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02 avril 2013

CD'aujourd'hui : Arman méliès pour AM IV

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La quête du son et du sens, c’est un peu le travail d’Arman Mélies depuis son premier disque en 2004. Après une pause de quatre ans, le temps d’offrir quelques compositions à Bashung, Thiéfaine ou encore Julien Doré, Arman Méliès revient avec un quatrième disque, justement intitulé, AM IV. Sobre, classieux et brillant, réalisé avec Antoine Gaillet (Wampas, BB Brunes, Julien Doré, Mademoiselle K entre autres), musicalement, on retrouve ce qui semblerait du son new wave des années 80 (mais qui n’en ai pas vraiment) mixé avec la technologie d’aujourd’hui. Arman Méliès est l’un de nos artistes français les plus importants d’aujourd’hui, a classer sans hésiter (dans un genre sensiblement différent) au même niveau de puissance créative que Benjamin Biolay. Le contraire serait injuste.

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Le 11 mars dernier, je l’ai rencontré chez un disquaire/antiquaire pour l’émission CD’Aujourd’hui (diffusée le 26 mars 2013). Vous pouvez voir l’émission .

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Photos du tournage de la session acoustique... (à la caméra, David Vallet).

Je vous propose ici la version intégrale de l’interview (agrémentée de quelques photos de l’enregistrement de l’émission). Arman Méliès est un artiste discret, qui n’aime pas trop parler aux journalistes, ni même se confier sur son processus de création… j’ai donc fait ce que j’ai pu. Merci à lui d’avoir joué le jeu comme il a pu.

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Interview :

La guitare laisse la place aux synthés… Pourquoi ce changement musical ?

La prédominance des synthétiseurs est essentiellement due à l’envie de jouer et d’être un peu déstabilisé, de perdre un peu les repères qu’on peut avoir en écrivant ou en arrangeant à la guitare. Je voulais m’amuser avec un instrument que je ne maîtrise pas très bien. Les synthétiseurs, c’est plein de boutons très compliqués. C’était pour moi très plaisant, très ludique de jouer avec cette patte sonore sans savoir exactement ce que je faisais et d’arriver à mes fins totalement par hasard. Au bout d’un moment, j’aboutissais sur un son qui me plaisait, que je trouvais évocateur et/ou poétique. Je l’utilisais pour une partie de chanson. Le lendemain, je rallumais le synthé, j’étais incapable de restituer le même son, donc  je repartais sur autre chose. J’ai adoré cette espèce de recherche permanente et j’ai adoré aussi me surprendre moi-même en étudiant des instruments que je ne maitrise pas.

La création musicale doit-elle être un jeu pour vous ?

La mythologie de l’artiste veut que ce soit en souffrant que l’on compose les plus beaux poèmes ou les plus belles chansons. Moi, j’écris une chanson parce que j’en ressens le besoin, parce que sur le coup, ça me soulage, ça m’amuse… y compris les chansons tristounettes que je peux écrire parfois. Non, parce que vous l’avez remarqué, il y en a quelques-unes qui sont plutôt mélancoliques. Même celles-ci, je vous assure, j’y trouve un vrai plaisir.

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Je sais que cela vous agace, mais je trouve que votre album a quelque chose à voir avec le romantisme du 19e siècle. Cette sorte d’élégance…

On m’a souvent taxé de musicien romantique, c’est même un adjectif qui revient assez souvent. Cet album ne l’est pas plus que les autres, je trouve. C’est curieux parce qu’en terme littéraire, par rapport à ce que j’écris, je n’ai pas du tout l’impression d’être influencé par cette période-là, ni par ce style-là. Dans la mesure du possible, j’essaie d’écrire des choses qui sont un peu cohérentes avec la période dans laquelle je vis. Je ne suis pas trop tourné vers le passé.

L’époque, la politique, l’état du monde ont eu plus d’influences qu’à l’accoutumée pour cet album ?

J’ai très peur de la musique engagée parce que la plupart du temps, ça donne des résultats très caricaturaux. On se retrouve à chanter des slogans plutôt que des textes et je trouve que ça dessert la cause que l’on défend et la musique de manière générale. C’est donc délicat, mais pour autant, il est vrai que le contexte politique et social de l’époque où je travaillais sur cet album, encore sous la présidence Sarkozy, m’a quelque part influencé dans certains textes, dans le ton et dans la volonté de faire un disque qui se voulait plus dur, plus froid, un peu robotique.  Je trouvais cela représentatif de l’époque dans laquelle on vit.

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Vous dites que si on n’a pas de paroles sur une musique, on n’en met pas. C’est rare ce discours.

Moi j’ai toujours été intéressé par la musique instrumentale. J’en écoute beaucoup et ça m’a beaucoup influencé, ne serait-ce que la musique de films. Ennio Morricone et Nino Rota pour ne citer qu’eux sont des références notables dans ma musique et je ne l’ai jamais caché. Les instruments sont nécessaires dans un album où il y a aussi des chansons. Ça permet d’articuler le disque. Le disque, pour moi, ce n’est pas une collection de chansons, c’est vraiment une œuvre complète. Ces deux instrumentaux, pour moi, c’était le minimum syndical.

Du coup, on entend plus votre côté pop, revendiqué par vous depuis toujours.

Je me suis toujours plus revendiqué de la musique anglo-saxonne que de la chanson française. Il y a une sorte de malentendu, je n’ai pas l’impression de faire de la chanson française. Je chante français parce que c’est ma langue natale et que c’est la langue dans laquelle j’arrive à écrire ce que j’ai envie de transmettre. Non, franchement, j’ai toujours eu l’impression de faire de la pop. Même si c’est de la pop mélancolique, de la pop neurasthénique, de la pop suicidaire, mais ça a toujours été de la pop. Dans ce nouvel album, effectivement, il y a des morceaux où c’est un peu plus immédiat, parce que plus entraînant.

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Ce disque ne sonne pas années 80, ce qui, quand on utilise des synthés comme vous l’avez fait, est une sacrée performance.

Je n’ai rien contre les années 80, parce qu’il y a eu plein de belles choses. Aujourd’hui, le nombre d’artistes qui se réclament de cette période-là et de ce courant musical est très important. Moi, justement, j’avais peur d’être assimilé à ce revival des années 80. Mes maquettes sonnaient eighties avec ce côté très synthétique, avec peu de chaleur et peu de matière. Quelque chose d’un peu fantomatique. En studio, j’ai voulu sortir de cette ornière et faire quelque chose qui soit plus actuel en utilisant des machines qui se font actuellement, soit en utilisant des très vieilles machines qu’on utilisait dans les années 60 -70 quand on a commencé à faire de la musique électronique et psychédélique.

Jusqu’à présent, vous composiez à la guitare, pour cet album, vous vous êtes forcé à ne pas composer avec cet instrument. Ça change tout ?

Au départ, j’ai quand même composé beaucoup à la guitare, parce que je suis vraiment mauvais pianiste. Mais par contre, c’est vrai qu’une fois que j’avais l’idée, l’ossature du morceau, très vite, j’ai abandonné la guitare pour essayer de refaire le morceau de façon harmonique avec les synthétiseurs, ordinateurs et les boites à rythmes. Pareil pour les arrangements… Ça m’a permis de jouer sur les textures, trouver des mélodies nouvelles, rencontrer de nouveaux univers et finalement voir un peu ailleurs ce que je peux y faire.

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Vous n’avez pas peur de décontenancer votre public, dont quelques représentants sont très fidèles.  

Certes, tout le côté folk est vraiment abandonné, mais j’avais l’impression de faire un album dans la continuité des précédents et notamment du dernier, Casino, où il y avait déjà pas mal de synthétiseurs. J’avais semé quelques graines et là, j’ai essayé de creuser le sillon de ces musiques synthétiques. Mais, c’est vrai que les réactions sont un peu partagées entre les gens qui voient totalement où je veux aller et qui suivent sans bémol aucun et des gens qui ont l’air un peu décontenancés par le côté synthétique de l’album. Comme c’est le début de l’histoire de ce disque, peut-être que moi-même je ferai une réaction épidermique à ce disque d’ici six mois ou un an. Je vais peut-être vouloir retourner à quelque chose de plus organique.

Vous êtes toujours en état de création.

Malheureusement non. Parfois, pour être en état de création il faut être en état contemplatif. On réfléchit à tout et n’importe quoi, c’est comme ça que viennent les idées. Au bout d’un moment, elles vont émerger de nouveau de façon inconsciente pour donner des morceaux. J’aimerais bien être toujours en train de composer, écrire un texte ou avoir une idée musicale, mais ce n’est pas le cas. Il y a plein de moments qui sont plus proches de l’inaction et de la léthargie.

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Bonus : Le clip de "Mes chers amis" (version parlée).

"Mon plus bel incendie", premier single de l'album AM IV.

Le clip dans lequel Arman Méliès fait éliminer la concurrence...

« Mon Plus bel Incendie », un film de Julie Gavras.
Ecrit par Arman Méliès & Julie Gavras.
Réalisé par Julie Gavras.
Olivier Rabourdin -- Le tueur
Avec, par ordre d'apparition :
Dominique A, Elodie Frégé, Julien Doré, Florent Marchet, Albin De La Simone, Robi, Fixi, Christophe, Sylvie Hoarau, Joseph d'Anvers, Christine, Benjamin Biolay.

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