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31 mars 2013

Axel Bauer : interview pour la sortie de Peaux de serpents

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Le septième album d’Axel Bauer, Peaux de serpents, est sorti il y a un mois. Pour ce retour313315_10151610005847317_107752494_n.jpg attendu, le chanteur a mis l’accent sur les textes et sur une musique rock impeccable. Dans ce disque fort et profond, Marcel Kanche, Gérard Manset, Brigitte Fontaine, Jean Louis Aubert et Pierre-Yves Lebert l’accompagnent avec brio. Loin de "Cargo" ou d’"Éteins la lumière", c’est à Alain Baschung que l’on pense quand on écoute ses nouveaux titres. La voix calme et puissante qu’on ne connaissait pas à Axel Bauer fait son travail : elle nous charme, nous ensorcelle. Il nous rend serpent hypnotisé (bon j’exagère un peu, mais voyez là un lien astucieux avec le titre de son album). Une sorte de force tranquille, de puissance intrinsèque, déborde de ces titres. Ce disque est puissant et magistral. Son meilleur depuis longtemps.

Au matin du 20 février dernier, je me suis rendu à sa rencontre dans un bar parisien pour évoquer cet album… et un peu plus.

a.JPGInterview :

Je trouve ce disque plus grave et profond qu’à l’accoutumée. Votre collaboration avec Marcel Kanche n’y est pas pour rien.

C’est quelqu’un qui aime bien se promener avec son chien dans la nature. C’est quelqu’un qui fuit le tumulte de la ville. C’est un type simple qui fait les choses simplement et avec une redoutable efficacité. Il est capable d’employer et de me faire chanter le mot « hérisson » dans une chanson. C’est une prouesse pour un auteur d’utiliser le mot « hérisson » pour désigner une victime et son bourreau.

Son écriture a-t-elle modifié la vôtre ?

Oui, c’est affreux. Marcel a atteint un certain niveau d’épuration proche de la perfection. Il arrive a condenser un sentiment très fort avec deux phrases, ce que la langue anglaise permet de faire aisément. La langue française est trop ardue pour céder à cette facilité-là. Quand il m’envoyait certains textes, je regardais les miens et je trouvais qu’ils avaient beaucoup trop de mots. J’ai essayé d’épurer comme lui, au maximum. Parfois ça marchait un peu, parfois c’était difficile. Moi, quand j’écris ça vient rapidement dans un premier jet, du coup la remise en question n’est pas évidente.

Vous qui êtes aussi auteur, entrez-vous facilement dans les mots des autres ?

Avec toutes ces années, je me suis rendu compte qu’il y avait un travail même avec ses propres textes. Quand on écrit un texte soit même, comme on se dit que c’est proche de soi, on n’a pas besoin de l’interpréter. C’est une erreur. Il faut aussi avoir de la distance avec ce que l’on écrit. Il faut forger une sorte de visualisation qui nous implique émotionnellement. Je travaille selon la méthode Stanislavski. Je me crée des images, j’essaie de les rattacher à mon vécu et c’est comme ça que je choisis les textes. Pour moi, ce n’est pas la personne qui écrit le texte qui est important, ce qui est important, c’est mon degré d’implication dans ce que me propose la personne. Pour moi le texte est un cadre.

Vous avez presque tout assumé dans cet album. Vous n’êtes plus dans une major, ça change tout ?

On est face à ses propres choix. On ne peut pas s’en remettre à quelqu’un qui serait de la maison de disque, qui accompagnerait, qui dirait que c’est tel ou tel mix qu’il faut prendre. C’est donc un choix d’être le seul décideur et le seul juge de son travail. Ce n’est pas facile à faire. On n’a pas toujours le recul nécessaire, c’est aussi pour ça que j’ai pris du temps pour enregistrer cet album. Je voulais être convaincu de mes choix. Il m’est arrivé quand j’étais chez Universal, d’avoir la sensation que mon disque sortait sans avoir été au bout du processus créatif.

Vous n’avez jamais été homme à compromis, il me semble. Ni aujourd’hui, ni hier.aa.JPG

Quelquefois, mes albums m’ont emmené dans des sphères où on perd un peu pied avec la réalité. C’est peut-être ça, ne pas se compromettre, c’est accepter de perdre pied avec la réalité. Quand je fais des compromis artistiques, ça ne marche pas bien. Je ne dis pas que je n’ai pas fait une ou deux chansons pour passer à la radio. Sachant que je suis guitariste, que j’aime bien jouer avec un son un peu bluesy, avec de la distorsion parfois, j’ai du refaire des intros avec trop de guitares pour qu’une chanson soit diffusée. Finalement, ça enlevait l’essence du morceau et la chanson ne passait que deux ou trois fois, après on la zappait.

Le public et les médias vous aiment bien, en avez-vous conscience ?

Oui, je le ressens comme ça. Depuis l’époque de « Cargo », j’ai pris conscience que l’hyper succès n’était pas quelque chose que je désirais parce que c’est trop envahissant. J’ai suivi une route différente à ce moment-là et les gens ont apprécié cette décision. Je crois.

Vous chantez dans cet album avec une voix plus grave que d’habitude.

 Je crois que c’est la clope qui fait ça. À part ça, c’était quand même un peu conscient de ma part. J’ai beaucoup joué avec des amplis surpuissants et on s’habitue à chanter beaucoup plus aigu que sa propre voix pour passer au-dessus de la fréquence des amplis. Ces derniers temps, sur scène, j’avais plus de plaisir à jouer de la guitare qu’à chanter. Avant de commencer cet album, j’ai réécouté les lives qu’on avait enregistrés et je me suis dit qu’il fallait que je me calme. C’était trop trop. Pas besoin de faire AC/DC tous les soirs surtout avec les textes de Marcel. Être tout le temps dans l’énergie peut tuer l’émotion d’un texte. J’ai voulu travailler dans la descente en soi. J’ai cherché le calme et le côté posé dans la voix.

 

Vous sentez-vous apaisé aujourd’hui ?

(Long silence). Je suis un peu un angoissé quand même. J’ai un côté hypocondriaque. J’ai toujours très peur de la mort, donc je ne suis jamais totalement apaisé. Mais je vais bien. Je suis heureux, j’aime ce que je fais, j’aime cette vie, même si elle n’est pas facile tous les jours. Ce n’est pas évident de n’avoir aucune perspective sur le lendemain.

L’instabilité de ce métier vous fait peur ?

On ne sait pas ce qu’on va gagner dans la musique. On ne sait pas comment on va vivre à court terme. Il y a des moments où je me demande comment je vais faire dans 3 mois parce qu’on a plus rien de prévu. Au moment où je me demande si je vais vendre des guitares, des propositions arrivent, des choses se passent et tout à coup, ça redémarre. Non, cette vie n’est pas simple. Je suis toujours dans l’instant avec très peu de projections sur le futur.

Quand vous faites des concerts, le public est très demandeur de vos succès passés. C’est quelque chose que vous vivez bien ?

Oui. Une chanson comme « Éteins la lumière », c’est facile pour moi de la reprendre. J’ai l’impression d’avoir 15 ans à nouveau quand je la rejoue. Je suis dans un local, j’ai envie de monter un groupe de rock et je m’éclate. Il y a un côté un peu cliché, mais c’est un cliché agréable. Je viens de là. Ce sont les Led Zepellin, les Stones, les Who qui m’ont donné envie de faire de la musique. Après, pour « Cargo », c’est un peu plus compliqué parce que c’est un titre qui ne correspond pas à ce que j’appelle le « line-up » de ce que l’on fait. Le morceau est tellement exigeant au niveau du son et il y a une telle pression pour le refaire bien que du coup, il faut accepter de revenir dans les années 80. C’est le seul morceau qu’on refait presque à l’identique. Je dis bien presque… parce que je suis incapable de refaire la même chose à chaque fois.

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Ci-dessus, avec Axel Bauer le 20 février 2013, à l'issue de l'interview... et ci dessous, le 27 novembre 1987. Le temps passe, quoi!

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Enfin, pour finir, petit rappel : Axel Bauer à publié l'année dernière une autobiographie passionnante, Maintenant tu es seul... que je vous conseille de lire.

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30 mars 2013

Prohom : interview pour Un monde pour soi

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(Photo Lynn SK)

Le Lyonnais (comme moi) Philippe Prohom est un artiste aux multiples talents : auteur, compositeur, interprète, comédien, clown, intervenant scénique…

prohom-un-monde-pour-soi.jpgRevenons en quelques mots sur son déjà important parcours. Après avoir sorti deux albums chez Polydor, Prohom (2002) et Peu importe (2004), qui ont reçu un bon accueil tant du public que de la presse, Prohom a conquis la France à travers une tournée de 650 dates  accompagné par 3 musiciens. Ensuite, par souci d’indépendance, il signe justement chez un producteur indépendant un 3e album, Allers retours.

Aujourd’hui, avec un nouvel album, Un monde pour soi, il revient en force avec 12 titres electro Rock d’excellentes factures. Il y chante le processus créatif, la mort, l’amour, mais toujours avec une émotion palpable à chaque instant. Un Monde pour soi est un album sombre et dense, qui se découvre un peu plus à chaque écoute. Il me semblait important de le rencontrer. Ainsi fut fait le 28 février dernier, à l’agence. (Merci à Stéphane Cabane !)

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(Photo : Lynn SK)

DSC06724.JPGInterview:

Faut-il diversifier sa musique, sa façon de concevoir ses textes, tenter d’autres expériences, au risque de "troubler" son public. Là, je fais référence à ton précédent disque Allers retours.

La méthode de travail n’a pas tellement changé. Aujourd’hui je vois la différence d’un album à un autre, notamment dans ce 3e  dont tu me parles. C’est plus au niveau des textes et de la thématique, mais dans la méthode de travail  c’est toujours 3 cordes de guitare, des synthés, des machines… Dans le 3e, je chantais des choses plus légères. J’entends bien que cet album ressemble plus au son du premier, je le vois, mais ce n’est pas une vraie volonté.

Il n’y a rien de réfléchi dans ton travail, c’est plus de l’instinctif ?

Chez moi beaucoup. Surtout sur Un monde pour soi où je me suis vraiment laissé guider par l’évidence. J’avais 30 titres, j’ai pris ceux qui me semblaient importants pour moi, à ce moment-là, de défendre. Je vais te dire la vérité, quand je me suis retrouvé sur scène avec les chansons de mon 3e album, je me suis vite ennuyé.

Ah oui ? C’est emmerdant.

C’est même très emmerdant. Et c’est là que je me suis dit que je n’étais pas fait pour chanter l’Entertainment, pour chanter des trucs légers. Ça ne me nourrit pas assez. Mes nouvelles chansons, elles, me nourrissent.

Dans ce que tu racontes dans tes chansons, tout est essentiel, rien n’est anodin.

Je conçois très bien la chanson Entertainment, qui est là pour distraire. Ça ne m’embête pas du tout, mais ça ne me concerne pas. Je n’ai que 4 albums, c’est important pour moi de laisser une trace, quel que soit le succès de cette trace et le nombre de gens qu’elle touche… c’est ma trace personnelle. Je pense à mon enfant, à ma fierté d’être humain sur mon lit de mort, je veux laisser une trace qui est touchante et importante pour moi et les miens.

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(Photo : Lynn SK)

L’écriture est un exutoire pour toi ?

Oui, depuis très très jeune, je ressens quelque chose de fort, j’ai besoin de le coucher sur du papier. Je ne suis pas un auteur qui se pose dans le but d’écrire sur un sujet déterminé. Si je n’ai rien à dire, je n’écris rien. Je ne veux qu’écrire ce qui est important pour moi.

Dans « L’encre au bout des doigts », tu racontes un peu que l’écriture t’a sauvé.

L’écriture m’a permis d’être plus calme. Les premiers textes que j’ai écrits, à 13 ans, c’était des réactions à la société que je ne comprenais pas. Je me suis rendu compte qu’à la fin de la page, je me sentais mieux. Ca ma permis de prendre beaucoup de recul sur les choses. Quand tu écris, tu comprends mieux, tu as un autre regard, comme si tu changeais l’angle de ta caméra, tu n’es plus dans le viscéral. C’est une thérapie, finalement.

Dans « Comment lutter ? », tu réfléchis sur la lutte, l’engagement, le combat pour honorer ses propres valeurs.

Là encore, c’est une question que je me suis beaucoup posée étant jeune. Je m’étais destiné à une carrière de terroriste écologique, quand je suis sorti de l’armée.

376602_442746819102947_640133886_n.jpgTu es au premier degré, là ?

Oui. Absolument. J’avais la volonté de faire sauter des bulldozers. Et puis non, évidemment. « Comment lutter ? », c’est un constat d’échec dans lequel tu te dis qu’on est écrasé par le poids de ce monde qui marche sur la tête. Tu te demandes ce que tu peux faire. Cet album raconte un peu ça. Quand les gens mettent l’album en boucle, ils mettent « Un monde pour soi », puis « Comment lutter ? ». Si la solution était de se créer un monde autour de soi ? Si on faisait on sorte déjà qu’autour de soi, ce soit bienveillant et le plus rempli d’amour et d’humanité possible ? Que peut-on faire d’autre ? En tout cas, l’art est une façon de rassembler les gens.

Dans « Un monde pour soi », tu parles de ta relation avec le public, mais pas uniquement, si l’on gratte un peu plus.

Oui, je dis qu’il y a du sens à tous nos actes, il y a du sens à toutes les galères que l’on peut vivre dans nos vies. Plus généralement, cet album raconte une période difficile de ma vie, mais qui m’a énormément servi. Je préfère être l’homme que je suis aujourd’hui que celui que j’étais il y a 5 ans sans toutes ses galères et sans toute cette période un peu sombre.

C’est un album de questionnements. Il est profond et intime. Dans « A quoi me fier ? », tu expliques que tu te sens perdu dans le monde et perdu même à l’intérieur de toi. 

Oui, c’est terrible. J’ai perdu beaucoup de repères et quelques certitudes avec mes aventures de ces 5 dernières années.

Tu as dit dans « CD’aujourd’hui », à ma consœur Marion Combecave,  que c’est l’album qui explique le deuil des attentes.

Souvent, dans une relation amoureuse, on idéalise la personne en face, mais on est très souvent amoureux de ce qu’on aimerait qu’elle soit. On croit aimer la personne, alors qu’on aime la « person perfect », or, personne n’est parfait. Plus tu montes dans l’idéalisation, plus quand tu t’aperçois que ce n’est pas ça, de plus haut tu tombes. Je crois que toute la vie est comme ça. J’ai lu le livre « Les quatre accords toltèques », dans ces 4 accords, il y a l’idée de ne pas faire de projection. On est tout le temps dans un monde d’attentes et de frustrations.  On cout après plein de choses et la vie réelle nous échappe. On est toujours dans le plus loin, on est toujours à se faire du souci pour plus tard et on oublie de vivre ce présent-là.

Tu te sens comment aujourd’hui ? Notamment par rapport à ce disque ?

À cette époque, là, au moment où nous faisons cette interview, je suis content de cet album. Tout ce qui arrive en plus, c’est du bonus. Je n’ai besoin de personne pour me dire que cet album est bien ou n’est pas bien. Je le considère à sa juste valeur. J’espère évidemment qu’il sera bien accueilli et que les gens l’écouteront, mais si demain, j’ai une mauvaise critique et qu’un mec dit « il est tout pourri ton album », ça glissera sur moi. Toutes mes récentes épreuves de vie font que je suis détaché de tout ça.

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Au-delà du fait que ton précédent album a moyennement marché, es-tu un artiste dans le doute perpétuel ?

Pas beaucoup.

Tu es sûr de toi, alors ?

Non, pas du tout sûr de moi. C’est une histoire d’âge. Je ne suis plus tout jeune et je sais qui je suis, ce que je veux faire. Je suis conscient de mes qualités et mes défauts. Je ne suis pas Katy Perry. Mon album est sombre, il raconte des choses impliquantes et je sais bien que la majorité des gens ont envie de se marrer. Chacun à sa place et moi, je suis très bien à ma place.

Tu l’as dit, ton album est très sombre, voire désabusé… Ah ! Je viens de voir une réaction sur ton visage, quand j’ai dit "désabusé"…

Parce que je ne le trouve pas désabusé. Mes nouvelles chansons sont toutes pleines d’espoir. Je dis qu’il ne fait pas s’inquiéter, qu’il y a un sens à tout.

"JE VOUDRAIS QUE TU SOIS MORTE" - PROHOM - Clip officiel. from philippe on Vimeo.

Ta chanson, « Je voudrais que tu sois morte », a-t-elle été prise parfois au premier degré ?

Non, la majorité des gens ont compris que c’était une belle histoire d’amour, mais l’histoire d’une souffrance.  Le clip n’a pas été censuré par Facebook, ni par YouTube, donc, on a été compris.

As-tu l’impression d’être un artiste compris ?

Oui, compris de ceux qui me comprennent. Les gens qui m’ont apprécié depuis le premier album ne m’ont pas beaucoup lâché, j’en suis très satisfait. En tout cas, cet album en particulier semble tout à fait compris par ceux qui l’ont écouté. Dès le départ, ça s’est senti. Tout est très clair et j’en suis super ravi.

Te sens-tu un artiste « engagé », terme souvent détesté des artistes qui le sont ?

Indigné et désespéré par la connerie humaine, oui, depuis longtemps. Je ne comprends pas le monde, je ne comprends pas les gens qui vont dans le sens de la marche. Moi, je me sens bien dans la marge.

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Ton engagement, il se trouve dans les messages que tu livres dans tes chansons.

Mon message est simple : soyons passionnés par l’être humain, soyons passionnés par l’art… mon disque est un engagement quand je dis : créez-vous votre monde, soyez cools avec les gens autour de vous, essayer d’être moins con, développez vos qualités d’être humain, essayez d’être le meilleur possible. Je me mets dans le lot, évidemment.

Je déteste les chansons démagogiques ou moralisatrices. Il n’y en a pas dans cet album et je t’en remercie. 

Tu sais, je pourrais chanter « la guerre, c’est pas bien et l’amour, c’est vachement bien », dans tous mes albums (rires). Là aussi je suis premier degré, ce sont des choses qu'on ne chantera jamais assez.

Avant de te rencontrer, j’avais l’image de toi d’un type qui n’aimait pas trop parler de son travail et qui cultivait le mystère.

J’ai un défaut d’image. On me prend toujours pour un mec ténébreux. C’est un souci que j’essaie de corriger pour cet album. Tous les gens que je rencontre me disent que je suis plus cool qu’il n’y paraît. Et sur scène, on se fend la gueule entre les titres, je t’assure.

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28 mars 2013

Mallock : interview pour Le cimetière des hirondelles

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Jean-Denis Bruet-Ferreol, dit Mallock, a sorti il y a quelques semaines (le 10 janvier dernier) un thriller proprement hallucinant, Le cimetière des hirondelles (Fleuve Noir) Pour la troisième fois, Mallock, que je considère comme l’un des meilleurs auteurs français de thriller, est mandorisé (la première ici, pour Le Massacre des innocents et la deuxième , pour Les visages de Dieu). Encore une fois, je ne comprends pas le silence qu’il y a autour de lui, mais bon. Disons, qu’on ne peut pas dire qu’en France, on passe notre temps à chercher les nouveaux talents. Bref, je me comprends.

9782265097469.JPG4e de couverture :

Je l'ai tué parce qu'il m'avait tué... C'est l'unique réponse qu'obtient le commissaire Mallock lorsqu'il interroge Manuel Gemoni, homme honnête et sans histoire, parti un matin à l'autre bout du monde pour assassiner un vieillard qu'il ne connaissait même pas.

Que s'est-il passé dans la tête ou dans la vie de ce jeune papa, professeur d'université, étranger à toute forme de violence ? À quoi bon, pour Amédée Mallock, persister à mener cette enquête alors même que l'on sait avec certitude que Manuel est coupable ? Et comment parvenir à l'impossible : l'innocenter ?

Aux confins du possible, entre l'humidité hostile d'une jungle tropicale et un Paris englouti sous la neige, on retrouve dans Le Cimetière des hirondelles579049_513396472039470_116507667_n.jpg Amédée Mallock, commissaire visionnaire qui, bien que misanthrope, n'a jamais cessé de lutter contre l'iniquité foudroyante du monde...

L’auteur :

Jean-Denis Bruet-Ferreol, qui se cache sous le pseudonyme de MALLOCK (nom de famille du commissaire de sa série de thrillers littéraires) a passé 20 ans dans le milieu de la publicité. Il est peintre, photographe, designer, inventeur, directeur artistique, compositeur et, bien entendu et avant tout, écrivain. Depuis 2000, il ne se consacre plus qu'à sa carrière de peintre numérique au travers d'expos et d'édition de livres d'art, et à celle d'écrivain, notamment de romans policiers.

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Interview :

Tes romans vont être traduits dans de nombreux pays… et en France toujours pas de notoriété conséquente. Je t’ai toujours dit qu’elle viendra par les autres pays. La France suivra après.

En ce moment, il y a plein de gens qui pourraient jouer les découvreurs. Des gens qui ont de l’influence, mais non, ils parlent toujours des mêmes. Ce n’est pas de l’aigreur d’en avoir marre de lire ou de voir chaque année les mêmes auteurs, les 10 premiers, Nothomb et compagnie. Les journalistes font des articles sur les meilleures ventes actuelles. Ont-ils besoin que l’on parle d’eux ? Pour un journaliste littéraire, c’est absurde comme métier s’ils ne cherchent pas à découvrir les nouveaux talents.

Tes précédents ressortent chez Fleuve Noir.

Mon but, c’est de ressortir Le massacre des Innocents en grand format, dans une version que j’ai retravaillée cet été. Tous ceux qui l’ont lu dans sa première version m’en parlent encore. Il s’est vendu à un peu plus de 1000 exemplaires, c’est un peu comme s’il n’était pas sorti. Dans le même temps, Les visages de dieu ressortirait en Pocket. J’attends leur accord là-dessus, mais cela me semble très logique. Si ce n’est pas fait dans ce sens-là, ce sera le bordel.

DSC07267.JPGTu écris sous le nom de ton personnage, Mallock.

Ça amuse les gens. Mais ce n’est pas la première fois. San Antonio,  par exemple, est le cas le plus connu. Je m’appelle Mallock et mon héros s’appelle le commissaire Amédée Mallock. Quelque part, j’essaie de faire une distanciation, mais ça ne marche pas, les gens m’appellent Amédée. Ça donne un rapport affectueux avec les gens que je rencontre, je trouve.

Même moi, je t’appelle ainsi alors qu’on se connait dans la vie. Je ne t’appelle jamais Jean-Denis.

Ah bon ? Je n’ai pas fait attention. Plus ça va, moins je mets de distance réelle entre les qualités et les défauts de mon personnage et moi-même. Il réagit comme moi, si ce n’est que je lui donne des compétences de policiers que je suis loin d’avoir.

Tu bois moins d’alcool et tu fumes moins que lui ?

Oui. Maintenant. Avant, j’étais pire que lui. Aujourd’hui, il m’a rattrapé.

Tu prenais des trucs bizarres, qui rendent heureux, si tu vois ce que je veux dire ?

Non, je n’en ai jamais pris.

Amédée Mallock, c’est ce qui lui permet d’avoir des visions.45808_501837599862024_1608850208_n.jpg

Moi, je n’ai jamais eu besoin de ça. J’ai l’impression d’être tombé dans l’opium quand j’étais petit. Mon imagination est débordante et elle part dans tous les sens. Je n’ai pas besoin de substance pour être complètement chtarbé. L,

Mais, tu as des visions aussi ?

Ce ne sont pas vraiment des visions. C’est une forme de raisonnement qui te permet d’arriver à un résultat qui peut paraître magique aux autres. Mais, c’est juste l’habitude que tu as eue de réfléchir, de synthétiser d’une certaine façon. Et il est certain aussi que quand tu es bloqué, un peu d’alcool te débloque. C’est évident pour l’écriture.

Cette technique d’analyse que tu as, cet esprit de synthèse ne te viendraient-ils pas de la pub, univers dans lequel tu as traîné tes guêtres pendant plus de 20 ans ?

Si, c’est une évidence. Je voulais être indépendant, je me suis donc mis freelance et par la même occasion en danger. Pour réussir, il fallait que je sois meilleur que les équipes internes, du coup, on m’appelait en renfort et on me demandait de trouver un truc que les gens n’avaient pas trouvé. Au début, j’avais des techniques… tableaux sémantiques, des machins, des bidules et après, petit à petit, c’est devenu naturel. Quand on me demandait un logo ou un slogan, le temps qu’on me les demande, je les avais déjà en tête. C’est une mécanique.

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Le cimetière des hirondelles est certainement ton roman le plus surnaturel.

Manuel Gemoni traverse le monde parce qu’il a aperçu à la télévision un visage. Cette personne-là, il a l’envie irrépressible de la massacrer. Il ne sait pas pourquoi. Il essaie de penser à autre chose, mais il ne peut pas. Il va tout faire pour identifier sur une vidéo le lieu où ça se passe. Dès qu’il le sait, il quitte femme et enfant, va à Saint-Domingue et n’aura de cesse de vouloir l’assassiner. Aux policiers qui viennent l’arrêter, il va leur dire : « je l’ai tué parce qu’il m’avait tué ». Le roman va consister à prouver la parfaite véracité de cette phrase énigmatique.

Ce Manuel Gemoni est le frère de Julie, une des principales collaboratrices du commissaire Mallock.

C’est ce qui justifie que Mallock daigne sortir de chez lui. C’est un gros ours qui, habituellement, n’aime pas du tout voyager, qui aime bien son confort, qui aime bien sa caverne et tous les joujoux qu’il a dedans qui lui permet de ne pas trop angoisser. Le fait de partir, ça lui fait toujours très peur.

64363_515771195135331_1453257420_n.jpgPourquoi aimes-tu ajouter du surnaturel ?

Quand j’étais jeune, vers 18 ans, j’allais dans une librairie et j’achetais tous les livres de la collection Présence du Futur. Il y avait Asimov, Bradbury, Lovecraft et K. Dick. Ce n’était pas seulement de la science-fiction, il y a avait de la poésie et de la fantasy. J’ai l’impression que dans le label « thriller », on trouve aujourd’hui cette même largeur d’esprit. Dans ce que j’écris, le thriller me permet de toucher le fantastique. Le fantastique étant l’hésitation entre l’étrange et le merveilleux. A la fin de mes romans, tu le sais, il y a toujours le rationnel qui arrive.

Tu adores balader le lecteur là où il ne s’y attend pas.

C’est même une forme de sadisme. J’y pense parfois en écrivant. J’aime bien faire quelques entourloupes aux lecteurs.

Ce livre est dédié à ton oncle, Jean-François Lafitte.

Oui, il est mort à la guerre à l’âge de 24 ans en 1940. Je me suis inspiré de lui pour le personnage essentiel de ce roman, mais dont je ne peux pas parler là. Mon oncle n’a pas voulu se rendre. Il était blessé à la jambe. Il a dit : « un officier français ne se rend pas ». Il n’a pas eu le temps de finir sa phrase qu’il a reçu une balle dans la tête. Cet homme était un écrivain, un pianiste, un type super joyeux qui faisait rire tout le monde.

Tu as retrouvé des manuscrits de lui ?

Oui, c’est horrible. J’ai retrouvé des lettres et des cartes. Quand on ne sait pas que c’est lui, on reconnait mon écriture et ma façon de parler. Mon fils est tombé dessus un jour, il m’a demandé si c’était moi qui avais écrit.

Tu es peut-être sa réincarnation.

En tout cas, je suis la réincarnation sentimentale de Jean-François. Quand je voyais des gens qui l’avaient connu, ma mère, ma tante, des amis, ils me regardaient et une fois sur 10, ils se mettaient à pleurer.

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Pour finir, c’est quoi pour toi la noblesse de l’écriture ?

Faire voyager, raconter une histoire et passionner son lecteur. Ne pas se contenter d’un scénario déjà écrit, mais de lui faire cadeau d’un conte, un conte merveilleux, un conte que personne n’a encore jamais raconté. Il faut raconter son histoire dans une forme littéraire respectueuse de la langue. C’est très difficile d’équilibrer la forme et le fond. Moi, j’ai un orgueil d’écrivain, je le reconnais volontiers.

Dans ton prochain roman, tu nous fais voyager dans le temps.

Il se déroule sur 6 siècles. Je vais jusqu’au 14esiècle. Il devrait s’appeler Cœur corneille. C’est sur un tueur en série qui coupe et découpe tout ce qui dépasse et ce qui n’est pas important. Mais j’en ai un autre qui s’appellerait Lunatic Tango qui sortirait avant. Pour l’instant, je ne peux rien dire de plus…

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Pour en savoir plus... une interview filmée.

26 mars 2013

CD'Aujourd'hui : Didier Barbelivien pour Dédicacé

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Didier Barbelivien, même si je ne suis pas fan de lui en tant que chanteur, je ne peux que m’incliner sur sa brillante carrière de faiseur de tubes pour lui et surtout pour les autres. Je ne les cite pas, mais bon, sa fiche Wikipédia peut vous donner un aperçu de quelques chansons rester dans la mémoire collective de beaucoup.

Je suis allé à sa rencontre, chez lui, pour l'enregistrement de CD’Aujourd’hui consacré à la sortie de son nouvel album Dédicacé. Avant de visionner l’émission et de vous livrer quelques photos du tournage, voici l’article paru dans Le magazine des espaces culturels Leclerc (daté du mois de mars 2013).

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Le 28 février dernier, je me suis donc rendu chez Didier Barbelivien. Arrivé en premier, j’ai été gentiment accueilli par sa compagne Laure avec laquelle j’ai discuté jusqu’à l’arrivée de l’artiste et de son attaché de presse, puis quelques minutes plus tard, de l’équipe de tournage de CD’Aujourd’hui. Le temps de boire un thé ensemble, je découvre un homme prolixe et pétri d’humour, soudain concentré et professionnel lors de l’enregistrement de la session acoustique et de l’interview… des années de pratique, quoi !

Pour voir l’émission, c’est là !

Voici à présent quelques clichés de la session acoustique...

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Vous noterez la créativité de cette photo. Ne me félicitez pas, le talent est inné.

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Les coulisses de l'interview...

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-Bon Didier, tu me joues quoi maintenant?

(Ah, pardon! Il y avait un photographe... nous n'avions pas vu.)

(Hum! On y croit?)

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23 mars 2013

Erwan Larher : interview pour L'abandon du mâle en milieu hostile

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(Photo : Sandra Reinflet)

Erwan Larher fait partie des auteurs que je suis avec beaucoup d’attention depuis le départ. J’aime l’homme autant que son œuvre. Ainsi, voici la troisième mandorisation (les deux premières sont là) à l’occasion de la sortie de son livre L’abandon du mâle en milieu hostile. Erwan Larher est venu à l’agence le 27 février 2013 (avec des kouign-amann) et sa coupe légendaire, dont la réputation dépasse désormais les frontières.

erwan larher,l'abandon du mâle en milieu hostile,interview,mandor4e de couverture :

« Je te haïssais. Avec tes cheveux verts, sales, tu représentais tout ce que j’exécrais alors : le désordre, le mauvais goût, l’improductive et vaine révolte juvénile. Tu malmenais ta féminité dans des hardes trouées, des guenilles comme jetées au hasard sur ton corps. Si tu avais été ma sœur, papa t’aurait reniée. J’aurais voulu te voir traînée par les cheveux hors des salles, sous les injures, et rejetée au loin, loin de mon monde ; j’aurais souhaité te voir lavée à grande eau dans la cour et tes nippes brûlées dans un grand autodafé ; j’aurais aimé... Mais rien. Rien que tolérance démocratique et muette réprobation. J’enrageais. »

La suite ? Explosive. Entre la fille fantasque, rebelle, et le jeune garçon trop sage se noue une histoire d’amour dans laquelle celui-ci se jette à corps perdu, émerveillé.
Dans la France en pleine mutation du début des années 80, où le fric, les paillettes et les faux- semblants remplacent peu à peu les idéaux, le narrateur découvrira – tragiquement – un tout autre visage de sa belle compagne...

L’auteur :

Après avoir travaillé dans l’industrie musicale, Erwan Larher décide de se consacrer à sa vocation d’écrivain. Auteur de deux premiers romans remarqués, Autogenèse et Qu’avez-vous fait de moi ?, il est également parolier et dramaturge.

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Interview :

J’ai l’impression que ce nouveau livre est plus limpide que les précédents.

Je crois que c’est l’histoire et le personnage qui commandent le style. C’est effectivement une histoire moins complexe narrativement que Qu’avez-vous fait de moi et Autogenèse où il y avait de nombreuses couches de narration et où on n’avait un peu de mal à savoir qui parlait et qui disait la vérité. Dans L’abandon du mâle en milieu hostile, je raconte l’histoire d’un couple. L’histoire est plus simple, donc forcément, ça te parait plus limpide.

À quoi on sert dans ce monde ? Faut-il lutter, pas lutter ? Ce sont quelques-unes des questions que ce livre pose.

L’importance des idéaux aussi. C’est rigolo parce que chaque journaliste prend ce livre par un angle particulier.

Ce livre est plus riche qu’il en à l’air.

Il questionne sur l’amour, le sentiment amoureux, le couple, les idéaux, la famille, notre place dans le monde, la lutte, comme tu viens de le dire, la société…

erwan larher,l'abandon du mâle en milieu hostile,interview,mandorC’est un livre que tu as commencé il y a longtemps.

J’ai souvent des textes en cours. Je les laisse reposer, je les reprends, je les laisse de nouveau reposer, je les reprends, parfois, je les oublie complètement. Pour celui-là, c’est une histoire dont je me disais que je ne ferais rien. Je l’ai commencé en 1993, c’est te dire s’il n’est pas nouveau. Évidemment, si tu lis ce que j’ai écrit en 1993 et le texte publié aujourd’hui, ça n’a plus rien à voir.

L’action se situe en 1977.

Le cadre social, les moyens de communication n’étaient pas les mêmes. Il y avait moins de moyens de savoir ce qu’il se passait ailleurs, de s’ouvrir l’esprit. Il n’y avait pas de portables, pas Internet et il n’y avait que deux chaines et demie à la télévision. Quand tu étais à Dijon, je ne suis pas sûr que tu savais ce qu’il se passait à Paris de manière très rapide.

Pourquoi Dijon ?

C’est une ville riche avec une petite bourgeoisie locale. C’était la ville idéale pour servir mon histoire. C’est une ville viticole et généralement, là où il y a du vin, il y a de l’argent.

L’histoire commence dans une classe. Une punk aux cheveux verts arrive dans la classe du narrateur. Immédiatement, son réflexe est de la haïr.

Je pense plutôt qu’il veut la haïr. C’est une sorte d’auto défense. Pour lui, c’est imaginable que ce genre de fille pénètre dans son univers, aussi près de lui.

Il va être obligé de travailler avec elle pour un exposé et va tomber raide dingue d’elle.

C’était quelqu’un d’un peu niais et il tombe face à face sur cette jeune fille qui sort de la douche complètement nue. Est-ce que c’est une mise en scène ? Est-ce qu’elle l’a fait exprès ? À partir de ce moment-là, en tout cas, il y a chez lui une ligne de défense qui vole en éclat. Je crois que souvent l’amour est névrotique, alors a-t-il trouvé un pansement à sa névrose ? Je ne peux pas vraiment répondre.

J’ai adoré ses différentes méthodes pour la séduire. L’insistance, ensuite l’indifférence, le mépris…

Ce sont des tactiques qu’on a tous mises en œuvre, avec plus ou moins de succès.

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Pour résumer, ils vont vivre en couple, s’aimer et il va finir par découvrir des choses… disons graves. À partir de ce moment, il va se demander pourquoi, elle, elle l’a aimé.

C’est lui qui écrit, c’est lui qui raconte, donc tout ce qu’on sait de lui, c’est ce qu’il dit de lui. Si ça se trouve, il a des qualités dont il ne parle pas. Lui ne se trouve pas très beau, mais elle, elle lui dit que si. On ne sait pas s’il est vraiment comme il se décrit, mais on comprend qu’il n’a pas une très haute opinion de lui-même depuis qu’il l’a rencontré.

Ils restent ensemble pendant 6 ans, ce n’est pas rien.

Oui, c’est beaucoup. On ne reste pas avec quelqu’un aussi longtemps sans raison. La question, c’est plutôt, était-elle capable d’aimer ? Comment ? Ça ne veut pas dire la même chose pour chacun de nous. Il y a des gens pour lesquels il faut que ce soit passionnel, enflammé… pour eux, si ce n’est pas ça, ce n’est pas de l’amour. Il y a des gens qui sont plus austères, plus protestants dans leur manière d’exprimer et vivre ses sentiments. Est-ce que cet amour-là à moins de valeur que l’autre qui est explosif et tout feu, tout flamme ?

Ce livre raconte l’histoire d’une rencontre entre deux êtres solitaires.

La lucidité rend solitaire, qu’on le veuille ou non. Elle, elle ne se raconte pas d’histoire sur le monde qui l’entoure, au contraire. À un moment, quand tu es à la fois lucide et exigeant, tu te coupes du monde.

Le père du narrateur, quand il arrive ce qui arrive (et que je ne peux pas dévoiler ici), lâche son fils.

Je ne juge pas ce père sévèrement, même si son comportement n’est pas joli joli. Ce sont des gens qui sont nés avant-guerre. Ce sont d’autres valeurs. C’est une autre France. Un père ne montrait pas trop ses sentiments à ses enfants. Il ne faut pas juger avec le regard d’aujourd’hui. En 30 ans, les choses ont tellement évolué et bougé.

Lui, contrairement à elle est très « famille ».

Oui, la famille est très importante, mais d’un coup, il se demande si c’est si important que ça. Il se demande aussi s’il faut la sacraliser et si on peut avoir un regard critique sur ses parents ? J’espère que le livre questionne aussi tout ça.

Jusqu’à la fin du roman, il hésite à couper le cordon.

C’est difficile pour lui. Il a vécu dans un cadre très confortable. Il faisait partie des jeunes libéraux, il votait Giscard, il y a avait papa, maman, il allait devenir avocat. Soudain, tout cela vole en éclat. Ses certitudes envolées, il s’accroche encore plus à elle et à leur histoire.

Nous interrompons l’interview. Je vais lui faire un café, pendant ce temps il déconne sur mon appareil enregistreur. Chante « Be bop a lula » (assez bien, je dois dire). Quand je erwan larher,l'abandon du mâle en milieu hostile,interview,mandorreviens, il me demande si j’ai lu « Les pacificateurs » d’Antoine Bello ?

Non.

Je suis en train de le relire pour la suite d’Autogenèse et son pitch est génial. Il existe une organisation secrète qui falsifie la réalité. Au point de faire des fausses cartes du 15e siècle pour attester que les Vikings ont découvert l’Amérique. Elle écrit des sagas en falsifiant toutes ses sources, ce qui fait qu’on ne sait plus ce qui est advenu ou pas. Le héros va se demander pourquoi ? Moi, je crois fondamentalement que les grandes inflexions de ce monde sont décidées par une dizaine de personnes. Des financiers. C’est absolument certain.

La théorie du complot ? Non, je dis ça parce que dans tes livres, il y a toujours des groupuscules secrets.

Non, mais que fait le G8 par exemple ? Il y a ce que l’on voit du monde et ce qu’il y a en dessous.

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Sinon, pour en revenir à ton dernier livre, aimerais-tu qu’il soit adapté au cinéma ?

Non, parce que j’écris des choses pour l’audiovisuel. Je préférerais que ce soit ces choses-là qui sont écrites directement dans ce but-là, qui soient choisies. Mais franchement, je ne sais pas si j’aimerais que ce livre soit adapté au cinéma. Après, ça devient tellement autre chose. Ta création t’échappe complètement. Je n’aurai pas mon mot à dire… et vu les contrats que j’ai signés, je le sais parfaitement.

Pour t’avoir reçu souvent, je sais que tu veux construire une œuvre…

J’ai cette fatuité.

Tu sais qu’on m’a reproché d’avoir dit de tes deux premiers romans qu’ils allaient devenir cultes ?

Ah bon ! Qui ?

Là, n’est pas la question. Je le pensais et je le pense encore, mais j’avais dans la tête qu’ils n’allaient pas trouver leur public rapidement. Un roman culte ne l’est jamais dès sa sortie.

En tout cas, c’est gentil de le dire et d’assumer l’intérêt que tu trouves à mes livres. Je pense qu’Autogénèse et Qu’avez-vous fait de moi ? pourront avoir une seconde vie quand ils sortiront en poche.

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Avec Erwan, l'austérité et la retenue sont de rigueur.

18 mars 2013

Les Garçons Trottoirs : interview pour Rien ne va plus

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Photo : P-mod - Make up : Sophie R.

Les Garçons Trottoirs sont des musiciens chanteurs qui donnent la pêche et qui rendent de bonne humeur. Leur énergie et leur sens du spectacle captivent ceux qui viennent les voir en concert ou dans la rue. Oui, parce que ce groupe, outre le fait qu’ils jouent sur de nombreuses scènes françaises, continue à jouer en acoustique dans la rue. Paul d'Amour (guitare, chant), Bruno Derpmann (contrebassine, guitare, chant), Fred Villard (cajon, chant) et Jean-René Mourot (accordéon, trompette, chant) sont passés à l’agence, le 6 février dernier pour me proposer leur deuxième album Rien ne va plus.

25013111.jpgBiographie officielle :

Les Garçons Trottoirs sont des musiciens du bitume. Ils partagent une volonté commune de bannir le matériel encombrant et de revenir à la base de ce qu'est la musique : prendre un instrument, jouer et chanter.

Fondé en août 2006, c'est dans la rue que le groupe forge son actif.

La force des Garçons Trottoirs est l'énergie avec laquelle ils captivent le public, des textes peaufinés, les voix, et surtout un grand sens du contact.

L'attrait de la scène et les invitations à s'y produire se faisant plus présentes, on les retrouve désormais en acoustique sonorisée ou non.

Les textes sont essentiellement en français et abordent des thèmes comme l'amour, la révolution, les mamans ou Jack l'Éventreur. Le style emprunte principalement à la pop, à la chanson, au blues, au cajun et au rock'n'roll. La particularité étant la part belle donnée aux voix et le choix des instruments...!

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De gauche à droite : Fred Villard, Bruno Derpmann, Jean-René Mourot et Paul d'Amour.

Interview :

Qu’est-ce qui vous a réuni ?

Bruno : En fait avec Paul, on a répondu à une commande d’un festival en 2006 pour jouer dans la rue. On a vite monté un répertoire et on a appelé quelques copains. On devait s’arrêter après la manifestation, mais étant donné que ça a plutôt bien marché, on a décidé de continuer. On a fait un album dans la foulée. On était 6 et c’était un peu le bazar. D’ailleurs, sur la durée, le bazar ne pouvait pas durer. Le fait de vouloir aller plus loin a scindé le groupe en deux. Paul et moi, on a appelé Jean-René à la rescousse à l’accordéon et on a tourné quelques mois comme ça. Bruno est arrivé en 2008. Cela fait 5 ans que ça dure et cette formule à 4 nous convient parfaitement.

Vous chantez tous et composez aussi.

Bruno : En général, la personne qui a composé la chanson en est le chanteur. Très vite, on peut se rendre compte qu’une chanson passe mieux quand tout le monde chante ensemble. Avec l’expérience, chacun sait où se poser dans une chanson par rapport à sa voix. On fait ça de manière assez naturelle.

Il est essentiel pour durer de bien s’entendre. Ce ne doit pas être simple tous les jours d’être sur la même longueur d’onde. Il faut être d’accord sur les textes

Bruno : Les textes sont faits avant qu’on les travaille ensemble. Souvent, ce sont ceux de Paul et de Bruno. C’est plus la sauce musicale et l’ambiance que l’on va faire ensemble, mais ça se passe toujours bien.

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(Photo : P-mod.)

Dans les arrangements des titres, tout est assez frontal… ça vous vient de la rue ?

Bruno : Oui, il faut être efficace immédiatement. La rue te forme à ce que l’énergie soit là en permanence et à faire en sorte de ne perdre qui que ce soit pendant la chanson. Il faut captiver l’auditeur et ne jamais le lâcher.

Quand lors d’une prestation, l’un de vous est fatigué, les autres le boostent ?

Paul : C’est un peu comme les cigognes qui migrent. Celles qui sont devant, quand elles sont fatiguées,  passent à l’arrière.

Vous ne vous produisez pas uniquement dans la rue, vous faites pas mal de scènes officielles et pas qu’à Strasbourg.

Bruno : On est content de sortir de nos bases, le Grand Est, l’Alsace Lorraine… on a fait quelques concerts à Lyon, à Rennes, à Marseille, à Angoulême.

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(Photo : Le Républicain Lorrain)

Vous faites participer le public lors de vos concerts. Disons que c’est pas mal interactif.

Jean-René : Quand on joue, on peut discuter avec les gens qui sont dans la salle. Même pendant les chansons. On aime qu’il y ait un échange entre eux et nous. Les faire participer, c’est la base du concert.

Paul : De toute façon quand on joue avec une poubelle, un cajon, une guitare et un accordéon, ça n’aurait pas de sens que l’on fasse un show à l’américaine. On ne va pas commencer à mettre des feux d’artifice et abuser d’un son et lumière de malade. Tout doit se faire humainement.

Mais si un jour, ça cartonne pour vous et que l’on vous donne les moyens de faire un spectacle avec pas mal d’argents…

Paul : Il y a des groupes comme La Rue Kétanou qui, malgré le succès, ne sortent pas de leur principe. Le peu de fois où on a essayé de changer la sauce, via des résidences, on s’est fait chier royalement. Nous, ce qu’on fait n’impose pas une réflexion intense, c’est plutôt de l’acte spontané. Avec notre répertoire, il faut que l’on s’amuse et que l’on soit en roue libre.

Bruno : Quand on arrive sur scène, notre rôle est de trouver une proximité avec les gens qui ferait que, si on était en train de jouer dans leur cuisine, ce serait pareil. Toute la difficulté, c’est que ça ne dépend pas que de nous. Le public y est aussi pour beaucoup.

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(Photo: Olivier Vax)

Vous faites parfois des premières parties. Le public qui ne vient pas pour vous doit être assez surpris…

Bruno : On arrive souvent sur des scènes d’artistes  qui ne nous ressemblent pas du tout.

Fred : Natasha St-Pier et Garou par exemple, on ne peut pas die que nous nageons dans les mêmes eaux. Il y a avait 3500 personnes et je pense qu’ils pensaient que la première partie allait être occupée par un groupe de variété. Ils ont vu 4 fous faire un concert acoustique et déménager en faisant n’importe quoi. Ils ne s’attendaient pas à ça, mais notre prestation a super bien fonctionné avec le public.

Vous êtes nus sur la pochette de votre deuxième disque. Ça a été compliqué à faire cette séance ?

Collégialement : non ! On avait fait faire de beaux costumes pour cette séance et voilà le résultat. Ce sont des photos qu’on a faites à la fin pour se détendre, pour rigoler et surtout pour les garder pour nous. On a réfléchi quelques minutes avant d’accepter que ce soit cette photo-là qui serve pour la pochette. On a pensé à la promo et au moment où on nous posera la question sur le pourquoi du comment d’apparaitre nu sur une pochette. On savait qu’on allait devoir se justifier.

Que souhaitez-vous avec cet album ?

Bruno : Le but premier c’est évidemment d’avoir un public plus large, autant en Bretagne qu’au Pays Basque. On a envie de jouer partout.

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(Photo : Thomas 'laroukss' Kalinarczyk)

Vous avez vendu 6000 exemplaires du premier album, juste dans votre région. Je trouve que c’est déjà beaucoup.

Paul : Ce sont des disques vendus à la fin des concerts, sans l’aide de personne. Ça nous a permis d’avoir un peu d’argent pour enregistrer celui-ci, « Rien ne va plus ». On a voulu passer le cap supérieur, on souhaite vivement que le public s’y intéresse. Je compare ça à un truc qui peut paraître con : c’est comme produire ses carottes et les vendre sur un marché et après, faire le choix d’une distribution nationale chez Leclerc. On joue une nouvelle carte, on  a pris des risques, on attend de voir ce qui va se passer.

Bruno : On essaie surtout de ne pas trop se prendre au sérieux.

En tout cas, on ne peut pas dire que vous soyez un groupe engagé…

Paul : Personnellement, je ne suis pas assez courageux pour tenir un engagement en chansons. Après il faut montrer l’exemple dans la vie. Quand je vois des artistes faire la morale dans les chansons et qu’un peu plus tard, je les vois poser dans les magazines bien habillés, j’ai envie de leur demander d’aller faire du bénévolat aux Secours Populaire au lieu de nous casser les pieds. Il faut être engagé dans la vie réelle. Je ne dis pas que l’art ou la musique ce n’est pas réel, mais je pense que l’engagement ne se fait pas là. L’engagement, c’est dans les actes. Et surtout, il faut une vie qui suit.

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Pendant l'interview...

Du coup, vous avez des textes plutôt légers.

Paul : On parle pas mal d’amour. On peut parler de politique en musique, mais il faut faire attention. Il faut garder un peu de neutralité. Ce sont des choses sérieuses, il faut prendre des pincettes.

Pourquoi faites-vous de la musique ? Pour détendre et faire rêver les gens ?

Fred: Moi, je me suis toujours senti utile comme ça. Quand on fait ce métier-là depuis 15 ans, parfois on a du mal à se trouver une légitimité. Il me semble que quand on monte sur scène et que les gens ont transpiré, qu’ils ont déliré parce qu’on s’est posé là et qu’on a joué, je pense que l’on fait un boulot pour la collectivité.

Bruno : Personnellement, je n’ai jamais rien fait d’autre. Ça m’a pris, j’avais 4 ans et je n’ai depuis, jamais songé à faire autre chose.

Jean-René : Moi, c’est pareil. Même si j’ai fait autre chose, la musique ne m’a jamais quitté. Je trouve tellement agréable de faire du bien aux gens, de les divertir, de les sortir de leur quotidien, de les faire rire ou même chialer. C’est assez jubilatoire.

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17 mars 2013

Paul Merci et Sarah Zine : interview pour l'EP Chansons Françaises

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(Photo : Cédric Paris)

C’est par l’entremise de Sarah Zine que j’ai découvert Paul Merci. La première est la coauteure du deuxième. Elle m’a envoyé un message accompagné d’un lien avec quelques chansons. Intéressantes, variées, noie souvent, voire étranges. Ce que j’aime dans la chanson française. Justement, la première chanson écoutée s’intitulait ainsi « Chansons Françaises ». J’ai demandé à Sarah Zine de m’envoyer l’EP du monsieur. Écouté et largement apprécié. Coïncidence, un peu plus tard, Paul Merci a fait parti des 22 demi-finalistes du Prix Georges Moustaki. J’ai convié le 13 février, Paul Merci et Sarah Zine à l’agence pour me présenter leur projet.

Sinon, jetez un coup d’œil ici, vous pouvez l’aider à réaliser le clip officiel de "Chansons Françaises".

La page Noomiz de Paul Merci.

375429_520313774654786_710829992_n.jpgExtrait de sa biographie officielle (un peu modifiée) :

C’est au théâtre qu’il fait ses premiers pas d’interprète. Amoureux de la scène, il est alors sur le point d’intégrer une troupe professionnelle de comédiens. Le choix est difficile, mais il décide finalement de se consacrer entièrement à la musique. Durant cinq ans, il va travailler sa voix avec rigueur en prenant des cours de chant lyrique. En parallèle, il commence à écrire et composer. À vingt ans, il enregistre huit titres. Par la suite, les projets qu’on lui propose ne correspondent plus à sa sensibilité et Paul n’est pas prêt à faire de concession. Pour cette raison, il préfère travailler dans le milieu de la mode et délaisse ses projets artistiques.
Les années passent jusqu’au jour où il découvre, presque par hasard, l’album de Dani «Laissez-moi rire»… ce sera le déclic ! Au fil des rencontres, il s’entoure d’une famille d’artistes avec laquelle il décide de préparer son premier album. La première à le rejoindre dans ce projet est l’auteure Sarah Zine qui écrit avec lui plusieurs titres. Tous les deux se plaisent à dire qu’ils vouent un culte quasi « insensé » à la langue française et qu’il aurait été inconcevable d’écrire dans une autre langue.

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Interview :
Tu as eu deux vies musicales, Paul, il me semble.

J’ai commencé à faire de la variété, mais j’ai une formation lyrique au départ. Aujourd’hui, ce n’est plus ma façon d’envisager l’interprétation. Je vais plus rechercher l’intention que la performance. L’intensité, elle est plus dans la présence et dans la façon de ressentir le mot. Musicalement, ce que j’écoute et ce qui me fait vibrer, ce sont des gens qui n’ont pas des voix puissantes, mais qui me touchent vraiment. Gainsbourg, Dani, Biolay ou encore Barbara Carlotti, qui elle aussi a une formation lyrique.

Avant de sortir cet EP, tu as toujours été dans le milieu de la musique ?

Oui, mais ça a toujours été ma deuxième vie. J’ai travaillé longtemps dans la mode. Je faisais de la distribution de prêt-à-porter haut de gamme et luxe. Aujourd’hui, je suis coach sportif au quotidien. J’essaie de faire ce que j’aime et m’écouter. J’ai la chance de pouvoir atteindre à chaque fois ce qui me fait plaisir. C’est assez grisant.

La première chanson que j’ai entendue de toi, c’était « Chansons Françaises ». Une chanson qui,  je l’espère, est au second degré. 

C’est à 99% du second degré. Le texte est de Sarah. Un soir que nous travaillions ensemble, je lui ai expliqué que parfois, quand je disais aux gens que je faisais de la chanson française, ils aient un mouvement de recul, un peu comme si j’annonçais que j’avais une maladie et que j’allais mourir demain. Parfois, j’en ai été décontenancé, blessé même… Sarah m’a dit qu’elle savait de quoi je parlais parce qu’elle avait vécu la même chose. Du coup, elle a eu l’idée d’écrire une chanson dans laquelle elle me met à la place des gens qui critiquent la chanson française. Le texte et la gageure m’ont tout de suite plus.

Ceci n'est pas le clip officiel de "Chansons Françaises".

Mais certaines personnes ne connaissent pas le second degré.

Il y a un double sens et il peut ne pas être compris. Mais, je fais confiance à l’intelligence des gens. Il y en a beaucoup qui creusent, tu sais. S’ils s’intéressent à qui est Paul Merci et quel est son identité aujourd’hui, ils n’auront qu’à lire ma biographie et ils sauront que je défends avant tout la langue française et la chanson française.

Cover_simu4-400x400.jpgLes gens que j’ai cités tout à l’heure, Carlotti, Biolay, Gainsbourg, sont-ils tes références absolues ?

Ces artistes-là me donnent plus une impulsion qu’une influence. À aucun moment je n’ai voulu ressembler à qui que ce soit et à aucun moment je n’y pense quand on écrit, quand on compose, quand on bosse sur les arrangements. Ça me donne juste envie de faire de la musique et de dire ce que j’ai à dire et de chanter à ma façon. Je ne suis pas là pour copier ce qui existe déjà.

Je sais que tu te sens proche de l’univers de Barbara Carlotti.

Depuis que son dernier album est sorti, je ne cesse de l’écouter. Je l’ai encore écouté ce matin. Ce disque à l’élégance folle est magique pour moi.

Sarah, toi, tu écris la plupart des textes de Paul. Tu manies bien le second degré, je trouve.

J’aime que les choses soient implicites, un peu poétiques. Je n’aime pas ce qui est trop prosaïque. En général, c’est vrai que je n’aime pas dire clairement.

Et toi Paul, ça te convient ?

Moi, je dis souvent les choses trop clairement, du coup, on a trouvé une combinaison qui est complémentaire. Comme on écrit beaucoup ensemble, elle met beaucoup de nuances à mon côté direct et parfois, je me mets un peu plus de directs à son côté plus nuancé.

Sarah, ton égo d’auteur n’est-il pas trop malmené ?

Avant, je n’avais pas envie de coécrire. Avec Paul, je me suis rendu compte que cet exercice était intéressant. Il apporte quelque chose de nouveau à mon écriture parce qu’il a beaucoup de talent.

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(Photo : Richard Boyer)

Mais, toi Paul, tu n’aurais pas pu écrire seul ?

Je n’avais pas envie, surtout. Pour moi, le partage dans la vi est primordial, quoi que je fasse. J’avais envie de me lancer sur ce nouveau projet, mais d’avoir un échange avec des gens qui pouvaient comprendre comment je vivais les choses et qui pourraient les vivre avec moi, mais naturellement, sans rien leur imposer. Avec Sarah, dès notre première conversation téléphonique, ça a été une évidence qu’il fallait qu’on travaille ensemble. Pour moi, c’est clairement notre projet et j’aime le rappeler.

Sarah, tu écris pour un homme. Il faut que tu te mettes à la place d’un homme ?

J’essaie d’écrire des choses assez universelles. Je ne me pose pas cette question. Cela étant, comme on commence à bien se connaître, je sais ce qui lui correspond. Je sais aussi ce qui va lui plaire et ce qui ne va pas lui plaire.

Paul, c’est amusant parce qu’avec ce que j’ai entendu et vu sur toi, chansons et clip, je m’attendais à accueillir un ténébreux, voire un taiseux. Je ne m’attendais pas à quelqu’un de souriant et de vif.

Peut-être que tu reçois une partie de Paul Merci et de Michael Comparato, mon vrai nom ? J’adore jouer de cette dualité. J’aime bien me projeter dans différents univers et ne pas avoir qu’une image. Même musicalement, il y a vraiment des ambiances différentes. Je ne voulais pas d’un disque linéaire qui ennuierait la personne qui l’écoute. Une chanson pour chaque état d’esprit de chaque jour parce que chaque jour est différent.

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(Photo : Cédric Paris lors du tournage du clip d'"On se croise").

Pour cet EP, vous vous êtes associés également à Philippe Bresson et David Granier ainsi qu’à Bidge, chanteur de Red Lili, pour réaliser certains arrangements. La chanteuse du groupe Magnolia, Jessica Maurin, interprète au côté de Paul « On se croise ». Ces 6 titres sont-ils annonciateurs d’un album à venir ?

Les titres sont en cours et nous en sommes très fiers. Ils sont pas mal avancés. Comme tu dois le savoir, nous ne sommes pas signés aujourd’hui et ce n’est pas tout le temps simple financièrement. On avance donc par étape. Tranquillement, mais sûrement.

Le clip d'"On se croise".

Le clip d’une des chansons les plus noires de l'EP,  « On se croise », est intéressant et... surprenant.

On a rencontré des jeunes super talentueux et humainement, ça a marché tout de suite. C’est toujours délicat de se retrouver devant une caméra. Je n’ai pas l’habitude. Ce clip m’a permis de retrouver les sensations que j’ai eues quand j’étais comédien. J’ai fait 8 ans de théâtre et ça m’a fait du bien de jouer un rôle.

« Rose for Dani » est un hommage à la chanteuse Dani.u0602498323175.jpg

Dani a cette faculté de donner un sens à chaque mot. Quand je l’écoute, j’ai l’impression d’une page qui s’ouvre avec le dictionnaire et tout le sens du mot. C’est l’artiste qui m’a permis de remettre le pied à l’étrier. J’ai traversé un long moment où je me remettais en question musicalement. Je suis allé chez un disquaire un jour, je voulais acheter un album d’Étienne Daho et je suis tombé par hasard sur un CD de Dani, Laissez-moi rire. Je l’ai acheté, je l’ai mis dans la voiture et j’ai été touché dès la première écoute. Ça l’a inspiré et ça m’a donné envie de recommencer.

Quel est l’enjeu de cet EP ?

C’était de faire de la chanson française qui puisse être entendue par plein de monde. La chanson française est parfois regardée de travers. Des gens la prennent en grippe parce qu’ils ne la comprennent pas. Les gens ont l’impression qu’elle cloisonne les gens et les genres. Moi, j’ai voulu faire une chanson française qui ouvre les champs d’écoute.

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16 mars 2013

CD'aujourd'hui : Volo pour "Sans rire"

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Le 23 novembre 2012, je me suis rendu à La Cigale pour interviewer les frères Volo pour CD’Aujourd’hui (qui n’a été diffusé sur France 2 que le mercredi 13 mars 2013 pour coïncider avec la date de sortie de l'album. 4 mois après, donc). Avant de vous proposer de regarder l’émission, voici ma chronique sur l’album Sans rire publié dans Le magazine des espaces culturels Leclerc daté du mois de mars 2013.

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 Pour voir l’émission CD’Aujourd’hui consacrée à Volo, cliquez ici.

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Dans les coulisses de La Cigale après l'interview.

14 mars 2013

Aymeric Patricot : Interview pour L'homme qui frappait les femmes

Dans son dernier livre, Aymeric Patricot aborde la violence à l'égard de la femme. L'homme qui frappait les femmes est son troisième roman. Un roman-choc qui bouscule les consciences. Ce livre n’est rien de moins qu’une confession, celle d'un maudit. On ne peut absolument pas sortir indemne de cette lecture.

Je connais Aymeric Patricot depuis 2006. Je l’avais mandorisé pour son premier roman, Azima la rouge. Puis nous nous sommes croisés parfois, chez lui… où ailleurs. Quand j’ai lu le titre de son nouveau livre, je me suis posé beaucoup de questions. Qu’arrive-t-il à Aymeric Patricot ? Qu’est-ce que c’est que ce livre au titre provocateur ? Puis, j’ai lu. Et largement apprécié… et j’ai compris sa démarche. Je lui ai demandé de me rejoindre à l’agence pour en parler… ce qu’il a fait le 18 février dernier.

aymeric patricot,l'homme qui frappait les femmes,interview,mandor4e de couverture :

« Je ne chercherai pas dans ce livre à me justifier ni même à présenter les choses sous un jour avantageux pour moi. Je ne ferai pas non plus l’apologie de ce que j’ai commis. Je comprends qu’on m’en veuille et, dans une certaine mesure, je comprends qu’on fantasme ma mort. (…) Je tiens d’ailleurs à m’excuser pour la véritable indécence que constitue ma vie. Je suis bien obligé de constater que ce défaut dans mon caractère m’a valu des succès… ».

Présentation de l’éditeur :

Ce roman est la confession d’un maudit. Dès l’adolescence, et les premiers émois amoureux, un désir irrépressible de frapper les femmes l’a emporté dans une chute sans fin. Il vivra désormais face à l’horizon indépassable du malheur d’autrui et de l’horreur d’être soi, sans échappatoire, comme prisonnier de lui-même, de la force inconsciente qui le gouverne. Quand l’heure de payer sera venue et que la violence se retournera contre lui, il n’aura d’autre solution que d’accepter cette terrible justice ; de bénir ce qui le débarrassera enfin de lui-même.

Dans sa postface, « L’insoutenable », Aymeric Patricot approfondit les questions que soulève ce roman-choc, d’une noirceur fascinante. Quelle part d’humanité demeure quand le mal emporte une vie ? Quelle est cette zone de nous-mêmes d’où sortent les pires pulsions ? Il prouve ainsi, à la fois en confirmant qu’il est un des romanciers les plus puissants de sa génération et en se montrant capable de prolonger son travail sur le plan théorique, que la littérature demeure un des instruments les plus féconds de connaissance de l’humain.

L’auteur :

Aymeric Patricot est professeur de lettres et enseigne à La Courneuve. Il est l’auteur de deux romans : Azima la rouge, chez Flammarion, en 2006, Suicide Girls, chez Léo Scheer, en 2010, et d’un essai : Autoportrait du professeur en territoire difficile, chez Gallimard, en 2011.

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Interview :

Quand on te connait, on se demande pourquoi tu as écrit un livre de cette nature.

Je ne pense pas être d’un tempérament violent et du coup, pour moi, il y a un côté exotique à la violence, c’est un truc un peu mystérieux et inquiétant, complètement détaché de moi. Du coup, il y a un plaisir romanesque à imaginer ce que cela pourrait donner. Dans mon précédent livre, Suicide Girls, je parlais du viol, donc j’avais une compassion pour les personnes qui en ont été victimes. Du coup, comme je parlais de la psychologie des agressées, j’ai basculé dans la logique inverse qui est ce que ressent l’agresseur. Est-ce que la psychologie de l’agresseur est si distincte de la psychologie de l’agressée ?

Dès le titre de ton livre, on est interpellé, voire choqué.

C’est un titre qui allait de soi. Je crois que je l’ai trouvé avant d’avoir écrit le roman. Je ne l’ai jamais changé. Ce titre dit les choses et ça va bien avec le roman qui va à l’essentiel.

Le narrateur explique dès le début du livre qu’il n’a pas vécu de violences dans sa jeunesse, qu’il ne reproduit pas ce qu’il a vu.

Je ne voulais pas un personnage à qui on trouve des excuses. Je ne voulais pas qu’il puisse justifier tout ce qu’il fait. Il n’est même pas misogyne, ce qu’il fait, c’est de l’ordre de la pulsion pure. C’est un psychopathe. S’il s’attaque uniquement aux femmes, c’est qu’en plus, il est un peu lâche. C’est ce mélange de pulsions gratuites et de lâchetés qui fait ce personnage.

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Il se rend compte qu’il aime battre les femmes quand il gifle sa première petite amie, Christelle.

Il remarque qu’il n’y a pas de conséquences et que personne ne le sait. Il y gagne une certaine assurance. C’est quelqu’un de très banal et violenter comme ça lui donne de l’épaisseur. Tout se décide à ce moment-là. Sa vie prend du relief parce qu’il donne quelques coups et qu’il s’en sort pas si mal. Du coup, avec le temps, ça va s’approfondir.

Très vite, il ne va plus se contenter de gifles, mais s’il devient un véritable prédateur, il n’a jamais tué.

Oui, même s’il y a une ou deux scènes où il esquinte des filles qui restent sur le carreau. On ne sait pas trop dans quel état elles sont. A priori, effectivement, il ne franchit pas ce pas-là. Mais il est presque pire qu’un meurtrier parce qu’il fait réellement souffrir. Parmi les autres limites, s’il bat sa femme, il ne bat pas ses propres enfants.

Mais Aymeric, on n’écrit pas ce genre de livre sans raison…

J’ai pu observer ou vivre des situations de violences dans ma vie qui m’ont marqué, du coup, ce livre est peut-être un exutoire, c’est vrai.  Et puis, tu sais, il y a toute une tradition littéraire du personnage indéfendable. L’étranger de Camus, c’est quand même un type qui commet un crime gratuitement. Et je ne parle même pas des héros de Easton Ellis. Finalement, on est habitué en littérature contemporaine à lire des romans épouvantables. On est baigné là dedans : les vidéos ultras violentes, les films ultras violents, la littérature américaine ultra violente, ce que j’appelle la littérature punk. J’ai envie de m’inscrire dans cette tradition-là.

Mais, je sais que tu voulais que ce soit un livre de bonne tenue et bien écrit.aymeric patricot,l'homme qui frappait les femmes,interview,mandor

L’essai à la fin, L’insoutenable, est très littéraire. Et quand le personnage fait son auto portrait, ce sont des pages qui sont écrites avec beaucoup de soin. Ce n’est pas de la littérature gratuite, sujet-verbe-complément. Je voulais aussi un livre stimulant. C’est un peu glauque, mais on le lit vite et on peut avoir du plaisir parce que ce n’est pas complaisant.

Parfois, c’est fou, on s’habitue au personnage alors que c’est une ordure, quand même.

Finalement, c’est un type qui a un quotidien glauque comme pas mal de gens. Il a une femme, des enfants et il s’en veut de leur faire subir ce côté-là de sa personnalité. Il a quelques côtés un peu humains, il s’en sort plutôt pas mal et sa vie sociale n’est pas si différente de la nôtre.

Il fait partie d’une association qui vient en aide aux femmes maltraitées. Il y exerce même une charge importante.

Dans la journée, il aide les femmes battues et le soir il les tape. Je pense que les pervers peuvent offrir un visage très rieur au quotidien et cacher le fait qu’ils commettent des saloperies. Le fait qu’il soit dans cette association, on peut l’interpréter de deux manières. Ça peut être une manière de se racheter un peu, mais je pense que lui, c’est plus pervers que ça. C’est une forme d’amusement. Il prouve ainsi que la vie est un joyeux bordel et qu’on peut faire facilement illusion en menant des vies paradoxales. Il se dit que tout ça, c’est un peu de la comédie. Bon, il y a des scènes où je montre qu’il est pris en tenaille par ses deux vies et qu’il a du mal à gérer tout ça.

On comprend chez le narrateur que la violence est un substitut de la sexualité.

Ça le fait plus triper que l’acte sexuel. Il a une vie sexuelle normale avec sa femme, mais son grand truc, c’est la violence avec les autres femmes.  À un moment, il dit : « Finalement, j’ai aimé les femmes. Toute ma vie aura été gouvernée par mon rapport avec les femmes. Je les aurais frappées, mais est-ce que ce n’est pas une forme d’amour ? Je ne les déteste pas, je prends juste plaisir à les frapper. » Il développe tout un art de la violence.

Est-ce un livre compliqué à écrire ?

Je l’ai écrit très facilement et d’une traite. Quand je me suis intéressé à des thèmes proches, je me suis dit qu’il fallait que j’écrive là-dessus. Après, c’est plus délicat de le vendre aux éditeurs et de le défendre dans la vie quotidienne auprès de ses proches. Les éditeurs « classiques » ont été choqués et n’ont pas eu envie de le publier. Sinon, c’est vrai que je passe beaucoup de temps à expliquer ce n’est pas autobiographique.

Dans la postface intitulée L’insoutenable, tu dis que « lorsqu’on publie un tel roman, il est inévitable qu’on se pose la question de votre équilibre mental. Les gens cherchent des points de correspondances avec la biographie de l’auteur ».

En toute honnêteté, je n’ai jamais eu le fantasme de battre des femmes, mais ça doit correspondre à l’inversion de choses vécues. Même dans mon métier, je suis prof en banlieue. Toute la violence que tu te prends au quotidien psychologiquement ou même physiquement, à un moment, tu l’investis dans une fiction. Je le répète, c’est une sorte d’exutoire. Une sorte de métaphore littéraire. D’ailleurs, je tiens à préciser que c’est moins un roman sur la violence faite aux femmes que sur le surgissement pulsionnel.

aymeric patricot,l'homme qui frappait les femmes,interview,mandorMais dans Suicide Girls, ton précédent roman, il y avait déjà de la violence faite aux femmes.

Je pense qu’il y a un biais éditorial. J’écris des textes plus classiques, mais qui ne sont pas toujours pris. Des textes même tendres et poétiques. Je pense que je n’écrirais plus des livres « rentre dedans » comme ces deux-là. C’est le dernier très fort autour de ce thème. Je vais m’adoucir.

Tu es professeur de lettres. Que tu sortes un livre comme celui-ci n’est pas gênant par rapport à tes élèves et même peut-être par rapport à l’éducation nationale ?

Les adolescents sont beaucoup plus ouverts et moins moralisateurs que les adultes. Ça pose plus un problème vis-à-vis de l’administration, en effet. J’avais donné Suicide Girls à mon précédent proviseur. Il avait été un peu surpris, mais il a bien compris que c’était un roman.

Tu envisages la littérature comment ? J’ai l’impression que tu veux toujours provoquer.

Je ne cherche pas à heurter délibérément. Par contre, j’aborde des thèmes délibérément un peu dérangeants, c’est vrai. Je mets les pieds dans le plat.

Comment est reçu médiatiquement L’homme qui frappait les femmes ?

Je suis surpris parce qu’avec Suicide Girls, j’ai fait un bide. Un vide journalistique total. Personne n’a fait même l’effort de le lire. Je m’étais dit qu’avec celui-là, il allait en être de même. En fait non, ce roman a beaucoup plus d’échos. Je suis invité à la radio régulièrement pour en parler parce que c’est un thème qui recoupe certaines questions sociologiques.

Était-il essentiel d’écrire l’essai L’insoutenable?

Premièrement, je ne voulais pas que l’on dise que j’étais uniquement dans la provocation. Deuxièmement, le roman est court, assez sec, je trouvais que c’était maigre pour un livre. Autant L’homme qui frappait les femmes, je l’ai écrit rapidement, autant L’insoutenable, je l’ai muri pendant des mois. C’est une écriture beaucoup plus lente et beaucoup plus personnelle. Je suis content d’avoir publié les deux parce que ça dissipe tout malentendu et j’ai moins de scrupule à le publier. J’aurais moins assumé ce livre sans l’essai.

L’écriture du roman est vive, rythmée, sans fioritures.

C’est vrai, mais j’insiste sur ce point, je ne voulais pas que ce soit un roman pauvre stylistiquement. C’est un type qui a une vie bourgeoise, donc il écrit bien. La littérature, c’est aussi le plaisir des mots. Je ne ferais jamais du trash vulgaire facile.

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12 mars 2013

Albin de la Simone : interview pour Un homme

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(Photo : Christophe Mereis)

Depuis 2003, Albin de la Simone a publié trois albums, aux chansons à la fois pop et singulières. Ses concerts, en solo, en orchestre à cordes, clavecin, combo pop ou même en duo avec le pianiste classique Alexandre Tharaud, sont toujours l'occasion de revisiter son répertoire et d'expérimenter de nouvelles trouvailles. De la Simone est aussi musicien, producteur ou arrangeur pour d'autres chanteurs : Vanessa Paradis, Alain Souchon, Keren Ann, Arthur H, Mathieu Boogaerts, JP Nataf, Iggy Pop, Alain Chamfort, Salif Keita...

Albin de la Simone est l’homme de très nombreux projets. Tant que je me refuse de les énumérer. Par contre, vous pouvez consulter sa fiche Wikipédia, elle est impressionnante.

Sinon, bon, il a déjà été mandorisé pour son précédent album, Bungalow !

537946_10152423438255201_941771756_n.jpgExtrait de la présentation officielle de l’album Un homme :

« Dans son quatrième disque, il évoque tour à tour, dans un savant mélange de fiction et de vécu, un aménagement, un enterrement, un père qui ressent sur lui le poids de ces responsabilités, un mariage, un amour éteint et un endormissement, sans trop en dire, en restant flou. Albin de la Simone a bouleversé sa façon d'écrire. Plutôt que de s'isoler du monde, « Un homme » est le résultat d'un travail continu où l'écriture s'est intégrée dans sa vie quotidienne. Pour la première fois également, beaucoup de chansons sont nées sur scène, lors des nombreux concerts que l'artiste a pu donner.

Le 17 février dernier, je suis allé à la rencontre de l’artiste, dans le studio même où il a conçu Un homme, au 104 (lieu de création et de production artistique dans lequel il est en résidence depuis 2 ans).

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Albin de la Simone, le jour de l'interview, dans le studio où il a concu l'album Un homme.

Interview :

Ton album est d’une élégance rare. J’ai l’impression qu’il plait à tout le monde.

C’est ce que les gens me disent. Je suis content. C’est super agréable une telle unanimité. J’en ai chié pour le concevoir. Je l’ai écrit ici. J’ai des souvenirs de doutes… profonds.

Quand on te dit que cet album est certainement le plus abouti, voire ton meilleur, tu ne dois pas comprendre pourquoi…

Je vois ce que j’ai cherché à faire dans celui-là que je ne cherchais pas à faire dans les précédents. Chaque album est une tentative différente. Je suis dans une période de la vie dans laquelle je me sens plus en harmonie avec moi-même et moins complexé sans doute. Je peux comprendre qu’à un moment les faisceaux se croisent et que le timing soit bon entre ce que je suis à l’intérieur et ce que j’ai envie de faire.

Clip de "Mes épaules".

Ton premier single «Mes épaules » déclenche une vague d’enthousiasme.

C’est la chanson ambassadrice de l’album, il me semble, d’après ce que j’entends. Elle a l’air de toucher d’autres gens que moi pour les mêmes raisons qu’elle me touche moi. C’est marrant, je me dis : « Tiens ! J’ai peut-être réussi une chanson. » Tu sais c’est rare une chanson qui arrive à résonner auprès de beaucoup.

Habituellement, tu pars au bout du monde pour créer un album. Là, tu es tout fait ici, où nous sommes.

Je voulais plus d’harmonie dans ma vie. Je ne voulais plus, pour parvenir à créer, devoir partir à 5000 bornes. Je commençais à trouver ça un peu bizarre en fait. J’ai eu envie d’essayer autre chose.

Dans « Ma crise », tu parles de toi un peu plus frontalement.

Je suis comme ça. Inconstant. Je suis toujours en train d’essayer des combinaisons qui marcheraient mieux dans ma vie. Je m’adresse à quelqu’un en disant : « Supporte-moi, je t’en supplie.  Je suis chiant avec ça, mais je suis comme ça… on va s’y habituer. » La crise, il faut aussi prendre ce mot au sens littéral. C’est la crise en permanence. Dans les années 80, on en parlait déjà. Il ne faut pas espérer en sortir, il faut juste intégrer que c’est tout le temps la galère, c’est toujours la merde et on est toujours inquiet pour nos enfants, comme la génération d’avant était inquiète pour nous. C’est toujours la panique. Grandir, c’est intégrer tout ça et vivre dans cette espèce de chaos.

Albin de la Simone interprète "Ma crise" pour Le Live, l'émission musicale du Figaro.

Ça t’amuse la perception différente qu’ont les gens de tes chansons…

Oui. Et je joue de plus en plus avec ça. J’adore laisser des vides intersidéraux entre certaines informations qui sont dites et le principal qui n’est pas dit. Dans « La fuite », on ne sait ni qui je suis, ni si j’ai déconné, qu’est-ce que j’ai fait, à qui je le dis… En fait, on ne sait rien. Cette chanson est aussi ambigüe que romanesque. J’adore de plus en plus ce processus d’écriture.

Est-ce que l’on peut affirmer que cet album est celui qui te ressemble le plus ?

J’ai changé au fur et à mesure des albums, mais chaque album était conforme à ce que j’étais quand je l’ai fait. J’espère évoluer. Je suis très critique sur moi-même, sur ce que j’étais il y a 5 ans et les disques que j’ai faits à cette époque. Je me sens plus équilibré, alors, chouette, mon disque à l’air plus équilibré.

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As-tu été un peu parasité par le succès de tes potes autour de toi.

Oui, en effet. Mais, j’ai aussi été parasité par le côté rock que j’ai abordé à un moment. J’ai eu l’envie moi aussi de faire bouger, comme mon ami Mathieu Chédid. Aujourd’hui, j’ai compris quelle était la place où je suis parfaitement installé et où, visiblement, on me comprend mieux.

Quelle est cette place ?

C’est assis derrière un clavier. C’est en chantant assez calmement, souvent même en acoustique, sans micro. Je crois que je suis plus fort dans les formes intimes et douces. Si je ne fais que ça, je me rends compte que tout va bien.

En concert, tu t’en rends compte ?

Je m’en rends compte principalement en concert. Depuis que je suis passé à une version acoustique, puis à une version solo, j’ai découvert ce qui était le ciment entre moi et le public. C’est un truc que je ne peux plus détruire. C’est devenu mon noyau. Pour résumer, j’ai trouvé mon noyau et il est plutôt calme.

65402_10151355836095201_325950078_n.jpgJe suis sûr que c’est l’album qui va te révéler à un public plus large.

La chanson « Mes épaules » passe à la radio. Ça me plait. Et ça me plait qu’elle plaise. Après, ma vie est tellement dense, tellement remplie, je suis tellement content de tout ce que je fais et que l’on me propose de faire, je n’espère pas grand-chose de plus. Je n’ai pas de souffrances, ni frustrations professionnelles. Un succès public plus grand pourrait changer des trucs, mais en même temps, je ne manque pas d’argent, je ne manque pas d’amour et artistiquement, je m’éclate. Je ne dis pas que je ne veux pas avoir plus de succès, je dis juste que, déjà, tout va bien.

Comment cela ? Tu es heureux ? Il ne faut donc pas souffrir pour créer ?

Ce sont des conneries de s’imaginer qu’il faut être dans la douleur pour écrire. Moi, je gamberge tout le temps quand même, d’ailleurs, on le sent bien dans ce dernier disque, c’est le fruit de quelqu’un qui gamberge.

Il y a des chansons dans lesquelles on sent que tu prends un malin plaisir à emmener l’auditeur quelque part, et en fait non. C’est ailleurs…

Tu trouves que je le fais plus que les autres ?

Tu le fais pas mal.

Je n’en ai pas conscience en fait. Mais je ne peux pas n’être que moi qui raconte mes petites histoires. Ça manquerait de relief si tout était au premier degré. L’idée d’inventer des histoires, j’adore ça. En même temps, j’aime bien dire « moi je », même si c’est « lui il ». J’aime bien qu’on puisse imaginer que la personne qui chante vit tout ça. Mes personnages, je les incarne. Par contre, je suis très peu expressif dans mon chant, mais donc, dans le texte, j’y vais à fond.

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Photo : La presse.

Il a quelques invités dans cet album. JP Nataf par exemple… et ce n’est pas la première fois.

Il n’était pas présent sur les disques précédents officiellement, mais il a toujours été là depuis mon premier album. Il écoutait mes maquettes, a toujours critiqué et s’est toujours impliqué. Il m’aidait en temps que pote. Mais là, j’ai eu envie vraiment de son jeu de guitare inimitable.

Et la présence d’Alexandre Tharaud… toi qui es pianiste, c’est inattendu.

Quand on connait Alexandre, on n’est plus pianiste. Le piano que je lui ai demandé de jouer n’est pas du tout un piano virtuose, mais il a une telle façon de jouer qu’il est inégalable. Ce qu’il joue dans mon disque est très simple, mais il le joue avec un touché exceptionnel. La différence, c’est la manière dont il enfonce les touches. Il y a une âme, une profondeur que moi je n’aurais pas su mettre.

Et la présence d’Emiliana Torrini ?

C’est ma chanteuse préférée. Je me suis dit, pourquoi ne pas appeler ma chanteuse préférée ? Je lui ai écrit, lui ai raconté mon admiration et lui ai envoyé ma chanson. Coup de bol, elle y a été sensible. On fait de la musique, on fait de l’art… je suis désormais convaincu qu’il faut être ambitieux. Quand on fait de la musique, il faut être au-delà d’exigeant. Il ne faut lésiner sur rien. Après ce sont des questions de thunes, je sais bien, mais tant qu’on peut, il faut pousser la qualité le plus loin possible. L’exigence paye immédiatement.

L’exigence te permet de travailler pour d’autres artistes.

Quand je travaillais pour Vanessa Paradis et que je réarrangeais ses morceaux pour la tournée qu’on a faite, elle m’a surpris parce qu’elle m’a dit : dis donc, tu ne lâches pas. Elle m’a donné une chance de m’exprimer à travers elle. Je peux dire qu’elle m’a vraiment incité à être exigeant. Après mon expérience avec elle, je me suis dit qu’il était temps que je me considère moi-même et que je me traite avec autant d’exigence que pour elle.

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On y croit au duo? Hum...