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23 mars 2013

Erwan Larher : interview pour L'abandon du mâle en milieu hostile

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(Photo : Sandra Reinflet)

Erwan Larher fait partie des auteurs que je suis avec beaucoup d’attention depuis le départ. J’aime l’homme autant que son œuvre. Ainsi, voici la troisième mandorisation (les deux premières sont là) à l’occasion de la sortie de son livre L’abandon du mâle en milieu hostile. Erwan Larher est venu à l’agence le 27 février 2013 (avec des kouign-amann) et sa coupe légendaire, dont la réputation dépasse désormais les frontières.

erwan larher,l'abandon du mâle en milieu hostile,interview,mandor4e de couverture :

« Je te haïssais. Avec tes cheveux verts, sales, tu représentais tout ce que j’exécrais alors : le désordre, le mauvais goût, l’improductive et vaine révolte juvénile. Tu malmenais ta féminité dans des hardes trouées, des guenilles comme jetées au hasard sur ton corps. Si tu avais été ma sœur, papa t’aurait reniée. J’aurais voulu te voir traînée par les cheveux hors des salles, sous les injures, et rejetée au loin, loin de mon monde ; j’aurais souhaité te voir lavée à grande eau dans la cour et tes nippes brûlées dans un grand autodafé ; j’aurais aimé... Mais rien. Rien que tolérance démocratique et muette réprobation. J’enrageais. »

La suite ? Explosive. Entre la fille fantasque, rebelle, et le jeune garçon trop sage se noue une histoire d’amour dans laquelle celui-ci se jette à corps perdu, émerveillé.
Dans la France en pleine mutation du début des années 80, où le fric, les paillettes et les faux- semblants remplacent peu à peu les idéaux, le narrateur découvrira – tragiquement – un tout autre visage de sa belle compagne...

L’auteur :

Après avoir travaillé dans l’industrie musicale, Erwan Larher décide de se consacrer à sa vocation d’écrivain. Auteur de deux premiers romans remarqués, Autogenèse et Qu’avez-vous fait de moi ?, il est également parolier et dramaturge.

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Interview :

J’ai l’impression que ce nouveau livre est plus limpide que les précédents.

Je crois que c’est l’histoire et le personnage qui commandent le style. C’est effectivement une histoire moins complexe narrativement que Qu’avez-vous fait de moi et Autogenèse où il y avait de nombreuses couches de narration et où on n’avait un peu de mal à savoir qui parlait et qui disait la vérité. Dans L’abandon du mâle en milieu hostile, je raconte l’histoire d’un couple. L’histoire est plus simple, donc forcément, ça te parait plus limpide.

À quoi on sert dans ce monde ? Faut-il lutter, pas lutter ? Ce sont quelques-unes des questions que ce livre pose.

L’importance des idéaux aussi. C’est rigolo parce que chaque journaliste prend ce livre par un angle particulier.

Ce livre est plus riche qu’il en à l’air.

Il questionne sur l’amour, le sentiment amoureux, le couple, les idéaux, la famille, notre place dans le monde, la lutte, comme tu viens de le dire, la société…

erwan larher,l'abandon du mâle en milieu hostile,interview,mandorC’est un livre que tu as commencé il y a longtemps.

J’ai souvent des textes en cours. Je les laisse reposer, je les reprends, je les laisse de nouveau reposer, je les reprends, parfois, je les oublie complètement. Pour celui-là, c’est une histoire dont je me disais que je ne ferais rien. Je l’ai commencé en 1993, c’est te dire s’il n’est pas nouveau. Évidemment, si tu lis ce que j’ai écrit en 1993 et le texte publié aujourd’hui, ça n’a plus rien à voir.

L’action se situe en 1977.

Le cadre social, les moyens de communication n’étaient pas les mêmes. Il y avait moins de moyens de savoir ce qu’il se passait ailleurs, de s’ouvrir l’esprit. Il n’y avait pas de portables, pas Internet et il n’y avait que deux chaines et demie à la télévision. Quand tu étais à Dijon, je ne suis pas sûr que tu savais ce qu’il se passait à Paris de manière très rapide.

Pourquoi Dijon ?

C’est une ville riche avec une petite bourgeoisie locale. C’était la ville idéale pour servir mon histoire. C’est une ville viticole et généralement, là où il y a du vin, il y a de l’argent.

L’histoire commence dans une classe. Une punk aux cheveux verts arrive dans la classe du narrateur. Immédiatement, son réflexe est de la haïr.

Je pense plutôt qu’il veut la haïr. C’est une sorte d’auto défense. Pour lui, c’est imaginable que ce genre de fille pénètre dans son univers, aussi près de lui.

Il va être obligé de travailler avec elle pour un exposé et va tomber raide dingue d’elle.

C’était quelqu’un d’un peu niais et il tombe face à face sur cette jeune fille qui sort de la douche complètement nue. Est-ce que c’est une mise en scène ? Est-ce qu’elle l’a fait exprès ? À partir de ce moment-là, en tout cas, il y a chez lui une ligne de défense qui vole en éclat. Je crois que souvent l’amour est névrotique, alors a-t-il trouvé un pansement à sa névrose ? Je ne peux pas vraiment répondre.

J’ai adoré ses différentes méthodes pour la séduire. L’insistance, ensuite l’indifférence, le mépris…

Ce sont des tactiques qu’on a tous mises en œuvre, avec plus ou moins de succès.

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Pour résumer, ils vont vivre en couple, s’aimer et il va finir par découvrir des choses… disons graves. À partir de ce moment, il va se demander pourquoi, elle, elle l’a aimé.

C’est lui qui écrit, c’est lui qui raconte, donc tout ce qu’on sait de lui, c’est ce qu’il dit de lui. Si ça se trouve, il a des qualités dont il ne parle pas. Lui ne se trouve pas très beau, mais elle, elle lui dit que si. On ne sait pas s’il est vraiment comme il se décrit, mais on comprend qu’il n’a pas une très haute opinion de lui-même depuis qu’il l’a rencontré.

Ils restent ensemble pendant 6 ans, ce n’est pas rien.

Oui, c’est beaucoup. On ne reste pas avec quelqu’un aussi longtemps sans raison. La question, c’est plutôt, était-elle capable d’aimer ? Comment ? Ça ne veut pas dire la même chose pour chacun de nous. Il y a des gens pour lesquels il faut que ce soit passionnel, enflammé… pour eux, si ce n’est pas ça, ce n’est pas de l’amour. Il y a des gens qui sont plus austères, plus protestants dans leur manière d’exprimer et vivre ses sentiments. Est-ce que cet amour-là à moins de valeur que l’autre qui est explosif et tout feu, tout flamme ?

Ce livre raconte l’histoire d’une rencontre entre deux êtres solitaires.

La lucidité rend solitaire, qu’on le veuille ou non. Elle, elle ne se raconte pas d’histoire sur le monde qui l’entoure, au contraire. À un moment, quand tu es à la fois lucide et exigeant, tu te coupes du monde.

Le père du narrateur, quand il arrive ce qui arrive (et que je ne peux pas dévoiler ici), lâche son fils.

Je ne juge pas ce père sévèrement, même si son comportement n’est pas joli joli. Ce sont des gens qui sont nés avant-guerre. Ce sont d’autres valeurs. C’est une autre France. Un père ne montrait pas trop ses sentiments à ses enfants. Il ne faut pas juger avec le regard d’aujourd’hui. En 30 ans, les choses ont tellement évolué et bougé.

Lui, contrairement à elle est très « famille ».

Oui, la famille est très importante, mais d’un coup, il se demande si c’est si important que ça. Il se demande aussi s’il faut la sacraliser et si on peut avoir un regard critique sur ses parents ? J’espère que le livre questionne aussi tout ça.

Jusqu’à la fin du roman, il hésite à couper le cordon.

C’est difficile pour lui. Il a vécu dans un cadre très confortable. Il faisait partie des jeunes libéraux, il votait Giscard, il y a avait papa, maman, il allait devenir avocat. Soudain, tout cela vole en éclat. Ses certitudes envolées, il s’accroche encore plus à elle et à leur histoire.

Nous interrompons l’interview. Je vais lui faire un café, pendant ce temps il déconne sur mon appareil enregistreur. Chante « Be bop a lula » (assez bien, je dois dire). Quand je erwan larher,l'abandon du mâle en milieu hostile,interview,mandorreviens, il me demande si j’ai lu « Les pacificateurs » d’Antoine Bello ?

Non.

Je suis en train de le relire pour la suite d’Autogenèse et son pitch est génial. Il existe une organisation secrète qui falsifie la réalité. Au point de faire des fausses cartes du 15e siècle pour attester que les Vikings ont découvert l’Amérique. Elle écrit des sagas en falsifiant toutes ses sources, ce qui fait qu’on ne sait plus ce qui est advenu ou pas. Le héros va se demander pourquoi ? Moi, je crois fondamentalement que les grandes inflexions de ce monde sont décidées par une dizaine de personnes. Des financiers. C’est absolument certain.

La théorie du complot ? Non, je dis ça parce que dans tes livres, il y a toujours des groupuscules secrets.

Non, mais que fait le G8 par exemple ? Il y a ce que l’on voit du monde et ce qu’il y a en dessous.

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Sinon, pour en revenir à ton dernier livre, aimerais-tu qu’il soit adapté au cinéma ?

Non, parce que j’écris des choses pour l’audiovisuel. Je préférerais que ce soit ces choses-là qui sont écrites directement dans ce but-là, qui soient choisies. Mais franchement, je ne sais pas si j’aimerais que ce livre soit adapté au cinéma. Après, ça devient tellement autre chose. Ta création t’échappe complètement. Je n’aurai pas mon mot à dire… et vu les contrats que j’ai signés, je le sais parfaitement.

Pour t’avoir reçu souvent, je sais que tu veux construire une œuvre…

J’ai cette fatuité.

Tu sais qu’on m’a reproché d’avoir dit de tes deux premiers romans qu’ils allaient devenir cultes ?

Ah bon ! Qui ?

Là, n’est pas la question. Je le pensais et je le pense encore, mais j’avais dans la tête qu’ils n’allaient pas trouver leur public rapidement. Un roman culte ne l’est jamais dès sa sortie.

En tout cas, c’est gentil de le dire et d’assumer l’intérêt que tu trouves à mes livres. Je pense qu’Autogénèse et Qu’avez-vous fait de moi ? pourront avoir une seconde vie quand ils sortiront en poche.

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Avec Erwan, l'austérité et la retenue sont de rigueur.

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