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09 juin 2013

Charles-Baptiste : interview pour son premier album à venir Sentiments inavouables

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Charles-Baptiste est un garçon tout à fait étonnant et original. Un grand jeune homme, toujours tiré à quatre épingles, cheveux bouclés, lunettes disproportionnées,  un peu décalé, qui chante des chansons françaises aussi graves qu’elles semblent légères. Un peu pop, un peu variété, beaucoup classe. 

Avant de sortir un album très bientôt, « Sentiments inavouables » (chez Mercury/Universal), j’ai reçu un EP comportant quelques extraits de ce disque à venir. Énorme coup de cœur pour ce qu’il dégage, pour les propos qu’il chante et surtout pour son sens rare de la mélodie. Sa grande force à mon avis.

Charles Baptiste se produit demain aux 3 baudets.  Il est passé à l’agence le 31 mai dernier histoire que nous fassions connaissance. J’avais hâte de le rencontrer. Je n’ai pas été déçu. Un artiste sympathique, très fin,  la tête sur les épaules et charismatique.

charles-baptiste,sentiments inavouables,interview,mandorBiographie de Universal (un chouia abrégée):

Vous vous souvenez de Claude Rich, dans Les Tontons Flingueurs ? Le gendre idéal à qui Lino Ventura rêvait de mettre une gifle ? Le type très énervant qui se révèle finalement très attachant quand on apprend à le connaître ?

Comme lui, Charles-Baptiste joue du piano, question d’éducation. Comme lui, Charles-Baptiste a une allure d’intellectuel, et une âme d’artiste. Comme lui, Charles-Baptiste ose la franchise, mais avec les manières.

Ses textes sont à la fois émouvants et étrangement drôles, les compositions mêlant culture classique et délire pop. Surtout, Charles-Baptiste promet de dire la vérité, toute la vérité. Même si elle est cruelle. Surtout si elle touche au cœur.

Si vous aussi vous passez vos week-ends cachés dans votre chambre à écouter des 33 tours de variété française des années soixante-dix, sortez au grand jour, Charles-Baptiste vous comprend.

N’ayez pas peur.

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Interview :

En cherchant à savoir comment tu as débuté et comment tu en es venu à consacrer ta vie à la musique, je n’ai rien trouvé rien sur Internet. On a l’impression que tu es né en 2002.

J’ai toujours l’impression que les artistes racontent le même discours, comme les actrices qui disent qu’elles ont toujours voulu faire du cinéma. En fait, je ne sais pas si c’est intéressant que je te dise que moi aussi, j’ai toujours voulu faire de la musique et que j’ai commencé le piano à tel âge…

Moi, ça m’intéresse, je t’assure.

Bon, je te raconte autrement la chose. Tout se décide à l’adolescence. Il y a ceux qui réussissent à l’adolescence, qui couchent avec plein de filles et il y a ceux qui ont eu du mal, qui ont eu quelques frustrations, ce qui a été mon cas… et qui développe donc une sensibilité autre. Quand on est une star au lycée, il n’est pas certain qu’on devienne une star dans la vie (rires).

Clip de "Aussi cool que toi".

Les chanteurs plaisent aux filles, tu as raison, c’est bien connu.

Des types comme Mick Jagger et Paul Mc Cartney ont commencé pour plaire aux filles. Après ils se sont pris au jeu et c’est devenu un truc fondamental. Quand un artiste débute, il y a toujours la notion de plaire aux autres, puis très vite ça devient une drogue dont ils ne peuvent plus se passer.

À l’adolescence, tu as commencé à chanter, à écrire des textes, à composer?

Non, je me contentais d’écrire des lettres enflammées à des filles. Un peu partout en France, on peut trouver des filles qui ont reçu mes missives.

Mais sinon, musicalement, tu as une formation classique.

Je viens du sud-ouest et là-bas, j’ai fait du piano au conservatoire de Pau et ensuite un peu à Bordeaux. Pendant que mes copains allaient au foot, au tennis et aux anniversaires, moi je travaillais mon piano. À 17 ans, j’ai un peu hésité. Je me suis dit que ce n’était pas ma voie. Je n’avais pas envie de ne pas devenir Glenn Gould. Je n’avais pas envie d’être au milieu.

Tu es arrivé à Paris à 18 ans. Du coup.

Oui, et je me suis vite rendu compte qu’aller vers les gens, et vers les filles en particulier, avec un piano, c’était trop compliqué. En plus, en 2001, c’était les Strokes, les Libertines, les White Stripes qu’on entendait. Le piano était un instrument qui n’avait aucun intérêt.

Tu te sentais déjà décalé ?

Oui, un petit peu. Et c’était une période où beaucoup de jeunes artistes français chantaient en anglais. À partir de 2004, j’ai appris les basiques accords de guitares et je me suis mis à chanter dans les bars ou les tout petits endroits ou on pouvait chanter. On peut dire que j’ai bien ramé. J’ai même fondé une formation rock, un peu comme les BB Brunes. C’était un peu le passage obligé. Eux ont tracé, moi, je suis resté sur place (rires). À cette époque, j’ai eu des propositions qui n’ont pas abouti. Je me suis donc remis à travailler. J’y suis retourné en 2007, ça n’a toujours pas marché, j’ai continué à travailler et en 2009, enfin, j’ai eu une proposition d’un éditeur.

Clip de "Piquez-moi avant".

Il faut beaucoup d’années avant de se faire remarquer. C’est presque une lapalissade….

Sur un plateau de Drucker, Michel Berger a dit un jour qu’il fallait 10 ans pour se faire remarquer. Drucker lui a demandé de ne pas en parler pour ne décourager personne…

Moi, ça fait deux ans que j’entends parler de toi comme un type qui revendique le fait d’être un chanteur de variété. Je vais te dire franchement, je t’ai trouvé intrigant. Je me demandais qui se cachait derrière cet artiste-là.

Quand j’ai commencé à chanter dans un habillage rock, en 2007, c’était parce que sinon, je savais qu’on n’allait intéresser personne. Mais, comme je chantais déjà en Français, quand on me demandait dans les soirées ce que je faisais, je répondais, sous forme de provocation, « de la variété ».  Pour certains, c’était intrigant, pour d’autres, ils se taillaient… 

Mais, tu l’aimes cette variété.

Oui, fondamentalement. Je pense à l’âge d’or de la variété des années 70. Julien Clerc, William Sheller, Christophe, Michel Polnareff. Mais je peux aussi évoquer celle des années 80. Il y a un désir de mélodie et de chanson qui est immense. Ils cherchaient à écrire des titres qui pouvaient être chantés par tout le monde. Je fais la même chose aujourd’hui.

Les artistes que tu viens de citer sont des mélodistes hors pair, mais des mélodistes qui portent une attention toute particulière aux textes. Toi, tu as un côté léger et amusant dans ton personnage. J’ai peur que, du coup, le public ne remarque pas la profondeur de tes textes.

Je revendique une forme de fraîcheur et de légèreté. Tu as vu le temps qu’il fait ? Il y a des trucs affreux dans les journaux. Non, je n’ai pas besoin de rajouter à la sinistrose ambiante.

Que tes textes ne soient pas hyper positifs ne m’a pas échappé Charles-Baptiste.

J’utilise des mélodies légères pour évoquer des choses graves. Je crois qu’on n’a pas besoin de sombrer dans le pathos dès qu’on exprime des choses profondes. Je suis en recherche de sens et d’expression de sens, je veux dire des choses, mais à travers une recherche très humaine. Une chanson comme « Non négociable », c’est un type qui est désespéré, qui rampe et qui en devient attendrissant.

Beaucoup de tes personnages sont pathétiques, non ?

Oui, ils sont pathétiques, mais tous profondément humains. Le fait qu’ils le disent, qu’ils s’expriment… déjà, ils s’en sortent.

Clip de "C'est cette année".

Avant cet EP, il y en a eu un précédent.

Je n’avais jamais présenté de musique enregistrée. Je sentais qu’il fallait que je présente quelque chose qui montre ce que j’ai envie de faire. Qu’il en reste quelque chose. Je voulais aussi montrer une étape de la construction d’un disque, comme une sorte de photographie. Quand on regarde les croquis d’un grand peintre, on découvre ce qu’il y a, mais on ne voit pas encore le sourire de la Joconde. On devine juste ce que ça va éventuellement devenir.

Es-tu du genre à revenir encore et encore sur tes textes et ta musique ?

Non, je suis quelqu’un d’impulsif. Les chansons que je considère comme les meilleures sont celles dont j’ai eu l’idée en 15 minutes. Maintenant, j’écris beaucoup de choses dans mon I Phone. Je note juste des petites phrases très parlées. Je bénéficie d’un temps créatif, celui du demi-sommeil. Souvent j’écris au moment où je suis en train de m’endormir ou au moment où je suis en train de me réveiller. C’est quasiment systématique. J’ouvre alors mon I Phone et j’écris avec les yeux brulés par la lumière de l’appareil de façon automatique quasiment toute la chanson. Ensuite, je me rendors, je la laisse macérer et pendant la journée, je la joue 50 fois au piano.

Depuis 9 ans que tu fais ce métier-là, as-tu l’impression d’avoir progressé ?

Si j’ai progressé, c’est parce que désormais, je sais quel est mon style. Je sais ce qui fait ma marque de fabrique et ce qui continuera à la faire dans les années futures. Cette marque là fera que je serai aimé ou décrié.

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Pendant l'interview.

Toutes ces années que tu estimes « galère » t’ont permis de te trouver, finalement.

Je suis comme un laboureur. Comme je viens du sud, les agriculteurs font partie de ma culture. On passe et on repasse dans les champs. Il y a des artistes qui cherchent à se réinventer tout le temps, moi, j’ai l’impression que je vais passer ma vie à creuser ce sillon.  Cette idée de progrès est intéressante. Quand je réécoute les chansons que je faisais en 2005-2006, je n’arrive pas à les décrier parce qu’il y a quelque chose quand même dans l’aspect juvénile qui est dans une énergie intéressante. Pas l’énergie du désespoir, mais l’énergie de l’espoir justement. Aujourd’hui, je suis peut-être un peu plus réfléchi.

Ton album va sortir chez Mercury. Te voilà rassuré sur ton sort ?

Personne n’est jamais rassuré dans ce monde-là et à cette époque. C’est une étape supplémentaire et c’est très encourageant. J’ai toujours voulu signer pour un gros label, parce que le style que je fais, la variété française, qu’on appellera peut-être « de la pop en français », c’est assez difficile de passer par d’autres moyens.

Tu restes libre en termes d’image ?

Tout à fait. Ils m’ont connu, puis signé pour ce que suis et représente. Je sais que pour les purs interprètes, c’est plus difficile d’imposer une image. Ils sont beaucoup plus pris en charge, couvés, on leur impose des chansons. Disons qu’on leur propose intensivement. Comme j’écris toutes mes chansons, les compose, je signe tous les arrangements, je sais donc parfaitement où je vais et comment je vais y aller. J’ai une vision assez forte des choses. Dans mon travail, je suis radicalement moi, en fait. Une chanson, elle touche si elle sincère, si elle n’est pas sincère, elle passe à la trappe.

(Petite pause... qui montre que Charles-Baptiste est aussi talentueux qu'il est malin.)

L'adaptation française de "Get Lucky", le dernier tube de Daft Punk. Ce clip a bénéficié d'un gros buzz!

Maintenant que tu es chanteur, tu te sens mieux ?

Se considère-t-on chanteur ? C’est un peu dangereux de se considérer chanteur. En tout cas, c’est juste fabuleux de pouvoir faire ce métier. Je dis souvent que la chance que j’ai de pouvoir tourner en France, c’est de pouvoir gouter tous les vins et les fromages français.

Bon, tu ne réponds pas vraiment à ma question qui était plus psychanalytique qu’elle en paraissait… Parlons de la scène. J’ai remarqué que le contact entre le public et toi s’établissait immédiatement.

Si on vient en concert, c’est pour sortir de son quotidien et partir un peu ailleurs. Il y a deux choses. À la fois une énergie positive, une façon de dire « ça va mal, mais ça va bien, ça ira mieux demain, vous verrez » et puis, évidemment, il y a des moments de mélancolie. Mais, ces moments-là de mélancolies, je les qualifie de chaudes.

La mélancolie est effectivement sous-jacente dans tes chansons.

Tu crois que le bonheur intéresse les gens, que les gens complètement heureux attirent le public ? Le bonheur, tout le monde s’en fout. Georg Wilhelm Friedrich Hegel disait « le bonheur sont les pages blanches de l’histoire ». Chez un chanteur, on a besoin de sentir une petite fracture qui nous rappelle nos fractures intimes et c’est comme ça qu’a lieu l’échange entre un chanteur et le public. L’écrivain, Anne Serre disait que chez un écrivain, elle sentait la cicatrice. Et elle voyait la qualité de l’écrivain si sa cicatrice était de la même taille que les siennes.

Tu as beaucoup de cicatrices ?

(Rires) Ça cicatrise toute la vie, c’est ça qui est bien. Une chanson, c’est à chaque fois un peu de mercurochrome. Mercurochrome, le pansement des héros !

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Un artiste a-t-il une mission ?

Tu brandis là, je le sens, la dimension d’utilité publique. On peut aller du divertissement aux messages politiques engagés. Ce que je fais se situe entre les deux. L’artiste a un rôle social qui est notamment de tisser du lien. Avant, il y avait les prêtres, les rabbins et les imams, maintenant, il y a les artistes. Les concerts, c’est comme la messe, non ?

Tu n’es pas un chanteur engagé. Merci.

Je n’aime pas les donneurs de leçon. Ça m’insupporte, ces gens qui disent des choses et qui en privé font le contraire. « À mort les riches depuis mon hôtel 4 étoiles ! »

Tes parents sont du milieu ?

Pas du tout. Ils sont tous médecins dans ma famille. Mes parents et ma sœur aussi.

Comment prennent-ils la direction de ta vie ?

Ils sont très bienveillants. Bon, ils font attention dans les interviews quand je parle d’eux. Ils me disent « Oh ! Tu y vas un peu fort. On ne t’a jamais obligé à faire du piano. » En fait, je pense qu’ils voient que je fais ce métier avec beaucoup de rigueur. C’est quelque chose que je ne cherche pas à montrer, mais je travaille beaucoup.

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