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02 juin 2013

Daniel Martinange : interview pour L'ouragan

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Lire Daniel Martinange est une expérience littéraire unique. On est blackbaboulé par son inclassable et remuant ouragan. Vous lirez, si vous l’osez, une histoire d’amour passionnelle, menée tambour battant (jamais expression aura été si proche de la réalité).

Le cinquantenaire Antoine, rencontre enfin la perle de sa vie, la sensuelle (et plus que ça encore) Bahia. L’ouragan (chez Stéphane Million Editeur) est l’histoire d’un amour fou qui va les mener au pire sur un rythme haletant (ah bon ! Vous aviez compris ?). Ce livre sans aucune fioriture, sans aucun temps mort, est un melting pot de petites histoires hantées par cette femme disparue. Antoine va croiser d’autres personnages tout aussi singuliers et paumés que lui. Une albinos perdue dans les méandres de la quête de l’amour, un Indien Navajo très particulier, une nymphomane qui se fout de ce que l’on peut penser d’elle, un fakir et sa planche à clous et des animaux qui parlent. Bref, ce roman est complètement dingue, mais addictif. Il m’a paru évident qu’une rencontre avec son auteur s’imposait. Ainsi, Daniel Martinange est venu à l’agence le 10 avril dernier.

daniel martinange,l'ouragan,editions stéphane million,interview,mandor4e de couverture :
Un premier roman à l’écriture qui tranche dans le vif - saccadée, syncopée. On se laisse embarquer dès les premières pages, dans une ambiance technicolor qui rappelle les films de Wim Wenders.

Antoine, cinquante ans, rencontre Bahia.
«Il l’avait rencontrée aux Baléares lors d’un voyage organisé, après le décès accidentel de ses parents. Elle beuglait des airs chaloupés dans un boui-boui à touristes. Dix ans de moins que lui, peau sombre, avalanche de cheveux noirs, croupe canaille, seins flambeurs, aisselles acides. La première fois il jouit très vite, en grognant. La seconde, elle lui mord le cou. Il l’avait ramenée. Pour le village : une extraterrestre. Pour lui : l’inespérée salvatrice.»

L’auteur :
Daniel Martinange habite dans la Loire. Il a publié de nombreuses nouvelles chez divers éditeurs. L’Ouragan est son premier roman.

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daniel martinange,l'ouragan,editions stéphane million,interview,mandorInterview :

Daniel Martinange, c’est un pseudo… Vous avez écrit sous votre vrai nom, il y a très longtemps.

Mon vrai nom de famille est le deuxième nom de famille français le plus courant et il y a déjà deux homonymes qui publient des livres. Il y en a un qui est prof à l’université de Poitiers et qui publie des ouvrages historiques. Et un autre qui publie des romans du terroir. J’ai cru bon de me distinguer d’eux. Martinange, c’est le nom d’un hameau proche de là où j’habite.

Mais, vous avez publié sous votre vrai nom, un recueil de poèmes en 1973, qui n’est pas passé inaperçu.

En effet, je l’ai publié chez Guy Chambelland. Le recueil s’appelait Amour de terres. J’ai remporté un prix de l’Académie Française qui m’a permis d’empocher un chèque de 500 francs (sourire). J’étais content, c’était la moitié de mon salaire de l’époque… J’ai eu pour cet ouvrage une superbe critique d’Alain Bosquet dans la NRF. Suite à cette critique, j’avais un deuxième recueil de nouvelles qui était terminé, on m’a mis en contact avec un éditeur de chez Gallimard, Jean Grosjean. Il était aussi membre du comité de lecture, secrétaire général de la revue NRF et était connu comme un grand poète chrétien. Il avait beaucoup aimé ce deuxième recueil et avait décidé de le publier chez Gallimard dans un opuscule que la maison d’édition sortait tous les deux-trois ans qui s’appelait Les cahiers de poésies. Ces cahiers regroupaient trois ou quatre jeunes poètes. J’avais été choisi pour être l’un d’entre eux, mais Les cahiers de poésies ont été finalement supprimés peu avant la publication dans laquelle je devais figurer…

Vous étiez fortement déçu, j’imagine.

Un peu. Du coup, je n’ai pas insisté dans la poésie. J’ai décidé de me lancer dans la nouvelle sous le nom de Daniel Martinange.

daniel martinange,l'ouragan,editions stéphane million,interview,mandorDes nouvelles de science-fiction.

J’ai commencé à écrire des nouvelles, mais je ne savais absolument pas qu’il s’agissait de nouvelles de science-fiction. Pour moi, c’était juste des nouvelles « fantastiques », qui relevaient de l’imaginaire. À l’époque, je n’avais jamais lu une ligne de SF, pas même Jules Verne que pourtant tout le monde avait lu dans sa jeunesse.

Des éditeurs ont commencé à publier vos nouvelles de SF en tout cas.

Bernard Blanc pour son fanzine, mélange d’écologie et de science-fiction, ainsi que pour les éditions Kesselring et aussi Yves Frémion, chez J’ai Lu pour une anthologie trimestrielle de science-fiction qui s’appelait Univers. (Note de Mandor : dans les n°15 en 1977 et 18  en 1978, pour les amateurs qui seraient tentés de les retrouver).

Ensuite, Bernard Blanc et Yves Frémion vous ont mis en contact avec d’autres éditeurs.daniel martinange,l'ouragan,editions stéphane million,interview,mandor

Oui, avec des gens qui préparaient des anthologies collectives chez Denoël, j’ai d’ailleurs publié deux nouvelles dans la collection Présence du futur et j’ai publié beaucoup de nouvelles dans leur revue Fictions. Par contre, on me disait à chaque fois qu’on aimait bien ce que j’écrivais, mais que ce n’était pas de la science-fiction, ce que je savais parfaitement. Je demandais ce que c’était, mais personne n’était capable de me le dire. Du coup, aucun éditeur de l’époque n’a souhaité publier le roman que j’avais écrit. Tout passait bien en nouvelles, mais le roman, lui, ne passait pas.

Vous avez aussi failli intégrer Fleuve Noir dans ces années-là. On est là à la fin des années 70, début des années 80.

Ça m’intéressait d’écrire des romans dits « populaires ». Ça tombait bien, Patrick Siry, le directeur littéraire du Fleuve Noir, voulait me voir. Il m’aurait bien recruté comme auteur maison, mais pour rentrer dans cette maison, il fallait fournir la collection Anticipation et la collection Spécial Police. À l’époque, j’étais employé de banque, je n’ai pas osé tout plaquer pour me lancer dans cette aventure risquée.

Paradoxalement, peu de temps après, vous avez démissionné de cette banque.

Au bout de 10 ans d’ennuis au quotidien, je ne supportais plus de travailler dans un bureau. Alors, je me suis remis à écrire des romans de science-fiction, mais ça ne passait toujours pas auprès des éditeurs. Alors, j’ai pris la décision radicale d’écrire.

Pendant 20 ans. C’est énorme.

Au début, je touchais des droits d’auteurs. Après, je suis devenu « nègre » et je faisais aussi des lectures de manuscrits dans une petite maison d’édition de Saint-Étienne. Après deux dépressions nerveuses graves qui m’ont empêché d’écrire, j’ai recherché un travail salarié. Mes droits d’auteurs, puis mes économies commençaient à chuter. Je suis marié, je ne voulais pas être à la charge de ma femme. À l’époque, j’habitais à Saint-Étienne et j’achetais un quotidien national qui s’appelait Le Matin de Paris. Je me suis rendu compte qu’il n’avait pas de correspondant dans la Loire. Je les ai appelés pour proposer ma candidature. Ils ont accepté. C’est comme ça que j’ai commencé à faire du journalisme. Dans les mois qui ont suivi, je suis devenu correspondant de la région Rhône-Alpes de L’évènement du Jeudi. J’ai fait par exemple 3 pages sur l’art moderne à Saint-Étienne.

Après, moment de gloire, vous avez travaillé pour Le bois national, l’hebdomadaire  national de la filière bois.

Oui, et je suis surtout devenu correspond du Monde grâce à Bruno Frappat qui a lancé les pages Rhône-Alpes.

daniel martinange,l'ouragan,editions stéphane million,interview,mandorEt aujourd’hui, vous êtes revenu dans le monde de la littérature.

Je ne pensais pas pouvoir recommencer à écrire, mais j’ai quand même décidé de faire de la littérature générale. Ça a donné L’ouragan, livre pour lequel vous me recevez aujourd’hui. Stéphane Million a programmé mon deuxième roman au mois de mars 2014.

Vous êtes très à l’aise dans la littérature générale, si j’en juge ce livre brillant.

Mais je serais aussi à l’aise dans la littérature de l’imaginaire. J’ai du mal à laisser tomber cet aspect-là de mon écriture, même si ce n’est pas celle qui est mise en avant en ce moment. J’aime la littérature réaliste quand c’est du polar ou du roman noir. J’adore Nadine Monfils par exemple. Parce qu’en plus, elle ajoute une dose d’humour non négligeable. J’aurais bien aimé être l’auteur de certains de ces ouvrages (rires). C’est un réalisme très exagéré, donc souvent drôle.

C’est intéressant ce que vous me dites là, parce que dans L’ouragan, tout n’est pas toujours « réaliste », justement. Votre écriture et vive et complètement folle. À la limite du surréalisme…

Je n’ai aucune culture classique. Les seuls auteurs du 19e siècle que j’ai lu sont Rimbaud et Baudelaire. Mais pour moi, ce ne sont pas des auteurs classiques, ce sont des auteurs modernes. Ce qui m’intéresse dans la littérature, c’est ce qui s’écrit aujourd’hui. Enfin, la littérature du 20e et du 21e siècle. Albert Camus et Paul Morand en font partie. Vous me dites que  L’ouragan est surréaliste, je ne suis pas d’accord. Il est pour moi est un roman très réaliste. C’est comme Paris. C’est un bordel monstre, mais il y a plein de choses intéressantes et notamment sur le plan culturel. Mon roman, c’est pareil, vous découvrirez beaucoup de choses dans ce bordel, il vous suffit juste de prendre un peu le temps pour visiter avec attention, pour gratter pour découvrir ce qu’il y a derrière les lignes. Mon roman, c’est la vie, la société, le monde… bref, un bordel monstre.

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Critique dans le magazine ELLE ( 22 juin 2012).

Tous les personnages sont à la fois insensés et « borderline ». Ils n’ont peur de rien.

Dans la vie, il ne faut avoir peur de rien, sauf de la bêtise et de l’ignorance. Moi, ce sont les deux seules choses qui me font vraiment très peur. Les drames qui arrivent dans le monde depuis quelques décennies viennent de ça.

Votre héros principal, Antoine, est pourtant complètement inculte et ignorant.

C’est vrai, mais il est intelligent. Il a une intelligence sauvage. C’est aussi un écologiste abrupte. À 50 ans, il s’est rendu compte qu’il s’emmerdait dans sa vie. Il est tout seul, sans relation sentimentale, donc, sans relation sexuelle, sinon tarifée et la masturbation devant la télé. En plus, il s’emmerde dans son boulot qui le rend esclave. Je raconte l’histoire de ce type qui explose, qui sort de lui-même grâce à la jolie Bahia.

Grâce ou à cause. Au début du roman, il finit par tuer Bahia et son amant. Il rencontre ensuite une jeune fille, Hélène, avec laquelle il s’enfuit en Argentine, une Patricia déboule dans leur vie, il part aux États-Unis, il monte un élevage de zébu pour faire de la mozzarella… je schématise l’histoire, mais tout va très vite.

Ce qui est important aussi, c’est sa rencontre avec le patron d’un ranch, un indien Navarro. Antoine est un petit paysan qui se trouve plein de points communs avec cet indien si différent de lui à la base. Notamment l’amour de la nature et le fait de se sentir bien avec les arbres et avec les animaux.

daniel martinange,l'ouragan,editions stéphane million,interview,mandorOui, il est beaucoup question d’animaux d’ailleurs.

Je ne fais aucune différence entre l’espèce humaine et l’espèce animale. La différence, c’est juste la culture et la conscience d’être mortel. Nous sommes des singes, nous descendons du singe et plus précisément, comme l’a confirmé une équipe de chercheurs américains, des bonobos. D’ailleurs, savez-vous comment font les bonobos pour résoudre les conflits ?

Oui, ils copulent. Enfin, ils font l’amour…

C’est ça. Je trouve très burlesque que nous descendions des bonobos. Nous ne sommes rien d’autre que des singes améliorés. Tout ça pour vous dire que j’aime autant la vie humaine, que la vie animale, que la vie végétale. Je place tout à la même échelle de valeurs.

Daniel Martinange est un auteur qui fait voyager le lecteur…  

J’aime beaucoup le film de Wim Wenders, Paris Texas, c’est même un film culte. Les thèmes de l’errance et du nomadisme sont pour moi très importants. Je pense que nous sommes tous des nomades qui ont été sédentarisés soit par la force, soit volontairement. Je pense que l’attirance de beaucoup de gens pour la littérature, le cinéma ou la musique, c’est le nomadisme. Ces formes d’expression artistiques font voyager. On est extirpé de soi, on sort de là où on est. C’est essentiel pour traverser nos vies réelles. Une soupape obligatoire pour ne pas se flinguer.

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