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05 février 2013

David Foenkinos : interview pour "Je vais bien"

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David Foenkinos, je le croise pas mal ces derniers temps (voir là et par exemple). Tant mieux, je l’aime bien. Lui, ses livres, sa sensibilité, son amabilité et sa fragilité (plus ou moins cachée). Pour le Magazine des Espaces Culturels Leclerc (daté du mois de février 2013), Je suis allé chez lui. Quand il m’a accueilli, je l’ai senti tracassé. Il a fini par m’avouer que la veille, il avait enregistré On n’est pas couché jusqu'à tard le soir et qu’il n’avait pas été épargné par les deux chroniqueurs de l’émission. Je vous propose l’interview publié suivi d’un bonus dans lequel il se livre sans langue de bois. Il est rare que David Foenkinos se lâche devant un journaliste. Il m’a paru intéressant de ne pas trop censurer ses propos et de vous le présenter tel qu’il est réellement. Un type bien qui se dépatouille comme il peut avec le succès.

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FOENKINOS-ED-DU-MOTEUR-PREST-FL-0316-BG-Retouche-LOGO1.jpgBonus mandorien:

Pour ton héros, un couple finit en « anesthésie collective »…

En tout cas, il y a quelque chose qui a à voir avec la bienveillance et à la tendresse. On survole les plaies de l’autre avec délicatesse. Cette tendresse aurait pu durer toute leur vie, mais j’ai écrit un livre sur une remise en question, sur une crise. L’homme et la femme se rendent compte que ce n’est pas ça le bonheur et que l’on peut avoir envie d’être plus épanoui.

Ton roman est une fable absurde qui, mine de rien, aborde des questions contemporaines comme la place de l'individu dans le monde de l'entreprise, la solitude face à la maladie, les relations familiales, la crise du milieu de vie...

Ce que j’aime bien dans mon personnage, c’est que le mal de dos va le pousser à réagir. Quand on a une douleur, on est au bord de la folie. Il souffre tellement qu’il dérape un peu. Il prend des décisions nouvelles. Souvent, quand on a mal, on fait beaucoup de conneries. Au moins, dans son cas, ça va lui permettre de dénouer les problèmes, donc son dos.

Ton héros a la quarantaine et fait le bilan de sa vie.

Il a sa crise de milieu de vie. Il l’a matérialise par le corps. On passe tous par une période de remise en question. Lui n’en aurait pas été capable, alors son corps se réveille. Il lui dit : regarde bien ta vie, tu es en train de finir écrasé, tu passes à côté de grandes décisions, tu passes à côté de choses que tu devrais dire aux gens, et quelque part, tu passes à côté de ta propre vie et de ton propre épanouissement. D’une manière ou d’une autre, on est poussé à réagir. On ne peut pas indéfiniment supporter le poids des autres, le poids des suspicions et le poids du monde. Je trouvais une manière comique d’aborder cette crise-là à travers un type qui est plié en deux.

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J’ai relevé quelques phrases de Je vais mieux, j’aimerais que tu les commentes… je veux vérifier que l’auteur est d’accord avec son personnage : « Quand on souffre, il faut organiser quelque chose d’encore plus désagréable, car seul le mal peut divertir le mal ».

Je trouve que c’est une phrase juste, mais je ne ferai jamais un truc comme ça. Quand je parle avec humour des salles d’attente dans lesquelles ça peut soulager de voir quelqu’un qui va moins bien que vous. Voir des gens qui sont dans une situation encore plus périlleuse et plus lourde que la sienne, ça peut permettre de relativiser.

« Au début, dans la vie de couple les choses drôles ne le sont plus au bout d’un moment ».

C’est vrai, c’est triste. Au début, on rit beaucoup des approximations, puis l’intérêt diminue. C’est la tristesse absolue et commune que chacun peut vivre. Je trouve ça hyper agréable aussi la vie de couple avec moins de séduction. Le bonheur du confort, mais pas au sens péjoratif. Dans le sens, on est ensemble, on se comprend, ça doit être bien à vivre…

« Être en vie ne suffit pas à faire de nous un être vivant ».

J’ai vécu la proximité de la mort et de la maladie et je me suis rendu compte qu’être en vie et être vivant étaient deux choses différentes. Souvent on est passager de notre vie…

David-Foenkinos-120834_L.jpg« En cherchant la clarté, je tombais souvent nez à nez avec la confusion ».

Si on va chez le psy, on croit qu’on va éclaircir les choses et puis, plus on avance, plus on est perdu, plus c’est le bordel. La confusion elle est souvent quand on recherche la clarté.

« Je n’étais pas assez politique, pas assez comédien, je n’avais pas le don d’être un autre. Je me sentais en permanence retenu dans une sorte de premier degré, condamné à être moi. »

Honnêtement, je pense que je suis très naturel. Je ne suis pas condamné à être moi parce que j’ai deux personnalités. J’ai une personnalité qu’on connait moins, qui peut être très renfermée, très timide, très introvertie qu’on ne voit pas forcément quand je suis dans une situation sociale. L’agressivité ou la violence, ça modifie beaucoup son caractère. On se protège plus, on peut être plus effrayé. J’étais très cool et bienveillant, maintenant je vais demander qui est la personne qui veut me rencontrer. On se fragilise en fait. Je me suis rendu compte avec le succès qu’on est dans un monde qui n’est pas forcément bienveillant. Du coup, j’ai plus de retenue. Je fais plus attention. J’ai besoin d’être avec des gens avec lesquels je sais qu’il n’y aura pas d’agressivité…

« On n’écrit pas parce que la vie vous laisse du temps libre. Il faut organiser sa vie autour des mots, et non le contraire ».

J’ai mis toute ma vie au service de l’écriture. Tu sais, je fais souvent des signatures, des gens viennent me voir et me disent « moi aussi j’écris, mais je n’ai pas le temps… ». Je pense que quand on est obsédé par l’écriture, on trouve le temps et ce n’est pas parce qu’une personne a subitement du temps dans sa vie qu’elle va se dire qu’elle va se mettre à écrire. Quand on la nécessité d’écrire, on dégage du temps, quitte à faire des sacrifices.

Tu as beaucoup de succès… ça a changé quoi pour toi ?

Le succès, les lecteurs, ça ne change rien à ta vie quotidienne. Tout le monde ne se rend pas compte qu’être exposé, ça peut être déstabilisant. Les gens pensent que parce qu’on est connu, parce que ça marche pour toi, c’est toujours cool. Non, parfois, on peut être abimé, fragilisé et même parfois dépressif. Je ne suis pas quelqu’un qui partage trop mes états d’âme d’habitude. La période de promotion, je n’en raffole pas. Ce qu’on fait là, ce n’est pas pareil, on discute, je te connais, j’ai confiance…

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(Photo tirée du blog de Sophielit)

C’est l’émission de Ruquier que tu as enregistré hier soir qui t’a mis dans cet état un peu... fragilisé ?

Tu sais, tu passes devant deux millions de personnes et tu es jugé par deux personnes qui sont payées pour dire du mal.

Tu regrettes d’avoir fait l’émission ?

Non, je ne regrette pas. Je l’avais refusé déjà trois fois. Je connais la télévision, je savais à l’avance ce qu’ils allaient dire et ce qui allait se passer. Je n’ai donc aucun regret parce que je l’ai fait en conscience. Et puis, je dois dire que Laurent Ruquier était cool et était plutôt de mon côté.  

Tu as une côte de sympathie énorme de la part de tes lecteurs. Tu le sens ?111213.33-foenkinos3copie.jpg

Les gens qui viennent me voir, oui, je le sens. Ça me fait plaisir, parce que je me nourris de ça aussi. Quand tu fais quelque chose d’artistique, quand tu crées quelque chose, c’est un échange.

Tu as besoin d’amour ?

Je ne comble pas quelque chose, en fait, si c’est ça ta question. Je n’étais pas malheureux quand je marchais moins. J’aime avoir l’affection du public, mais il m’arrive de vouloir de nouveau la carte. Que le milieu dans lequel tu évolues te respecte plus. J’étais tellement aimé de la presse avant de fonctionner, j’étais favori du Goncourt, j’étais sur toute les listes… cette mutation est étonnante et je la vis moyennement bien.

Tu as été tant égratigné que ça ?

Oui, je l’ai beaucoup été. C’est normal, j’étais numéro un des ventes, je faisais un premier film avec Tautou, les gens ont pété un plomb avec moi. Mais de haine… tu ne peux pas savoir.

On peut parler du film sur lequel tu travailles ? C’est un peu top secret pour le moment ?

Oui un peu.

C’est tiré d’un de tes romans ?

Non. Ce que je peux te dire c’est que c’est l’adaptation d’un livre inédit de Françoise Sagan. D’un livre inachevé, même.

Inachevé ?

Oui, j’ai écrit la fin. Je peux déjà te donner les titres de certains journaux : « Foenkinos achève Sagan ».

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Le 11 janvier 2013, chez David Foenkinos après l'interview...

Commentaires

Interview très intéressante. J'ai eu énormément de plaisir à accueillir David au salon du livre dOzoir-la-Ferrière ! Ce gars-là est d'une profonde gentillesse ! Content de le retrouver ici.

Écrit par : Luc-Michel | 06 février 2013

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