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28 mai 2013

Matthias Vincenot : interview pour "Les années aperçues" et bien plus...

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Deux conseils de sorties...

Ce soir à 20h30 à la Sorbonne, amphithéâtre Richelieu, à l’occasion de l’ouverture du 15ème anniversaire de Poésie en liberté (concours international de poésie en langue française : www.poesie-en-liberte.com), Matthias Vincenot et Poésie et Chanson Sorbonne, avec Poésie en liberté vous propose Escale poésie et chanson. Poètes, chanteurs et comédiens feront escale, le temps d’une soirée atypique.

Au programme : chanson avec Manu Lods et Laurent Madiot. Carte blanche poétique au comédien et poète Claude Mercutio. Lecture de poèmes lauréats du concours Poésie en liberté par les comédiennes Armelle Deutsch, Nadège Beausson-Diagne, Pauline Parigot et Léopoldine Serre. Lecture de leurs poèmes par les poètes André Prodhomme, Président du jury Poésie en liberté 2013, et Matthias Vincenot, Directeur artistique de Poésie en liberté.

Entrée libre sur réservation :
Agenda-culturel@paris-sorbonne.fr / 01 40 46 33 72 / president@poesie-en-liberte.com

Sinon, il y a aussi Chanson Française en Sorbonne le 6 juin prochain:

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Là encore, cette soirée est à l’initiative de Matthias Vincenot.

Je connais personnellement ce garçon depuis que je suis devenu l’un des membres du jury du Prix Georges Moustaki cette année. Avec Thierry Cadet, il est à l’origine de ce prix qui récompense des artistes qui sortent des albums autoproduits et/ou indépendants. Matthias Vincenot est aussi poète. Il publie régulièrement des recueils de poèmes. Le dernier en date s'intitule Les années aperçues. Matthias Vincenot organise bon nombre de manifestations artistiques qui mélangent poèmes et chansons. C’est un vrai passionné comme je les aime, alors j’ai décidé de le mandoriser. Il est venu à l’agence le 2 avril dernier…

DSC07399.JPGInterview :

Si j’en juge ton parcours, tu as toujours fait beaucoup de choses artistiques dans ta vie.

Depuis tout petit, j’avais 7 ans, j’écrivais déjà des petites histoires, des romans, des poèmes et des chansons. Je dessinais aussi, mais j’ai vite arrêté cette activité-là. Ensuite, je n’ai jamais arrêté.  J’ai toujours eu une personnalité à faire beaucoup de truc de mon monde.

De ton monde ?

Tout à l’heure, nous parlerons du Festival Déc’Ouvrir de Concèze. Mes parents ont une maison à Concèze. Quand j’y allais enfant, mes parents pensaient que j’allais jouer au tracteur, aller à la pêche avec les voisins de mon âge. Mais pas du tout. En fait, c’était les voisins qui venaient chez moi, qui jouaient aux petites voitures et qui chantaient. Quand je te dis que je faisais des trucs de mon monde, c’est ça. J’ai toujours privilégié ce qui était artistique.

Tu es devenu docteur es-lettres, tu as donc poursuivi dans la voie de l’écriture, des Lettres en général. Tu es même professeur en cours de civilisation française à la Sorbonne.

Oui, c’est un institut pour étudiant étranger.

Tu es sociétaire de l’Académie Charles-Cros.201623_2013-01-26-matthias-vincenot-paris.jpg

Je m’occupe notamment de la commission « Paroles enregistrées », ce sont les documents sonores. Ça me prend beaucoup de temps. Je suis également membre de la commission « chanson ».

Tu ne te contentes pas de créer, tu aimes beaucoup organiser des évènements.

Je suis nul pour organiser un anniversaire. Tout ce qu’on organise dans la vie de tous les jours, je ne sais pas. Par contre, organiser des soirées, des choses comme ça liées à la poésie et à la chanson, oui. En fait, c’est né quand j’ai publié mon premier recueil en 1998. J’étais en terminal, je suis rentré peu de temps après à la Sorbonne, ça a correspondu à la sortie de mon deuxième recueil. Je me disais que j’avais la chance d’être dans un lieu où je pouvais faire des choses, donc  ça m’a donné l’idée d’organiser des soirées de poésie. Je faisais venir soit les poètes dont je connaissais l’œuvre, soit que je découvrais. Ça m’a permis de découvrir de la poésie en plus de celle que je connaissais déjà et de faire découvrir celle que j’aimais personnellement. Dans un deuxième temps, j’ai aussi organisé des soirées pour faire découvrir des chanteurs. La Sorbonne m’a toujours laissé carte blanche pour toutes mes fantaisies.

Tu allies aussi ces deux arts, la poésie et la chanson.

Pour moi, ce n’est pas la même chose, la poésie et la chanson, mais ce sont deux éléments qui peuvent faire une rencontre.

affiche-2012.jpgBon, parlons donc du Festival Déc’Ouvrir de Concèze qui mêle la chanson et la poésie.

J’invite des chanteurs et des poètes. Parfois, il y en a qui pensent que c’est un festival de poésies chantées. Pas du tout. Ce n’est pas non plus un festival de spectacles poétiques. L’idée c’est de faire venir des poètes qui disent leurs textes et de faire venir des chanteurs qui chantent leurs chansons, tout simplement. Le tout dans un esprit de diversité et de variété.

Il y a des artistes confirmés et d’autres, à découvrir…

Oui, par exemple dans le programme 2013, qui n’est d’ailleurs pas encore dévoilé, il y a aussi bien quelqu’un comme Francesca Solleville ou comme Jil Caplan. Chacune est une sorte de tête d’affiche, mais dans des réseaux totalement différents. Il est vrai qu’avoir des gens un peu connu permet d’avoir un peu plus de visibilité, d’émissions plus longues, mais ce n’est pas la raison principale. Ce sont des gens qui ont du talent, c’est tout. Je suis certain que je pourrais faire fonctionner ce festival sans artistes connus parce que les gens qui viennent sont des gens qui ont compris le concept. Les médias locaux suivent énormément cet évènement, je n’ai aucun problème.

Parlons du Prix Georges Moustaki que tu as créé avec Thierry Cadet. Je trouve que25020_519861951366635_952122248_n.jpg c’est un prix formidable. Pourquoi avoir choisi cet artiste et pas un Brel, Ferré ou Brassens ? Vous en vouliez un vivant ?

(Notez que cette interview a été réalisée avant le décès de Georges Moustaki.)

On ne voulait pas forcément quelqu’un de vivant, on voulait quelqu’un qui ait un lien avec l’indépendance. On a estimé que s’il y avait quelqu’un dans le monde de la chanson absolument incontesté et qui avait un esprit d’indépendance et de liberté, c’est bien Georges Moustaki. On a espéré qu’il accepte de donner au prix et il a accepté tout de suite.

Thierry Cadet et toi êtes allés le voir ?

Oui.  Il nous a dit quelque chose de très beau : « Vous voyez, la maladie aura eu au moins un avantage, elle aura été l’occasion de travailler ensemble ». Il en a parlé aussi à Jean-Pierre Pasqualini dans le magazine Platine. Ça nous a touchés parce que c’est quand même Moustaki et surtout, ça montre l’humilité et la grandeur du bonhomme.

Le prix Georges Moustaki commence à prendre de l’importance…

Oui, ça évolue, c’est bien. Ce qu’il nous faut maintenant, c’est trouver des financements parce que les seuls que nous ayons, c’est l’Université Paris Sorbonne. C’est elle qui la finance et l’ensemble des soirées que j’organise d’ailleurs. C’est mon association en réalité qui distribue une somme pour le Prix Georges Moustaki. Il nous faut trouver d’urgence d’autres moyens.

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Je ne comprends pas que la presse, les médias en général,  ne couvre pas plus l’évènement.

On a beaucoup d’annonces, de reportages et de retours de la soirée sur internet. Au niveau des médias classiques, on a eu une belle annonce dans L’express. Le magazine Platine aussi joue le jeu. Disons que ça prend progressivement. Ce prix se développe petit à petit. En tout cas, les artistes qui ont le prix le mettent très en avant. Pour eux, c’est un gage de qualité. Et puis, les programmateurs, les tourneurs et les responsables de festivals sont très attentifs à ce qu’il se passe chez nous. Ce prix commence à compter.

Avec comme président du jury, cette année, Alexis HK… la classe !

Oui, on fait très attention à qui préside. La première année, on a eu Arnold Turboust, l’année dernière Jeanne Cherhal et Enzo Enzo. On choisit des gens qui adhèrent à l’esprit du prix.

31471_560326910658533_512083142_n.jpgAbordons ton recueil de poèmes qui vient de sortir, Les années aperçues. Ton amour de la poésie est arrivé par quel biais ?

L’un de mes tout premiers livres, c’était une anthologie de poésies du Cherche-Midi. Quand j’étais gosse, j’étais fasciné par la rue du Cherche-Midi. C’est amusant parce que cette anthologie a été réalisée par le grand poète Jean Orizet et aujourd’hui, je fais partie d’anthologie qu’il a réalisée. Il ne sait pas que c’est un peu grâce à lui que j’ai découvert la poésie. Il faudra que je lui dise un jour.

Tu as à ton actif, 11 recueils de poèmes.  Tu fais partie d’une nouvelle génération de poètes qui devient importante.

Disons que je suis dans pas mal d’anthologies et que l’on me prend au sérieux dans cet univers. Après, c’est un petit monde.

Je trouve qu’être considéré comme poète, c’est énorme. Tu arrives à te considérer comme tel ?

C’est quoi être poète ? Il y a des tas de gens qui écrivent de la poésie, je le sais bien. Après, il y a la nature de ce que tu écris et « le statut de poète ».  J’imagine que quand on commence à être publié, on peut dire qu’on est poète.

Être poète au 21e siècle, ça représente quoi ?

Le poète dans la société est absolument mis sur un piédestal, mais parfaitement ignoré. La poésie est considérée comme un truc qui ne se vend pas, elle existe très peu dans les médias, beaucoup de libraires n’en vendent pas… donc, ce statut de « poète » n’est pas particulièrement enviable. Souvent quand je vais dans des lycées, les lycéens sont étonnés de me voir parce qu’ils pensent que tous les poètes sont morts. Il y a certes plein d’enseignants qui mettent en avant la poésie d’aujourd’hui, mais pour la plupart, ils sont obligés de mettre en avant les poètes incontournables. Le programme scolaire veut ça. On apprend la poésie jusqu’à la moitié du 20e siècle. Beaucoup de jeunes pensent que la poésie d’aujourd’hui n’existe pas.

Je te l’ai dit récemment, je ne connais pas grand-chose à cet art littéraire. Ce n’est pas dans ma culture, mais j’ai curieusement beaucoup apprécié ton style à toi. Ta façon de jouer avec les mots m’a finalement transporté et ton rythme aussi.

Ça me fait plaisir ce que tu me dis parce que la poésie, pour moi, c’est d’abord du rythme. Du rythme qui doit tenir dans les mots. Et c’est aussi ce que les mots vont te faire au-delà du sens. La poésie qui n’a que du sens, ça devient de la narration et ça peut devenir rapidement de la prose coupée en morceaux. Moi, j’appelle la poésie, la chair des mots. Léo ferré disait : « les poètes qui comptent sur leur doigt pour avoir leur nombre de syllabes, ce ne sont pas des poètes, ce sont des dactylographes ». Pour résumé, la poésie, c’est le rythme, la suggestion et la sensation.

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Tu aimes jouer tes poèmes. Tu fais des lectures, des récitals à partir d’eux. Pour la sortie de Les années aperçues, tu as organisé une soirée étonnante.

Je lisais mes poèmes accompagnés d’un septet, l’ensemble Déc’Ouvrir qui est né à mon festival de Concèze, et mes lectures étaient entrecoupées de chanteurs qui ont fait deux titres chacun.

Quand on sort un recueil de poésie, faut-il nécessairement des liens entre chaque poème ?

Il faut au moins une cohérence dans chaque recueil, mais en réalité, elle se fait dans chaque recueil par l’atmosphère qui s’en dégage et, car ces poèmes ont tous été écrits dans la même période. Par contre, ce serait difficile d’écrire un recueil de poèmes avec une thématique, ça ferait trop exercice de style.

Comment t’arrive un poème ? Tu sais l’expliquer ?

Il arrive de façon bizarre. J’ai un vers qui arrive dans la tête, il peut arriver n’importe quand, là pendant que je te parle par exemple.

Que fais-tu dans ce cas-là. Tu interromps l’interview et tu le notes ?

Je m’arrête de te parler et je le note sur un papier.

Ah oui ! Tu interromps l’interview, carrément ! Sacrilège !

Qu’est-ce qui serait plus grave ? Interrompre l’interview ou perdre le poème ?

Bon, d’accord, je ne lutte pas.

Si tu veux, je peux écrire le poème tout en te parlant. (Rires)

images.jpgTu aimes qui dans la poésie française ?

Quand on parle des poètes contemporains, les gens ne les connaissent pas. Dans les classiques, j’en ai au moins deux : Rimbaud et Apollinaire. Rimbaud parce qu’il a transformé la langue poétique et qu’à partir de lui, la règle n’est plus un absolu. La poésie peut désormais être libre et aller dans tous les sens. Si elle s’impose une règle, elle se l’impose pour le fond. Ce n’est pas la forme qui précède le fond, c’est le fond qui précède la forme. C’est un changement énorme par rapport à ce qui avait pu se faire en partie avant.

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Pour le rythme. C’est un des premiers à ne pas avoir mis de ponctuations dans ses poèmes. Mon écriture, instinctivement, me vient de la même façon que lui. Je n’ai pas de ponctuations à la fin de mes vers. Andrée Chédid, que tu connais, avait dit dans une émission, Le cercle de minuit, dans laquelle j’étais aussi invité, que ma poésie était limpide et profonde. Tant mieux si c’est ça. J’espère en tout cas.

Tu as commencé à 17 ans. Tu étais considéré comme le plus jeune poète de France.

Oui et je connaissais le plus vieux poète qui était Pierre Béarn. On a fêté ses 100 ans à la Sorbonne. Il est mort à 102 ans. Bon, aujourd’hui, je ne suis plus le plus jeune, évidemment. C’est dur de constater que l’on vieillit.

Tu organises aussi le concours Poésie en liberté.

On m’a proposé d’en être le directeur artistique il y a 3 ans parce que les gens qui s’en occupaient savaient que j’organisais beaucoup de choses.

Que fais-tu en ce moment ?

Ma thèse sur "la poésie et la chanson". Elle va être publiée aux éditions de l’Amandier l’année prochaine. Ça devrait s’appeler Le mot et la note, mais je n’en suis pas encore sûr. Il y a aussi un livre qui devrait paraître dans une maison d’édition de Corrèze sur les paysages. Ce sera un certain nombre de mes poèmes autour des lieux et des paysages que je vais appeler Les choses qui changent.

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