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14 février 2013

Jérôme Attal : interview pour Le voyage près de chez moi

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En ce jour de Saint-Valentin, Jérôme Attal sort Le voyage près de chez moi. J’ai décidé de parler de ce livre moi aussi aujourd’hui, pour inciter mes lecteurs à offrir ce petit bijou littéraire aux femmes aimées. Parce que c’est une comédie romantique, parce que l’auteur sait parler aux/des femmes comme personne (il sait parfaitement les sublimer) et parce qu'il fait sourire à chaque page.

Jérôme Attal est un habitué de ses chroniques. Vous allez donc lire sa 9e mandorisation. (Les précédentes mandorisations : pour une présentation générale du monsieur, pour L’amoureux en lambeaux, pour Les Beatles, en rouge et en bleu, pour Le garçon qui dessinait des soleils noirs, pour Journal Fictif d’Andy Warhol , pour Pagaille Monstre, pour Folie furieuse et enfin pour L’Histoire de France racontée aux extraterrestres.

jérôme attal,le voyage près de chez moi,stéphane million éditeur,interview,mandor4e de couverture :

Après dix-sept ans passés dans le même petit appartement, le héros, vivant de sa plume, décide de déménager dans la rue d'à côté. Ne souhaitant pas ennuyer ses amis, en plein mois de décembre, il décide de transbahuter une vie de livres et de CD dans un petit cabas jaune à roulettes. C'est lors de ce voyage près de chez lui qu'il se lance un dernier défi : accoster la jolie voisine qu'il n'a jamais eu le courage d'accoster durant toutes ces années.

Un livre drôle, tendre et trépidant.

Embarquez avec lui pour un voyage haut en couleur ! Irrésistiblement romantique.

Ce qu’en dit l’auteur lui-même sur un statut Facebook publié ce matin :

Le voyage près de chez moi, est un roman d'aventures sentimentales, un voyage intime, tendre, féroce et trépidant. Entre les Trois mousquetaires d'Alexandre Dumas et Coup de foudre à Nothing Hill de Roger Michell...On y trouve aussi beaucoup du film "Drive" ou de "Bullitt" mais les voitures ont été remplacées par un caddie jaune, pour des raisons évidentes de budget et surtout parce que les autos rutilantes et qui vont vite c'est vraiment la civilisation du godemichet (comme le dit le philosophe Jean Baudrillard).
Dans Le voyage près de chez moi, il est question de chansons, de cinéma, de littérature, de rencontres, de coups de foudres qui ne dépassent pas le stade de l'orage, et d'autres qui atteignent leur cible. En résumé, c'est un roman pretty irresistible !

La bande annonce...

L’auteur :

Jérôme Attal est l’un des paroliers les plus en vue de la scène musicale française : Johnny Hallyday (« Un tableau de Hopper »), Michel Delpech, Eddy Mitchelln Florent Pagny, Jennifer (« L’envers du paradis »). Il est l’auteur de 6 livres parus chez Stéphane Million Éditeur.

Pagaille Monstre sort ce mois-ci chez Pocket.

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(Photo : Arnaud Le Guilcher)

Interview :

Alors, si on fait le pitch de ton nouveau livre, c’est l’histoire d’un type qui déménage d’une rue pour la rue d’en face.  Initialement, un tel sujet devrait faire fuir un éditeur, or, là, c’est ton éditeur Stéphane Million qui t’a incité à écrire cette histoire.

Je lui racontais que j’étais en train de déménager d’une rue à l’autre, je pense qu’il a trouvé cela très ridicule. Mais la superbe du ridicule, c’est de devenir romanesque. Il a donc considéré que cela faisait un super sujet de roman. Il a eu raison. Ce livre est un terrain d’écriture cohérent, par exemple avec mon journal en ligne que je tiens depuis 15 ans.

J’ai lu tous tes livres, tu le sais. J’estime que c’est celui dans lequel tu te dévoiles le plus. Je trouve presque que c’est une biographie de ta vie, déguisée, agréable à lire, pas chiante, voire même souvent amusante, en tout cas, très divertissante de la première à la dernière page.

Mais, souvent, j’extrapole vers le roman. Remarque, je l’ai peut-être un peu cherché si les lecteurs imaginent que c’est ma vie… le héros s’appelle Jérôme et a une vie qui ressemble à la mienne. Il y a quand même une intrigue de comédie romantique dans ce roman. Le type a vécu 17 ans au même endroit et il n’a jamais réussi à parler à la fille dont il est éperdument amoureux et qui habite de l’autre côté de la cour. Toutes ses stratégies ont échoué. Par exemple, essayer de descendre ses sacs-poubelle en même temps, faire le tour du pâté de maisons pour la croiser, et quand il l’a croise il pense s’être fait démasquer… bref, que des pauvres stratégies, grotesques et grossières. Il ne lui reste plus que 15 jours de déménagement, il a 15 jours pour enfin lui dire quelque chose.

Le Jérôme de ton livre, dans ses tentatives désespérées de contacter cette jeune femme, il frise un peu le pathétique quand même…

Il est vaillant. Il s’acharne parce qu’il a eu un précédent avec une autre voisine qui habitait au-dessus de chez lui à qui il a essayé de dire dans les escaliers un « bonjour, ça va ? ». Il était un peu stressé, il a lancé un « ça va » qui aurait pu l’air d’un « ça va pas la tête ! ». Donc la fille a pris peur et elle s’est barrée.

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Je reviens à la charge. C’est le premier livre dans lequel tu t’assumes un peu. Le héros, c’est toi.

Dans L’Histoire de France racontée aux extraterrestres, il y avait déjà des passages de ce style. Dans Pagaille monstre aussi, il y avait de sacrés bouts de moi. J’y raconte les aventures d’un jeune type qui arrive à Paris, il est étudiant en cinéma… c’est ce que j’ai fait en arrivant à Paris. Comme pour l’écriture de chansons, je travaille toujours dans une sphère assez autobiographique.

Pourquoi toujours romancer ? Ne penses-tu pas que ta propre vie suffirait à faire un roman ?

Gilles Deleuze que j’adore dit : « on a envie d’écrire et de créer quand il y a un décalage entre ce qu’on est, ce que l’on ressent et ce que la vie nous donne ». Ce qui est chouette avec l’écriture, c’est que sur un même moment ou une même rencontre, tu peux explorer des tas de directions.

Je jubile quand je te lis, car dans ce roman à l’intrigue fort simple, tu nous as encore offert des tas d’aphorismes dont tu as le secret.

On peut dire que les intrigues de Fitzgerald sont assez simples, mais c’est ce qui différencie l’écriture d’une autre forme d’expression : on n’est pas obligé de faire quelque chose de complexe. Mon livre peut paraître simple, mais à mon avis, il ne l’est pas dans ses réflexions et dans ses chemins.

Je vais citer un aphorisme qui correspond au jour où je vais publier cette chronique, le jour de la Saint Valentin : « On ne peut pas demander la lune à une personne qui, quand on la regarde, n’a pas les étoiles dans les yeux. »

Oui, elle est pas mal. Mais, pour la Saint Valentin, c’est bof.

Tu as raison. Bref, j’ai aussi remarqué que tu es de plus en plus drôle de livre en livre.

J’aime ce genre littéraire dans lequel le héros est plongé dans des situations un peu cocasses. C’est l’éternel jeune homme. C’est mon côté littérature Américaine, Salinger et Fitzgerald. Je ne me refais pas. Dans mon registre, les situations et le monde sont un peu trop sur une diagonale différente que le cœur du héros et sa « pureté ». Ça donne des situations souvent drôles.

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Dans ce livre, tu évoques ton métier de parolier. Parfois, il y a des trucs qui t’exaspèrent par rapport à la perception qu’en ont les gens.

Quand on me reproche d’avoir écrit une chanson pour Jenifer et qu’elle est jugée comme une chanson de variété quelconque, j’ai envie de conseiller à ces gens d’écouter les paroles de « L’envers du paradis ». Quand ce sont en plus des professionnels qui ne me permettent pas de participer à tel projet à cause de ça, oui, ça me donne envie de hurler. Dans Le voyage près de chez moi, on voit toutes mes activités. Le côté parolier, ma vie d’écrivain, le type qui essaie de faire des courts-métrages pour le cinéma. J’ai montré tous mes champs d’action de l’écriture.

C’est en cela que je dis qu’on en apprend plus sur toi. On connait plus Jérôme Attal à travers ce livre.

Je reconnais en toi la naïveté feinte de l’intervieweur chevronné.

Tu parles de ma naïveté feinte, parfois le Jérôme du roman, il est sacrément naïf.

Mais, c’est une posture poétique, François, voyons !

Tu racontes qu’on te considère aujourd’hui comme un écrivain, mais pas que comme parolier, tu dois encore te battre dans ce milieu de la musique. Tu écris : « Le problème avec les chansons, c’est que vous repartiez toujours de zéro, ce n’est pas parce que vous aviez écrit un beau texte qu’on vous considérait différemment. »

Je dis même qu’on n’arrête pas d’essayer d’émerger dans un monde qui sombre. Ce n’est pas parce qu’on a écrit des textes de qualités et retentissants qu’on est mieux considéré. En même temps, je suis l’un des rares auteurs de chansons qui travaillent le plus. Il y a beaucoup d’interprètes, mais en France, on a perdu la volonté de faire des chansons qui rentrent dans la vie des gens et que tu as envie d’écouter en boucle. Je crois que le milieu de la musique doit impérativement refaire confiance aux auteurs et aux compositeurs. On n’en manque pas ici. Je montre dans ce livre qu’écrire des chansons, c’est très difficile et que c’est souvent un parcours du combattant pour les imposer.

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Ce qu'en dit l'hebdomadaire Elle de cette semaine...

Tu écris aussi que tu ne crois pas à l’adage qui veut que les gens qui ont du talent finissent tous un jour ou l’autre par être reconnus. Je ne sais pas si tu parles pour toi, mais on peut dire que ton talent est aujourd’hui reconnu.

Mais pas suffisamment pour être libre de faire ce que je veux. Et encore, j’ai un éditeur qui, lui, me laisse libre et le temps de bâtir une vraie œuvre littéraire. Mais, pour la musique, il y a quand même 75% de mon travail qui ne voit pas le jour. Il y a des chansons qui existent et qui sont en attente. Si j’étais plus reconnu, les choses seraient plus faciles. Mon travail ne se perdrait pas autant.

Depuis que je te connais, 6 ans à peu près, ta notoriété a sacrément évolué Jérôme. Doucement, mais sûrement.

Je viens de nulle part, mes parents n’étaient pas dans ce milieu. J’ai travaillé. J’ai beaucoup travaillé. C’est la persévérance et de l’opiniâtreté. 

Et elle paye.

Mais pas suffisamment par rapport à ma force de travail, à ma volonté et à mon enthousiasme. Je trouve que je suis sous employé par le milieu de la musique. Tout le monde croit qu’il sait écrire. Eh bien non. On est loin de la phrase de Cioran qui dit qu’il rêverait d’un monde où on mourrait pour une virgule…

Ce livre-là est peut-être ton livre le plus « grand public ».

Oui, j’avais envie d’écrire un livre très simple et populaire. Je me suis amusé à l’écrire et je suis sorti de ce qui est calibré. J’ai essayé de faire en sorte qu’il y ait une jolie phrase le plus souvent possible.

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Même Tony Montana va acheter Le Voyage près de chez moi pour sa femme!

Tu écris aussi dans Le voyage près de chez moi qu’à peine un roman en librairie, tu songes déjà au prochain ?

Ce que je dis, c’est que c’est difficile d’être content de soi sur une forme fixe de 200 ou 300 pages. J’ai toujours envie d’écrire un livre encore plus parfait la fois prochaine.

Si je t’écoute bien, celui-ci est mieux que L’Histoire de France expliquée aux extraterrestres.

(Long silence).

Alors… non, parce qu’il est quand même très différent. Ton retournement de question, là, est un bon retour à la Connors. J’aimerais bien te rendre un bon passing à la Lendl, tu vois. Bon, je vais essayer de t’expliquer clairement. Quand je relis un de mes anciens livres, je vois toutes les directions que je n’ai pas prises et que j’aurais pu prendre, donc ça me donne envie et l’appétit d’écrire un nouveau roman. C’est pareil quand je lis des livres qui me plaisent et qui ne sont pas de moi. Ils peuvent me donner envie d’écrire. Ce sont des impulsions pour essayer toujours de s’améliorer. C’est la différence entre la vie et l’art. La vie, c’est quand même une lente dégradation physique de ce qu’on est. Au contraire, on devrait arriver à une forme le plus parfaite possible de ce que l’on créer. C’est peut-être illusoire, je ne sais pas.

Pagaille monstre sort chez Pocket. C’est la première fois qu’un de tes livres sort en poche. Alors, heureux ?

C’est très émouvant. Il a un numéro de Pocket comme JD Salinger a un numéro de Pocket. Il y a un truc symbolique que j’aime bien.

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