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04 mars 2013

Kent : interview pour Le temps des âmes

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Kent, je le croise depuis des années (la dernière fois, c’était pour une interview filmée). J’ai une profonde admiration pour lui (depuis Starshooter, à la fin des années 70, c’est dire). Mais d’album en album, l’homme crée une œuvre. Franchement mésestimé. Tant qu’il sortira de nouveaux disques, je continuerai à le suivre, à l’interroger et à le mettre en avant. Il est un de nos meilleurs chanteurs/poètes français et il serait bon qu’on commence à le remarquer.

481452_10152353811030573_838870821_n.jpgLe temps des âmes sort aujourd’hui. Voici comment il est présenté officiellement :

« Une voix, un piano, des chansons nouvelles… Le Temps des âmes est un dialogue de Kent avec le piano de Marc Haussmann, le mythique Ian Caple étant d’un bout à l’autre aux manettes. Une aventure de musique, de mots, de liberté, dans laquelle Kent se met à nu et chante sa vérité sur l’amour, le plaisir, le temps qui passe… »

Le 7 janvier dernier, Kent est passé à l’agence (accompagnée de son attachée de presse Flavie Rodriguez. Merci à elle !)

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74388_10150285903385573_1097494_n.jpgInterview :

Pourquoi un album presque entièrement en piano voix ?

Ce n’est pas un album piano voix classique. Ce genre-là m’ennuie souvent, j’ai donc voulu éviter l’écueil. Il y a d’autres instruments, mais tout en discrétion.

Tout a commencé lors d’un concert à Berlin que vous donniez avec le pianiste qui figure sur cet album, Marc Hausmann.

Il y avait des nouvelles chansons sur lesquelles je travaillais, j’essayais plein de versions, mais le résultat ne me plaisait jamais complètement. Ça allait, mais il me manquait quelque chose. Et puis avec Marc, lors de cette soirée, tout s’est enclenché. J’ai laissé tomber immédiatement les maquettes d’avant. J’ai déçu beaucoup de gens qui travaillaient avec moi (rires). En musique et en art en général, il y a un moment ou le propos est plus fort que l’affectif. On fait des dégâts, mais il faut y aller. C’est comme ça qu’on évolue et c’est comme ça qu’on donne quelque chose de beau. Dans la vie, il se passe parfois la même chose, mais c’est beaucoup plus cruel parce que ça engage des couples, des familles. Parfois, pour qu’il se passe des choses, il faut rompre. « Quand on aime, il faut partir » disait Cendrars.

Ce terme « rompre » est intéressant. Il colle bien à votre discographie. Aucun album à vous ne se ressemble. Il y a toujours rupture avec le précédent, il me semble.

Il n’y a que ça qui m’intéresse. Pas seulement dans mon parcours, mais dans ma vie. J’aime être surpris. Je n’aime pas remettre deux fois les pieds dans les mêmes traces. J’évite de me mettre dans des mécaniques et dans un pilotage automatique. Je refuse les recettes évidentes. Il y a très peu de prises de risques. Moi, si je ne prends pas de risques, je m’ennuie.

Et si on s’ennuie, on ennuie les autres ?

Oui, parce que, lorsqu’on s’ennuie, on fait les choses mal. Peut-être que l’on réussit une carrière quand on est détaché de tout… Il faut être égoïste, penser d’abord à l’argent. Moi, j’en suis incapable.

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C’est quoi réussir une carrière ?

Pour moi, c’est plutôt réussir sa vie, en fait… au niveau bancaire.

Il ne faut pas vous plaindre de ne pas être riche. Vous n’avez jamais fait de concessions dans la musique. Vous l’avez cherché.

Mais si, j’en ai fait. Et ça ne m’a jamais rien rapporté. Si c’est pour faire quelque chose dont je ne suis pas fier, qui sort et qui ne marche pas, autant être content de ce que je fais et pouvoir me regarder dans la glace. Aujourd’hui, en 2013, je me dis « advienne que pourra ». Au stade où j’en suis, pour continuer, il faut que ce que je propose soit intéressant et sans aucune concession pour plaire.

Dans ce disque, vos textes sont mis puissamment en avant et c’est une bonne chose parce que vous êtes un grand auteur.

L’essence du propos. J’aime bien l’épure, mais je n’aime pas le minimalisme. Parfois, minimalisme rime avec pauvre. Moi, j’aime bien les accords riches. Quand je travaillais les arrangements de ces nouvelles chansons, j’ai souhaité m’en tenir à l’essentiel. Bon, je ne suis pas tout seul dans cette aventure discographique. Marc quand il se met au piano, c’est un ovni. Il pense à la chanson, mais pas à « dans quel genre la jouer ». C’est un instinctif…

Vous avez enregistré cet album en 5 jours, chez Rodolphe Burger, à Sainte-Marie-aux-Mines.

Oui, c’était un endroit extrêmement tranquille pour travailler, du coup, on était très spontané. C’est un havre de paix où tu fais ce que tu veux. C’est à toi de trouver le bon état d’esprit au bon moment de la journée ou de la nuit. Les chansons, je les avais déjà beaucoup chantées et travaillées en amont. Quand on est arrivé chez Rodolphe, Marc avait les chansons au bout des doigts, moi je les avais au bout des lèvres…

Certaines de ces chansons existaient depuis longtemps.

Moi, j’ai une boite d’archives. Je ne jette rien. Il n’y a jamais de mauvaises idées, il y a simplement de mauvais moments… et parfois il y a aussi la mauvaise personne. Parfois, je tombe sur une vieille cassette de 1987. Tout est nul, sauf subitement une suite d’accords. Je suis capable de la réutiliser en 2013. Ça m’arrive aussi de retomber sur des vieux textes. Subitement, j’en relis un, mes cheveux se dressent et je me dis « ça va coller avec la musique que je viens de faire ». Là, tout s’arrête. Tu n’as plus faim, il ne fait plus nuit, il ne fait plus jour et tu y vas à fond.

"L'éternité" en live enregistré le 08 septembre 2012 à la Japy Factory à l'occasion du vernissage du "Rock Your Art".

Dans « L’éternité », vous expliquez que vous ne croyez pas au destin. Rien n’est inscrit dans le marbre.

L’espoir n’existerait pas s’il y avait un destin. On n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise, vous savez.

Vous dites que rien n’est fait pour durer. Ce n’est pas très optimiste.

Si quelque chose est fait pour durer, il n’y a plus de liberté. Dans cette chanson-là, ce que je mets en avant, c’est surtout la déveine, quand les dès sont jetés. J’ai voulu dire que cette déveine ne dure jamais. Je parle de l’état d’esprit que l’on met face au bonheur ou au malheur. Je fais partie de ces gens qui, pendant des années, quand il touchait au bonheur, se disaient « ce sera mieux demain encore ». Je ne profitais pas du moment. Ce sont des conneries. Carpe diem. Il faut profiter du bonheur que l’on vit dans l’instant.

Dans « Notre amour », vous racontez la vie agitée d’un couple qui dure, malgré les secousses rencontrées. J’aime beaucoup cet angle inédit.

Dans la chanson, l’amour c’est toujours la plainte et quand on veut chanter l’amour positif, ça devient vite mielleux. Le grand amour, ce n’est pas Holiday On Ice. Un grand amour, ça dure, mais c’est une montagne russe.

"Le temps des âmes"

« Le temps des âmes », ce n’est pas la chanson la plus gaie de l’album… c’est une chanson sur la vieillesse « qui est un drame ».

Moi, je trouve que c’est la chanson la plus gaie de l’album. Elle m’a été inspirée par une lecture sur le post humanisme de Jean-Michel Besnier. J’ai un regard très négatif sur le futur, sur notre avenir par rapport aux machines qui nous envahissent, sur le fait que l’on perde du vécu par rapport à la matière. Le posthumanisme imaginait qu’être là, en chair et en os, c’est juste une étape dans l’humanité. On vit une époque où le corps humain est un poids. C’est pour ça que je dis que la vieillesse est un drame. A 20 ans, on ne s’en rend pas compte, mais à 50, oui. Et pourtant, on a l’impression d’avoir encore 20 ans. Moi, mes genoux commencent à me faire mal, je commence à rouiller. Ça ne va pas aller en s’arrangeant, alors que j’ai encore tant de choses à faire. Et j’ai envie de vivre. Comment aller plus loin ? Peut-être en arrivant à se passer du corps. Bon, ce que je raconte est un peu compliqué, j’en ai conscience. Vous savez, cette chanson est un peu philosophique. Je fais de la poésie, je n’explique pas toujours les choses que je chante.

Vous parlez pas mal du temps qui passe et de la vieillesse. Un artiste vieillit-il moins vite que les autres ?

Ton environnement professionnel ne veut pas que tu vieillisses. Ce n’est pas bon, le murissement, ça ne se vend pas. Il y a un couloir très sombre et assez long dans lequel on entre et d’où on sort au bout d’un moment quand on est un homme… et les femmes rarement. A un moment, il faut revenir avec les cheveux gris, le visage buriné et là, on dit de toi que tu as vécu, voire survécu. Une femme qui a survécu, on n’aime pas trop ça dans la musique. Toute l’industrie du loisir aujourd’hui s’adresse aux jeunes, tout est donc tourné vers eux. On ne demande jamais aux jeunes de se tourner vers les plus âgés.

C’est marrant, c’est ce qui s’est passé dans le rock quand vous étiez jeunes.

On avait 15 ans et on rêvait d’être comme ceux que l’on voyait sur scène et qui étaient plus grands que nous. C’était des grands frères et ils nous donnaient envie de passer à l’âge adulte. Aujourd’hui, la tendance s’est inversée. On nous demande de nous adresser à des enfants de 15 ans…

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Ton public à toi réclame encore du Starshooter et tous tes tubes en solo.

Il ne faut surtout pas flatter les gens qui viennent te voir dans le sens de la nostalgie. Tout le monde attend ça. Tout le monde est aux abus… euh… aux aguets. Je viens de faire un beau lapsus là. Pour un chanteur, c’est une discipline à avoir de se refuser la nostalgie. C’est facile la nostalgie. Moi, je trouve que je chante mieux qu’avant, que mes textes et mes musiques sont plus intéressants aujourd’hui. Pourquoi ressasser le passé ?

Il y a une chanson qui s’appelle « Volontaire ». Elle dit que la vie est trop courte et qu’il faut en profiter. Et surtout, il y a un message important : ne prenons pas de chemin linéaire, tout droit. Prenons les chemins de traverse.

Dans cette chanson, je défends ma ligne de vie. J’ai fait des erreurs certes, qui m’ont conduit dans des impasses. Qu’est-ce qu’une erreur au fond ? Moi, j’ai découvert beaucoup de choses merveilleuses par erreur. C’est l’accident qui peut faire évoluer. C’est encore plus probant dans les sciences. Quand on suit une ligne, quand on devient expert en quelque chose, on oublie ce qu’il se passe autour et donc on a une idée fausse. Soit on a une idée globale des choses, soit on sait que les autres existent et on se tourne parfois vers eux pour son propre compte.

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Pour finir,  voici images, coulisses et confidences sur l'enregistrementen. En 5 épisodes...

Commentaires

Merci pour cette belle interview!

Écrit par : Marc Antoine BIDON | 06 mars 2013

Merci Marc-Antoine! Cet artiste est passionnant et ses chansons superbement écrites/interprétées, mais je sens que je n'ai pas à vous convaincre.

Écrit par : Mandor | 06 mars 2013

Très chouette cette interview.

Écrit par : LA MACHINE A ECRIRE | 14 mars 2013

belle interview en effet.
Kent est le plus meilleur artiste français du moment. Vous le dîtes "mésestimé". Je suis à peu près d'accord mais ce n'est que la conséquence. Il faut pardonner aux ignorants de ne pas le reconnaitre et nous délecter du plaisir qui nous revient alors d'avoir su découvrir en lui un diamant brut...Et s'en délecter dans une intimité que seuls les puristes que nous sommes peuvent comprendre.
Chaque album est une gifle émotionnelle. Et à chaque fois, j'ai tendu l'autre joue ! Encore.
Une-super- prof de philo m'a dit un jour bien connaitre son oeuvre et l'apprécier ! Kent artiste pour les gens "intelligents" et lui malgré la cinquantaine passée, il reste tellement "sexy". Clin d'oeil à Starshooter en passant. Oui la vie c'est ici et maintenant comme le constatait le martien qu'on aime tellement.

Écrit par : CLAIRE | 20 mars 2013

le plus grand, le meilleur .... !

Écrit par : CLAIRE | 20 mars 2013

Les commentaires sont fermés.