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31 mars 2013

Axel Bauer : interview pour la sortie de Peaux de serpents

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Le septième album d’Axel Bauer, Peaux de serpents, est sorti il y a un mois. Pour ce retour313315_10151610005847317_107752494_n.jpg attendu, le chanteur a mis l’accent sur les textes et sur une musique rock impeccable. Dans ce disque fort et profond, Marcel Kanche, Gérard Manset, Brigitte Fontaine, Jean Louis Aubert et Pierre-Yves Lebert l’accompagnent avec brio. Loin de "Cargo" ou d’"Éteins la lumière", c’est à Alain Baschung que l’on pense quand on écoute ses nouveaux titres. La voix calme et puissante qu’on ne connaissait pas à Axel Bauer fait son travail : elle nous charme, nous ensorcelle. Il nous rend serpent hypnotisé (bon j’exagère un peu, mais voyez là un lien astucieux avec le titre de son album). Une sorte de force tranquille, de puissance intrinsèque, déborde de ces titres. Ce disque est puissant et magistral. Son meilleur depuis longtemps.

Au matin du 20 février dernier, je me suis rendu à sa rencontre dans un bar parisien pour évoquer cet album… et un peu plus.

a.JPGInterview :

Je trouve ce disque plus grave et profond qu’à l’accoutumée. Votre collaboration avec Marcel Kanche n’y est pas pour rien.

C’est quelqu’un qui aime bien se promener avec son chien dans la nature. C’est quelqu’un qui fuit le tumulte de la ville. C’est un type simple qui fait les choses simplement et avec une redoutable efficacité. Il est capable d’employer et de me faire chanter le mot « hérisson » dans une chanson. C’est une prouesse pour un auteur d’utiliser le mot « hérisson » pour désigner une victime et son bourreau.

Son écriture a-t-elle modifié la vôtre ?

Oui, c’est affreux. Marcel a atteint un certain niveau d’épuration proche de la perfection. Il arrive a condenser un sentiment très fort avec deux phrases, ce que la langue anglaise permet de faire aisément. La langue française est trop ardue pour céder à cette facilité-là. Quand il m’envoyait certains textes, je regardais les miens et je trouvais qu’ils avaient beaucoup trop de mots. J’ai essayé d’épurer comme lui, au maximum. Parfois ça marchait un peu, parfois c’était difficile. Moi, quand j’écris ça vient rapidement dans un premier jet, du coup la remise en question n’est pas évidente.

Vous qui êtes aussi auteur, entrez-vous facilement dans les mots des autres ?

Avec toutes ces années, je me suis rendu compte qu’il y avait un travail même avec ses propres textes. Quand on écrit un texte soit même, comme on se dit que c’est proche de soi, on n’a pas besoin de l’interpréter. C’est une erreur. Il faut aussi avoir de la distance avec ce que l’on écrit. Il faut forger une sorte de visualisation qui nous implique émotionnellement. Je travaille selon la méthode Stanislavski. Je me crée des images, j’essaie de les rattacher à mon vécu et c’est comme ça que je choisis les textes. Pour moi, ce n’est pas la personne qui écrit le texte qui est important, ce qui est important, c’est mon degré d’implication dans ce que me propose la personne. Pour moi le texte est un cadre.

Vous avez presque tout assumé dans cet album. Vous n’êtes plus dans une major, ça change tout ?

On est face à ses propres choix. On ne peut pas s’en remettre à quelqu’un qui serait de la maison de disque, qui accompagnerait, qui dirait que c’est tel ou tel mix qu’il faut prendre. C’est donc un choix d’être le seul décideur et le seul juge de son travail. Ce n’est pas facile à faire. On n’a pas toujours le recul nécessaire, c’est aussi pour ça que j’ai pris du temps pour enregistrer cet album. Je voulais être convaincu de mes choix. Il m’est arrivé quand j’étais chez Universal, d’avoir la sensation que mon disque sortait sans avoir été au bout du processus créatif.

Vous n’avez jamais été homme à compromis, il me semble. Ni aujourd’hui, ni hier.aa.JPG

Quelquefois, mes albums m’ont emmené dans des sphères où on perd un peu pied avec la réalité. C’est peut-être ça, ne pas se compromettre, c’est accepter de perdre pied avec la réalité. Quand je fais des compromis artistiques, ça ne marche pas bien. Je ne dis pas que je n’ai pas fait une ou deux chansons pour passer à la radio. Sachant que je suis guitariste, que j’aime bien jouer avec un son un peu bluesy, avec de la distorsion parfois, j’ai du refaire des intros avec trop de guitares pour qu’une chanson soit diffusée. Finalement, ça enlevait l’essence du morceau et la chanson ne passait que deux ou trois fois, après on la zappait.

Le public et les médias vous aiment bien, en avez-vous conscience ?

Oui, je le ressens comme ça. Depuis l’époque de « Cargo », j’ai pris conscience que l’hyper succès n’était pas quelque chose que je désirais parce que c’est trop envahissant. J’ai suivi une route différente à ce moment-là et les gens ont apprécié cette décision. Je crois.

Vous chantez dans cet album avec une voix plus grave que d’habitude.

 Je crois que c’est la clope qui fait ça. À part ça, c’était quand même un peu conscient de ma part. J’ai beaucoup joué avec des amplis surpuissants et on s’habitue à chanter beaucoup plus aigu que sa propre voix pour passer au-dessus de la fréquence des amplis. Ces derniers temps, sur scène, j’avais plus de plaisir à jouer de la guitare qu’à chanter. Avant de commencer cet album, j’ai réécouté les lives qu’on avait enregistrés et je me suis dit qu’il fallait que je me calme. C’était trop trop. Pas besoin de faire AC/DC tous les soirs surtout avec les textes de Marcel. Être tout le temps dans l’énergie peut tuer l’émotion d’un texte. J’ai voulu travailler dans la descente en soi. J’ai cherché le calme et le côté posé dans la voix.

 

Vous sentez-vous apaisé aujourd’hui ?

(Long silence). Je suis un peu un angoissé quand même. J’ai un côté hypocondriaque. J’ai toujours très peur de la mort, donc je ne suis jamais totalement apaisé. Mais je vais bien. Je suis heureux, j’aime ce que je fais, j’aime cette vie, même si elle n’est pas facile tous les jours. Ce n’est pas évident de n’avoir aucune perspective sur le lendemain.

L’instabilité de ce métier vous fait peur ?

On ne sait pas ce qu’on va gagner dans la musique. On ne sait pas comment on va vivre à court terme. Il y a des moments où je me demande comment je vais faire dans 3 mois parce qu’on a plus rien de prévu. Au moment où je me demande si je vais vendre des guitares, des propositions arrivent, des choses se passent et tout à coup, ça redémarre. Non, cette vie n’est pas simple. Je suis toujours dans l’instant avec très peu de projections sur le futur.

Quand vous faites des concerts, le public est très demandeur de vos succès passés. C’est quelque chose que vous vivez bien ?

Oui. Une chanson comme « Éteins la lumière », c’est facile pour moi de la reprendre. J’ai l’impression d’avoir 15 ans à nouveau quand je la rejoue. Je suis dans un local, j’ai envie de monter un groupe de rock et je m’éclate. Il y a un côté un peu cliché, mais c’est un cliché agréable. Je viens de là. Ce sont les Led Zepellin, les Stones, les Who qui m’ont donné envie de faire de la musique. Après, pour « Cargo », c’est un peu plus compliqué parce que c’est un titre qui ne correspond pas à ce que j’appelle le « line-up » de ce que l’on fait. Le morceau est tellement exigeant au niveau du son et il y a une telle pression pour le refaire bien que du coup, il faut accepter de revenir dans les années 80. C’est le seul morceau qu’on refait presque à l’identique. Je dis bien presque… parce que je suis incapable de refaire la même chose à chaque fois.

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Ci-dessus, avec Axel Bauer le 20 février 2013, à l'issue de l'interview... et ci dessous, le 27 novembre 1987. Le temps passe, quoi!

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Enfin, pour finir, petit rappel : Axel Bauer à publié l'année dernière une autobiographie passionnante, Maintenant tu es seul... que je vous conseille de lire.

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Commentaires

Merci pour ce billet. Je suis fan de ce dernier album d'Axel de la bonne musique et des paroles qui me touchent !

Écrit par : Didi | 06 avril 2013

Bonjour!

Merci pour cette exquise conversation avec Axel Bauer.
Je me suis permise de l'intégrer sur mon blog en indiquant mes sources.

Si cela vous pose le moindre problème, dites-le moi et je la supprimerai illico!

Fan de Bauer,

Merci beaucoup!

Écrit par : BA | 14 juin 2013

Pas de soucis. Je fais ce travail pour qu'il puisse être partagé.

Écrit par : mandor | 14 juin 2013

MERCI A VOUS!

Écrit par : BA | 15 juin 2013

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