faut pas voir ça comme une chute libre. C’est un vrai parti pris. Je pourrais aller voir des gros tourneurs, mais la réalité, c’est que j’aime ma liberté. Je ne vais que là où on a envie d’aller. Je paye le prix, mais je trouve ça vachement bien. Quand on m’appelle aujourd’hui, moi, je veux avoir un temps de parole. Je veux parler de prévention, je n’ai pas spécialement envie de venir juste vendre ma soupe. Quand on a Renaud Hantson, on a un package.

Mais, c’est peut-être ça le problème. Du coup, tu fais moins de télé.

Je sais. Par contre, je fais des émissions auxquelles je n’aurais jamais eu accès, comme Le journal de la santé et Le journal de 20h qui fait un reportage sur la cocaïne.

Journal de France 2 le 16 octobre 2012.

Après l’écriture de ce livre, as-tu ressenti un vide ?

Énormément. Ces deux livres pour moi sont importants et je pense qu’ils peuvent donner espoir a des gens qui sont dans des problèmes addictifs. Toutes les addictions : la bouffe, le jeu, le sexe, la drogue, l’alcool, la cigarette. J’explique que le seul déclencheur, c’est soi même. Moi, je considère que je suis mon pire ennemi. Ce n’est pas mon entourage le problème, je n’accuse personne. Le problème de l’addiction, c’est qu’une bonne nouvelle me donne envie de faire un excès et une mauvaise nouvelle me donne envie de le masquer en faisant un excès.

Comment envisages-tu ta vie aujourd’hui ?

La dernière partie de ma vie sera la musique et la prévention. Parce que j’ai gaspillé 18 années. Je me suis fait du mal, mais j’ai payé. Je suis un technicien de la voix et je vais rester compétitif. Je vais jouer de plus en plus et je vais continuer la prévention parce que ce sont les deux seuls trucs qui m’excitent encore.

En matière de créativité, moi qui suis ton actu, j’ai parfois du mal à suivre le rythme… et je ne parle pas des pavés que tu écris sur ta page Facebook.

C’est de la psychothérapie publique et ça me fait du bien, je te l’avoue. Ce qui m’intéresse sur internet, c’est qu’on a un contact direct avec les gens. Mes séances de psychothérapie publique sur mes pages Facebook, c’est une manière d’être en contact direct avec les gens qui m’aiment.

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A la fin de l'entretien...

Pour finir, je ressors les archives Hantsonniennes...

Lors de "la nuit des Top" de la radio Top Music, le 21 novembre 1992 au Hall Rhénus de Strasbourg.

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Lors d'une rencontre FNAC de Strasbourg, le 12 janvier 1993.

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Et 20 ans plus tard, lors du dernier Salon du livre de Provins, le 14 mars 2013.

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24 juin 2013

Sophie Maurin : interview pour la sortie de son album eponyme

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« Une cascade de notes qui s’épanche en un ruissellement d’arpèges, un piano ragtime, l’humeur bluesy d’un violoncelle, une voix féminine libre comme l’air qui fait le mur, vocalise, croise l’anglais et le français… » Ainsi est présenté le premier album de Sophie Maurin. L’impression de facilité, de légèreté, qui se dégage de ses chansons est pourtant trompeuse. Elle a minutieusement échafaudé ses arrangements, structuré son projet en soignant le moindre détail : toypiano, kalimba, clarinette, percussions en tous genres, ainsi qu’une splendide section de cuivres, swinguent ensemble ou séparément. La force de la chanteuse-pianiste est d’avoir réussi à rassembler un grand nombre de titres forts avec les auteurs et compositeurs qui l’accompagnent. Sophie Maurin redonne ses lettres de noblesse au terme de "pop". Pas de doute,  elle est promise à un grand avenir.

Ce soir la jeune femme se produira aux Trois Baudets dans le cadre des soirées KLAXON. L’occasion idéale de la découvrir.

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Sophie Maurin est venue à l’agence le 28 mai dernier. Un moment sympathique avec l’une des plus belles découvertes de la chanson française de cette année…

Interview :

Outre auteur-compositeur interprète, tu es aussi architecte.

J’ai réussi à jongler entre la musique et l’archi jusqu’à ma signature en maison de disque. Quand ça a commencé à se professionnaliser, je n’ai plus eu le temps de faire autre chose.

Mais, à la base, tu es spécialisée dans l’architecture de l’urgence.

Oui, je suis spécialisée dans tout ce qui lié aux risques parasismiques, inondations. C’est dans l’humanitaire. J’ai travaillé sur des camps de réfugiés en fait. C’est marrant que tu parles d’architecture…

Parce que cette activité se ressent énormément dans la structure de tes chansons.

On a réalisé cet album à trois avec Florent Livet et Jérémy Verlet et ils étaient très étonnés par ça. Je suis très distraite, mais j’ai un esprit très carré qui est certainement dû à mes études d’architecture. J’avais toujours besoin de noter tout ce que je voulais, quand je le voulais.

Clip officiel de "Far Away".

Dans chacune de tes chansons, rien n’est linéaire. Comme quand on voit un immeuble un peu bizarre, mais qui tient bien sur ses fondations.

Ça me plait bien comme comparaison.

Quand ta vie s’est-elle tournée à 100% vers la musique ?

J’ai eu la chance de commencer les cours de piano à l’âge de 6 ans. Avant cela, j’avais fait de l’éveil musical à la maternelle. Tu vois que ce n’est pas nouveau. J’ai appris les mots en même temps que les notes. Le piano, j’aimais beaucoup ça, en revanche les partitions beaucoup moins. Je n’étais pas très douée pour être honnête. Je n’aimais pas cela. Ce qui me permettait chaque année de passer dans la classe supérieure, c’était la lecture chantée. C’est quelque chose qui me plaisait et mes profs l’avaient remarqué. Ils m’ont proposé d’être l’accompagnatrice au piano de la chorale de mon école de musique, qui par la suite est devenue un conservatoire. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à faire du piano, chanter en même temps et prendre goût à ce jeu simultané entre le piano et la voix. C’est à ce moment-là aussi que j’ai commencé à composer et que mon goût pour la chanson s’est affirmé.

Quand tu as appris la musique, les codes t’ennuyaient.

Oui, mais il y a des morceaux sur lesquels très vite, tu pouvais te faire plaisir. Je voyais l’aspect ludique et je n’étais pas du tout travailleuse. Parfois, j’avais la partition sous les yeux, mais je faisais semblant de lire les notes, alors que c’est  à l’oreille que je recherchais les mélodies. J’ai eu la chance d’avoir un super prof qui m’a permis de faire du classique, mais aussi du boogie, du blues, des ragtimes parce que j’aimais beaucoup ça. 

Ton père, lui, était fan des Beatles. Il t’a transmis cette « passion ».

Il m’avait acheté toutes les partitions de John Lennon pour le piano, je travaillais donc aussi ça en même temps que le reste. La musique classique, elle n’a jamais été toute seule. Pour moi, il y avait un lien entre toutes les musiques.

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J’ai l’impression que tu t’es toujours sentie comme un poisson dans l’eau dès que tu jouais de la musique.

En fait, les premières années, j’avais une prof qui était assez méchante, du coup, ça me plaisait de jouer, mais je n’allais pas aux cours avec plaisir. À un moment, elle a quitté la direction de l’école de musique, dont elle était la directrice, et en CE2 ou CM1, je me suis retrouvée avec un nouveau prof et à partir de ce moment, il y a eu un déclic en moi. Il m’a fait confiance. Il m’a tout de suite fait faire des concerts, m’a fait passer des examens de fin d’année. Il m’a vraiment mis en avant et c’est à ce moment-là que j’ai pris conscience et confiance du bonheur que j’éprouvais en faisant du piano. Vraiment, je le remercie encore une fois.

Après les études officielles, il se passe quoi pour toi ?

Je suis originaire du Var, en Provence. Après le bac, je suis venue à Paris, à la fois pour la musique et pour mes études. Pour gagner de l’argent et un peu pour m’amuser, je faisais des pianos-bars. Je jouais des reprises et des classiques, mais j’intégrais au milieu quelques compos personnelles. Mes premiers concerts avec uniquement mes chansons datent de 2008. Au départ, j’étais en formule piano voix, puis ensuite, j’ai été rejointe par une violoncelliste avec laquelle je faisais mes études et un percussionniste. En 2010, j’ai passé mon diplôme d’archi et dans la foulée, j’ai autoproduit un EP. Un 7 titres. Et c’est à partir de cet EP que les choses ont commencé à devenir sérieuses. J’ai eu des premiers rendez-vous avec des directeurs artistiques, j’ai eu des propositions de contrats d’édition.

À partir du moment où tu commences à constater que les professionnels commencent à s’intéresser à toi, j’imagine que tu commences à hésiter entre l’architecture et la musique.

C’est exactement ça. Cet EP, c’était un peu ma carotte pendant que je passais mon diplôme. Je me disais que si j’arrivais à l’avoir en 6 mois, je me donnerais l’opportunité de réaliser cet EP. Je me disais que si je rentrais dans la vie active en tant qu’architecte, il fallait qu’il me reste une trace de mon travail musical. Pour qu'à 60 ans, je puisse pouvoir réécouter ce que j’ai fait à 20 ans. Je me disais aussi qu'il pouvait tomber dans de bonnes mains, que ça me ferait un support à vendre après les concerts et une belle carte de visite. Au final, il a été un élément déclencheur de belles opportunités et le départ de plein de choses.

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Remise du diplôme Charles Cros " Coup de coeur 2013", le 9 mai 2013 par Alain Fantapié, le Président de l'Académie Charles Cros! (©Francis Vernhet)

Que se passe-t-il dans ta tête quand tu t’aperçois que "la sauce" commence à prendre?

Il y a une petite euphorie. Ça m’a donné confiance en moi. J’ai eu une bourse de la SACEM pour l’auto production, donc je me suis dit que je n’avais pas à rougir de ce que je faisais. Il doit y avoir quelque chose de pas trop mal dans mon travail. Mais, je remarque déjà à quel point tout est éphémère. Parfois, l’équipe avec laquelle je travaille et moi sommes enthousiastes, parfois déçus. Ça oscille d’un jour à l’autre selon les nouvelles que l’on reçoit. J’ai eu la chance de faire un album enregistré dans de bonnes conditions, mais tout reste à faire et je ne sais pas combien de temps je vais pouvoir vivre de la musique. Je n’attends pas grand-chose parce que j’ai trop peur d’être déçue.

Parlons de ta voix. Tout le monde s’accorde à dire qu’elle est exceptionnelle…

Je le raconte rarement, mais ma façon de chanter est due à un problème de cordes vocales que j’ai eu plus jeune. Un défaut qui, à moyen terme, allait me faire perdre ma voix. J’avais des cordes vocales qui, quand j’émettais un son, n’étaient pas complètement collées. Il y avait de l’air qui passait entre et qui les usait. J’ai dû faire toute une rééducation qui a duré un an pour apprendre à mieux placer ma voix parlée et chantée. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à chanter différemment de peur de perdre ma voix. J’ai même amplifié, je pense, tout ce que j’ai appris. Je l’exagère un peu, j’en suis certaine. Maintenant, je fais le travail inverse pour avoir du recul par rapport à ça. Si je hache et saccade les mots, je l’avoue aujourd’hui, c’est à cause de ça.  

L’atmosphère de ton disque est plutôt joyeuse, alors que tes textes ne le sont pas.

La majorité de mes chansons sont tristes. Quand je me mets au piano pour écrire ou composer, je suis toujours dans une mauvaise phase. Il y a quelque chose qui me dérange. Je suis triste, je suis dans un mood plutôt désagréable et le but, c’est de se servir de cette émotion pour créer quelque chose qui fait du bien. Au fond, je dois être un peu optimiste.

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Tu as écrit à peu près la moitié des textes.

J’ai de très bons auteurs aussi, je serais stupide de me priver de leur talent. Et, en règle générale, j’ai toujours des tonnes de musique en stock. Je suis moins prolifique au niveau des textes. Ce n’est pas du tout de la prétention, mais je suis plus douée en tant que musicienne qu’en tant qu’auteure. C’est la musique qui m’a amené à chanter. En revanche, le plaisir des mots et du texte, c’est venu beaucoup plus tard.

Je n’ai pas envie de parler de tes chansons. J’aimerais que les gens les découvrent vierges de tout commentaire.

Je trouve ça très bien. Moi parfois, je suis déçue d’en apprendre trop sur les prémices d’une chanson que j’aime. Le but, c’est qu’on puisse avoir plusieurs interprétations de mes textes et qu’on les ressente par rapport à l’état d’esprit qu’on a au moment où on les écoute.

Plus on écoute ton disque, plus on découvre des choses… il faut explorer toutes les différentes strates.

J’aime bien qu’on écoute mes chansons sans y  réfléchir, sans intellectualiser mes propos. Mais, j’aime bien aussi qu’on y revienne pour gratter et découvrir des choses inattendues musicalement, dans les textes et dans les arrangements. J’espère que l’on peut apprécier ce disque sans se prendre la tête, mais aussi en le découvrant intensément.

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Après l'interview...

Bonus: Comme Sophie Maurin vient d'obtenir les 4 clefs de Télérama (et que ça devient rare), je propose l'article de Valérie Lehoux.

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21 juin 2013

Eric Rochant : interview pour la sortie de Möbius en DVD

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Dorénavant, je vous proposerai aussi quelques rencontres « cinéma ». Un des médias pour lequel je travaille me le permet. Je suis ravi, même si tout est plus compliqué à organiser par rapport à la musique et la littérature. Cela étant, dans ces deux domaines artistiques, j’ai beaucoup de contacts, ce qui facilite tout. Mes incursions dans le 7e art, elles, sont rares… alors je passe par les voies normales… qui sont sacrément balisées et pleines d’obstacles (qui s’appellent notamment chiffres et validations).

Bref, parlons de Möbius, le dernier film d’Éric Rochant qui sort en DVD le 3 juillet prochain.

Bande annonce de Möbius.

éric rochant,möbius,interview,mandorJean Dujardin est un agent secret russe au passé trouble, Cécile de France est un génie maléfique de la finance internationale. Ils s'aiment d'un amour passionné et inattendu. Le seul lien qui unit ses héros peu recommandables au spectateur est la passion qui les dévore. Une fois adoptée cette profession de foi, on jouira du spectacle rare d'un film français dont l'auteur est décidé à divertir autrement que par le rire. C’est rare et passionnant. Rencontre avec le réalisateur, Éric Rochant (Un monde sans pitié, Aux yeux du monde, Les patriotes... et la saison 2 et 3 de Mafiosa...), le 4 juin dernier, dans un salon du Park Hyatt de la capitale.

Interview :

Möbius est un film moitié d’amour, moitié d’espionnage, à équivalence égale. Vous n’avez pas voulu privilégier un de ces deux genres ?

Je voulais raconter une histoire d’amour dans un contexte d’intrigue d’espionnage parce que je pense que les deux genres pouvaient s’interpénétrer de manière  intéressante et dramatique. L’histoire était celle-ci : comment de vrais sentiments, très purs et très forts peuvent s’insinuer dans une machine de guerre, dans la mécanique de l’espionnage. En fait, je ne voulais pas refaire un simple film d’espionnage, car j’en avais déjà réalisé un, Les patriotes.

Vous n’aviez pas encore abordé dans votre filmographie une vraie histoire d’amour passionnelle. Avez-vous eu peur de vous lancer dans un genre que vous n’aviez pas encore traité ?

Un mélange de peur et d’excitation. J’étais excité par le défi que je m’étais lancé à moi-même. Je n’en suis pas à m’assoir et à appliquer des recettes que je maitrise déjà. J’ai envie d’explorer des nouveaux pays du cinéma.

Il y a une histoire d’amour, certes, mais d’une sensualité rare au cinéma.

C’est très physique, voire sexuel. Là, aussi, c’était nouveau pour moi. Ce que j’avais écrit sur le papier était très spécifique. J’ai essayé d’être au plus près des souffles, de la peau, des regards, des caresses et surtout filmer le plaisir féminin.

Cécile de France a tourné des scènes très intimes.éric rochant,möbius,interview,mandor
Souvent, pour tourner ce genre de scènes, on demande aux comédiens de boire un coup de vodka et de faire ce qu’ils peuvent. Ils sont obligés de ressentir quelque chose, mais évidemment, ils ne le ressentent pas.  Ils doivent faire semblant en vrai. Là, il fallait aller plus loin encore qu’une scène d’amour « normale ». Je suis allé dans les détails, donc ça a demandé une vraie direction d’acteur. Du coup, ça a déplacé la pudeur et la gêne sur moi. Je suis devenu le plus embarrassé et le plus impudique. Mes indications, il fallait les sortir, je vous assure (rires).

Vous avez choisi Cécile de France et Jean Dujardin dans les rôles principaux. Quand on choisit deux personnes pour tenir un film, il faut être sûr que ça va coller entre eux… c’est un risque.

Même si ce choix est calculé et désiré, il y a quand même une part d’inconnue. Jean et Cécile ne se connaissaient pas, mais lui l’appréciait énormément et il avait vraiment envie de tourner avec elle. Ils se sont retrouvés aussi sur leur désir de faire le film et de faire le film tel que je leur avais décrit. Ils ont une même manière d’aborder le métier, ils sont tous les deux extrêmement travailleurs, mais ils sont aussi très simples et très humbles.

éric rochant,möbius,interview,mandorEt diriger Tim Roth, c’était facile ?

Tim Roth ne m’impressionne pas plus que Jean Dujardin ou Cécile de France. Il a du charisme et un certain caractère, il joue à l’anglo-saxonne, mais ça n’a pas été du tout un problème de le diriger. On s’adapte à la personnalité du comédien, c’est tout. Mais, c’est valable pour tout le monde.

Un réalisateur est aussi un peu un psy, non ? Sur votre tournage il y avait l’école française, l’école anglo-saxonne, l’école russe… il faut composer avec chaque façon de faire des comédiens, non ?

Vous avez raison, j’ai fait un travail de psy. Moi, je parle aux uns et aux autres en privé, jamais devant tout le monde. J’ai une relation à chacun. Je ne peux pas demander la même chose à telle ou telle personne de la même manière. Ça fait partie du métier. En plus, moi, je n’aime pas faire des films dans le drame. Il y a des réalisateurs qui cherche ça, qui cherche la tension permanente, moi, c’est le contraire. Je suis assez diplomate.

Vous avez écrit ce film en même temps que vous réalisiez deux saisons de « Mafiosa » pour Canal+. C’était facile de passer de l’un à l’autre ?

Ce que j’ai appris en faisant Mafiosa, d’une certaine manière, je m’en suis servi en faisait Möbius. Aujourd’hui, j’aime la série autant que j’aime le cinéma, je suis donc plutôt content de passer de l’un à l’autre.

Extrait "restaurant".

éric rochant,möbius,interview,mandorQuand on dit de Möbius que c’est un film « à l’européenne », le réalisateur en pense quoi ?

On dit tout d’un film. Quand on réalise un film, on a le droit à tous les jugements possibles, qu’ils soient dithyrambiques ou quasi insultants. Pour celui-là, j’ai été servi dans le tout et son contraire, du coup, il ne faut pas attacher trop d’importance à une critique en particulier. Par contre, pour avancer et progresser, il faut faire attention à ce qu’il se dégage, pour ensuite, éventuellement pouvoir en tenir compte sur ce qu’on fait après. Il faut se blinder sur le détail, mais ne pas ignorer la tendance. Sur ce film, franchement, je n’ai pas eu à me plaindre…

L’écriture de ce film a été difficile. Vous avez même jeté l’éponge une première fois, pour la reprendre ensuite.

Ce qui est décourageant parfois, c’est d’avoir un idéal et de ne pas réussir à l’atteindre. Ce qui est décourageant, c’est aussi le manque d’inspiration. Parfois, on n’a rien dans la tête, ou on a que de la merde (rire). On n’arrive pas à trouver la bonne idée qui correspond au désir que l’on a. Ce qui est formidable, c’est quand ça se débloque.

Eric Rochant est le premier réalisateur à tweeter au fur et à mesure du tournage d'un film.

éric rochant,möbius,interview,mandorDès que l’on parle d’économie et d’espionnage, la trame peut tout de suite être compliquée. Pour le bien du spectateur, on est obligé de simplifier ?

Il y a un débat à ce sujet précis. Un débat d’abord avec moi-même et après, avec moi et mes producteurs, sur la facilité de lecture et la crédibilité. Il faut que le spectateur comprenne un maximum de choses, mais en lui faisant comprendre un maximum de choses, on le sort de la réalité, parce qu’on est obligé de lui parler, de lui donner des infos. Si quelqu’un venait faire un stage d’immersion dans n’importe quel milieu, il ne comprendrait pas tout, parce qu’on ne lui donne pas toutes les clefs. En fait, quand on fait un film, on se demande toujours quelle clef il faut donner aux spectateurs au sacrifice de la crédibilité. Parfois, on se dit qu’il vaut mieux que le spectateur ne comprenne pas trop tout, mais qu’il ait l’impression que c’est vrai. Il y a un arbitrage et un savant dosage à faire. Dans Möbius, il y a tout ce qu’il faut comprendre. Mais c’est très fin. L’idéal, c’est de le revoir deux ou trois fois.

Je ne peux pas ne pas vous parler de Jean Dujardin. Il a accepté de faire votre film avant éric rochant,möbius,interview,mandord’être ce qu’il est devenu après Cannes 2012 et les Oscars… Pour lui, votre film est devenu une soupape pour ne pas exploser en plein vol.

Il me l’a dit pendant le tournage. Grâce à Möbius, le ballon à l’hélium ne s’est pas envolé. Même s’il était dans les cieux, il est resté accroché à la terre.  J’étais très content qu’il soit reconnu comme comédien, en plus l’oscar pour The artist, pour le coup, est très largement mérité. Il y avait le risque qu’il revienne de tout ça en pensant tout connaître et tout savoir, en faisant « je suis monsieur l’oscar », mais Jean est tellement le contraire de cette attitude… Sur le plateau, il rigolait en jouant le mec qui a les chevilles gonflées et c’était très drôle. Jean à cette intelligence humaine de ne pas être dupe de ce qui lui est arrivé.

La sortie en DVD du film, c’est important pour vous ?

J’aime bien l’idée d’une deuxième carrière pour un film. Même si Möbius a bien marché en salle, il est resté 6 semaines à l’affiche, c’est toujours plaisant de le voir revivre quelques mois après. Je suis content que les gens puissent voir et revoir le film comme ils le souhaitent.

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Après l'interview, le 4 juin 2013.

19 juin 2013

Madeleine Besson : interview pour la sortie de The Walker

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J’ai vu Madeleine Besson pour la première fois sur la scène des Muzik’Elles de Meaux, il y a 3 ans. Elle était « coup de cœur »  de cette manifestation musicale. Sa présence sur scène, mais aussi la fraîcheur de ses compositions avait bluffé les 2000 personnes présentes ce jour-là. Cette chanteuse francophone à la voix joliment éraillée écrit en anglais. Son univers musical a des accents de rhythm and blues américain et de pop music anglaise. Son 1er EP, The Walker vient de sortir, en attendant l’album (prévue à l’automne 2013). Ce disque enregistré en live avec son groupe en une semaine est réalisé par David Coulter (Arthur H, Tom Waits, Les Pogues, Damon Albarn... ). Un bijou dont j’ai tenu à parler avec elle le 14 juin dernier à l’agence.

J’ai souhaité publier cette chronique rapidement, car ce soir (mercredi 19 juin 2013), Madeleine Besson se produit avec d’autres artistes au Petit Bain.

Pub, donc !

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Biographie officielle :

Madeleine Besson est une jeune artiste aux facettes multiples. Sa carrière a commencé au cinéma avec Coline Serreau (sa mère, qui a fait une apparition fugace chez Mandor il y a quelques années) qui lui a confié entre autres rôles celui de Marie dans le film  18 ans après. Madeleine est ensuite passée à la réalisation d’un documentaire sur Benno Besson (son père, homme de théâtre et créateur avec Bertolt Brecht du Berliner Ensemble) en Italie.
Depuis 2006, c’est la musique qui a pris le relais. Après avoir participé à de nombreuses classes de chant, piano, violon et composition, Madeleine Besson a écrit plusieurs musiques originales pour la scène et le cinéma : « Saint-Jacques La Mecque », « L’école des femmes », « Solutions Locales pour un Désordre Global » de Coline Serreau ainsi qu’un spectacle-concert monté à Berlin « Wilhem Busch Traümt Von Paris ».
Depuis 2009, Madeleine se produit sur scène entourée de musiciens avec son propre répertoire. En juin 2010, Madeleine Besson a fait une résidence à la Scène Nationale de Melun-Sénart en partenariat avec Le Coach et la région Franche-Comté suivie en juillet d’une série de concerts dans le cadre du Festival Bancs Publics à Salins-les-Bains (Doubs).
Coup de cœur de la sixième édition du Festival Muzik’elles de Meaux en septembre 2010, une série de concerts s’est mise en place à Paris et en région pour l’année 2011 et 2012, dont la première partie de Cyndi Lauper qui l’invite sur la scène de l’Olympia pour un duo « Girls just wanna have fun ».

En avril 2011, Madeleine Besson emporte le Tremplin des Jeunes Charrues de Saint-Malo ce qui lui donne l’occasion de se produire au festival des Vieilles Charrues à Carhaix le 17 juillet.
Elle est accueillie également au Printemps de Bourges 2011, dans le off, sur « La scène des Tontons ».

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madeleine besson,the walker,interview,mandorInterview :

La musique a toujours fait partie de ta vie.

On peut le dire. J’ai commencé le violon à l’âge de deux ans.

Ta mère t’a un peu forcé et tu as mis presque dix à aimer en jouer. Tu as été traumatisée dans ta jeunesse, dis donc.

Oui, mais c’est parce que je n’aimais pas qu’on me force à faire quelque chose. Aujourd’hui, je suis très contente d’avoir eu cette opportunité de faire de la musique si tôt. Je remercie ma mère. Elle devait savoir, sentir qu’il y a avait quelque chose en moi lié à cet art.

Tu as la double culture franco-américaine. Tu as vécu les 7 premières années de ta vie aux États-Unis, ensuite, tu es venue en France. Dans tes chansons, tu chantes dans les deux langues, parfois dans la même chanson.

J’ai trouvé l’idée de mélanger les deux étaient original et ça m’a amusé de la faire. C’est une liberté que je me suis donnée. Ça me convient et ça me ressemble.

Chanter le blues, ça te vient de tes parents ?

Non, pas du tout. Ma mère, elle écoutait du jazz et beaucoup de classique. Bien sûr, elle m’a fait découvrir aussi un peu de blues, mais sans plus. Moi, c’était vraiment cette musique, mais aussi les Beatles. Aujourd’hui encore, ça me prend aux tripes. Quand j’entends du blues, il se passe quelque chose en moi. C’est très fort à l’intérieur et c’est incontrôlable.

Le 18 mai 2011 au Studio de l'Ermitage.

Te concernant, je lis des comparaisons avec Janis Joplin, Etta James, Aretha Franklin… c’est gênant ?

Ho la la ! Je ne me prends pas la tête là-dessus. D’ailleurs, aujourd’hui, je suis plus attirée par Etta James. J’aime vraiment ce qu’elle fait. Janis Joplin, c’est quand j’étais plus jeune. J’aimais sa façon de chanter, comment elle voyait la vie, comment elle l’a vivait à travers sa musique. Cette profondeur me touchait au plus haut point.

Tu as ta propre identité vocale. C’est difficile de ne pas « imiter » les artistes que l’on aime ?

Je fais très attention à ça. Au début, j’ai voulu imiter pour comprendre leur technique. Ca a fait partie de mon processus d’apprentissage, mais après, il faut s’approprier ce savoir par rapport à comment on le ressent soi-même.

Live in Paris au Divan du Monde le 13 mars 2012

David Coulter a réalisé ce disque.

J’avais commencé à travailler avec un autre réalisateur pendant un an en Angleterre. Ça a été une très belle rencontre musicale et humaine. Mais, je me suis sentie un peu déracinée en bossant là-bas. Je ne m’attendais pas à ce que cela se passe comme cela. Il y a un truc qui n’allait pas, donc, du coup, je suis revenue en France et on a décidé de trouver quelqu’un avec qui le faire en France, qui connaissait la langue anglaise et française à la fois. J’ai rencontré David Coulter qui a bien voulu travailler sur le projet. Ça a tout de suite collé entre nous et il m’a inspiré immédiatement de la confiance. C’est hyper important pour moi.

L’enregistrement s’est effectué à la vitesse grand V.

17 morceaux en 3 jours, oui, c’est pas mal. On a enregistré en live dans le studio. J’ai fait 11 voix sur 13 en une journée.

Pourquoi si rapidement ?

Parce qu’on n’avait pas beaucoup de frics (rires). On n’avait pas trop le choix. Plus sérieusement, j’ai pris pour cet album mes musiciens de scènes, donc on connaissait parfaitement tous les morceaux. On n’a pas eu besoin de se roder. Il y avait une énergie que l’on connaissait tous, alors, tout est allé rapidement. Je suis très contente du résultat parce que je n’ai fait aucune concession. Cet un album qui me ressemble complètement.

Tu travailles avec l’agence Abacaba et Danièle Molko, une vraie pro comme on n’en fait plus beaucoup.

Le travail énorme que fait Abacaba m’impressionne. Elles sont d’une redoutable efficacité. J’adore travailler avec elles. Il y a une histoire de confiance entre nous. C’est profond comme travail, comme écoute des autres… ça me plait beaucoup de travailler comme ça.

Est-ce que tu considères que ta carrière va à un bon rythme ?

Ça ne va jamais assez vite. Avec moi, il ne faut pas que ça traîne, en même temps, je ne contrôle pas les lois du temps. Je me suis longtemps cherchée et j’avais envie de m’entourer des bonnes personnes pour ne pas faire ce métier n’importe comment. Je ne veux pas monter vite et fort pour redescendre aussi vite et fort.

Ouverture de Cyndi Lauper à l'Olympia le 3 juillet 2011.

En France, on ne fait plus ce genre de disque. Du blues rock, comme ça, « à l’ancienne », si je puis dire, ça devient rare.

C’est une musique intemporelle de toute façon. Mais, c’est enregistré de manière très humaine, très organique. Il n’y a pas de superflu. C’est direct, frontal et ça, j’adore.

madeleine besson,the walker,interview,mandorComment tu vis la sortie de cet EP ?

J’ai un peu d’anxiété par rapport à comment il va être reçu. En même temps, ce disque est fait, il ne m’appartient plus vraiment. J’ai le trac, c’est sûr, mais c’est un bon trac.

Je t’ai vu il y a 3 ans aux Muzik’Elles de Meaux. Tu as mis le public dans ta poche en deux temps, trois mouvements.

Depuis que j’ai commencé, j’ai envie que le public soit avec moi immédiatement. J’ai envie de les capter, de les embarquer, de leur parler au cœur, de les toucher. Je fais ce métier pour ça.

Que pense ta mère, Coline Serreau, de ton parcours artistique ?

Elle m’encourage énormément. Elle m’aide beaucoup dans le sens où elle m’apprend beaucoup sur le travail de scène.

Tu es une vraie enfant de la balle.

Moi, j’ai passé ma jeunesse dans les coulisses de théâtre, sur les plateaux de cinéma… j’étais toujours dans cette ambiance. La scène, c’était à la fois fascinant, mais c’était aussi comme à la maison. C’est quelque chose de très proche. En même temps, je ne suis dupe de rien dans ce métier.

Bande annonce de 18 ans après.

madeleine besson,the walker,interview,mandorTu as eu le rôle principal féminin de 18 ans après, le film de ta mère. Tu t’intéresses encore au cinéma ?

Oui, beaucoup. Et j’ai plein de projets à ce niveau-là.

À part des scènes pour défendre tes titres, je sais que tu as beaucoup d’autres activités prévues dans les prochains jours.

Là, je suis en train de composer une musique de film. Je vais faire une tournée dans tout le sud avec la chorale de ma mère que je dirige et dans laquelle je chante. En juillet, je tourne dans un court-métrage.

Est-ce que parfois tu ne te dis qu’il faudrait que tu catalyses ton énergie pour un seul domaine artistique.

(Gros éclat de rire). Ça ne va pas non ? C’est trop bien de pouvoir faire plein de choses. Je sais me concentrer et catalyser mon énergie pour chaque chose, ne t’inquiète pas. On me donne l’occasion de me diversifier, j’en profite. Je sais la chance que j’ai.

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18 juin 2013

Harold Cobert : interview pour Au nom du père, du fils et du rock'n roll

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Au nom du père, du fils et du rock'n'roll est le cinquième roman de Harold Cobert. Il s'empare cette fois-ci du thème de la relation entre père et fils. Un thème récurrent dans la littérature française. « Mais l'écrivain bordelais a su éviter les clichés en choisissant de renverser les habitudes du père "démissionnaire, violent, alcoolique". À la place il décrit "un fils qui est un petit con qu'on a envie de gifler (...) et qui cherche à se faire pardonner." » (dixit le site d’RTL).

Ce roman est à mon sens le plus beau d’Harold Cobert. J’y trouve peut-être beaucoup plus de résonances qu’à l’accoutumée. Le 7 mai dernier, je l’ai reçu à l’agence pour une troisième mandorisation. (La première ici et la deuxième là).

Et, j'ai réussi l'exploit de n'avoir a aucun moment parlé musique encore moins de rock... (ça ne m'est même pas venu Hallyday.)

9782350872193.jpgPrésentation de l'éditeur :

Deux adolescents révoltés : l’un dans les années 1950, l’autre aujourd’hui. Ils sont père et fils et partagent le goût de la transgression. Pourtant un fossé générationnel les sépare. Christian a grandi dans une famille délaissée par un père violent et a trop tôt dû apprendre à se débrouiller seul pour aider sa mère à joindre les deux bouts. Élève brillant, il va néanmoins très vite se prendre de passion pour le rock et les pratiques subversives, jusqu’à devenir une des personnalités incontournables de la vie nocturne parisienne. On bascule dans la vie de Victor avec la rencontre de Lorraine et Christian. Enfant turbulent et provocateur, Victor affirme une personnalité orgueilleuse au cours d’une adolescence marquée par la séparation de ses parents. Surfeur fanfaron, bourreau des cœurs, capricieux et irrespectueux, il malmène son entourage. Les deux hommes se retrouveront au Québec, où Victor s’est installé, pour d’ultimes retrouvailles achevées brutalement par un coup du destin.

Ce survol de trois générations permet à l’auteur d’aborder avec finesse le lien de filiation, et de développer en profondeur le portrait de ces deux personnages à la jeunesse tumultueuse.

L’auteur :Harold-Cobert-2012-300x202.jpg

Né à Bordeaux en 1974, Harold Cobert a consacré un essai à Mirabeau. Il a également signé quatre romans, dont Un hiver avec Baudelaire (2009), L’Entrevue de Saint-Cloud (prix du style 2010 et Jeunes talents Cultura), et Dieu surfe au Pays basque (2011), publiés aux éditions Héloïse d'Ormesson. Auteur à succès traduit en Allemagne, il écrit également pour l’audiovisuel.

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(© Charlotte Jolly de Rosnay)

Interview :

Ce livre fait partie d’un triptyque sur les rendez-vous manqués. C’est marrant parce qu’un jour, tu m’avais raconté l’histoire de ton père et de son incursion dans le monde de la musique.

Lui n’a jamais renoncé à la musique. Il a monté sa structure et il est devenu promoteur local.  Les producteurs parisiens lui déléguaient tout sur place pour tout le sud-ouest. Il a fait U2, Bowie, Johnny Clegg, Inxs, Depeche Mode. Je me souviens avoir vu Goldman quand il n’était pas connu dormir sur notre canapé.

Tu as bien profité de cette période.

Oui, dans les backstage et les coulisses. Je me souviens que mon père avait fait privatiser une boite de nuit pour Inxs et Depeche Mode, le même soir. On avait fini défoncé à 5 heures du matin…

Bon, une bonne fois pour toutes, le Victor de ton histoire, c’est toi ?417955_10151651884164026_1879844387_n.jpg

Pour tout t’avouer, Victor c’est moi, mais amoindri. Petit, j’étais pire que Victor. Victor est une version sage et aimable de moi.

Il est pourtant ignoble dans le livre.

J’étais bien pire que ça.

Pourquoi l’as-tu édulcoré, alors ?

Quand tu transposes ta vie dans un roman, soit tu vas dans les extrêmes, soit tu amoindris la réalité. Je trouvais que Victor était déjà assez tête à claques pour en rajouter dans la réalité. Je voulais que le personnage reste crédible. Si j’avais tout dit, on m’aurait rétorqué que ça n’était pas possible (rires).

Le père de Victor a beaucoup souffert, parce que son père à lui était une ordure. En lisant ce que tu écris sur lui, je me suis demandé s’il savait à quel point il était une ordure.

Non, je crois qu’il y a beaucoup d’ordures qui n’ont pas conscience qu’ils en sont, c’est peut-être pour ça qu’ils sont des ordures. Quand on n’a aucun sens moral, je ne vois pas pourquoi on aurait une mauvaise conscience.

Christian, le père de Victor est un type en tout point formidable. Il a bien profité de la vie, mais lui a une morale.

C’est un gentil mec qui s’est fait à la force du poignet et grâce à son intelligence. Il avait des facilités intellectuelles, mais il a choisi d’aller vers le rock’n’roll. Il a pris le risque de vivre de sa passion plutôt que de vivre ce que la raison lui dicte de faire. Venant d’un milieu modeste, on aurait pensé qu’il allait plutôt capitaliser sur tout ce qu’il avait comme facilité.

Mais il reste raisonnable. Quand Victor est arrivé, il a décidé de prendre en main sa vie de manière à gagner sa vie correctement.

C’est un thème qui me hante beaucoup depuis le tout premier roman. Dans le premier roman, c’était un reniement, mais il y a toujours dans mes livres la notion de renoncement. Jusqu’à quel point dans sa vie, on renonce à quelque chose et comment on vit le fait d’avoir renoncé ? Et surtout renoncer à quelque chose qui est une passion. Moi, je suis incapable de renoncer à une passion.

Peut-ondire que Christian s’est sacrifié professionnellement ?

Il s’est sacrifié professionnellement et il s’est sacrifié par amour pour son enfant et pour sa femme. Ça lui donne un côté christique… d’où son prénom.

Il ne s’appelle pas Christian, ton père, en vrai ?

Celui qui a inspiré la figure de Christian s’appelle Bernard, dit Nounours dans le milieu du spectacle.

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(Photo : Jean-Paul Dayan)

Tu étais enfant roi, finalement.

Moi, je suis fils unique, mais j’ai été petit fils unique pendant longtemps. J’ai été Dieu. J’avais tout ce que je voulais. Quand tu comprends que tu n’es pas Dieu, que tu reviens à ta condition de simple humain, les claques font mal. Quand les autres enfants sont arrivés dans la famille, je suis devenu l’étalon à emmerdements. J’étais l’élément de comparaison pour savoir à quel niveau ils étaient emmerdants. J’étais une sorte de référence et personne ne m’a jamais égalé. Je pense que j’ai écœuré mes parents d’avoir d’autres enfants.

Ce n’est pas un peu de leur faute si tu étais comme ça ? Ça ne vient pas de l’éducation que tu as reçue ?

Je ne sais pas s’il faut leur jeter la pierre, tu sais. Il y a vraiment des enfants ingérables. Il y a des gens qui sont des volcans impossibles à canaliser. Il y a des personnalités, tu auras beau leur mettre des gifles, ça ne les poussera qu’à transgresser.

Mais le provocateur que tu as été à passé 12 ans chez les pères jésuites.

Chez eux, j’ai passé mon temps dans la provoc’ justement. Chez les pères jésuites, ils laissent éclore les personnalités tant que tu es bon en classe.

On parle de ton grand-père qui organisait un festival d’art contemporain ? Ton côté provoc te vient un peu de lui, j’imagine.

Il était capable de produire des spectacles avec des mecs qui s’enculaient sur scène. Son festival était dans l’avant-garde et dans la provocation aussi. Il était mon modèle pendant très longtemps. Il était difficile pour moi de ne pas être dans ce genre d’attitude là.

Victor est exigeant en amitié.

Oui, moi aussi. Je suis d’ailleurs plus exigeant en amitié qu’en amour. Moi, j’ai l’image de l’amitié un peu conne, tu vois, « les trois mousquetaires », le truc « à la vie à la mort ». L’amour, on fait des compromis parce qu’il faut vivre ensemble, l’amitié, non. On ne se ment pas. Quand on a des choses très désagréables à se dire, on se les dit. Les vrais amis ne t’épargnent rien, ni dans les bonnes choses, ni dans les mauvaises.

Christian meurt dans le livre alors que ton père, lui, heureusement, est encore bien vivant.

Je te rappelle que c’est un roman, mais je vais t’expliquer. Je suis allé à Montréal quand j’avais 23 ans dans le cadre d’un échange universitaire. Mon père est venu avec moi pour m’installer. Je l’ai accompagné quand il prenait son bus qui devait l’emmener à l’aéroport. On avait une heure devant nous et au bout de 20 minutes, on ne se disait plus grand-chose. On buvait un café, on fumait une cigarette… je le sentais gêné. A un moment il me dit « allez, vas-y ! », comme s’il préférait que je parte. Je me suis levé et au moment où je l’embrasse, c’est la première fois que je le vois avec les larmes aux yeux. Ce moment a tout changé en fait. Il n’a pas eu besoin de parler. Mon père n’a jamais rien dit sur l’amour qu’il me portait. On montre aux autres qu’on les aime comme on peut leur montrer avec ce qui nous constitue. Lui, par rapport à la vie qu’il a eue, il n’est pas démonstratif. Pendant longtemps, un enfant cherche des preuves d’amour et souvent, elles sont là, mais il ne les voit pas parce qu’elles sont juste à côté. Ce jour-là à Montréal, je me suis rendu compte de tout ce que je n’avais pas vu. Et je me suis dit, « tiens, que se serait-il passé s’il était mort avant ce moment-là ? »

Ton père, tu connais peu de choses de lui.

La seule chose que je sais c’est que son père s’est barré quand il avait 5 ans. Je sais aussi qu’il a travaillé à partir de 7-8 ans. Et enfin, je sais qu’il a été le meilleur disc jockey de France. Et point.

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(Le Christian du livre, le Bernard de la réalité, et le Mr Best de la légende)

(Mais non, le papa ne ressemble pas à son fils!)

Il ne t’a jamais raconté sa vie ?

Mon père est quelqu’un de taiseux. Moi, je parle beaucoup pour ne pas dire grand-chose. Mon père, quand il parle, à chaque fois, c’est très concentré. Ça veut dire quelque chose. C’est quelqu’un qui est assez pudique, assez retranché, qui est dans l’observation. Dans son métier, ce n’est pas pour rien qu’il faisait partie des hommes de l’ombre. Plus jeune, c’est vrai, quand il était disc jockey, il était beaucoup plus exhibitionniste, plus sur le devant de la scène.

Quand t’es-tu dit que tu allais arrêter d’être con ?936791_10151652179799026_1493743394_n.jpg

Ça m’est arrivé d’une manière très bête. J’ai eu un accident de surf à 20 ans. Je suis resté la tête plantée dans le sable et j’ai failli rester paralysé. Le 4 août 1994, j’étais entre hypokhâgnes et la khâgne. En hypokhâgne j’étais assez bon. J’étais toujours dans les 4 premiers. Il faut se mettre à la place que j’avais à cette époque là. Tout m’avait toujours réussi et à 20 ans tu es immortel. J’ai eu une vraie brisure ce jour-là parce que j’ai failli mourir. Ma brisure du cou est devenue une vraie ouverture à l’autre. Finalement, cet accident à été une bénédiction pour moi. Ca m’a fait rater Normale Sup, mais ça ne m’a pas fait rater ma vie.

Tu as du subir une réadaptation physique.

Oui, et c’était très douloureux. J’ai passé plusieurs mois avec une vraie minerve. C’était une période ou j’ai eu très peur. Quand je prenais le métro pour aller en classe, s’il y avait un connard qui me poussait trop fort, ça pouvait très mal se terminer. Je me suis senti fragilisé et j’ai senti que j’avais besoin des autres… ce qui était nouveau pour moi.

Sans cet accident, tu n’aurais jamais écrit.

Effectivement, un copain m’a offert une anthologie du jeu d’échecs sur mon lit d’hôpital. Il y avait dedans un fait divers que j’avais trouvé génial et au lieu de préparer le concours de l’école normale, j’en ai fait une nouvelle. Grâce à cette nouvelle, j’ai reçu deux trois prix littéraires… Pour moi, c’est un évènement absolument fondateur.

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Les années surf d'Harold Cobert...

Comment tes parents on prit Au nom du père, du fils et du rock'n'roll?

Je vais te répondre un peu en amont. Je vois la mère de mon père une ou deux fois par an. D’habitude, elle me parlait de ces problèmes d’intestins. Un jour, elle me raconte qu’elle a mal autre part et elle ajoute que ça date de l’époque où son mari l’a battait. Je ne savais pas que son mari l’a battait, pourtant, je l’ai écrit dans le roman. C’est dément, en passant par la fiction, en inventant sa vie dans mon livre, j’ai raconté des choses vraies que je ne savais pas. Ce doit être la mémoire familiale, la mémoire cellulaire qui se transmet naturellement. C’est assez bluffant. Pareil, ma mère, quand elle l’a lu, elle m’a téléphoné pour me demander comment je savais telle ou telle chose.

Et ton père?

Je lui ai envoyé en service de presse, donc un peu avant sa sortie officielle. Avant de le recevoir, il était tétanisé puisqu’il savait de quoi parlait ce livre. Il disait à ma mère qu’il avait peur d’en prendre plein la gueule. Moi, je riais parce que je savais, d’après les premiers retours que j’en avais, que les gens le trouvaient tous génial et formidable. Au Salon du livre de Paris, il m’appelle pour me dire qu’il l’a commencé, qu’il a lu les trois premières pages… et il commence à pleurer. J’ai essayé de rester fort pour deux, parce que je ne voulais pas que l’on se retrouve deux à pleurer comme des connards. Je lui ai demandé d’être plus fort parce qu’il lui restait 264 pages à lire. Il finit le livre et enfin on se parle et là, mon père redevient mon père. Il me dit « c’est vachement bien. J’ai juste trouvé que les scènes de surf étaient un peu longues ».  Je me suis dit « c’est pas vrai… on n’y arrivera pas ». Mais, le fait qu’il redevienne critique était un très bon signe. Juste, on n’est pas capable de se dire que l’on s’aime. On ne peut pas se le dire les yeux dans les yeux.

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Christian et Lorraine, les vrais.

Ton livre est un formidable cri d’amour.

Mais, je ne sais pas si tu t’imagines la complexité et la pudeur que l’on a. Je suis obligé de passer par ce qu’il y a de plus impudique, faire un roman, pour lui dire mon amour.

Et toi, du coup, tu vas mieux ?

Je vais très bien moi.

Mais, tu vois ce que je veux dire ? C’était quand même un truc qui était en toi, qui te marquait tellement qu’il a fallu que tu l’expulses.

J’ai des relations apaisées avec mes parents depuis longtemps. Ce qui m’intéressait c’était d’écrire sur ces canaux qui se bouchent, ce message qu’un fils ne reçoit pas de son père. Dans mon livre, pour une fois, dans les relations père-fils, ce n’est pas le père qui est un connard, c’est le fils. C’était bien d’avoir cette perspective inversée.

Moi, je vis des relations complexes avec mon père. Je l’aime, je lui reproche des trucs, il m’aime, ne me le dit pas vraiment… bref, je crois que ton livre peut toucher, au moins tous les pères et les fils.

Le seul truc qui est intéressant quand on écrit un livre intime, c’est si on arrive à toucher un minimum l’universel. Si le fait de travailler sur son tout petit nombril ne permet pas d’ouvrir sur quelque chose que tout le monde peut avoir sur son propre nombril, ça ne sert à rien d’y aller. L’idéal c’est quand ton roman fait écho.

Ce livre fait partie d’un triptyque. C’est quoi le prochain ?

C’est le rendez-vous manqué par excellence.  L’amour qu’on a raté quand on a entre 15-16-17 ans. L’amour de jeunesse. Quand on a cet âge-là, on est envahi par un sentiment un peu trop grand pour soi et on ne fait que des conneries. Et donc, on se rate. Mon livre racontera deux personnages qui se sont ratés lors de leur jeunesse et qui vont se retrouver 20 ans plus tard. Ils ont tout pour que ça marche. Et ça n’a pas marché…

Tu crois que si on a raté son amour de jeunesse, on a raté sa vie ?

Mais non. Simplement, on a tous un amour raté. Et à la fin de nos vies, on se dira tous « et si ? ».

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Pour finir...

17 juin 2013

Eliette Abécassis : interview pour Le palimpseste d'Archimède

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 Romancière et essayiste, Eliette Abécassis alterne textes intimistes (La répudiée, Mon père, Un heureux événement), épopées (Qumran, Le Trésor du Temple, Sépharade) et essais (Petite métaphysique du meurtre, Le Livre des Passeurs, Le Corset invisible). Elle collabore par ailleurs régulièrement à des journaux (Le Monde des Religions, Le Figaro littéraire, Elle) et travaille pour le cinéma (Kadosh, Un heureux événement). La dame a du talent et, elle aussi, ça faisait un moment que je souhaitais que nos chemins se croisent. Voilà qui est fait  à l’occasion de la sortie de son roman Le palimpseste d’Archimède.

Le 29 mai dernier, elle m’a donné rendez-vous au café d’en bas de chez elle… Voici la synthèse de notre conversation pour Le magazine des loisirs culturels Auchan (puis je vous propose un complément pour ce blog).

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(Puisque vous n'avez pas de loupe à portée de main, je vous propose une lecture plus aisée de l'introduction de cette interview... De rien!)

"Et si le monde avait un code secret qu’il serait dangereux de déchiffrer ?" s’interroge Éliette Abecassis dans son nouveau thriller historico-ésotérique. Des mystères d’Eleus au nombre Pi, de l’élite savante aux jésuites d’un obscur monastère de Judée, l’auteure embrasse deux mille ans de l’histoire humaine en mêlant rituels anciens, philosophie et mathématiques, assassinats sanglants et mysticisme. Un livre dans la lignée du Da Vinci Code !

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Le teaser du livre.

220px-ABECASSIS_Eliette-24x30-2006.jpgBonus mandorien:

On sent que derrière ce livre, il y a une agrégée de philosophie. Je trouve que ce roman est avant tout un livre philosophique.

Je l’ai voulu comme tel. On apprend beaucoup de choses sur la philosophie grecque, mais aussi la philosophie d’une façon générale. Et surtout, ce qu’apporte la philosophie à la vie et l’importance de la philosophie pour chacun de nous. Je pense qu’aujourd’hui les philosophes ont un peu démissionné de leur rôle. Ils n’apportent plus aucune vérité. Ils se retirent du débat. Sauf certains philosophes qui, pour le coup, sont un peu trop dans la démagogie de la philosophie. On est dans une époque où on a plus que jamais besoin de la philosophie pour répondre à toutes les questions que l’on se pose sur la marche du monde.

On ne peut pas écrire un livre dense comme celui-ci, dans lequel il y a autant d’informations, sans être passionné par tout ça.

La philosophie, pour moi, est la reine des disciplines. Je l’ai enseigné pendant trois ans. J’ai essayé de retransmettre ma passion que j’ai pour la philosophie à travers la relation entre ce professeur de philosophie, Elsa Marrek et son disciple. À travers eux, j’essaie d’avoir la même relation avec le lecteur.

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(Photo : Gala)

Vous-mêmes, vous avez eu un mentor, un initiateur en philosophie ?

La philosophie ne débouche que sur l’enseignement de la philosophie. Les gens qui étudient la philosophie doivent avoir une rencontre, un initiateur privilégié. Si on prend un livre de philo, comme ça, tout seul, on ne va pas comprendre. On a besoin de quelqu’un qui va nous expliquer, à la façon des péripatéticiens d’Aristote ou de Socrate avec leurs élèves. Moi, j’ai eu plusieurs mentors, à commencer par mon père qui est prof de philosophie. J’ai été son élève et son disciple. C’est avec lui que j’ai appris la philosophie. En terminal, à Strasbourg, j’ai eu un professeur extraordinaire qui s’appelle Norbert Engel. C'était un accoucheur d'esprit, subversif et provocateur, passionné et passionnant. C'est lui qui, le premier, m'a encouragée à écrire à 15-16 ans et à passer le concours de l'ENS. Il est l’un de mes d’éveilleurs de conscience comme devrait l’être tout bon prof de philo.

Du coup, vous, vous éveillez les consciences de vos lecteurs.

Pour moi, c’est très important, de transmettre à travers les romans. Je pense que j’ai cette mission-là. Je n’écris pas pour moi, je n’écris pas pour me faire plaisir, ni pour raconter des aventures personnelles, mais j’écris pour transmettre quelque chose. J’ai toujours le souci du lecteur, je ne le lâche jamais et puis surtout, je tente de l’élever, de l’introduire dans un monde inconnu. Je le prends pour quelqu’un de curieux et d’intelligent qui va être ravi de découvrir un univers.

Il y a aussi une jolie histoire d’amour dans ce roman.

J’aime bien le mélange des genres. C’est un roman philosophique, c’est un thriller, c’est une histoire d’amour. On fait des va-et-vient dans le temps, c’est moderne et ancestral…

Même si un livre comme Le palimpseste d’Archimède est complexe à écrire, est-ce que cela vous amuse d’écrire ce genre de livres ?

Oui, semer des indices, construire des fausses pistes est très amusant. La règle du polar, c’est que le lecteur doit avoir tous les éléments pour dénouer lui-même l’intrigue. L’auteur sème des cailloux qu’il n’arrête pas de camoufler pour égarer le lecteur. Celui qui est clairvoyant trouvera l’intrigue. 

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Le 29 mai 2013, après l'interview...

15 juin 2013

Jules : interview pour Le sale gosse

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Je lui ai dit dès son arrivée à l’agence. Cela faisait très longtemps que je n’avais eu un coup de cœur immédiat pour un artiste. Une écoute de Le sale gosse dans son intégralité et hop ! J’ai adhéré à tout. La voix, les textes, ses mélodies d’une redoutable efficacité et une tête à la Docteur House. Difficile de ne pas inviter Jules pour faire sa connaissance. Le 29 mai dernier, l’homme est arrivé et il m’a plu humainement tout aussi rapidement que son œuvre.

Aujourd'hui était le jour idéal pour publier cette chronique. Jules est ce soir au Forum de Vauréal pour un concert exceptionnel où il aura "carte blanche"...

481708_4390482173783_691233095_n.jpgBiographie officielle,  hyper sérieuse et pas du tout drôle (et un peu tronquée, parce que bon, si la bio est plus longue que l’interview, on en sort plus.) :

Quand les filles de l’école se trémoussent sur les tubes pop des 80’s, Jules fume la pipe en se passant les disques de Serge Reggiani, Jacques Brel, Nino Ferrer, Bob Dylan, Renaud ou Goldman. La spirale de la défaite est enclenchée, impossible de faire demi-tour.
En 1988, il enfile une veste en velours et commence la musique avec deux frangins, Sam et Fred, qui deviendront les insupportables Ogres de Barback. Autant dire que ça ne s’arrange pas.

Jules navigue ensuite parmi plusieurs groupes. Il se met au service des autres pour pouvoir acheter du Viagra. Il alterne entre des plateaux télé noir et blanc au piano avec Julio Iglesias, et des sessions de bassiste avec des artistes aussi médiocres que Kent, Jacques Higelin, Bénabar ou Catherine Ringer, dans la variété comme dans le rock alternatif… De pire en pire donc.

Cela aurait pu s’arrêter là si Jules n’avait pas, alors, les deux pires idées de sa vie : Il commence à se couper les poils du nez, alors que, plus tu coupes, plus ça repousse. Mais surtout, il veut écrire ses propres chansons et les défendre sur scène. Oh le con…

Du coup, fiasco total : En 2007 il est élu artiste de son département par l’Adiam et le Conseil 314141_4374496934162_913011114_n.jpgGénéral du Val d’Oise. Il reçoit le soutien incongru (et jamais démenti depuis) du Forum, scène de musiques actuelles de Vauréal (95). Ensuite il est élu « Artiste découverte » à l’Estival de Saint-Germain (78), « Grand Prix du public », « Grand Prix du Jury » et « Prix Claude Lemesle » à « La Ruée vers l’Aure » de Bayeux. Il est également sélectionné comme « Découverte » au Festival ALORS CHANTE de Montauban.
Il a franchi toutes les étapes, tous les statuts labellisés, tous les cols du fémur.

Coup de bol, il se révèle être un véritable homme de scène. Le déambulateur plait aux fans et aux femmes. Jules s’entoure des meilleurs musiciens du monde sur un malentendu et se forge un public fidèle, conquis et sans cesse vieillissant… Les pauvres. Probablement le syndrome de Stockholm…

Aujourd’hui, Jules, c’est une centaine de concerts partout en France, dont la tournée "L’Homme le plus fort du Monde" produite par Béatrice Adnot et qui atteint son point d’orgue Bontempi en janvier 2012 lors d’une date au Divan du Monde épique et archicomble.

Jules-salegosse-visuel.jpgAllez comprendre… C’est aussi deux albums autoproduits : Les années douces et L’Homme le plus fort du Monde (avec 4 204 exemplaires vendus, sous la menace, à ce jour) et ce nouvel album qui vient de sortir sur le label Polychrone.

Un nouvel album, un nouveau spectacle, une nouvelle tournée… Le tout motivé par l’énergie du désespoir. Ne l’encouragez pas. Le type est père de famille. Faites ça pour ses gosses.

En plus « Variété alternative » ça veut rien dire.
Merci pour lui.

Avant l'interview, voici le premier clip tiré de Le sale gosse"

Interview :

C’est ton vrai deuxième album, je ne compte pas le premier autoproduit.

Le disque se vend de moins en moins, mais il reste un outil indispensable pour se faire connaître et trouver des dates de concerts. On a cru à Internet, mais c’est tellement saturé de ce côté-là qu’il faut quand même exister « physiquement ». Le numérique à ces limites aussi, vu que tout le monde balance tout et n’importe quoi. Ca devient plus compliqué de faire le tri en numérique que pour le disque physique.

Le tien, en plus du fond, il y a la forme. Il est très beau.

On avait déjà perdu entre le vinyle et le CD, alors maintenant, si on a même plus le CD… Ma pochette est inspirée de celles de Nino Ferrer et de Jacques Dutronc.

Teaser de l'album "Le sale gosse".

Tu as débuté à la fin des années 80 avec Sam et Fred des Ogres de Barback.

On a eu un groupe pendant 12 ans qui s’appelait Les minoritaires. C’est en allant voir avec Sam la Mano Negra à La Cigale en 1988 qu’on a pris une grosse claque. On avait 13 piges et on s’est dit qu’il fallait faire ça. Sam avait quelques bases, il jouait un peu de guitare. Son père était dans le groupe Il était une fois. Donc il a baigné dans cet environnement musical, contrairement à moi. Mes parents étaient mélomanes, mais pas du tout musiciens.

Vous faisiez quoi comme musique ?

Au début, c’était improbable. On avait un synthé et trois guitares, pas de batterie. Fred est arrivé plus tard avec l’accordéon… c’est une période bénie parce qu’on a trouvé des concerts partout pendant 10 ans. On s’organisait des tournées improvisées et on se payait nos vacances avec ça. On allait voir les mairies et c’était hyper simple.

Vous jouiez vos propres titres ou vous faisiez des reprises ?

Au début, on faisait des reprises et au fur et à mesure, on mettait nos chansons. C’était du rock alternatif, mais hyper maladroit. C’était clairement un joyeux bordel. On était fan de variété comme Goldman et on voulait être la Mano Negra. On n’était pas des brutes de technique, mais il y avait une telle énergie et une spontanéité sur scène que ça marchait. On avait 16 ans et on jouait parfois devant 3000 personnes.

"La bonne nouvelle",enregistré en live au Sax à Achères le 26 janvier 2013.

Après cette expérience, tu as joué dans d’autres groupes ?

J’ai joué dans un autre groupe qui s’appelait Mazette, mais il ne se voulait qu’amateur. Je jouais surtout pas mal pour les autres. Je faisais des plateaux télé. Pendant longtemps, par exemple, j’étais claviériste de Julio Iglesias. Je me souviens d’une émission mémorable sur M6 présentée par Virginie Efira et Magloire sur la culture gay. Julio était invité et je me souviens qu’il y avait deux mecs en slip qui se dandinaient dans une cage et moi j’étais au milieu avec mon petit clavier. C’était un grand moment. Mes premiers pas dans le show bizness étaient éclatants comme tu peux le remarquer.

Tu as bossé avec Polo aussi, l’ancien chanteur des Satellites.

C’est un super auteur compositeur. Il m’a fait rencontrer pas mal de gens, ce qui m’a permis de jouer très épisodiquement avec Bénabar, Catherine Ringer, Kent ou Jacques Higelin.

Jouer avec des gens comme ça, c’est énorme.

J’ai une qualité, c’est que je joue de tout, mais je ne joue rien de très bien. Je ne suis pas un très bon musicien, mais je joue du piano, de la guitare, de la basse, je chante, donc je peux faire les chœurs, et tout ça, pour les prods, dans des équipes réduites, c’est pratique. Souvent, j’ai remplacé des mecs au pied levé.

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Il y a un moment où tu t’es dit que tu allais faire ce métier sérieusement ?

Oui, mais c’était déjà mon métier. Ça fait bien longtemps que je vis grâce à la musique, mais à partir du moment où j’ai eu mon fils, j’ai restreint mes départs en tournée pour les autres artistes. Il y a 10 ans, juste avant que je commence Jules, on m’a proposé de faire la tournée d’Olivia Ruiz à ces débuts. J’ai refusé et c’est à ce moment précis que j’ai décidé de faire mes propres chansons pour décider de mes propres tournées. J’ai décidé de monter mon projet pour ne plus être tributaire des uns et des autres.

Quand tu as enfin créé tes chansons pour Jules, tu as créé le personnage qui allait avec ?

Oui, mais il est venu sans réfléchir. Je suis un « one man song », alors que je ne suis pas une grande gueule et que je suis même très discret dans la vie. Sur scène, oui, c’est un peu « docteur Jekyll et mister Hyde ». J’ai un principe. Je veux absolument dédramatiser  la fonction d’artiste. Je n’ai jamais le trac et j’ai envie que les gens se sentent vraiment proches très très vite. Parfois, ça me dessert, parce que j’ai peut-être tendance à briser trop vite la glace. Je fais un peu le sale gosse et le cabot.

a1812427807_10.jpgC’est marrant d’avoir un double ?

Aujourd’hui, ces deux facettes sont même devenues indispensables. Je suis devenu carrément schizophrène… Si je venais avec mon personnage civil sur scène, ça n’intéresserait personne. Moi, je n’aime pas aller voir des chanteurs sur scène qui s’excuse d’être là. Mon premier album s’appelait L’homme le plus fort du monde, ce n’était pas pour rien. Je me sens parfois l’homme le plus fort du monde. Quand je suis Jules, je me sens un peu invincible, alors que dans la vie,  je suis beaucoup plus mesuré.

Tu es taquin avec le public, quand même.

Oui, un peu. Pas trop ironique. Si, un peu aussi. Selon les soirs, selon comment je sens les choses, il n’y a pas de calcul. Ce qui me fait avancer, c’est que dans nos concerts à nous et lors de toutes les premières parties que nous faisons, on ne prend jamais de four.

Revenons à L’homme le plus fort du monde. Je sais que tu adores ce disque.

Il a beaucoup d’imperfections, mais il m’a permis de rencontrer tous les gens avec lesquels je travaille aujourd’hui, c'est-à-dire Le Vilain Orchestra, mon éditeur et producteur, ma tourneuse… je lui dois tout à cet album.

Et puis, il y a celui-ci, Le sale gosse. J’aimerai que l’on s’attarde sur la chanson, jean-jacques-goldman-mickael-jones-plus-belles-photos-concert_472246.jpg« Jean-Jacques ». Une chanson sur Michael Jones.

J’ai eu la chance de le rencontrer. On a fait ensemble un festival organisé par Gérald Dahan qui s’appelait « Rires et rock ». On a sympathisé assez vite. Moi, je suis vraiment fan de Jean-Jacques Goldman. C’est le mec qui m’a donné envie de faire de la musique. Je voulais faire Jean-Jacques Goldman, comme métier, quand j’étais petit. Quand j’ai rencontré son binôme de « Je te donne », je n’ai pipé mot de Goldman. Mais, je me suis rendu compte que ce type ne pouvait rencontrer quelqu’un qui n’ait envie de lui demander des nouvelles de Goldman. Michael Jones fait une carrière, des disques, des concerts et pourtant, il n’a d’autres choix que de vivre dans l’ombre du géant qu’est Goldman. Ce ne doit pas être évident. Ma chanson n’est pas méchante. Elle est même pleine de tendresse. On s’appelait souvent avec Michaël Jones. Pour L’homme le plus fort du monde, il m’a même donné des conseils. Depuis que je lui ai envoyé ma chanson, je n’ai plus aucune nouvelle. J’attends un appel de son psy qui va me dire que j’ai niqué 30 ans de thérapie.

Ce qui me fascine chez toi, c’est ton sens de la mélodie et de la chanson tubesque. « Mal barré » en est un exemple flagrant.

Ça vient de ma culture variété. Goldman, mais aussi Ferrer, Dutronc père.  Le mot variété est tellement beau… il est juste galvaudé à cause de la variétoche.

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Tu as une voix très grave qui ne correspond pas forcément à ta voix chantée. C’est curieux.

J’ai le syndrome du mec qui a fait beaucoup de concerts dans des conditions pas terribles. Souvent mes tessitures, je les prenais plus haut pour être sûr que l’on m’entende dans les rades où il m’est arrivé de chanter. Comme je me suis beaucoup forcé, mes tessitures sont devenues plus aiguës.

Il y a dans tes chansons autant d’ironie, de second degré, que de mélancolie et de tendresse. Tu es comme ça dans la vie ?

J’essaie d’être optimiste, mais j’ai souvent du mal. Je n’ai aucune nostalgie. Jamais. Je ne regrette pas quand j’avais 18 ans, ni qu’en j’en avais 30. Franchement, j’adore ma vie, même si parfois, mais ça me fait un peu flipper. J’ai un optimisme raisonnable mesuré et mélancolique.

Parle-nous du Vilain Orchestra.

J’ai une chance inouïe. C’est incroyable le talent de ces mecs-là. Je ne suis pas un grand musicien, je le répète, mais j’ai la chance de jouer avec des musiciens fabuleux. Ils sont aussi ingérables que talentueux. Ils ont une sorte de folie douce qui fait qu’il n’y a aucun concert pareil. À la base, ce ne sont pas des copains, ils ont été mes musiciens pour le disque, ils sont devenus des gens que j’aime bien. Des maillons essentiels à ma carrière actuelle. Ils m’amènent beaucoup artistiquement, mais attention, c’est moi le boss. La preuve, quel nom est écrit en plus gros sur la pochette ?

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Ingrid Desjours : interview pour Sa vie dans les yeux d'une poupée

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Dans le nouveau polar d’Ingrid Desjours, Sa vie dans les yeux d'une poupée (Plon), se pose, en filigrane, la question du rapport au corps accidenté, du deuil, ou encore des conséquences psychologiques d'un grave traumatisme, jusqu'à la folie parfois. Vous ne ressortirez pas indemne de ce thriller psychologique unique.

Ingrid Desjours est passée me voir le 6 mai dernier. Voici donc la deuxième mandorisation (voir la première ici) de cette auteure qui n’a ni la langue, ni la plume dans sa poche.

ingrid desjours,sa vie dans les yeux d'une poupée,interview,mandor4e de couverture :

Barbara, vingt-quatre ans, a tout oublié de l'horreur qu'elle a vécue, ce soir d'hiver dans un parc désert. Pourtant, de cette incursion au cœur de la douleur et de l’épouvante, elle n'est pas revenue seule : elle a ramené avec elle une vision, une hallucination tenace, entrevue à travers les lambeaux de son cauchemar. Une image avec qui la jeune femme vit. Hantée, obsédée. Et habitée par une soif inextinguible de vengeance dont la poupée qu’elle vient de s’offrir se fait le relais. C'est comme ça que la douce Barbara se laisse progressivement posséder par un double maléfique. Et commet en son nom les pires atrocités. Sur ses traces, Marc Percolès, flic provocateur et omniscient, au corps et au cœur plus couturés que Frankenstein. Il est le premier à faire le lien entre la petite esthéticienne sans histoire et le monstre qui torture des hommes, la nuit tombée. Prêt à tout pour la coincer, il n'hésitera pas à sortir du cadre légal pour arrêter l'escalade de violence. Mais, en cours d'enquête, il comprendra que Barbara ne tient pas forcément les rênes de sa folie, et que d'autres personnes de son entourage ont tout intérêt à ce qu'elle continue. Et que, elle aussi, il devra la sauver.

L’auteure : ingrid desjours,sa vie dans les yeux d'une poupée,interview,mandor

Née en 1976, Ingrid Desjours est psychologue spécialisée en psycho-criminologie. Après avoir pratiqué en Belgique auprès de criminels sexuels, elle se consacre aujourd’hui à l’écriture romanesque et scénaristique. Elle a déjà publié Echo et Potens (Plon, 2009 et 2010) remarqués et plébiscités par la presse et le public. Elle a animé l’écriture de Connexions, un polar interactif édité en partenariat avec l’émission Au Field de la nuit (TFI).

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ingrid desjours,sa vie dans les yeux d'une poupée,interview,mandorInterview :

Ton livre commence avec une scène de viol très réaliste.

C’est la scène fondamentale constructrice de ce qui va se passer par la suite et à la fois destructrice. Je ne pouvais pas concevoir un viol autrement que dans la violence. C’est marrant parce que je ne m’attendais pas à ce que les gens réagissent autant sur cette scène. Et c’est surtout les hommes qui sont surpris, choqués pour certains d’entre eux. Dans une scène d’amour, j’aime bien ménager la pudeur de mes personnages. Dans ce cas là, je préfère suggérer parce que c’est quelque chose de beau et on a tous nos références en termes de sensualité et d’amour. Là c’est facile de laisser l’imagination du lecteur faire son travail. Pour cette scène de viol, je ne voulais pas qu’il y ait d’esquive et d’ambigüité possible. Je déplore que dans certains films elles soient un peu érotisées, ce qui fait que l’on arrive à des scènes qui peuvent devenir esthétiques, voire excitantes. Moi, je ne voulais surtout pas ça. Je voulais montrer l’horreur de ce qu’une femme subit dans ces moments-là et décrire tout ce qui peut monter dans la tête d’une femme qui se fait violer, ce à quoi elle va s’accrocher…

Ton héroïne, Barbara, qui a été victime de ce viol, met un voile sur cette partie là de sa vie.

Ça montre bien qu’après des agressions, qu’elles aient eues lieu dans l’enfance ou à l’âge adulte, c’est important de pouvoir mettre des mots dessus. Petite, déjà, Barbara n’a pu mettre de mots dessus quand son beau-père l’a violé. Quelque part, elle était dans le déni. Elle n’a pas de petit ami, elle est « pure », elle sait que passer en pleine nuit dans un parc, pour une femme seule, ce n’est pas le meilleur truc à faire. Quelque part, elle est dans une répétition de schéma. Je ne dis pas qu’elle recherchait à se faire de nouveau violer, mais elle s’est mise en danger. Elle est dans la peau de victime depuis toujours. Elle se vit victime depuis toujours justement parce qu’il y a eu ce déni. Ce livre met beaucoup l’accent sur l’importance de dire les choses, de les nommer. Plus tard, finalement, ce qui va lui permettre de croire en une rédemption possible, et de lui faire accéder à une part de beau, c’est la façon dont un homme va la nommer. Un détail qui révolutionne tout dans sa tête.

Pour tous les personnages de ton roman, Barbara, Marc, le flic et la maman de Barbara, on se demande constamment s’ils sont victimes ou tortionnaires.

La mère, par exemple, elle est les deux. Se sentir victime et ne pas dépasser ce statut de victime, ça autorise à plein de choses. Ça autorise à se plaindre, à faire payer les autres, à envahir les autres avec sa douleur, sa peine et son martyre. « Oui, mais moi j’ai besoin de réparation, après tout ce qui m’est arrivé… » et, finalement, la victime se transforme en bourreau. Ce n’est pas une démarche, ce n’est pas volontaire, mais pour moi, c’est la logique des choses.

Les mères dans tous tes romans sont un peu tordues… je ne te demande pas pourquoi ?ingrid desjours,sa vie dans les yeux d'une poupée,interview,mandor

(Sourires. Mais pas de réponse.)

J’ai remarqué que tu ne t’interdis rien quand tu écris un livre. En tout cas, tu ne respectes pas les codes du thriller.

Déjà, je lis très peu de genre de roman, voire pas du tout. Les codes, je peux allègrement m’assoir dessus parce que je ne les connais pas. Et je n’ai pas envie d’écrire selon un canevas préétabli.

Il y a beaucoup plus de psychologie que chez bon nombre de tes confrères auteurs de thriller.

La psychologie m’a toujours fasciné, j’ai d’ailleurs fait des études assez conséquentes sur le sujet, tu le sais. Depuis que je suis gamine, j’observe les gens. Et je n’observe pas seulement ce qu’il y a de plus beau. Rassure-toi, je suis capable de m’émerveiller des belles choses, mais j’ai un gros problème dans la vie, c’est que je ne suis dupe de rien. J’ai une lucidité, comment dire…  abominablement douloureuse. Ça plus mes études plus mon expérience professionnelle, oui, ça donne des livres où la psychologie est mise en avant. Ce que j’aime, c’est gratter derrière le vernis, derrière les apparences. « Si j’arrache un morceau de ta peau, il y a quoi derrière ? » C’est ce que je me demande toujours quand je discute avec quelqu’un. Même les masques que l’on porte sont révélateurs de ce qu’on est. On ne choisit pas par hasard. Déjà, on en choisit une que l’on peut porter. Les gens ne savent pas regarder en profondeur. Ils regardent en surface.

Le flic, Marc Percolès, est désagréable, abjecte souvent, de mauvaise foi tout le temps.

Pour moi, il est extrêmement attachant. C’est un hérisson. C’est quelqu’un qui te dit merde avant de te dire oui parce que c’est sa façon à lui de se protéger. C’est un écorché vif, dans tous les sens du terme en plus. Il préfère tenir les gens à distance que d’être dans cette souffrance permanente que les autres sont susceptibles de lui apporter. Il pense que quoiqu’il advienne, on va finir par lui faire du mal. Il a du mal à croire en la nature humaine dans ce qu’elle peut avoir de beau. Donc, il envoie chier.

Barbara, elle, finit par avoir un petit copain, Raoul, qui n’est pas moins qu’un sombre connard.

Elle ne sait pas qu’elle est mignonne. Elle ne sait pas qu’elle pourrait en avoir un autre. C’est un choix de dépit. C’est un choix de noyée. En fait, elle tend la main et elle attrape celle du premier qui passe par là. Elle a quand même l’espoir qu’il la sauve. Elle a une image catastrophique des hommes, finalement, lui, l’a conforté dans l’idée qu’elle n’est rien, qu’elle est secondaire, qu’elle n’est bonne qu’à la satisfaire sexuellement ? C’est très cohérent par rapport à l’image des hommes qu’elle s’est construite petite.

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Bon, nous allons évoquer son amour pour les poupées. C’est ce que justifie le titre de ce livre.

La poupée qui parle à Barbara, c’est plus un symbole. Histoire d’avoir une interface parlante plutôt que quelque chose qui lui vient d’on ne sait où. Je trouve que la poupée se prête tellement à toutes les projections. Il y a un côté fascinant. Depuis la sortie du livre, je découvre à quel point les poupées font flipper beaucoup de gens. À partir du moment où on quitte le monde de l’enfance, une poupée perd tout son côté charmant. Ça doit renvoyer à une part de soi qui est morte et on ne veut pas être confronté à ce qui nous renvoie à l’enfance.

Je sais que les personnages de ce livre t’ont envahi pendant l’écriture. À quel point ?

C’est une question de résonnance. Marc et Barbara étaient indissociables de ce que j’étais au moment où je l’ai écrit. J’avais envie d’être autant amoureuse que Barbara et je me sentais tellement Marc.

ingrid desjours,sa vie dans les yeux d'une poupée,interview,mandorÇa va loin.

Le personnage qui est le plus moi, c’est Marc, à l’évidence. Quand j’écrivais ce livre, j’avais des émotions « montagne russe ». Je voyais tout à travers les yeux de Marc et j’avais les espoirs de Barbara. Est-ce que ce sont eux qui m’habitaient ou est-ce moi qui les remplissais de moi à ce moment-là? Peu importe parce que dans les deux cas, ça fait boite de résonnance, ça finit par vibrer.

Tes lecteurs te disent souvent que c’est un livre dur.

J’aime bien quand on me dit ça, parce qu’au moins, ça a provoqué quelque chose.et ça ne laisse personne indifférent. Ce qu’on me dit souvent, c’est qu’après avoir refermé le livre, il faut un petit temps de réadaptation. On m’a dit que les personnages continuaient à exister quelque part.

C’est vrai que tes personnages sont très très forts.

Pour moi, ce ne sont pas des personnages, ce sont des personnes. C’est ça qui fait toute la différence. S’il y a truc que j’ai remarqué depuis que j’écris, c’est que finalement les lecteurs aiment bien avoir leur propre représentation et moi, je n’ai pas à leur imposer ma vision. Je leur donne des cartes et après, ils en font ce qu’ils veulent. Si j’imposais un physique et un personnage, ce serait déjà rentrer dans une espèce de dictature et je ne veux pas être un dictateur.

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Une interview "coup de poing"!

13 juin 2013

Anoki : interview pour l'EP Allumeur d'étoiles

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Anoki est un artiste que j’ai découvert un peu au hasard. A l’écoute de ses titres, j’ai décelé en lui un auteur compositeur-interprète intéressant avec, certes, une marge de progression (comme beaucoup), mais il a indéniablement quelque chose de différent. Un truc en plus. Je sens qu’il peut aller loin s’il persiste et qu’il ne lâche pas ce combat difficile. Car pour réussir quand on est un jeune chanteur, c’est une lapalissade que de dire qu’il faut s’accrocher/lutter/croire en soi.

Le 25 avril dernier, Anoki a quitté sa ville vendéenne pour venir me voir à l’agence… j’ai rencontré un jeune homme sensible, sympathique… et qui sait où il veut aller.

anoki,l'allumeur d'étoiles,interview,mandorSa biographie (selon Akamusic) :

Anoki est « L’Allumeur d’étoiles ».

L'univers d'Anoki est fait de ballades folks et de chansons françaises poétiques. Inspiré par Barbara, Brel, Ferré ou Aznavour et empreint de mélodies douces et accrocheuses, il possède de nombreux arguments pour nous faire rêver avec des textes remplis d’espoir quel que soit le sujet traité.

Sa musique et ses textes s’inspirent profondément de la vie. D’un tout petit détail jusqu'aux sentiments que chacun de nous peut ressentir à un moment ou à un autre, son approche est profondément attachée à l’humain et à sa condition. Nourri d’une somme infinie de styles (musique celtique, folklore français ou folk US, chansons françaises d’hier et d’aujourd’hui, rock, blues, musiques ethniques ou éthériques…), la musique d’Anoki est variée et originale, une musique qui nous fait nous rapprocher les uns des autres pour mieux y revenir.

Le rêve comme prélude au bonheur… …Rêve qui nous invite au voyage.

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anoki,l'allumeur d'étoiles,interview,mandorInterview :

Je n’ai pas trouvé grand-chose de personnel sur toi sur Internet quand j’ai fait mes recherches sur ton cas.

Je suis quelqu’un de très secret et je divulgue les informations au compte-goutte. D’abord, je parle très peu de moi et de ma vie privée. Et je ne raconte que ce qui est concret. Je ne m’avance jamais dans les projets, les choses qui ne sont pas signées. Ce métier n’est pas très sûr, alors je me tais quand les certitudes ne sont pas là. Il faut garder la tête dans les étoiles, mais les pieds sur terre.

Bon, mais moi, je veux en savoir plus sur toi. Tu as des parents militants et mélomanes.

Mes parents étaient agriculteurs. Ils étaient très modestes, mais m’ont ouvert très tôt l’esprit à la culture. Ils m’ont fait lire beaucoup de romans, ils m’emmenaient toujours dans les concerts, et des concerts souvent de choses engagées. Sans être étiquetés politiquement, on ne peut pas dire qu’ils sont de droite, mais en tout cas, j’ai été élevé dans l’engagement.

Tes chansons ne reflètent pas ça.

Pas dans l’EP, mais dans d’autres chansons qui figureront sur l’album, un peu quand même. Raisonnablement, de toute manière.

Clip de "La chute".

Tu écris beaucoup et pas que des chansons.

J’ai écrit deux pièces de théâtre en Alexandrin, mais avec une histoire moderne et deux romans. C’est mon jardin secret.

Tu ne veux pas tenter de les faire publier ?

Non, c’est pour moi.

Je ne comprends pas que l’on écrive des romans ou des pièces et qu’on veuille les garder uniquement pour soi.

Pour le moment, je ne dis pas que je ne les proposerai pas dans quelques mois. Même mes chansons, ça fait 10 ans qu’elles sont écrites. Elles sont évidemment retravaillées, mais la base est là depuis une dizaine d’années. Il faut que mon travail d’écriture murisse longtemps. Un jour je me suis dit que pour mes chansons, c’était le moment d’agir.

D’où ton pseudo, Anoki.

Oui, en amérindien, ça veut dire « celui qui agit », dans le sens « qui agit sur sa vie ».

Tu a des origines amérindiennes ?

Non, je suis attiré par sa culture. J’aime beaucoup les valeurs dégagées par ce peuple. Des valeurs non matérialistes. Ils n’ont pas le sens de la propriété privée. Pour eux, tout ce qui est naturel ne leur appartient pas. Intellectuellement, je me sens assez proche de cette philosophie, tout en gardant mon côté matérialiste.

Clip (studio) de "L'allumeur d'étoiles".

Tu as aussi fait du théâtre.

Oui, ça m’a d’ailleurs beaucoup apporté.  J’ai suivi des cours d’un professeur qui a exercé aux cours Florent et Simon dans les années 70. On ne peut pas faire un travail sur scène, sans être un peu comédien. A moins d’être chanteur à voix et là, c’est la technique vocale qui va l’emporter. Moi, je suis loin de ça.

Tu as suivi des cours à la Music Academy International de Nancy.

C’est une grande école formatrice de musicien professionnel. La plupart des professeurs qui officient dans cette école jouent pour les grosses pointures françaises, voire certaines, internationales.

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Aujourd’hui, tu concrétises tes années de "musique" et d’"écriture" en sortant un EP. Tu es passé par le label belge Akamusic pour ça. C’est un site participatif en fait.

J’ai presque 250 producteurs qui ont investi 35 000 euros. C’est flatteur d’avoir eu autant de soutien. Ca encourage et surtout, on n’a pas du tout envie de décevoir tous ces gens qui ont eu confiance en moi. C’est le grand public qui met de l’argent, ce ne sont pas des professionnels. Je trouve cela très positif.

J’imagine que ça te donne de la responsabilité par rapport aux « investisseurs ».

Ils se sont engagés et je me dois donc de donner le maximum de moi-même pour pouvoir réussir. Il est vrai qu’il faut être patient. Tout ceci demande du temps, du travail sans arrêt. Mais le jeu en vaut la chandelle.

Clip (studio) de "Nos vieux".

Tu as un travail « rémunérateur » lié à la musique.

Je suis professeur de guitare indépendant, en effet. C’est ça qui me permet de manger, de vivre un petit peu.

Il y a de nombreuses radios qui diffusent tes chansons.

Près de 70 en Belgique et en France. Et le 14 juin, je vais avoir une première nationale sur le réseau RCF. Dans le 11h-13h, je vais faire un mini concert de 7 ou 8 morceaux pour 60 stations.

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Tu exerces en tant que guitariste depuis 10 ans. Ça doit faire bizarre d’être considéré comme un débutant.

Mais, le projet en lui-même a démarré il y a à peine un an. Il y a eu un an de préparation avant. Ça fait donc deux ans.

Il est indiqué dans ta bio que tu t’es inspiré de la belle chanson française, genre Barbara, Brel, Aznavour.

C’est ma culture. Surtout les textes de Brel. J’ai longtemps admiré sa manière de vivre les mots. L’interprétation, c’est porter le texte en exprimant des émotions.

Quand on aime ces artistes-là, ça doit mettre un peu de pressions quant à l’écriture des textes.

Je ne me mets aucune pression. Ils ont du génie et moi je ne suis que moi, à ma petite échelle. Je n’ai pas dit que je voulais les imiter ou que j’avais leur talent. Juste, je veux faire un travail honorable en me servant des bases de ma culture musicale.

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Tu trouves les sujets de tes chansons facilement ?

Oui. « Nos vieux » par exemple, l’inspiration m’est venue après avoir vu deux vieux qui se promenaient, au bord de la mer. J’écris d’une traite quand j’ai l’idée. Pour les mélodies, c’est la même chose. Elles peuvent me venir la nuit. Je me lève et enregistre en chantant la mélodie que j’ai en tête. Ensuite, je mets les accords dessus.

Tes textes sont très personnels, mais beaucoup peuvent s’y retrouver.

Dans cet EP, il y a quand même 3 chansons d’amour. Il y en a une éthérique, une très personnelle et une plus universelle.

Tu as l’impression d’être impudique parfois.

Sur scène, il faut que je le sois, mais sinon, je suis au contraire très pudique.

Tu en as où dans la conception de ton premier album ?

Tout est presque composé. Il faut que l’on arrange les chansons avec mes trois musiciens. Ce disque est pré-produit, mais il n’est pas encore produit. Pour cela, il faut des fonds où une signature dans un label… en fait, je cherche des fonds pour monter mon propre label et financer cet album. (Voir son site où tout est expliqué).

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10 juin 2013

Pic d'or 2013 : Bilan (1)... la finale en vidéo

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Le jury 2013, la directrice et la nounou des artistes...

389809_464222313646783_237346011_n.jpgL'édition 2013 du Pic d’Or  s’est tenue les 24 et 25 mai dernier au Théâtre de Nouveautés de Tarbes (Hautes-Pyrénées).

C’est la deuxième année que l’organisation du Pic d’Or me fait l’honneur de me demander de faire partie du jury de ce tremplin. J’avais accepté l’an dernier « pour voir », malgré les réticences énormes que j’avais à juger les artistes et, pour certains d'entre eux, les éliminer.

Être membre d’un jury, ce n’est évidemment pas que ça. Il s’agit surtout de mettre en avant et de récompenser ceux que nous estimons les plus méritants. Cette partie-là s’impose d’ailleurs moins à moi, je dois l’avouer.

Dans cette première chronique « bilan » et avant de publier celle des coulisses de ces trois jours formidables passées là-bas, je vous propose de voir les prestations des finalistes.

Force est de constater que le Pic d’Or est, depuis trois ans, un tremplin qui réunit une partie de la fine fleur de la scène française d’aujourd’hui. Je le disais déjà l’année dernière (c’est d’ailleurs ça qui est fou, un tel bis repetita), j’ai rarement vu sur une même scène, un plateau composé d’aussi talentueux artistes en devenir. Je ne dis pas ça en l’air. C’est la réalité des faits. A ce propos, j’ai un peu de mal à comprendre pourquoi le France 3 du coin ne couvre absolument pas l’évènement. Mystère et boule de gomme ! (Y a-t-il tant que cela des manifestations musicales de cette tenue dans la région. Très certainement (je ne vois que ça…).

Je remercie ici Corinne Labat (à l’énergie communicative), la présidente du Pic d’Or, ainsi que Florence Cortes, la nounou des artistes (et un peu celle du jury aussi) et tous les bénévoles (sympas et efficaces) de nous avoir tous accueillis admirablement et chaleureusement.

(Une pensée à Christian Garcia qui est à l'origine de mon entrée dans cette aventure. Je n’oublie pas.)

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(Photo : Nöt Pixbynot)

En tant que membre du jury, tout comme l'année dernière, je ne donne pas mon avis personnel sur les uns et sur les autres, mais j’ai évidemment mes préférences et mes évidences. Cela étant, vous lirez dans quelques futures chroniques des mandorisations de ceux qui ont eu ma faveur. (Je suis donc très hypocrite sur ce coup-là. Une fois n'est pas coutume.)

Des artistes, des organisateurs, des autres membres du jury (dont vous verrez les interviews à la fin de cette chronique), de l’ambiance générale, je parlerai dans ma prochaine chronique (avec photos et commentaires).

Pour toutes ces belles vidéos, un grand merci  et surtout un grand bravo à Pascale Sonneville Paugam et son mari (pour Via communication, une agence de communication multimédia créée depuis 8 ans sur Tarbes dont le cœur de métier est, justement, la production vidéo) !

Askehoug (mandorisé ici): Pic d'Or.

La remise du Pic d'Or à Askehoug.

Jesers (mandorisé là) : Pic d'argent.

La remise du Pic d'argent et du Prix du public à Jesers.

Leïla Ssina : Prix d'interprétation et prix de l'ACP Manufacture de la Chanson.

Remise du prix d'interprétation à Leïla Ssina.

Manon Tanguy (mandorisée ici) : Prix de la musique et prix de l'ACP Manufacture de la Chanson.

Remise du prix de la musique à Manon Tanguy.

Guillo : Prix du texte.

Remise du prix du texte (que je remets chaque année. Merci Corinne Labat et Stéphane Rigot) à Guillo.

Les autres finalistes non primés (mais qui aurait très largement pu l'être).

Simon Autain.

Tony Melvil.

Dyne.

Virgule (mandorisée ici).

Maeva.

Après les 10 finalistes, voici les interviews des 4 membres du jury "parisiens" par Pascale Sonneville Paugam.

Commençons avec le chef, le président Arnold Turboust (auteur, compositeur, interprète. On connait de lui le single "Adelaïde" en duo avec la comédienne Zabou et il est l'auteur des musiques de grands succès d'Etienne Daho tels que "La notte, la notte", "Tombé pour la France", "Pop satori", "Epaule tatoo", "Le grand sommeil" et "Pour nos vies martiennes"...)

Dans cette vidéo, beaucoup d'images des délibérations du jury...

Thierry Cadet, journaliste du site musical HorsCène, chanteur, animateur sur Télé Melody et co-créateur du Prix Georges Moustaki.

Jean-Charles Pasqualini, fondateur et rédacteur en chef de Platine et animateur sur Télé Mélody. Par ailleurs, il est régulièrement sollicité par les grandes chaînes de télévision pour des interviews (50 mn Inside, 100% Mag, Accès Privé, L’édition spéciale, Planète Music Mag…). Il a signé plusieurs livres sur la chanson et conçu plus d’une centaine de compilations et coffrets de Piaf à Sanson.

Et bibi, pour finir.