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10 mai 2013

Pierre-Yves Tinguely : interview pour Codex Lethalis

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(© www.enzo-capaccio.com)

Avec Codex Lethalis, l’auteur suisse Pierre-Yves Tinguely nous embarque dans une chasse morbide/mortelle, un subtil jeu de piste dont les règles échappent totalement aux enquêteurs. Une traque mêlant plusieurs ingrédients : technologie de pointe, ésotérisme, haine et vengeance et une dose considérable de suspense qui donne un rythme soutenu au roman. Pierre-Yves Tinguely est venu le 22 mars dernier à l’agence pour parler de ce premier roman (qui ne sera assurément pas le dernier).

41stOQFc8+L._SL500_.jpg4e de couverture :

Deux agents de police en patrouille découvrent une scène effroyable : une petite famille apparemment ordinaire a été massacrée. 
Pourquoi Harold Buchanan, bon père de famille sans histoires, aurait-il tué sa fillette et sa femme avant de se supprimer ? L'autopsie révèle que sa propre mort n'est pas un suicide : son cerveau et ses globes oculaires ont comme bouilli. Un informaticien est chargé d'inspecter l'ordinateur de Buchanan : à son tour, il est pris d'une crise de folie meurtrière, et le massacre est évité de peu. D'autres scènes similaires se succèdent : des gens deviennent fous de rage et s'effondrent après avoir tenté d'anéantir tout ce qui les entoure.
Le point commun de toutes ces personnes à la fois meurtrières et victimes ? Une vidéo, huit secondes de mort vivante, diffusée sur la Toile et ouverte d'un simple clic sur leur écran.

Dans ce premier roman époustouflant, mêlant thriller et fantastique, Pierre-Yves Tinguely compose un récit démoniaque. Avec un scénario glaçant parfaitement maîtrisé, une écriture clinique et une tension sans temps mort, il impose sa propre loi, celle de la terreur aveugle et sans nom.

L'auteur :

Né en 1959, Pierre-Yves Tinguely possède la double nationalité franco-suisse. Après plusieurs années à Genève, il vit aujourd'hui à Annemasse où il poursuit sa carrière de graphiste indépendant. Amateur d'art déco, de rock des années cinquante et d'art en général, il est avant tout passionné par l'écriture à laquelle il consacre l'essentiel de ses loisirs.

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Interview :

Vous aviez écrit deux livres avant celui-ci. Non publiés.

Le premier était déjà un thriller fantastique, un peu de la veine de Codex. Le deuxième, c’est un roman tout à fait contemporain. Ces deux textes-là n’ont pas été édités parce qu’ils n’étaient parfaitement aboutis. Ca m’a quand même prouvé que j’étais capable d’écrire un livre du début à la fin et ça, ça m’a rassuré. J’ai pris un plaisir fou à les écrire, surtout le deuxième que j’ai écrit en seulement 6 semaines. C’était un immense cri du cœur et c’est une histoire pour laquelle j’ai beaucoup d’affection. Je vais surement la réécrire en vue d’une publication future.

Pourquoi écrivez-vous ce genre-là ?

La frontière qui sépare notre réalité d'un univers sombre et impalpable m'a toujours fasciné. L'intrusion de l'inexplicable dans notre monde cartographié et millimétré, comme un grain de sable dans une belle mécanique, n'a jamais cessé de faire naître en moi des histoires où l'impossible se conjugue à nos perceptions pour mieux nous en faire douter. L'interprétation du monde est devenue pour moi un terrain de jeux sur lequel vous ne devriez pas me suivre, amis lecteurs, car je ne réponds de rien, si jamais vous deviez me perdre en route.

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Codex Lethalis est le 1er volet d’une trilogie.

Oui. Le deuxième est déjà écrit. Je suis en train de réfléchir sérieusement au troisième.

Le thriller fantastique est un genre que vous avec beaucoup lu ?

J’en ai beaucoup lu, effectivement. J’ai commencé par les grands classiques, Edgard  Allen Poe, H.P Lovecraft, beaucoup de SF comme Asimov et compagnie. Mon premier roman non édité mêlait déjà enquête policière, fantastique, démon, etc…  Avec Codex, je suis revenu à mes sources littéraires de jeunesse.

Et vous êtes allé très loin…

De cette histoire de tuer quelqu’un à travers un écran d’ordinateur et de l’idée de faire cohabiter les mondes des démons et des forces obscures avec les nouvelles technologies qu’on utilise aujourd’hui, est né un enfant monstre : cette fameuse méthode dont se sert le tueur pour éliminer ses victimes.

Ce livre se lit de manière frénétique pour en connaître l’issue. Vous maîtrisez parfaitement les codes de cette littérature.

Je n’ai pas du tout cherché à mettre en place ces codes-là. De façon inconsciente, du fait que j’ai ingurgité des heures et des heures de films fantastiques, de lectures de même genre, de thrillers, de policiers. Pour finir, ça a façonné ma manière de penser par rapport à une histoire. J’écris mes histoires comme un film et d’ailleurs, beaucoup de critiques me le disent… ce livre est un film. Il y a une cohérence entre le moment du travail de l’écriture et ce que je reçois après. Je n’étais donc pas l’erreur lors de l’écriture.

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(© www.enzo-capaccio.com)

Vous vous amusez à écrire ce genre d’histoire ?

Je prends un pied d’enfer. C’est du boulot considérable, mais sur le fond, c’est très très jouissif. Avoir une idée, voir la scène dans son imagination et déterminer comment je vais la décrire. J’adore cette procédure-là. Je deviens presque un metteur en scène. Je mets la lumière ici, la caméra là, le mec il va rentrer de ce côté, ça va faire une super scène avec une image incroyable.

Il y a des scènes extrêmement  violentes, à la limite de l’insoutenable. Vous n’avez jamais eu peur d’aller trop loin ?

Aussi insoutenable qu’elle soit, la violence, si elle est « justifiée », plus dans la forme que dans le fond par rapport à la cohérence de l’histoire elle-même et de la déviance du tueur, elle peut être extrêmement dure et choquante. Dans Codex, elle n’est jamais dans le cadre d’une scène gore, gratuite, juste là pour repeindre les murs.

Les enquêteurs sont des personnes très humaines. Si l’inspecteur Reeds est un flic efficace, il est aussi quelqu’un de très fragile. Il a perdu sa femme dans un accident de voiture et ne s’en est jamais remis.

Ce serait tout à fait aberrant d’écrire une histoire dans laquelle un auteur met des personnages qui ne ressentent rien, qui n’ont pas eu de vie, qui n’ont pas d’expériences, de vécus, de chemins… C’est ça qui fait la fibre des personnages et c’est pour ces raisons que le lecteur s’attache à ces personnages. Mes personnages, je m’endors avec le soir et je me réveille avec le matin. Quand je suis dans le processus d’écriture, ils font partie de ma famille.

Ça ne doit pas être simple de vivre avec vous, dites donc !

J’avoue qu’il a eu des moments difficiles. Je suis plutôt un solitaire et je suis dans un moment de ma vie où je suis seul, j’en profite pour écrire. J’ai quand même écrit une partie de Codex alors que j’étais encore marié et au sein de ma famille. Ça ne m’a pas spécialement gêné. J’arrivais à scinder mes périodes d’écriture et ma vie de ma famille. Maintenant, le problème ne se pose plus. Cela étant, je viens de finir l’écriture du 2 et je suis complètement à l’ouest. Je me sens largué. Une grosse coquille vide.

codex_lethalis_03.jpgA la télé, j’aime les types qui ont des dons extraordinaires, comme The Mentalist par exemple. Dans Codex, il y a un détective privé qui s’appelle Davis, il comprend les choses par rapport aux couleurs qu’il voit.

Lui, c’est un peu sa malédiction. S’il voit juste un halo rougeâtre, oranger, ça veux dire qu’il y a quelque chose de mal. Il arrive de mieux en mieux à maitriser ce don et ses visions, mais il faut parvenir à vivre avec ça. Ce don lui provoque des migraines difficiles à gérer, mais lui permet de donner un sérieux coup de pouce aux enquêteurs officiels.

La maison d’édition a adoré votre livre immédiatement, mais vous a demandé de changer la fin…

Oui. J’avoue que ça a été presque plus dur que d’écrire le bouquin original. Quand on écrit une autre fin, il faut d’abord la trouver, puis il faut revenir sur l’ensemble de l’histoire, repérer tous les endroits chronologiques, tous les personnages et faire en sorte de trouver de la cohérence à tout ça. Black Moon avait raison, ma nouvelle fin est bien meilleure aujourd’hui. J’étais trop dans le fantastique…

Osciller du réel au fantastique, ça peut être un exercice un peu casse-gueule. Il faut trouver le bon dosage pour que l’histoire reste crédible.

C’est fondamental. Je fais intervenir dans l’histoire une notion de livre maudit, des incantations, des démons qui apparaissent… il fallait que la construction autour de ce livre maudit le rende crédible et qu’on se dise qu’un livre de cette nature peut exister.

Vous étonnez-vous d’avoir toutes ces idées-là en tête pour en faire des romans ?

Plus depuis le temps. Je trouve même qu’actuellement, je suis encore en deçà de ce que je pourrais faire. Je maîtrise ma force pour que mes histoires restent structurées et « lisibles ». De livre en livre, je sais que j’irais plus loin dans l’expertise psychologique, dans les tréfonds de l’âme humaine.

Vous êtres graphiste de formation et exercez encore pour gagner votre vie. Mais, par contre, je sais que vous voulez faire de l’écriture un métier.

J’espère bien. Pour moi, c’est une aventure aussi tardive qu’inattendue, mais ce n’est que le début de l’histoire. Je ne sais pas bien où elle va me mener. Ne serait-ce que le fait d’être édité, de rentrer dans ce monde là, pour moi, c’est d’abord une aventure humaine, alors après, si ça devient une aventure commerciale, tant mieux pour tout le monde. Pour le moment, c’est surtout le prétexte de rencontrer les gens et dans ces gens, notamment les lecteurs. En tant qu’artiste, j’ai besoin de ce contact-là. Ca fait 25 ans que je suis graphiste, ça fait 25 ans que j’ai envie de faire de la peinture, de la sculpture, de la soudure et que je n’en fais pas parce que je dois faire mont travail rémunérateur pour vivre. Là, je fais un bouquin et il est édité, ça me donne une échappatoire et l’occasion de, peut être, me permettre enfin d’exprimer ma condition d’artiste, ma créativité, mais au sens large du terme. La littérature n’est qu’un des éléments de mes activités.

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