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28 avril 2013

Saule : interview pour Géant

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Saule est un géant. Il mesure 2 mètres, mais est surtout grand par le talent. Ses deux premiers albums, Vous êtes ici et Western, sortis en 2006 et 2009, ont reçu une flopée de critiques élogieuses et de récompenses dans son pays natal, la Belgique. Mais pas vraiment en France.

Après avoir croisé la route de Dominique A sur le disque précédent, c'est Charlie Winston qui l'a pris sous son aile pour son troisième disque, Géant.

Juste avant d’aller enregistrer Taratata quelques heures plus tard, Saule a fait un crochet à l’agence. C’était le 26 février dernier et ce fut un bon moment…

saule,géant,charlie winston,interview,mandorBiographie officielle :

Bien sûr, Saule a déjà publié deux albums très réussis qui lui ont assuré une petite place dans le cœur du public. Mais Géant est un nouveau départ, une bouffée d’air frais qui extirpe le chanteur de l’atmosphère un peu confinée de la « nouvelle chanson française » pour le voir explorer de nouveaux territoires, au confluent de deux cultures qui s’ignorent trop souvent : le rock anglo-saxon de ses premières amours musicales adolescentes (Jeff Buckley, Radiohead) et la chanson de qualité dans laquelle il baigne depuis sa plus tendre enfance (Brassens, Gainsbourg).
Réalisé par Charlie Winston, Géant est un album libéré, sur lequel Saule se lâche et trouve enfin sa voie, unique et originale, mais aussi sa voix, sublime et ensorcelante.

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Interview :

Comment avez-vous connu Charlie Winston ?

Ça s’est fait de manière instinctive. On s’est rencontré dans l’émission Le pont des artistes sur France Inter. Je l’ai vu sur scène et j’étais fan de son titre « Like a Hobo », mais je ne connaissais pas le reste de son premier album. J’ai pris une vraie claque musicale et en plus, je me suis rendu compte que  le mec derrière était super cool et ouvert. Humainement, tu ne peux que l’aimer. On est devenu potes immédiatement.

Teaser de l'album Géant.

C’est même lui qui vous a proposé de réaliser cet album.

C’est assez marrant comme parfois, les choses te tombent du ciel sans les avoir calculé. Je lui avais juste demandé que l’on chante une chanson ensemble. Je lui ai dit, innocemment, que je ne savais pas encore qui allait réaliser le disque,  parce que, de par la demo qui existait, je savais que j’allais avoir besoin de quelqu’un qui s’y connaisse en musique pop anglophone. Il m’a presque interrompu pour me dire que ça l’intéressait. Je suis tombé des nues.

La direction musicale de ce troisième album, elle vient de vous, pas de lui.

Oui, elle était déjà discrètement présente sur le second, mais je n’étais pas allé au bout de ce que je voulais faire. Il y avait un truc un peu plus sombre que ma personnalité à moi et donc, j’avais envie de m’ouvrir à quelque chose de plus lumineux. J’avais besoin d’évoluer  aussi musicalement, aller plus loin.

Le clip de "Dusty Men" (feat. Charlie Winston)

Le sombre est encore là, mais dans les textes, plus du tout dans la musique.

J’aime ce contraste-là. Le côté mélancolique dans l’écriture et le côté plus enjoué dans la musique.

Est-ce que d’album en album, vous parvenez à vous raconter. Je me souviens qu’au départ, vous étiez très pudique.

Je crois que chaque album me rapproche de moi même. J’ai décidé de moins me brimer, me brider dans l’écriture. Pour mon deuxième album, mon label français me disait d’arrêter de tabler tout sur l’autodérision, qui est très belge, pour aller plus vers un côté classieux. Ce que j’ai fait. Ils me parlaient tout le temps de Bashung, de Dominique A, des artistes de cette veine-là. Pour ce troisième album, j’ai décidé de ne plus montrer uniquement cette facette-là. J’ai souhaité qu’on arrête de vouloir me cataloguer dans une case alors que je ne suis pas comme ça dans ma vie, dans ma personnalité.

C’est dur de s’extirper des gens qui vous font confiance et qui s’occupent de vous.

Oui, parce qu’en même temps, chacun donne son avis et tu ne sais plus toi-même où tu veux aller vraiment. Si je me raccrochais à tout ce qu’on veut que je sois, je serais une girouette permanente. A un moment, il faut dire stop. Le matériau, c’est moi, donc je vais m’écouter.

Du coup, Géant est l’album qui vous ressemble le plus ?

Oui, je pense. Le premier était très perso aussi, mais celui-ci est plus proche de mes influences musicales réelles. Le premier, j’étais même parti dans un délire très minimaliste. Mais, j’ose dire que ce troisième est le grand frère du premier quand même.

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Il y a une chanson dans Géant qui s’intitule « L’économie des mots ». Ce qui m’a frappé, c’est aussi cette évolution dans votre écriture. Elle est plus précise, plus ciselée, plus épurée.

J’ai voulu donner plus de part à la musique. C’est une grosse discussion que j’ai eue avec Charlie pendant l’enregistrement de l’album. Lui est arrivé au moment où j’avais déjà tout écrit, un peu pour faire le choix des titres. J’avoue qu’il n’a pas hésité à me donner deux trois challenges. Un des challenges était justement l’économie des mots. C’est lui qui a employé ce terme que l’on n’utilise pas en français. Il me demandait de faire des chansons dans lesquelles je devais mettre moins de mots.

Pour travailler, vous vous êtes enfermés dans une maison. Vous étiez en vase clos.

C’est aussi ce qui a fait caisse de résonnance à l’amitié qui est en train de naître. On a passé un mois tous les jours ensemble. On avait nos chambres l’une à côté de l’autre, on mangeait ensemble tout le temps… en fait, l’ambiance qu’il y avait pendant la conception de l’album transpire sur le disque.

C’est en tout cas la première fois qu’il réalise un album officiellement pour une autre personne. On reconnait bien sa patte, d’ailleurs.

Oui et non. Quand on écoute Dusty Men, les gens me disent qu’ils reconnaissent clairement son style, alors que c’est moi qui l’ai écrit. C’est ça qui est génial, j’ai voulu faire du Winston et j’y suis parvenu. Lui, a tenté de respecter mon univers et je trouve qu’il a réussi aussi. Nos univers sont devenus complémentaires. Ils se sont enchevêtrés. On a des goûts communs qui coïncident beaucoup et c’était très rare qu’en studio, on ne soit pas d’accord. Il n’y avait aucune forme d’ego entre nous, nous étions là au service de la musique.

Deuxième single de l'album Géant, "Chanteur bio".

Sur pas mal de chansons, vous avez manié l’art de l’autodérision à son paroxysme.

Il y a une forme d’amour propre là dedans. Dans l’autodérision, on s’aime quand même au moins un petit peu. On apprend à rire de soi parce qu’on s’aime bien. « Le bon gros géant » en est l’exemple parfait. Certains journalistes m’ont demandé si j’avais écrit cette chanson pour régler mes comptes avec la nature. Quand j’étais plus jeune, en fait, je n’en ai pas souffert. Mes potes me vannaient en m’appelant « paratonnerre ». Vous savez, à l’adolescence, il y en a qui était boutonneux, et bien moi j’étais grand. Chacun son problème. Je suis passé par une phase d’acceptation, mais j’ai eu la chance de faire des études de théâtre. Au conservatoire, la première chose que l’on t’apprend, c’est d’être à l’aise sur un plateau.

La perception qu’ont les gens d’une chanson, c’est quelque chose qui vous fascine ?

C’est dingue. Sur le premier album, il y a une chanson qui s’appelle « Si (S’il ne me restait qu’un seul jour) ». Je l’avais écrite très égoïstement parce que depuis que je suis môme, j’ai peur de la mort. C’était une chanson médicament qui m’avait permis d’exorciser toutes les peurs que j’avais en moi par rapport à ça. Quand j’ai vu la portée de cette chanson, j’ai trouvé ça complètement ahurissant. Des gens atteints d’un cancer me disaient qu’ils écoutaient cette chanson tous les jours et que ça les aidait à tenir debout. Ça fait presque peur. Je me suis rendu compte que tu pouvais écrire une chanson très personnelle, mais que cela n’empêchait pas de toucher à l’universalité. 

Le clip de "Si (s'il ne me restait qu'un seul jour)".

Dans ce nouveau disque, j’ai l’impression qu’il ya pas mal de morceaux susceptibles de devenir des tubes.

C’est ce que l’on me dit. C’est une belle leçon pour moi. Je remarque que j’arrive à faire des titres tubesques quand je ne réfléchis pas à cela et que je laisse mon instinct agir, créer. « Dusty Men », c’est une chanson complètement instinctive que j’ai écrite en quelques minutes et au dernier moment.

Moi, j’aime votre voix. Elle part vite dans les aigus. J’adore.

Ma plus grande idole reste Jeff Buckley. Avant de chanter en français, je chantais dans un groupe de rock dont les influences étaient clairement Buckley et Radiohead. C’est à ce moment que j’ai appris à explorer ma voix dans les aigus. Vu le physique que j’ai, c’est plutôt un bon contraste.

Je sais que vous travaillez sur ce qui pourrait s’apparenter à une comédie musicale.

C’est un conte musical. Je suis à la lisière du théâtre et de la musique. J’espère concrétiser ce projet qui me tient réeellement à coeur. Il me permettra enfin d'allier mes deux activités artistiques préférées.

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Après l'interview le 26 février 2016, à l'agence.

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