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29 avril 2013

MeLL : interview pour Relation Cheap

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(Photos en noir et blanc : Emma Picq)

Quoi ? MeLL se serait « assagie » ? Pas vraiment, juste, sa voix se fait dorénavant plus douce et ses compositions un peu moins énervées. Mais, son esprit punk des débuts, lui, est bel est bien resté intacte.

Son 5e album, qui laisse une grande place à l’introspection et aux histoires d’amour un peu dérisoires, « Relation Cheap », sort précisément aujourd’hui (29 avril 2013). Et le 15 mai, elle présentera son nouvel opus sur la scène des 3 Baudets à Paris. L’occasion était belle de la rencontrer… pour la première fois, d’ailleurs. (Merci encore une fois à Flavie Rodriguez).

mell,relation cheap,interview,mandorBiographie officielle (écourtée, mais visible en intégralité ici) :

MeLL n’est pas du genre à faire comme tout le monde… Son premier album, Mon pied en pleine face, sorti en 2003, donne le ton. Elle crée un nouveau genre artistique « la chanson décoiffée » : un rock à mèche folle, pas très loin du punk alterno et de la chanson française, aux textes ciselés et incisifs.  Voitures à pédales (2005) et C’est quand qu’on rigole  (2007) la font entrer au Panthéon des auteurs-compositeurs-interprètes qui disent ce qu’ils pensent et qui pensent ce qu’ils disent. Son franc-parler et son attitude rentre-dedans séduisent Christian Olivier des Têtes Raides qui n’hésite pas à collaborer le temps de deux albums dont Western Spaghetti. Elle se renouvelle, se réinvente et se met perpétuellement en danger.

Pour son nouvel opus Relation Cheap, elle repart avec une nouvelle équipe qui lui permet d’expérimenter l’introspection. Car c’est en solo avec sa plume et sa guitare électrique qu’elle va cette fois explorer l’amour, l’intimité, les love songs et les slows, le tout branché sur du 220 Volts.

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(Photo : Emma Picq)

Interview :

Au-delà ta carrière personnelle, je te vois collaborer avec pas mal d’autres artistes. Récemment encore avec Louis Ville ou Céline Ollivier.

Je travaille avec des gens avec qui, humainement, ça se passe bien. Céline, par exemple, c’est une amie depuis 18 ans ; à peu près. Louis, on se connait aussi depuis longtemps parce que nous sommes de la même région. Il m’a beaucoup soutenu au début. Il avait déjà une carrière et des albums derrière lui. Là, je travaille avec Karimouche sur son prochain album. C’est vraiment une histoire de rencontres.

Tu adores travailler avec les autres, en fait.

J’aime beaucoup. J’ai découvert ça en 2008. Je suis partie faire un atelier d’écriture au Québec pendant 15 jours. J’ai rencontré une chanteuse anglophone canadienne qui m’a dit qu’elle adorait mon son de guitare. Trois mois après, elle avait une tournée aux États-Unis. Je suis donc partie à Nashville, à Memphis, en Floride,  à La Nouvelle-Orléans pour jouer. Je me suis rendu compte que j’ai adoré être en retrait. Je prends tellement de plaisir à jouer de la guitare que je me fous de chanter ou pas. Ça m’a aidé aussi à mieux saisir la place des musiciens au sein d’un groupe. Je suis devenue une leadeuse de groupe cool qui donne une belle place à mes musiciens quand je suis en concert en mon nom. Mais, tu sais, j’ai eu aussi une belle expérience de merde. Je sais aussi ce que c’est que d’être maltraitée en tant que musicienne.

Pas de nom, évidemment…

Pas de nom. Mais, il se reconnaîtra, je pense.

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(Photo : Marylène Eytier)

Quand on enquête sur toi, on découvre que tu as fait tes premières scènes en 2000. On ne trouve rien de ce que tu as fait avant. Pourtant, j’aime bien savoir comment on décide de devenir musicien et d’y consacrer sa vie…

Il y avait une guitare à la maison, parce que mon père gratouille un peu, et il nous a toujours chanté des chansons. Des Beatles à Julos Beaucarne. J’ai d’ailleurs récemment retrouvé une photo de mes parents, à la fin des années 70, où ils jouaient de la guitare tous les deux.

Quel a été ton premier contact avec une guitare ?

A 8 ans, j’avais pris la guitare paternelle  (d’un luthier vosgien). Je sautais sur le lit, le son d’une des chansons les plus électriques des Beatles à fond et je me regardais dans la glace. Et j’ai cassé la guitare en deux. Je me suis dit que ça avait l’air cool d’être chanteuse de rock.

Tu as débuté comment à Nancy ?

Quand j’étais pré ado et ado, ma principale activité à cette époque-là était de faire du handball. Je suis rentré en sport étude de cette discipline sportive. J’étais en équipe de France des moins de 18 ans. Et puis, un jour, en terminal,  je me suis blessée. Mais, j’étais déjà attirée par la musique. Elle provoquait en moi des émotions particulières. Un peu plus tard, j’étais assez fan de Courtney Love. Je trouvais chouette, une nana qui donnait tout, sans aucune limite. J’ai dû découvrir PJ Harvey à la même époque. J’ai fait un transfert. J’aurais aimé être elles à ce moment-là.

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(Photo : Marylène Eytier)

Puis, tu as commencé à jouer de la guitare dans la cour d’école.

Oui et je me faisais toujours engueuler parce qu’il fallait que j’aille réviser mon bac. J’ai fait mon premier concert deux mois après l’avoir obtenu.

Dans quelle circonstance ?

Justement, dans un gros concours de circonstances. Je ne m’étais jamais dit que, toute ma vie, j’allais être intermittente du spectacle, je chanterais des chansons, j’allais faire des albums. J’avais juste 4 chansons, je faisais quelques reprises, rien de terrible quoi ! C’était un pari avec une amie qui était peintre. Le pari c’était que si elle trouvait un endroit pour exposer, il fallait que je joue au vernissage. Au vernissage, j’ai rencontré mon premier bassiste. Il avait un studio d’enregistrement. On a donc commencé à enregistrer, ensuite on a monté un groupe… Ça n’a pas été plus compliqué que ça. Il n’y a eu aucun calcul de départ. Une passion a pris le pas sur l’autre. Je n’ai jamais repris le handball. Je me suis retrouvée à 17 ans dans des bistrots avec plein de musiciens bien plus âgés que moi… des vieux de 30 ans (rires). J’ai joué tout de suite avec des gens qui avaient de l’expérience. Je me baladais tout le temps avec ma guitare, c’était même un problème pour moi parce que, sans elle, je n’arrivais pas à communiquer.

Tes parents devaient être contents. J’ironise…

Au début, c’était un peu chaud. Mais, parfois, c’est un peu con le destin. Quand tu es en terminal, tu dois faire trois choix de direction. Premier choix, c’était une école d’ingénieur. J’adorais la chimie, j’ai fait un bac scientifique. Deuxième choix, c’était Khâgne-hypokhâgne. Troisième choix, c’était un BTS de son pour devenir « technicien du son ». J’ai raté le concours d’entrée à l’école d’ingénieur de 4 points. Khâgne, ils m’ont refusé à cause de mon dossier de comportement. BTS son, pareil. Je me suis retrouvée avec rien. À la rentrée, je me suis donc inscrite en Fac de philo, comme tous les jeunes qui ne savent pas quoi faire. Ma mère est psy, je pensais aussi que ça pouvait m’aider. J’y suis restée 6 mois.

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Et puis, tu as tout arrêté pour ne faire que de la musique.

J’ai vécu le besoin de faire de la musique comme une urgence. J’avais besoin de sortir des trucs pour me libérer. La musique, c’était une excuse. En plus, je ne savais pas chanter. Aujourd’hui, la musique est moins une excuse. Dans mon nouvel album, je pense pouvoir dire que c’est un tournant à ce niveau-là.

La musique est plus importante que les textes. C’est ce que tu me dis ?

Disons qu’il y a un équilibre entre les deux. J’ai beaucoup bossé la musique et je voulais arrêter de me prendre pour une poétesse que je suis la seule à comprendre. Une poétesse de comptoir finalement. Je voulais que les mots sonnent et surtout que le propos soit plus clair. Réussir à être plus dans le premier degré est difficile pour moi.

Qu’est-ce qui a été l’élément déclencheur de cette volonté de faire plus clair ?

On me disait que je faisais souvent des jeux de mots, parfois un peu potaches. Je ne pouvais pas m’en empêcher, sinon j’avais l’impression de m’emmerder quand j’écrivais. Il fallait que je me fasse rigoler. Je pense aussi que j’ai évolué par rapport à mes influences, à ce que j’écoute aujourd’hui. J’écoute énormément de musiques différentes. Un album est le fruit de ce que tu as vécu et écouté les deux précédentes années. Moi, j’ai écouté notamment de la new wave française et de la variété française des années 60.

Le yéyé ?

Plus les gens qui faisaient le garage yéyé, comme Dutronc, des gens comme ça. Dans mon album, il y a des clins d’œil à ses années-là. Ma guitare est assez surf.

Ta façon de jouer de la guitare est devenue, ces dernières années, un peu plus « américaine ».

Oui. Les influences fifties du rock’n’roll. J’aime bien les sons de cette époque-là.


MeLL - Un pied dans le vide - Clip officiel par ArtdistoVideo

Ton album sonne différemment de la production française d’aujourd’hui, du coup.

Les boites à rythmes et les claviers sont vraiment eighties et les guitares rappellent les sixties. Ça donne ce curieux mélange.

Tu as repris « Succès fou » de Christophe dans une version personnelle exceptionnelle, je trouve.

Si c’était un mec qui l’avait reprise, je pense que ça n’aurait eu aucun intérêt. Christophe chante cette chanson admirablement. Il a interprété cette chanson avec subtilité grâce à son côté dandy décadent assez fin. En tant que fille, reprendre ce titre me paraissait assez décalé pour tenter l’expérience. C’est la première fois que je mets une reprise dans un de mes disques.

Il y a une constante dans tes textes. Tu chantes l’amour avec beaucoup d’ironie.

J’ai appelé mon disque Relation Cheap parce que je trouve qu’il y a foutage de gueule dans les relations. Je me moque des relations légères, vécues comme le reste de notre époque, rapidement et sans état d’âme, de la surconsommation d’amour, et de tout ce qu’on jette : les relation(s) cheap, donc. En vrai, cette volonté de faire ce disque était une ode aux relations profondes et ancrées. Je suis fidèle en amour et en amitié quand j’aime vraiment. En vrai, je suis une romantique à fleur de peau, mais je ne peux pas l’écrire.

Tu as beaucoup plus parlé de toi dans tes premiers albums. Moins dans celui-là.

Il est un peu plus léger, en effet. Ce disque n’est pas très autobiographique. Je me sens mieux avec ce que je fais musicalement et textuellement aujourd’hui.

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Tu as fait 5 albums en 10 ans, c’est beaucoup, je trouve.

J’ai eu la chance d’avoir eu les opportunités d’en faire sans trop de difficultés, d’avoir un label, des gens qui croient en moi et qui ont envie de bosser sur le projet.

J’aimerais aborder l’aspect littéraire de ta vie. Tu as sorti 3 livres. De la poésie.

Les deux premiers, La Reine des Guenons et Qultures, c’est ce qu’appelle Boris Vian de « la fausse poésie ». Il n’y a pas grande prétention là dedans, parfois ça rime, parfois ça ne rime pas. Ce sont juste des textes courts, souvent écrits quand j’étais sur la route. Le dernier, Lucky Looser, est un texte un peu plus long, mais qui reste une nouvelle poétique. Tu peux la lire de A à Z, ça fait une histoire et tu peux le mettre dans tes toilettes et l’ouvrir à n’importe quelle page, tu y trouveras quelque chose à retenir. Tout se lit indépendamment.

Ton premier disque, Mon pied en pleine face, date de 2003.

Eh !!! Mais, c’est donc mes 10 ans de carrière ! Je n’avais même pas remarqué. Il faut que je fasse une fête ! Allez, champagne !

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Commentaires

Vivre de la musique est aussi mon rêve.

Écrit par : locataire | 20 avril 2014

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