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22 février 2013

Jean Teulé : interview pour Fleur de tonnerre

jean teulé, fleur de tonnerre, interview  le magzine des loisirs culturels auchan, mandor

J’avais rencontré la première fois Jean Teulé dans les années 90 lorsque j’officiais à RFO Guyane. Lui était venu faire un reportage pour je ne sais quelle émission, sur un endroit qui s’appelle Pompidou-Papaïchton et sur le dernier bagnard encore vivant à l’époque, à Saint-Laurent du Maroni. Nous nous sommes côtoyés, le temps de son séjour guyanais. C’est avec plaisir que je suis allé lui rendre visite, près de 20 ans (et quelques best-sellers) plus tard, dans le bureau où il écrit tous ses livres. Le 4 février dernier, Jean Teulé me reçoit (comme si le temps n’était pas passé) pour parler de son nouveau livre, Fleur de tonnerre.

Voici donc le fruit de notre entretien, en version courte pour Le magazine des loisirs culturels Auchan daté du mois de février/mars 2013. La suite de l’entretien suivra…

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jean teulé,fleur de tonnerre,interview  le magzine des loisirs culturels auchan,mandorInterview, version mandorienne...

Hélène Jégado n’avait pas de cœur ?

Si, mais le personnage qu’elle croyait être, lui, non. Elle pouvait donc tuer, même des gens qu’elle aimait beaucoup. Et ça lui faisait de la peine.

Elle est schizophrène, mais vous ne l’indiquez pas clairement.

Je le fais comprendre. Dans la vie, on essaie tous de sauver sa peau comme on peut. La seule solution qu’elle a trouvée pour dominer son angoisse liée à son enfance, c’est de devenir l’angoisse.

Vous, c’est en écrivant des livres comme celui-ci.

Exactement. Et moi à chaque livre je me dis que j’arrête d’écrire des choses monstrueuses. Et je n’y parviens pas. Vous vous rendez-compte que mon livre le plus optimiste, c’est « Le magasin des suicides », ça vous donne une idée du niveau (rires).

Les villageois ont réagi plus vite que les médecins pour soupçonner Hélène…

Au début de sa carrière de tueuse, on faisait très peu d’autopsies. C’était une période où il y avait des fulgurances de choléra. Hélène s’occupait de ses victimes jusqu’au bout, elle ne volait pas, donc c’était difficile de la soupçonner. La plupart du temps, dans la famille où elle se trouvait, elle avait buté tout le monde, donc, il n’y avait personne pour la payer. Bon, en plus, les médecins au 19e siècle en Basse Bretagne, ce n’était pas des cadors. Souvent, les serials killers ont de la chance, sinon, ils ne seraient pas des serials killers.

On connait chez vous le souci que vous avez de la réalité historique. Avez-vous fait des recherches sérieuses sur les légendes bretonnes ?jean teulé,fleur de tonnerre,interview  le magzine des loisirs culturels auchan,mandor

Évidemment, je ne veux pas être « piégeable » par les Bretons. C’est un pays fou la Bretagne. C’est pour ça que j’ai mis en exergue une phrase d’un breton, Jacques Cambry, fondateur de l’Académie celtique en 1805 : « Chaque pays a sa folie. La Bretagne les a toutes ». Comme ça, avant même que le livre commence, l’affaire est réglée.

Vous mettez toujours un peu d’humour dans vos livres. On voit dans celui-ci des perruquiers normands constamment présents et vivants des aventures rocambolesques.

Ça m’amusait de mettre en parallèle les perruquiers qui à chaque fois qu’il leur arrive une mésaventure bretonne pestent contre cette région, mais qui au fur et à mesure que l’histoire avance deviennent plus bretons que les bretons. Ils se sont fait eux-mêmes avaler par la Bretagne.

Ça déplombe l’ambiance du coup.

Je voulais aussi éviter d’être trop répétitif. Quand on raconte la vie d’un tueur en série comme Hélène Jégado, c’est compliqué. C’est quand même l’histoire d’une nana qui arrive chez des gens, elle fait à manger et les gens meurent. Elle change de maison, elle fait à manger, les gens meurent. 37 fois… À chaque fois, il a fallu que je trouve un angle différent et un contre point  pour raconter les scènes.

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Hélène Jégado.

Si on ne sait pas que c’est une histoire vraie, on peut se dire que ce n’est pas très crédible comme histoire.

C’est un lieu commun de dire que la réalité dépasse la fiction, mais c’est vrai. Qui peut inventer un personnage comme ça ? Non, franchement, la réalité est plus balaise que la fiction.

Votre carrière devient absolument incroyable. Tous les livres que vous sortez sont adaptés immédiatement au cinéma.

Au cinéma, au théâtre ou en bande dessinée. Le Montespan qui est sorti en bande dessinée, le premier tome de  Je, François Villon, Le magasin des suicides va bientôt sortir en BD et aussi Charly 9 qui est en train d’être dessiné. Au prochain Festival d’Avignon, j’ai trois romans qui vont être joués en pièce de théâtre. Je crois que ça n’est jamais arrivé à un auteur français.

jean teulé,fleur de tonnerre,interview  le magzine des loisirs culturels auchan,mandorJe sais que vous n’aimez pas analyser ce qui vous arrive, mais c’est quand même un cas rare.

Moi, je me dis que peut-être tout va s’arrêter avec Fleur de Tonnerre. Les gens vont peut-être détester ce livre ou s’en foutre. Mon éditeur, ça le fait marrer quand je dis ça. Pas moi. Rien n’est jamais acquis.

Vous êtes toujours dans le doute ?

Fleur de Tonnerre m’a rendu malade. À force de raconter des gens qui se tiennent le ventre et qui crèvent, au fur et à mesure que j’écrivais le livre, je commençais à avoir de plus en plus mal au ventre. Je me disais que la nana qui bute tout le monde, elle est en train de buter aussi le mec qui raconte l’histoire. Je suis allé voir un proctologue qui m’a fait une coloscopie et il m’a dit que je n’avais strictement rien. Il m’a dit  que 80% des maux de ventre sont des mots de tête. Je lui ai raconté le livre que j’écrivais et sur l’ordonnance il m’a juste écrit « l’empoisonneuse doit disparaître ».

C’est dingue ce que vous me racontez !

Quand j’écrivais Mangez le si vous voulez, l’histoire d’un type qui se fait massacrer tout le temps. J’avais mal partout, aux os. Je suis allé chez le chiropracteur. Quand j’ai écrit Darling, je l’ai terminé sous anti anxiolytique. Ce qui fait que je me dis que, maintenant, il va falloir que je fasse bien gaffe au sujet de mon prochain livre. Selon ce que j’écris, je change de médecin.

Pourquoi n’essayez-vous pas d’écrire un roman positif et amusant ?

C’est ce que me demande Miou (la comédienne Miou Miou qui partage sa vie). Elle me dit :« T’as pas entendu parler du Père Noël ? Tu raconterais l’histoire d’un monsieur, il aurait un traineau et il donnerait des cadeaux aux enfants… » À chaque fois je me dis que le prochain livre sera un livre comme ça. Je m’installe devant mon clavier et, très vite, ça se barre dans un truc un peu sanglant. Quand je dis que c’est la faute de ma mère, elle n’aime pas, mais je suis sûr que c’est vrai. Elle m’a traumatisé.

Tous vos héros dans votre œuvre ne lâchent jamais rien.

Le point commun c’est que tous mes héros sont seuls contre tous et ils ne lâchent pas, en effet.

Un écrivain écrit-il nécessairement des livres qui lui ressemblent ?jean teulé,fleur de tonnerre,interview  le magzine des loisirs culturels auchan,mandor

Je me dis : un pommier fait des pommes. Il ne se demande pas s’il va faire des poires ou du raisin. Moi, j’ai l’impression d’être un pommier. Voilà, c’est le type de pomme que je fais… un peu empoisonnée.

Vous êtes déjà sur le prochain livre ?

Non et je ne sais pas de quoi il va parler. Chaque livre, je l’écris comme si c’était le dernier en me disant « là, je balance tout ! » De plus, je n’ai jamais trouvé une idée de livres. À chaque fois, c’est un hasard. Ça me fout les mains moites ça. Je me dis que le hasard a été là tout le temps… et s’il ne vient plus le hasard ?

Est-ce que vous profitez de ce succès ?

Je ne m’en rends pas beaucoup compte parce que je sors très peu. Je ne vais dans les soirées littéraires, je n’ai aucun copain écrivain, je ne les connais pratiquement pas. De 10h à 19h, tous les jours je suis dans ce bureau où nous sommes là. Samedi, dimanche, pas de vacances tant que le livre n’est pas terminé. Si, en fait, je dis des bêtises. Je m’en rends compte quand je reçois mes droits d’auteurs. Là, je comprends qu’il y a eu du monde. 

Vous vous rendez-compte que vous comptez dans le milieu des Lettres françaises ?

Oui, ça commence à rentrer dans ma tête, mais c’est parce que c’est mon éditeur qui me le dit. Encore une fois, je m’attends toujours à ce que tout ça s’arrête brutalement. Je ne suis peut-être qu’une source. Une source, à un moment, ça se tarit. À chaque livre, je me demande si la dernière goutte est sortie.

Vous êtes fatigué à la fin de l’écriture d’un roman ?

Je suis claqué. Quand j’ai fini un livre, je suis exsangue. Après, pendant 5, 6 mois, je n’écris plus une ligne.

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Bonus: Le cas d'Hélène Jegado, "En votre âme et conscience". La reconstitution du procès d'Hélène Jegado à la cour d'assises d'Ille et Vilaine, à Rennes, le 6 Décembre 1851. (Archives de l'Ina 24/01/1967)

Commentaires

Notre adaptation de Darling de Jean Teulé sera joué au festival d'Avignon à l'Espace Saint Martial à 19h tous les jours. Jean Teulé nous a fait le paisir de venir à la première et il a beaucoup aimé alors n'hésitez pas à venir nous rencontrer.

Écrit par : Van Beneden | 27 février 2013

Merci pour cette interview qui révèle les méthodes de travail de mon écrivain préféré... un processus créatif passionnant. Merci à Fleur de tonnerre.

Écrit par : envoi de fleurs | 21 mars 2013

Hélène Jégado était très méconnu, mais Jean Teulé l'a fait redécouvrir. C'est un fait divers qui a provoqué une grande secousse en Bretagne et dans les pharmacies…

Écrit par : Fleur de tonnerre | 22 août 2013

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