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21 juin 2013

Eric Rochant : interview pour la sortie de Möbius en DVD

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Dorénavant, je vous proposerai aussi quelques rencontres « cinéma ». Un des médias pour lequel je travaille me le permet. Je suis ravi, même si tout est plus compliqué à organiser par rapport à la musique et la littérature. Cela étant, dans ces deux domaines artistiques, j’ai beaucoup de contacts, ce qui facilite tout. Mes incursions dans le 7e art, elles, sont rares… alors je passe par les voies normales… qui sont sacrément balisées et pleines d’obstacles (qui s’appellent notamment chiffres et validations).

Bref, parlons de Möbius, le dernier film d’Éric Rochant qui sort en DVD le 3 juillet prochain.

Bande annonce de Möbius.

éric rochant,möbius,interview,mandorJean Dujardin est un agent secret russe au passé trouble, Cécile de France est un génie maléfique de la finance internationale. Ils s'aiment d'un amour passionné et inattendu. Le seul lien qui unit ses héros peu recommandables au spectateur est la passion qui les dévore. Une fois adoptée cette profession de foi, on jouira du spectacle rare d'un film français dont l'auteur est décidé à divertir autrement que par le rire. C’est rare et passionnant. Rencontre avec le réalisateur, Éric Rochant (Un monde sans pitié, Aux yeux du monde, Les patriotes... et la saison 2 et 3 de Mafiosa...), le 4 juin dernier, dans un salon du Park Hyatt de la capitale.

Interview :

Möbius est un film moitié d’amour, moitié d’espionnage, à équivalence égale. Vous n’avez pas voulu privilégier un de ces deux genres ?

Je voulais raconter une histoire d’amour dans un contexte d’intrigue d’espionnage parce que je pense que les deux genres pouvaient s’interpénétrer de manière  intéressante et dramatique. L’histoire était celle-ci : comment de vrais sentiments, très purs et très forts peuvent s’insinuer dans une machine de guerre, dans la mécanique de l’espionnage. En fait, je ne voulais pas refaire un simple film d’espionnage, car j’en avais déjà réalisé un, Les patriotes.

Vous n’aviez pas encore abordé dans votre filmographie une vraie histoire d’amour passionnelle. Avez-vous eu peur de vous lancer dans un genre que vous n’aviez pas encore traité ?

Un mélange de peur et d’excitation. J’étais excité par le défi que je m’étais lancé à moi-même. Je n’en suis pas à m’assoir et à appliquer des recettes que je maitrise déjà. J’ai envie d’explorer des nouveaux pays du cinéma.

Il y a une histoire d’amour, certes, mais d’une sensualité rare au cinéma.

C’est très physique, voire sexuel. Là, aussi, c’était nouveau pour moi. Ce que j’avais écrit sur le papier était très spécifique. J’ai essayé d’être au plus près des souffles, de la peau, des regards, des caresses et surtout filmer le plaisir féminin.

Cécile de France a tourné des scènes très intimes.éric rochant,möbius,interview,mandor
Souvent, pour tourner ce genre de scènes, on demande aux comédiens de boire un coup de vodka et de faire ce qu’ils peuvent. Ils sont obligés de ressentir quelque chose, mais évidemment, ils ne le ressentent pas.  Ils doivent faire semblant en vrai. Là, il fallait aller plus loin encore qu’une scène d’amour « normale ». Je suis allé dans les détails, donc ça a demandé une vraie direction d’acteur. Du coup, ça a déplacé la pudeur et la gêne sur moi. Je suis devenu le plus embarrassé et le plus impudique. Mes indications, il fallait les sortir, je vous assure (rires).

Vous avez choisi Cécile de France et Jean Dujardin dans les rôles principaux. Quand on choisit deux personnes pour tenir un film, il faut être sûr que ça va coller entre eux… c’est un risque.

Même si ce choix est calculé et désiré, il y a quand même une part d’inconnue. Jean et Cécile ne se connaissaient pas, mais lui l’appréciait énormément et il avait vraiment envie de tourner avec elle. Ils se sont retrouvés aussi sur leur désir de faire le film et de faire le film tel que je leur avais décrit. Ils ont une même manière d’aborder le métier, ils sont tous les deux extrêmement travailleurs, mais ils sont aussi très simples et très humbles.

éric rochant,möbius,interview,mandorEt diriger Tim Roth, c’était facile ?

Tim Roth ne m’impressionne pas plus que Jean Dujardin ou Cécile de France. Il a du charisme et un certain caractère, il joue à l’anglo-saxonne, mais ça n’a pas été du tout un problème de le diriger. On s’adapte à la personnalité du comédien, c’est tout. Mais, c’est valable pour tout le monde.

Un réalisateur est aussi un peu un psy, non ? Sur votre tournage il y avait l’école française, l’école anglo-saxonne, l’école russe… il faut composer avec chaque façon de faire des comédiens, non ?

Vous avez raison, j’ai fait un travail de psy. Moi, je parle aux uns et aux autres en privé, jamais devant tout le monde. J’ai une relation à chacun. Je ne peux pas demander la même chose à telle ou telle personne de la même manière. Ça fait partie du métier. En plus, moi, je n’aime pas faire des films dans le drame. Il y a des réalisateurs qui cherche ça, qui cherche la tension permanente, moi, c’est le contraire. Je suis assez diplomate.

Vous avez écrit ce film en même temps que vous réalisiez deux saisons de « Mafiosa » pour Canal+. C’était facile de passer de l’un à l’autre ?

Ce que j’ai appris en faisant Mafiosa, d’une certaine manière, je m’en suis servi en faisait Möbius. Aujourd’hui, j’aime la série autant que j’aime le cinéma, je suis donc plutôt content de passer de l’un à l’autre.

Extrait "restaurant".

éric rochant,möbius,interview,mandorQuand on dit de Möbius que c’est un film « à l’européenne », le réalisateur en pense quoi ?

On dit tout d’un film. Quand on réalise un film, on a le droit à tous les jugements possibles, qu’ils soient dithyrambiques ou quasi insultants. Pour celui-là, j’ai été servi dans le tout et son contraire, du coup, il ne faut pas attacher trop d’importance à une critique en particulier. Par contre, pour avancer et progresser, il faut faire attention à ce qu’il se dégage, pour ensuite, éventuellement pouvoir en tenir compte sur ce qu’on fait après. Il faut se blinder sur le détail, mais ne pas ignorer la tendance. Sur ce film, franchement, je n’ai pas eu à me plaindre…

L’écriture de ce film a été difficile. Vous avez même jeté l’éponge une première fois, pour la reprendre ensuite.

Ce qui est décourageant parfois, c’est d’avoir un idéal et de ne pas réussir à l’atteindre. Ce qui est décourageant, c’est aussi le manque d’inspiration. Parfois, on n’a rien dans la tête, ou on a que de la merde (rire). On n’arrive pas à trouver la bonne idée qui correspond au désir que l’on a. Ce qui est formidable, c’est quand ça se débloque.

Eric Rochant est le premier réalisateur à tweeter au fur et à mesure du tournage d'un film.

éric rochant,möbius,interview,mandorDès que l’on parle d’économie et d’espionnage, la trame peut tout de suite être compliquée. Pour le bien du spectateur, on est obligé de simplifier ?

Il y a un débat à ce sujet précis. Un débat d’abord avec moi-même et après, avec moi et mes producteurs, sur la facilité de lecture et la crédibilité. Il faut que le spectateur comprenne un maximum de choses, mais en lui faisant comprendre un maximum de choses, on le sort de la réalité, parce qu’on est obligé de lui parler, de lui donner des infos. Si quelqu’un venait faire un stage d’immersion dans n’importe quel milieu, il ne comprendrait pas tout, parce qu’on ne lui donne pas toutes les clefs. En fait, quand on fait un film, on se demande toujours quelle clef il faut donner aux spectateurs au sacrifice de la crédibilité. Parfois, on se dit qu’il vaut mieux que le spectateur ne comprenne pas trop tout, mais qu’il ait l’impression que c’est vrai. Il y a un arbitrage et un savant dosage à faire. Dans Möbius, il y a tout ce qu’il faut comprendre. Mais c’est très fin. L’idéal, c’est de le revoir deux ou trois fois.

Je ne peux pas ne pas vous parler de Jean Dujardin. Il a accepté de faire votre film avant éric rochant,möbius,interview,mandord’être ce qu’il est devenu après Cannes 2012 et les Oscars… Pour lui, votre film est devenu une soupape pour ne pas exploser en plein vol.

Il me l’a dit pendant le tournage. Grâce à Möbius, le ballon à l’hélium ne s’est pas envolé. Même s’il était dans les cieux, il est resté accroché à la terre.  J’étais très content qu’il soit reconnu comme comédien, en plus l’oscar pour The artist, pour le coup, est très largement mérité. Il y avait le risque qu’il revienne de tout ça en pensant tout connaître et tout savoir, en faisant « je suis monsieur l’oscar », mais Jean est tellement le contraire de cette attitude… Sur le plateau, il rigolait en jouant le mec qui a les chevilles gonflées et c’était très drôle. Jean à cette intelligence humaine de ne pas être dupe de ce qui lui est arrivé.

La sortie en DVD du film, c’est important pour vous ?

J’aime bien l’idée d’une deuxième carrière pour un film. Même si Möbius a bien marché en salle, il est resté 6 semaines à l’affiche, c’est toujours plaisant de le voir revivre quelques mois après. Je suis content que les gens puissent voir et revoir le film comme ils le souhaitent.

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Après l'interview, le 4 juin 2013.

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