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12 mai 2013

Babel : interview pour l'EP La vie est un cirque

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(Photo : Juliette Rozzonelli)

Babel, ce n’est pas un groupe de chansons, mais (comme les membres le précisent eux-mêmes), un groupe de chants-sons. Textes impressionnants et profonds et énorme place accordée aux traitements du son très actuel. Ce disque donne une pêche incroyable. C’est un de mes très gros coups de cœur de ces derniers mois.

L’aventure commence en 2011, ils s’appelaient à l’époque Babel Quartet. Leur premier album, L’Évadé sort rapidement. Le disque s’écoule à un bon millier d’exemplaires. Chemin faisant, leur répertoire se construit et de nouveaux titres naissent. L'EP, La vie est un cirque, en témoigne.

Babel, c’est Sébastien Rousselet (textes et chants), Nino Vella (claviers), Solène Comsa (violoncelle, scie musicale) et DJ Slade (platines, sampleur).

Le 14 mars dernier, de passage à Paris pour un concert au Canal 93 de Bobigny (soirée organisée par Francofans), Sébastien Rousselet et Nino Vella sont passés boire un coup avec moi dans un troquet, à côté de l’agence…

babel,la vie est un cirque,interview,mandorBiographie officielle :

En 2011 on avait sorti L’évadé. Pour s’échapper en musique dès nos débuts. On s’appelait Babel Quartet. Chant violoncelle clavier platines. On voulait lier ces 4 mondes pour en faire un 5e qui serait à nous. Mots-électro ? Word music ? Non, chant-son ! Hip-hop hop hourrah ! S’il faut une étiquette, ce sera celle-là. On passe en radio : France Inter, Fip, France Culture, etc.

En 2012 on joue dans des cuisines aux Chant’appart, on transpire au Chantier des Francos, on dresse un Cabaret sauvage à Paname et on bourlingue aux Francofolies de la Rochelle. Grosse année, gros boulot. Le son devient plus puissant, le show se peaufine en lumières et en costards, et le groupe s’appelle maintenant Babel…tout court. De nouveaux titres sont écrits.

On s’était réuni pour ne pas devenir des clones, mais on est tous des clowns. Alors en 2013 on sort La vie est un cirque.
Y a 5 titres à écouter sur ce disque. Comme un avant-goût de l’album chapiteau qui sortira de nos têtes et de nos mains en 2014.

On danse, on pleure, on se marre!
On vous avait prévenu. La vie est un cirque.

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Interview :

Comment est né Babel?

Sébastien : Nous venons tous les quatre de Maine-et-Loire. Moi, je viens d’à côté, La Mayenne. À l’origine, j’étais tout seul en guitare-voix. Un ami m’a dit que si j’avais envie d’étoffer mes chansons, de les étoffer de façon plus charnue, il pouvait me faire rencontrer les personnes adéquates. Il m’a fait rencontrer Nino, ici présent, puis les autres membres… et tout de suite, le feeling et la cohésion étaient là. Dès les premières répétitions, j’ai mis mes chansons sur la table et ils ont en fait ce qu’ils en ont voulu. J’ai aimé immédiatement. C’était la première étape avant que l’on se mette à composer ensemble. Sur l’EP La vie est un cirque, chacun a composé au moins un morceau. Le premier album, en 2011, sous le nom de Babel Quartet, L’évadé, c’était un collectif au niveau des arrangements, mais les chansons ont été  interprétées sur une base qui était la mienne. Aujourd’hui, avec ce nouvel EP, ce sont vraiment les chansons d’un groupe.

"La vie est un cirque" (clip officiel).

Nino, quand on t’a contacté pour rejoindre Sébastien, tu as accepté rapidement ?

Nino : Au début, ça m’a inquiété. J’étais étudiant quand on s’est rencontré et j’avais déjà un groupe. Je ne voulais pas vraiment m’éparpiller. Un copain musicien m’a dit qu’il jouait dans 6 groupes, alors, ça m’a incité à essayer avec Sébastien. Et c’est devenu très vite mon projet principal, le projet dans lequel j’ai eu envie de m’investir le plus.

Et toi, Sébastien, ça t’a fait bizarre de passer de guitare-voix à un groupe complet ?

Sébastien : J’avais vraiment envie de ça, mais au départ, ça défrise un peu. Moi, j’avais l’habitude d’être seul tout le temps. Quand tu écris et composes, quand tu es sur la route, tu gères tout, tu ne t’engueules avec personne, tu es ton propre dictateur, mais quand tu fais partie d’un groupe, tu dois partager les idées des uns et des autres, échanger sur tout, parlementer, c’est plus riche, mais c’est vite le bordel. Au départ, il a fallu que je m’acclimate, mais très vite, tout est devenu naturel. J’étais en demande de ça, donc, ça ne pouvait que bien se passer.

Il a fallu restructurer toutes tes chansons originelles quand le groupe s’est formé.

Sébastien : Il y avait le squelette des chansons en guitare-voix. Après, on a ajouté, élagué, modifié… c’était un travail aussi important qu’intéressant.

Même pour tes textes ?

Sébastien : Oui, on n’a rien épargné. Je t’avoue que c’est chiant d’épurer un texte, mais il fallait bien que je laisse de la place aux musiciens.

Nino : Mais souvent, tu as remarqué que c’était pour la bonne cause. On était à la recherche de l’efficacité et tes changements ont rendu « efficaces » toutes tes chansons.

"Le bal" (live 2013-La Bouche d'air - Salle Paul Fort)

babel,la vie est un cirque,interview,mandorVotre premier album, L’évadé, s’est vite fait remarquer par les professionnels de la chanson. L’année suivante, en 2012, ça a été directement une grosse année.

Sébastien : on a fait le chantier des Francos, c’était énorme pour nous. Avant, on avait fait le Chainon manquant, les Chant’appart, ce genre de réseau qui fait rayonner la chanson française.

C’est avec ce nouvel EP, La vie est un cirque, que vous avez enfin trouvé votre vrai son.

Sébastien : Tout à fait. En tout cas, on est là où on a envie d’être, mais je te garantis qu’on a envie d’aller ailleurs, plus loin encore dans l’audace. 

Vous avez l’impression d’avoir trouvé la bonne formule ?

Nino : La direction qu’on a commencé à prendre dans l’EP nous plait beaucoup, même si nous savons qu’elle est perfectible.

Sébastien : Nous garderons cette énergie qui caractérise nos chansons, ainsi que la rage qui en découle.

"J'aime bien ce qu'est vieux" (audio)

babel,la vie est un cirque,interview,mandorLes textes m’impressionnent. Ce sont des textes que j’appelle  « mine de rien ». On peut les écouter sans faire gaffe, mais si on est attentif, on découvre des couches, des sous-couches où beaucoup de choses sont dites. Du grand art !

Sébastien : Dans la chanson « J’aime bien ce qu’est vieux », par exemple, il y a un côté qui est hors compétition et aujourd’hui, on est dans le monde de la compétitivité et de la compétition. Il faut être le plus fort, il faut écraser la gueule de l’autre pour y arriver. Il faut être beau, musclé, faire 1m 80, être blond, toujours dans l’attention du regard de l’autre et dans la compet’. Pour moi les vieux, c’est comme les enfants, ils sont inutiles pour la société et ça j’aime bien.

Mais, le groupe Babel est obligé de rentrer dans une certaine compétition pour se faire connaître.

Sébastien : Iil y a un côté un peu comme ça, mais on essaie d’y échapper. Dans la compétition, il y a la notion d’arriver le premier, comme si il n’y avait pas de la place pour tout le monde. Nous, on ne se bat pas contre les autres, on est dans une logique solidaire. Même si, nous ne sommes pas encore très connus, on essaie d’aider nos potes qui le sont encore moins. Malgré tout, il faut se dépasser, communiquer pour faire connaitre le groupe. Ce n’est pas ce que nous préférons faire, mais c’est un mal nécessaire.

Nino : On préférerait passer plus de temps sur la musique, mais il y a des moments où on est obligé de le faire.

Sébastien : J’aimerais passer ce temps-là à écrire mes textes, ma musique, répéter, c’est sûr.

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Pendant l'entretien. Sébastien Rousselet et Nino Vella, le 14 mars 2013.

Il y a quelques chansons, non pas engagées, mais revendicatives… pas moralisatrices en tout cas. Ouf !

Sébastien : Entre nous, ça ferait chier tout le reste du groupe si j’avais ce langage là de moralisateur. Je pense, Nino, que tu serais le premier à me le faire remarquer. J’ai horreur qu’on me fasse la morale dans la vie, je ne vais pas la faire aux autres. Mon travail est d’abord un travail sur les mots avant d’être un travail sur les idées. Ce sont les émotions qui priment avant les réflexions. Mes chansons ne sont pas des prétextes à idées, même si j’essaie d’y mettre du sens et du son. Il est hors de question que je chante des fadaises et des conneries pour autant. Je veux qu’il y ait une profondeur.

Nino, tu es toujours d’accord avec ce qu’écrit Sébastien ?

Nino : Moi, je reviens uniquement sur l’aspect musical et rythmique… sur le sens, il n’y a jamais de source de discorde entre nous.  

Je trouve qu’il y a aussi une fraicheur qui fait du bien dans vos morceaux.

Dans mon écriture, il y a une fougue, une énergie et quelque chose de vivant, mais un fond qui peut sembler douloureux et pas toujours reluisant. Ce que j’essaie de dire dans mes textes et dans ma musique, en gros, c’est : « c’est la merde, mais ce n’est pas grave. On fait ce constat-là et on va s’en sortir. Il y a du chemin à faire, mais ce chemin-là est praticable donc on va y aller. Il y a de la lumière au bout du tunnel, vous verrez ! »

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Et concernant la musique, là, tout le monde à son mot à dire ?

Nino : Il y a beaucoup de conversations. Ça peut prendre du temps pour se mettre d’accord.

Sébastien : Comme on vient de quatre univers différents. Nino vient à l’origine du conservatoire classique et de jazz.  Nico (DJ Slade)  vient vraiment du hip-hop, il a appris lui-même, même s’il s’est perfectionné au département de musiques actuelles au conservatoire. Solène vient du classique, mais excelle en jazz rock et musique traditionnelle tibétaine. Moi, chanteur, conteur, un peu comédien, blues, un peu rock, pas mal rock même. Les quatre ensembles, ça fait un truc qui peut paraître compliqué sur le papier, mais en fait, nous créons des passerelles. Même s’il faut beaucoup discuter. C’est très riche.

Nino : Du coup, on a tous évolué dans nos goûts. On est beaucoup plus ouvert qu’avant. Tout le monde s’habitue aux styles et aux préférences des autres. Je trouve ça formidable.

Cet EP, La vie est un cirque, contient 5 titres, c’est frustrant.

Sébastien : C’est pour donner faim avant l’album. On a des chansons déjà faites, donc qui sont en cours de préparation et on va créer encore jusqu’à la fin de l’été. On va enregistrer nous-mêmes des préproductions. Après, on fera le tri dans les chansons qu’on a envie de garder pour le disque. On a envie de sortir ce deuxième album au printemps prochain.

"Au feu" (live 2012 aux Francofolies de La Rochelle).

Les titres présents sur l’EP y seront.

Sébastien : Il y a de grandes chances, mais rien n’est encore bien déterminé.

Vous testez les chansons sur scène pour voir celles qui accrochent le public ?

Nino : On les teste sur scène, déjà pour nous. On n’est pas uniquement sur le : « est-ce que ça plait aux gens » ? Est-ce que ça nous plait quand on est sur scène, comment les ressentons-nous ? Ca aussi, c’est important.

Vous avez déjà un public qui vous suit fidèlement. 

Sébastien : On sent une émulsion ? Bon, on n’est pas hyper connu sur la toile, donc on n’est pas hyper connu tout court. Aujourd’hui, les artistes existent beaucoup par le web. Mais, ce qui est certain, c’est que, quand on fait des concerts devant des gens qui ne nous connaissent pas, quel que soit l’âge, ça se passe toujours super bien.

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Bonus : "La chanson, ça fait chier", un titre en acoustique à prendre au second degré, mais pas que.

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