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24 février 2013

Le Larron : Interview pour la sortie de Original

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le-larron-original.jpgIl y a trois ans Le Larron sortait son premier album, saisissant d’audace textuelle et d’aisance scénique. Vient de paraître, son 2e opus intitulé Original. Les 6 titres + 1 remix qui le composent sont des perles de cynisme et d’humour noir dont la marque de fabrique est toujours de la provoc habile, mais jamais méchante, portée par une plume affûtée et poétique. Le Larron est passé à l’agence le 30 janvier dernier pour une interview sans concession.

Il existe une version officielle de la biographie de Le Larron, mais elle décrit ce dont nous parlons dans l’interview, donc aucun intérêt de la publier… en revanche, sur sa page Facebook officielle, l’artiste, qui n’a décidément pas la langue dans sa poche, explique ce qu’il pense des biographies « officielles ».

J’adore.

« J’ai toujours adoré lire les (auto)biographies d’artistes en herbe. Je voue une grande 1162_58233832232_8133_n.jpgadmiration aux rédacteurs de ces petits bijoux littéraires. Et en général plus l’artiste est mauvais et plus belle est la biographie, comme s’il était possible de convaincre le lecteur de ces panégyriques du talent que l’artiste n’a pas su mettre dans son travail.
Ainsi, si l’on en croit sa biographie L’Artiste fait toujours preuve d’une sensibilité exacerbée doublée d’un incroyable talent de mélodiste qui lui fit composer dès l’âge de 4 ans des pièces majeures de l’art du 20e siècle. Ses textes mordants qui rappellent toujours le meilleur de Ferré sont immanquablement lovés dans de subtils arrangements aux accents gainsbouriens… Et dire qu’on avait loupé ça à l’écoute…
Donc pour ma part je ne vous dirais pas ce qu’il faut penser de ma musique, vous n’avez qu’à écouter. Et si vous trouvez ça un peu con, c’est normal, ça a toujours été mon ambition, et si vous n’aimez pas, ce n’est pas grave, tous les goûts sont dans la nature ! Et merci de laisser Ferré et Gainsbourg en dehors de tout ça. »

Sinon, la vraie bio est .

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Interview :

Cet EP est le deuxième, mais tu estimes qu’il est le premier.

Je fais de la musique depuis longtemps, mais j’ai toujours accompagné, écrit ou arrangé pour les autres. J’étais sûr d’avoir une voix de merde, donc je n’ai jamais essayé de chanter. Quand on me demandait de faire les chœurs pour les autres, c’était un vrai calvaire. A me retrouver comme un crétin avec des chansons que personne ne voulait chanter, j’ai dû les maquetter avec ma voix pour les présenter à des éditeurs. Par hasard, ces chansons sont tombées dans les mains d’un distributeur qui m’a conseillé de les chanter moi-même. C’est ce que j’ai fait et le disque  a fini par sortir, mais ce n’était pas prévu. Je n’avais pas de label ni de tourneur. Je ne m’étais pas positionné en interprète sur ce disque, j’étais juste auteur compositeur. Il n’y a avait pas de couleur musicale bien déterminée.  

Désormais, tu te sens plus légitime en tant que chanteur, c’est ça ?

Je me suis posé des questions en tant qu’interprète. Avec Original, j’ai fait un disque du Larron. Ce n’est pas un disque qui pourrait être chanté par n’importe qui. J’ai fait trois ans de tournée avant de sortir cet EP, donc, j’ai un peu progressé en chant. Je ne force plus la voix, je fais gaffe à la respiration, bref, j’ai acquis une « technique ».

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Sur scène, tu ne fais pas que chanter et jouer de la musique…

Ce que j’aime, c’est aussi le côté show man. Moi, j’ai un côté un peu clown. Emmerder un peu le public, râler, ça j’adore.

Tu as d’ailleurs un peu cette réputation dans le métier. On te décrit ainsi : bougon, exigeant, perfectionniste, maniaque…

C’est vrai, j’avoue. Je ne m’énerve pas beaucoup, mais je peux râler, grogner. Je suis exigeant avec moi-même, je suis donc exigeant avec ceux qui travaillent avec moi. Je n’ai aucun problème pour dire à quelqu’un que ce qu’il a fait, c’est de la merde. Il faut au moins accepter ça quand on bosse avec moi. Si c’est bien, je suis ravi, si ce n’est pas bien, je le dis. Il y a des gens qui sont habitués à ce que l’on prenne des précautions avec eux… ils ont un peu de mal avec ça.

La diplomatie, ce n’est pas ton fort ?

Ce n’est pas ultra mon fort, non. Je n’ai pas envie de perdre du temps avec des gens qui ne font pas le boulot. Quand je bosse avec des gens dont j’adore le travail, ça se passe très bien. Au fond, je suis un garçon gentil.

Tu as accompagné pas mal d’artistes au clavier et tu as fait de nombreuses scènes avec ton premier album. Tu es rodé.

La première fois que je suis monté sur scène pour chanter, c’était le 8 janvier 2009 et l’album sortait le 24 avril 2009. On était 150 à « L’opéra », un bistrot de Bastille. Tous mes potes sont venus, c’était blindé et il y a eu une ambiance de folie. Je me suis dit : « si c’est ça être chanteur, je veux bien recommencer ! »  Un an après, j’étais sélectionné à Montauban et c’est allé très vite. À part les Francos, on a été un peu partout. On a eu les prix Vesoul, les prix de la Sacem, le Prix France Bleu-Grand Zebrock, le Prix Fondation la Poste, on a tout gagné aux Mans Cité Chanson, sélections de l'académie Charles Cros et du Festival Alors Chante… Ce qui m’a fasciné, c’est que les professionnels ou le public qui votaient reconnaissaient l’interprète. Je n’en revenais pas. Moi, mon rêve était juste de réaliser des albums pour d’autres artistes. Je n’avais jamais pensé être devant.

Tu reviens donc avec un EP de 8 titres. Avec des textes toujours pince-sans-rire…

Oui, je n’ai pas changé l’écriture.

Bon, il y a « Le labyrinthe » qui n’était pas de toi.

Qui n’est pas mal écrit quand même… par un certain Victor Hugo. Cette adaptation n’est pas du tout réfléchie. Je suis un énorme fan de roman noir français et particulièrement de l’œuvre de Thierry Jonquet. Dans un de ces bouquins, Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte, qui parle des émeutes dans les banlieues en 2005, « Le labyrinthe » sert de filigrane à tous les chapitres. Pour chaque chapitre, il prend un vers ou deux. J’ai cherché ce poème, je l’ai lu et je l’ai pris en pleine poire. J’avais envie sur ce disque-là de faire une chanson plus politique, de parler de la société et pas uniquement d’amour contrarié. C’est compliqué parce qu’il ne faut pas être donneur de leçon.

Clip de "Je t'aime".

Une chanson comme « Je t’aime » m’amuse beaucoup.

C’est la première fois que j’écrivais un texte sur de la musique totalement terminée. On me reprochait de ne pas faire une chanson d’amour qui se termine bien. J’ai donc écrit un texte avec « je t’aime » dedans, à la Lara Fabian. Comme je suis un peu tordu, j’ai forcé quelqu’un à dire « je t’aime » à quelqu’un d’autre. La méthode Coué, donc. Le mec qui chante n’a rien compris à l’amour, évidemment.

Je sens que tu aimes bien casser tous les codes.

C’est un peu le rôle d’un artiste.

61SGJM57BSL._SL500_AA300_.jpgTon album provoque en moi un truc paradoxal. Les textes sont noirs, mais il fout la banane.

C’est un peu comme l’album Les idées noires de Franquin. Tu lis ça, tu es mort de rire et pourtant ce qu’il raconte est affreux. Je suis très noir dans mes chansons, mais si tu viens à un de mes concerts, tu seras mort de rire.

Lisa Portelli chante dans deux de tes chansons. Pourquoi ?

J’avais prévu qu’elle n’apparaisse qu’une fois dans « Tes yeux verts ». Au début, je la chantais tout seul et puis finalement, je me suis dit qu’il serait intéressant de faire un duo avec une jolie jeune fille avec des yeux verts. Je n’ai pas trouvé tout de suite. Un jour, je vais voir Lisa en concert et j’ai vu cette nana lisa-portelli.jpgavec ses yeux verts et sa guitare électrique, je me suis dit immédiatement que c’était elle. Je lui ai proposé, elle a aimé la chanson, elle est venue dans mon studio et elle a chanté la chanson. Et il se trouve qu’en même temps j’étais en train de bosser sur « Je t’aime ». Je trouvais que sans une voix féminine la chanson était un peu trop glauque, elle ne fonctionnait pas. J’ai demandé à Lisa de me faire juste une voix témoin. Elle l’a fait, j’ai bossé pendant 3 mois sur cette chanson en faisant plein d’essais avec d’autres interprètes, mais ça ne me convenait pas. Du coup, Lisa m’a dit qu’elle aimait aussi beaucoup cette chanson, presque plus que « Tes yeux verts ». J’ai donc gardé la voix témoin de Lisa.

Cet album est produit par toi…

Seul, dans mon studio. Je n’ai pas le choix. On ne trouve pas de producteur pour ce que je fais. Mais j’ai assez de connaissances du bizness parce que j’ai passé deux ans à Virgin Music. C’était un boulot alimentaire, mais j’ai compris comment les choses fonctionnaient. Grâce à ça, j’arrive à m’en sortir. Ce qui est triste, c’est qu’il y a plein de mecs qui sont juste des auteurs compositeurs surdoués, mais qui sont incapables de se démerder à comprendre comment marche une demande de subvention, monter un label etc… Ils risquent, eux, d’avoir beaucoup plus de difficultés pour s’en sortir.  Le truc le plus compliqué en ce moment, qu’on soit en indépendant ou pas, c’est que les revenus généraux ont été divisés par 5 ou 10, du coup, on a du mal à boucler les fins de mois.

Le_Larron_31.jpgAujourd’hui, payer ses musiciens ça devient compliqué, je sais bien.

Là, ils sont tous plus ou moins bénévoles. Je me démerde pour lâcher un peu de sous parce que je ne veux pas qu’ils travaillent pour rien. Il y a 5 ans, c’était plus simple. Je savais que j’allais vendre au moins 10 000 disques. Là, si ça ne marche pas trop, j’en vends 300 et ça ne couvre même pas la fabrication de la pochette et le graphiste. Je ne me fais pas de l’argent sur leur dos, s’il y a de l’argent qui rentre, youpi, on partage. On va devoir attendre un an ou deux que la Sacem me rétribue pour qu’il y ait un peu d’argent afin que je puisse les payer. Il y a 5 ans, ils auraient eu un salaire tout de suite qui leur aurait permis d’être intermittents tout de suite, qui leur aurait permis de bosser sur d’autres projets…etc. Cela étant, ça a cassé l’industrie et du coup, il y a plein d’artisans qui ont retrouvé de la place. Mais, c’est dur pour eux aussi.

Tu cites Winston Churchill : « Le succès, c’est d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme ». Toi, tu n’as jamais eu d’échec.

Je n’ai pas besoin du Larron pour gagner ma vie. Je fais de la musique de commande, je réalise des albums pour d’autres gens. J’ai fait Le Larron comme une récrée et ça a commencé à bien marcher. Je n’ai pas de clients là-dessus… Le Larron, c’est mon jouet. J’en fais ce que je veux. Aujourd’hui, j’ai 36 balais, je n’ai toujours pas de disque d’or. Le moindre connard qui sort de la Star Ac a vendu plus que moi. Je fais de la musique depuis 20 ans sérieusement, quand même, et je n’ai pas l’impression d’être un incontournable. 

Ça va peut-être venir. Tu rentres en playlist sur France Inter, le Mouv’, FIP, France Bleu, Europe 1…

C’est une grosse surprise. Je pensais sortir un EP en numérique et les choses se précipitent un peu. Je voulais juste dire, « coucou, dans 6 mois, j’arrive avec un disque !». Ça se passe super bien, mais je ne sais pas jusqu’où ça ira.

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Bonus :

6ème soirée de remise du prix Centre des Ecritures de la Chanson Voix du Sud / Fondation La Poste - jeudi 28 mars au studio Raspail à Paris, avec LE LARRON. Soirée animée par Didier Varrod (France Inter) et Francis Cabrel.


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