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06 avril 2013

Monsieur Roux : interview pour L'illégalité joyeuse

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Depuis son premier album, Ah si j’étais grand et beau,  j’adore les « chansons méchantes où les gentils gagnent à la fin » de Monsieur Roux. Ses « chansons peuplées de gens à la fois ordinaires et loosers magnifiques » me touchent beaucoup. Il y a dans l’œuvre d'Erwan Roux beaucoup d’autodérision, de tendresse, d’humour et désillusion.

Son troisième album vient de sortir et le 10 avril (mercredi prochain), Monsieur Roux sera en concert à Paris à L'Européen. C'était l'occasion idéale pour organiser une rencontre à l'agence. Ce qui s’est produit le 5 mars dernier grâce à Patricia Espana.

monsieur roux,l'illégalité joyeuse,interview,mandorBiographie officielle (mais raccourcie) de Monsieur Roux :

Quatre ans après son précédent disque, Monsieur Roux revient avec L'illégalité joyeuse, recueil de chansons décomplexées en français, aux airs de ballades lunaires. Enregistré et réalisé à Laval par Romuald Gablin, il aura fallu deux ans pour malaxer des sons et des mots, essayer, chercher, se perdre et puis peut-être au final se trouver pour arriver à ce résultat : Un disque d'une diversité musicale rare en "chanson française", comme si à l'instar de la pochette de l'album, on voulait nous signifier que le monde ne serait plus jamais cette carte bien rangée aux frontières tracées à la règle. On passe ainsi de sonorités africaines à des rythmiques brésiliennes, d'un phrasé hip-hop à une chanson pop sans que cela semble poser problème. Le mix de JB Bruhnes (Bertrand Belin, Emily Loiseau, Arthur H...) apportant pour finir le tout une belle lumière à l'ensemble.

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Interview :

Tout à l’heure, tu me disais en off que parfois on écoutait tes chansons selon l’image que l’on pouvait avoir de toi. Tu penses avoir quelle image dans le métier ?

Déjà, je pense n’en avoir pas vraiment. L’image que peuvent avoir les gens de l’extérieur est liée essentiellement à mon premier album et à quelques chansons un peu plus connues notamment « Petit rasta » ou « P’tite Pouf». Je pense que, du coup, je suis encore dans cette image de chanteur comique.

Je trouve que tes chansons, si elles provoquent parfois un rictus d’amusement, sont aussi teintées de profondeur et d’ironie.

Je pense que quand même, je donne l’image de quelqu’un de pas très sérieux. Mon nom aussi, provoque cela.

Clip de "Je reviens à la vie".

En tout cas, dans ce disque, j’ai l’impression que tu te montres un peu plus tel que tu es.

Comme je n’avais pas du tout d’expérience dans la musique, dans le premier album, j’ai utilisé beaucoup d’ironie et d’humour pour ne pas embêter les gens avec mes états d’âme. Dans le deuxième, Un été caniculaire, j’ai fait le contraire. Il y avait une volonté d’être pris au sérieux et de faire une musique un peu plus rock. Il y avait aussi des chansons un peu engagées parce que je pense que sur le premier album, des chansons avaient été un peu mal comprises. Sur ce troisième album, j’ai donc eu la volonté de faire le disque qui me ressemble le plus et d’assumer ce que j’étais.

Dans ton œuvre, tu dis beaucoup, mais avec une distance, un humour et un second degré assez importants. J’ai l’impression que tu as peur de tomber dans la démagogie.

Je ne sais pas si j’en ai peur, mais en tout cas, je ne me sens pas vraiment engagé politiquement. Même si j’ai des fondamentaux,  je ne sais pas où je suis précisément. Je n’ai jamais été vraiment militant dans des associations ou dans des partis politiques. Dans mes chansons, il y a quand même un parti pris, un point de vue qui est donné.

Je me suis demandé en écoutant l’album, L’illégalité joyeuse, si tu étais un homme optimiste.

Je suis désespérément optimiste ou j’ai l’optimisme désespéré. Je suis assez optimiste en général parce que j’ai confiance en mes semblables, mais parfois, ils me désespèrent un peu. Globalement, j’ai l’impression qu’on est dans une période un peu transitoire et qu’on n’a jamais été aussi évolué quand même.

"J'habite une rue" version acoustico-bucolique.

Cet album porte un message: relativisons les petits malheurs que l’on a.

Généralement, rien n’est vraiment sérieux, rien n’est vraiment très important, surtout quand on est dans des histoires un peu sentimentales. Il faut relativiser nos petites histoires par rapport à ce que peuvent vivre d’autres personnes.

Il y a quelques chansons dites « sociétales » comme « L’illégalité joyeuse », « Peste et choléra », «Jour de gloire » « Pauvre con » et « La dernière pluie ».

C'est-à-dire que je suis devenu un peu pauvre, donc, tout de suite, je me suis rendu compte de certaines choses. Dans la chanson « L’illégalité joyeuse », par exemple,  j’ai voulu expliquer que j’étais fatigué d’entendre des leçons de morale à tout bout de champ de la part de gens qui, eux-mêmes, ne respectent pas la loi et qui en aucun cas n’ont mérité la place qu’ils ont, car ils en ont hérité. Je trouve insupportable que les médias montrent du doigt les gens qui sont aux chômages, ceux qui touchent le RSA en les traitants d’assistés. Ce manque de respect m’agace prodigieusement surtout quand on sait comment ce pays fonctionne socialement. Ces gens qui montrent du doigt n’ont aucune idée de ce que c’est que de vivre avec 500 euros par mois. Ce que je ne comprends pas, c’est comment c’est possible dans notre pays que des gens qui entendent ça à longueur de journée et qui se font humilier de la sorte, ne prennent pas une batte de baseball pour aller défoncer les la gueule des gens dans la rue. Je trouve au contraire qu’ils sont très respectueux et très polis. Ça force le respect.

Toi,  tu en prends ombrage et tu en fais des chansons. Tu en fais même un concept philosophique.

Je prends les choses pas évidentes avec légèreté.

"Peste et choléra" en live à Lyon

As-tu un côté anarchiste ?

Je ne sais pas. A partir du moment où tu as un point de vue social et qu’il ne s’inscrit dans aucun parti politique, on a peut-être tendance à te considérer comme un anarchiste. En tout cas, ce qui est sûr, c’est que je ne le revendique pas.

Tu revendiques le fait d’être un branleur en tout cas.

Je n’ai pas envie de prendre les choses au sérieux parce que, quand je les prends au sérieux, ça me touche trop. Je préfère en rigoler finalement.

Du coup, les messages que tu souhaites faire passer passent en douceur…

C’est là la farce. Dire des choses assez dures en douceur.

Le tout sur une musique légère et ensoleillée.

Un peu de profondeur dans la futilité.

Tu assumes aussi la sucrerie.

Je trouve que j’ai des chansons assez sucrées. « Ton postiche te lâche » et « Les week-ends en Mayenne » par exemple. J’ai peur qu’elles soient un peu mièvres, mais j’espère qu’elles ne le sont pas.

Vous aussi, apprenez à jouer "La vie est dure" au Ukulélé!

Tu es un chanteur à texte. Ca aussi tu l’assumes ?

A la base, c’est vraiment ça parce que je n’ai pas de formation musicale et je ne suis pas un grand chanteur. J’écris mes textes et je les chante. C’est ça mon métier.

Ta musique incite à penser que tu es un grand voyageur.

Je le suis. J’aime beaucoup voyager et la musique m’a permis de le faire dans un autre cadre que des vacances. Ça m’enrichit parce que partout où je passe, je rencontre des musiciens du coin.

Quels sont tes goûts musicaux personnels ?

Ma base, c’est Renaud et les Beatles. C’est ce que j’écoute depuis que je suis enfant. J’aime bien Nougaro parce qu’il faisait aussi de la chanson métissée et discrètement engagée.  J’apprécie Brigitte Fontaine qui exprime aussi beaucoup d’idées importantes dans ces chansons, tout en ayant l’air cinglée.

Parfois, quand tu crées une chanson, as-tu peur d’être trop influencé par les autres ?

Quand je joue, je sais que parfois je veux le faire « à la manière de ». Par exemple, dans cet album, « Je reviens à la vie » est faite à la manière de JP Nataf, « Il pleut des cordes » avec des batteries inspirées de celle que l’on trouve dans des titres de l’artiste néo-zélandaise tUnE yArDs, enfin les guitares de ce disque sonnent Vampire Weekend.

Un peu de Beatles aussi ?

Oui. La fin de « Le chameau », c’est complètement pompée sur « I Want You ». J’assume complètement toutes ces inspirations.

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Pendant l'interview (photo : Patricia Espana).

As-tu l’impression de trouver ta place dans la « grande famille » de la chanson française ?

Je ne rencontre pas trop les gens du milieu de la chanson. Je ne suis pas très connu et je n’ai jamais été dans les réseaux, dans les grands festivals… et je suis un peu méfiant par rapport à la profession et au grand succès. Quand « Petit rasta » a bien marché, je me suis retrouvé dans un espèce de truc speed que je n’ai pas particulièrement apprécié. J’avais l’impression de ne plus rien contrôler. Faire des interviews de 5 minutes dans des radios très commerciales ne me passionnait pas plus que ça. Je n’ai pas non plus aimé le rapport qu’ont les gens avec toi quand le succès arrive. Finalement, je me sens plus à l’aise aujourd’hui.

Le public qui a vraiment aimé ton premier disque dans son ensemble et pas que « Petit rasta » ou « P’tite Pouf », continue à te suivre aujourd’hui. Il est plutôt fidèle.

Certains nous ont abandonnés, mais il y en a des nouveaux.

Est-ce qu’on a le public qu’on mérite ?

Si c’est le cas, ça veut dire que je suis très méritant (rires).

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Pour finir, un scoop mondial qui va bouleverser le monde de la chanson française. Monsieur Roux et Tony Montana sont très proches..., j'dis ça,j'dis rien.

Commentaires

Merçi infiniment, j'espère que vous passerez à Tours un de ces jours...

Etant toujours en activité, j'anime des ateliers: peinture, déco, cuisine... auprès d'un public souffrant de handicap mental.
Ils sont extraordinaires! Tous les matins je pars la joie au coeur et j'ai pour habitude de bosser en musique... Ils adorent et je les
adore: je les appelle affectueusement "mes zouaves".

L'illégalité joyeuse: je la pratique tous les jours... Je ne devrais pas partager une cigarette à la pause, je ne devrais pas leur faire un câlin lorsqu'ils en ont besoin... Ces braves diables ont eu un chemin de merde mais la déontologie s'en fout: "il faut prendre du recul" qu'on m'dit. Bref! Je suis hors des clous!!!

Je me procure votre Album et je vais le leur passer: je suis persuadée qu'ils vont adorer.

Encore une fois merçi et à très bientôt j'espère.

Écrit par : Colette Lamoque Maugez | 06 avril 2013

Mission accomplie: lundi matin mes zouaves vont découvrir "L'illégalité joyeuse".

J'adore "Le chameau"... Celui du président (offert lors de son voyage au Mali) a été bouffé!!! Trop fort le titre qui sort au bon moment, m'enfin par pour le chameau malien...

A +

Écrit par : Colette Lamoque Maugez | 06 avril 2013

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