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05 avril 2013

Jacques Higelin : interview pour la sortie de Beau Repaire

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On ne part pas  interviewer Jacques Higelin l’esprit serein et sûr de soi. On a beau avoir de l’expérience et avoir rencontré toutes sortes de personnalités depuis près de trois décennies, le cas Higelin impressionne toujours. Parce qu’on le sait incontrôlable. Il fait ce qu’il veut, va dans tous les sens et s’arrange toujours pour déstabiliser celui ou celle qui est devant lui pour l’interroger.

Le 15 mars dernier, l’artiste n’a pas fait exception à sa règle quand il m’a reçu chez Sony Music pour parler de son nouveau disque Beau Repaire. Mais, pour l’intervieweur chevronné que je suis,  sortir de son « ordinaire » fait du bien. Se faire bousculer aussi.

Maître Higelin m’a demandé d’abandonner mes questions et de le suivre dans son monde. Ce que j’ai fait, tout en tentant de garder un certain cap… j’ai adoré.

Voici le résultat publié dans Le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (dont il fait la couverture, merci à Valérie Archeno pour les photos) daté du mois d’avril 2013. Ensuite, vous lirez le bonus mandorien, pas piqué des hannetons.

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(Photo: Valérie Archeno)

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(Photo: Valérie Archeno)

jacques higelin,beau repaire,interview,magazine des espaces culturels leclerc,mandorBonus mandorien:

Vous sentez-vous un survivant? Un peu seul, donc…

Tout le monde est survivant. Depuis la naissance, non ? Tout le monde va mourir un jour, donc tout le monde est survivant. On est tous des survivants de quelque chose. Dans survivant, ça me plait bien parce qu’il y a vivant et il y a au-dessus encore, sur-vivant. C’est mieux que sous-vivant.

Il y a d’ailleurs une chanson qui s’appelle « Seul » dans cet album. Vous avez voulu dire…

Je vous arrête. Ne commencez pas à m’expliquer mes chansons que moi-même, j’ai du mal à expliquer. Je n’ai pas de schéma, je n’ai pas d’idée arrêtée. « Seul », ce n’est pas sur la solitude, c’est sur le plaisir de se promener, au Printemps, dans une forêt.

C’est une chanson aussi sur quelqu’un qui se promène dans les châteaux hantés par les poètes.

Oui. Parfois, quand tu te balades, tu découvres un château en ruines. J’adore m’y promener et imaginer la vie avant. J’aimerais bien que, tout à coup, cela se reconstruise en un éclair et que je me retrouve au milieu de ce château qui fonctionne, avec des reines au balcon ou peut-être un abruti qui voudrait me foutre un coup de hallebarde dans le cul… j’ai du mal à parler. Je n’ai aucune idée pour discuter.

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(Photo: Valérie Archeno)

Voulez-vous que je pose une autre question ?

Non.

Je vais quand même en poser une autre. On va parler de l’enregistrement. J’ai lu dans la biographie envoyée avec l’album qu’en fait, l’enregistrement lui-même s’est déroulé de manière simple, souple, rapidement.

(Regardant la bio). Qui est-ce qui a écrit ça ?

C’est Gilles Verlant.

Je ne savais pas qu’il avait écrit un truc. Pourquoi il décrit l’enregistrement ? Il n’était pas là.

Non, mais il a écrit d’après des propos « de témoins de bonne foi ».

Toute l’histoire est écrite par des témoins de bonne foi, y compris la vie de Jésus Christ par les apôtres. Il y avait quatre apôtres qui ont écrit l’évangile et il n’y en a pas un qui a écrit la même chose. C’est comme quand il y a un meurtre ou un accident dans une rue, il y a autant de versions que de personnes interrogées. Personne ne voit la même chose.

Mais c’est joyeux l’ambiance ?

Très. Il y a des moments joyeux et des moments difficiles. Et il y a des moments de concentration.

Les moments difficiles, c’est quand vous ne trouvez pas la bonne voie ?

Il y a plein de moments qui ne se ressemblent jamais et qui se suivent les uns après les autres. Il y a des jours où il fait beau dehors ou des jours où la nuit a été très froide ou des jours où je n’ai pas trouvé de textes et le matin ça va mieux… c’est toujours une aventure de vivre.

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(Photo: Valérie Archeno)

Vos chansons racontent une histoire ou une vision ?

Ce sont souvent des visions. C’est à moi de les communiquer aux autres, si je veux que ça se passe bien. Pour résumer, parce que vous allez me trouver très embrouillé, mais ce n’est pas le cas. On ne peut pas trop parler de ce qu’on fait quand on est une équipe comme ça. Moi, je ne suis pas journaliste, vous comprenez. Je ne vais pas vous faire un reportage sur ce qu’on a fait. C’est fait. Par contre, si j’en parle avec ceux qui l’ont fait avec moi,  là, on peut se dire des tas de choses, même des choses sans importance parfois. Ce qui m’ennuie un peu, c’est que vous ayez lu ce texte de Verlant avant. Si on parle d’autre chose, on va arriver là où il faut arriver, je vous assure.

Moi, vous savez, dans ma vie professionnelle, j’adore rencontrer les gens. Surtout des gens que j’admire, comme c’est le cas avec vous. Mais, parfois, je sais aussi que je vais les emmerder parce qu’ils n’aiment pas la promo, qu’ils n’aiment pas parler de leurs chansons…

Alors, voilà. Si je peux vous aider en quelque chose que ce soit, c’est qu’il ne faut jamais avoir d’a priori. Je vais vous donner un exemple. Un jour, il était question que Jean-Louis Foulquier me présente Léo Ferré aux Francofolies. On devait diner ensemble. J’avais le cœur qui battait la chamade. Rencontrer Léo Ferré, le truc de fou. Cet homme-là, il m’a complètement bouleversé de puis des années et tout à coup, on me dit « tu vas le rencontrer ». Je suis monté aux toilettes à un moment donné pour pisser et pendant ce temps-là, il s’est assis à la table. On nous avait assis l’un en face de l’autre. Je redescends l’escalier en colimaçon et il a dit en me voyant : « Oh, un prince ! ». À l’époque, j’étais tout maigre, tout fin, j’avais des boucles d’oreilles, des pompes incroyables et un costard très noir et brillant. On se sert la main. J’avais plein de choses à lui dire. Je voulais lui parler de ses textes, lui raconter des anecdotes de moments où je l’avais rencontré de loin. On commence à manger une soupe. Moi, j’étais intimidé et tout d’un coup il dit : « Dégueulasse ». Moi, je croyais qu’il s’était passé quelque chose. C’était Léo Ferré le révolté. Je pensais qu’il avait appris qu’on avait fusillé dans l’après-midi un révolutionnaire, quelque chose de cet ordre-là. Je lui demande ce qui est dégueulasse, il me répond « la soupe ». Tout à coup, la glace était brisée. Tout à coup, j’ai vu l’homme. Il trouve la soupe dégueulasse, parce qu’elle est dégueulasse. C’est juste un être humain.

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Après l'interview, le 15 mars 2013, dans les locaux de Sony Music...

Commentaires

Ah mon cher Mandor... quel beau métier tu fais ! Rencontrer Higélin ! Tiens une question : as-tu rencontré toi aussi Léo Ferré ? Parce que, ça c'est un truc qui m'aurait emballé de pouvoir échanger avec Léo !

Écrit par : Luc-Michel | 06 avril 2013

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