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23 avril 2013

Quentin Mouron : interview pour Notre-Dame-de-la-Merci

quentin mouron,notre-dame-de-la-merci,au point d'effusion des égouts

Plusieurs ami(e)s vivant en Suisse m’avaient alerté sur le talent hors norme d’un jeune auteur de 23 ans. Puis son éditeur, Olivier Morattel, m’a également contacté.

Peu de temps après, j’ai reçu les deux livres de Quentin Mouron. Et je les ai dévorés d’un trait. De deux traits en fait.

Le nouveau, Notre-Dame-de-la-Merci, raconte sur une période de 24 heures les destins croisés de trois personnages singuliers. Pour observer et décrypter ces personnages médiocres, Quentin Mouron est à la fois metteur en scène et spectateur de ce huis clos. Impressionnant.

Son premier roman, Au point d’effusion des égouts, publié l’année dernière en Suisse, a rencontré un succès en librairie et reçu un accueil plus que favorable de la critique. L’auteur y racontait son voyage à Los Angeles et à Vegas, dans un style franc, à la fois drôle et mélancolique.

Le 22 mars dernier, de passage rapide à Paris, Quentin Mouron est venu à l’agence. Et le courant est passé immédiatement.

Les deux livres :

quentin mouron,notre-dame-de-la-merci,au point d'effusion des égoutsAu point d’effusion des égouts :

Roman d'aventures au sens le plus général du terme - aventure amoureuse, sociale, existentielle. Tendre et profond, drôle et sombre, ce livre présente les pérégrinations d'un jeune homme d'à peine vingt ans «tombé du ciel» dans la mégapole de Los Angeles.
Avec ce premier effort, Quentin Mouron offre une vision neuve et décomplexée de l'Amérique d'aujourd'hui, après que les fards du rêve américain ont achevé de se dissoudre.

Au point d'effusion des égouts est porté par le style unique et résolument novateur de l'auteur, par sa rythmique implacable, et sa puissance d'évocation renvoyant parfois à de la poésie en prose.

Quentin Mouron, écrivain canado-suisse, est né le 29 juillet 1989 à Lausanne.

Notre-Dame-de-la-Merci :quentin mouron,notre-dame-de-la-merci,au point d'effusion des égouts

Notre-Dame-de-la-Merci est un village de la forêt québécoise. Au cœur de l'hiver, trois personnages se dévoilent dans leurs solitudes avec l'éclairage périodique du narrateur spectateur. Deux hommes, une femme, triangle amoureux éternel. Odette, femme singulière qui a logé quelque temps en prison, veuve d'un mari Hells Angels qui a prouvé que le ridicule pouvait tuer, continue de vendre quelques enveloppes remplies de cocaïne. Daniel étouffé par sa mère a vu ses femmes disparaître en lui laissant enfants, déneige la semaine et amoureux d'Odette a accepté de distribuer discrètement son courrier. Reste Jean, la figure du mal, qui fantasme ses sales coups, peine à ravaler sa violence et rêve d'un départ vers des cieux plus ensoleillés. Les trois destins sont liés, l'issue connue, et rien de les fera dévier, ils le savent, le lecteur le sait comme le narrateur et l'auteur, et pourtant, malgré cette impuissance partagée, l'espoir subsiste. Drame de la vie, drame de la solitude, drame contemporain, triste drame, une noirceur maîtrisée par une vraie écriture et une construction originale. À découvrir absolument.

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quentin mouron,notre-dame-de-la-merci,au point d'effusion des égoutsInterview :

Avec Joël Dicker (mandorisé là), tu es considéré comme le deuxième phénomène littéraire suisse. Du coup, on vous associe pas mal, bien que vous n’ayez pas du tout le même genre d’écriture.

Ça me fait plaisir parce que nous avons un bon contact tous les deux. On s’est connu au Salon du livre de Genève il y a un an. Le seul point commun que l’on nous a trouvé, c’est d’être assez jeune. Les « anciens » que je croise me font comprendre qu’il y a longtemps qu’il n’y avait pas eu cette sorte d’engouement pour de nouveaux auteurs.

Comme si une nouvelle école se formait ?

Un peu, oui. Je pense que les gens attendaient qu’il se passe quelque chose de neuf. Ce qui ne veut pas dire que de bons livres ne sont pas sortis depuis longtemps. C’est notre esprit, notre façon de faire qui est peut-être différent. Je suis binational, Joël aussi sauf erreur. On amène peut-être une sorte d’exotisme, je ne sais pas. C’est difficile d’expliquer le focus, cette sorte de buzz, qu’il y a actuellement sur nous.

Parlons d’abord d' Au point d’effusion des égouts.  Un livre très original dans l’écriture, des phrases hyper courtes de trois ou quatre mots maximum.

Ça s’est fait naturellement. En le relisant, je l’ai découvert moi aussi. En plus j’aime Proust, alors, ce n’est pas par amour des phrases courtes que j’ai choisi cette forme. Ça s’est fait naturellement. Je pense que l’unité dans mon texte, c’est l’auteur qui la donne et après le lecteur la reconstitue de manière finalement un peu plus artificielle et analytique. J’ai écrit quatre ou cinq versions antérieures de ce roman. L’écriture n’était pas la même. C’était moins rythmé. Le contenu et le style étaient différents.

Dans ce premier roman, le narrateur, toi, tu ne le caches pas, part seul en Californie. Il quentin mouron,notre-dame-de-la-merci,au point d'effusion des égoutsva vivre des péripéties complètement dingues. On a l’impression qu’ils sont tous mabouls dans cette région-là des États-Unis. Notamment ta cousine.

Elle existe en partie. Elle n’a pas les mêmes névroses. Quand je suis arrivé à Los Angeles, j’ai débarqué chez cette cousine que je connaissais très peu. J’ai utilisé le milieu dans lequel elle était baignée. Il y a quelque chose de caricatural dans la manière de vivre des gens que j’ai rencontrés. Je me suis contenté  d’appuyer, d’exagérer leurs travers. Pour mes livres, comme beaucoup d’auteurs,  je prends toujours des éléments de la réalité, je capte des traits distinctifs des uns et des autres et je les mêle à l’imaginaire.

Tu traites durement tes personnages… tu as l’air pourtant si poli, gentil, souriant.

On m’en fait la remarque assez souvent. Je pense avoir un naturel assez sympathique,  après, ça dépend qui est en face de moi et comment la personne se comporte. Si j’écris ce que j’écris, c’est peut-être une façon de se défouler, de se décharger, je ne sais pas. Je suis plus dur dans mes pamphlets que dans mes romans, je trouve. Dans mes romans, il y a toujours un peu d’espoirs et tout le monde n’est pas irrécupérable.

C’est quand même bien noir.

Ça ne me dérange pas de peindre des choses assez noires, mais je n’ai pas envie de tomber dans une surenchère gratuite où il faut mettre un maximum de sang et de scènes macabres pour essayer de capter le lecteur.

Il m’est arrivé de sourire franchement dans les deux livres que j’ai lu de toi.

Je montre la faiblesse de l’homme en général, de certains individus en particulier, avec parfois de l’humour, parce que finalement, ces personnages peuvent être drôles. L’un n’exclut pas l’autre.

On frise d’ailleurs le burlesque parfois.

Je me base toujours sur ce que j’ai devant les yeux. Encore une fois, peut-être que je surligne un peu.

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Tu as écrit ton premier livre, Au point d'effusion des égouts, parce qu’il fallait que tu prouves quelque chose à quelqu’un. À une fille en particulier.

Oui. Mais, je l’ai encore vu la semaine dernière et elle ne sait même pas que c’est pour elle que je l’ai écrit. C’est pourtant elle qui a fait que j’ai voulu écrire tôt et publier tôt aussi. Une fille fait vraiment faire n’importe quoi (rires).

Dans Notre-Dame-de-la-Merci, j’ai  presque l’impression que ce n’est pas le même auteur.

Ce n’était pas une volonté de faire différent. Au début, je voulais écrire une sorte de tome 2 d’«Au point d’effusion des égouts » et j’avais l’impression de récidiver, de me livrer à une parodie de moi-même. J’ai donc décidé de reprendre certains thèmes qui m’ont obsédé dans mon premier livre, qui m’obsèdent pour celui-là et qui continueront à m’obséder pour les prochains.

quentin mouron,notre-dame-de-la-merci,au point d'effusion des égoutsQuels sont ces thèmes ?

L’insuffisance de l’homme à être ce qu’il aimerait être. L’incapacité d’être compris d’une part, et d’être aimé. L’incapacité de s’accomplir.

Parlons des personnages. Il y a Odette, qui vend de la coke, Daniel, le déneigeur amoureux transi qui aime Odette, et  Odette qui aime Jean, qui lui est une ordure et qui s’en fout.

Ils sont pris par des émotions sur lesquelles ils n’arrivent pas à mettre de mot. Évidemment, il y a un peu de théâtralité. On convoque des personnages pour une durée déterminée sur un décor. Ces gens qui n’ont rien à faire ensemble, si ce n’est qu’ils se trouvent géographiquement au même endroit et qu’ils se rencontrent, entraînent des implications qu’on ne mesure pas toujours, qu’eux-mêmes ne mesurent pas non plus et qui sont extrêmement fortes. Et qui finissent par se dégonfler à la fin.

Ils sont tellement lâches qu’ils n’arrivent même pas se faire du mal jusqu’au bout.

Ce sont des ratés jusqu’au bout.

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Tu écris un nouveau livre dans lequel tu mets en scène un éditeur genevois. Ça pourrait être le tien, Olivier Morattel.

Il pourrait se reconnaître. Non, je plaisante. J’ai créé un type aigri et cynique, tout le contraire d’Olivier finalement.

Je sais que tu vis avec tes textes longtemps en toi. Tu ne lâches rien tant qu’il n’est pas fini.

Je ressens le personnage, je vois là où il veut se diriger, ce qui peut lui arriver ou ne pas lui arriver. Il m’arrive de penser tout le contraire à une issue de roman pendant plusieurs mois et de changer au dernier moment.

Il y a des écrivains qui expliquent qu’ils créent leurs personnages et après, qu’ils ne dominent plus du tout là où il voulait aller. Comme s’ils faisaient leur vie indépendamment de l’auteur.

Moi, je sais rarement où je vais. Je suis plus dans des romans d’idées et d’obsessions que dans des romans à suspens ou à trames. Chez moi, à un moment ça devient organique et donc, un peu flou. Je vis en même temps que le personnage, je découvre ce qui lui arrive, je souffre ou je me marre pour lui. C’est parfois même intense.

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