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03 février 2013

The Earl Grey : interview pour la sortie de We Are Young

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Parfois, il faut que je sorte de mon univers musical. Le premier album du projet solo d’Alexandre Ragon, désormais The Earl Grey, m’en a donné l’opportunité. Ce disque m’a intéressé parce qu’il délivre une musique pop à la fois ambitieuse et accessible, dans un esprit proche des influences pop-rock américaines avec lesquelles le jeune homme a grandi, tout en y ajoutant ses sensibilités indie ou électro. Le 24 janvier, le rockeur est venu à l’agence pour m’expliquer ce projet. (Merci à Sissi Kessaï pour la découverte… alors qu’elle sait qu’à priori, je ne mange pas de ce pain-là.)

alexandre ragon,the earl grey,we are young,interviewBiographie officielle (et un peu écourtée) :

Après plusieurs années d’expérience au sein de groupes français indie-rock et pop-punk, Alexandre Ragon démarre à l’été 2009 ce projet qu’il veut le plus abouti de toute sa carrière musicale. Après avoir auto-produit en 2010 son premier EP In This Memory, The Earl Grey sillonne la France seul ou aux côtés de groupes internationaux.
En 2011, The Earl Grey signe chez Next Dimension Gears et sort une Édition Deluxe de l’EP In This Memory avec trois titres acoustiques supplémentaires.
En collaboration avec le réalisateur artistique Kevin Fouetillou, il enregistre à Insight Studio (Paris) son premier album We Are Young. Treize titres, masterisés par UE Nastasi (Panic! At The Disco, Cobra Starship, The Summer Set) aux studios Sterling Sound (NY), qui dévoilent pleinement l’univers de cet artiste aux multiples facettes.
Alexandre invite sur cet album les prestigieux groupes rock français Chunk! No, Captain Chunk! et Mary Has A Gun, ainsi que le compositeur pop-folk Olivier Delattre.

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Interview:

Raconte-moi en quelques mots l’avant The Earl Grey.

J’ai monté mon premier groupe quand j’avais 15 ans. C’était une formation pop punk, mais je chantais en français. Le style musical se rapprochait de Blink 182. Après, j’ai navigué dans plein de groupes différents. J’ai été dans des groupes plus screamo, puis plus indie, ensuite je me suis un peu posé avec un groupe de pop punk, cette fois, en anglais et avec lequel on a fait pas mal de premières parties.

Cet amour du rock, tu l’as choppé où ?

Ce sont des restes de mon adolescence. Moi, j’ai toujours aimé les mouvements un peu à contresens, un peu rebelle. J’aime sortir du cadre. J’ai grandi avec cette culture-là, punk, « bad religion », des Sex Pistols jusqu’à Greenday. A partir de ce constat, j’ai étudié un peu la musique. J’ai découvert Johnny Cash. Il faisait de la country, pourtant je t’assure, c’était un vrai punk. Dans l’attitude, il était rock, punk, le plus rebelle d’entre tous.

Sur scène, toi, tu es un vrai dingue.

Oui, ces derniers mois, j’ai appris à me gérer un peu plus. Pendant des années et des années, j’étais un peu comme un fou. Je me roulais par terre enfin, tu vois l’imagerie liée au rock pur et dur. Il y a des gens qui sont timides et très réservés et qui se forcent à exploser. Moi, c’était le contraire, j’avais trop d’énergie en moi et il fallait que je me concentre pour moins libérer d’énergie.

Cette énergie dont tu me parles, il faut aussi la catalyser pour concevoir l’album que tu as fait. C’est du rock, mais plus pop rock…

Pour être un peu plus pop, il faut être un peu plus catchy, c'est-à-dire avoir cette mélodie et un refrain qui va rester un peu plus dans la tête des gens. Les Skip The Use, un groupe que j’affectionne particulièrement joue de la pop, mais sur scène, ils sont très énergiques. Bien plus que les groupes estampillés rock.

Si je comprends bien, tu donnes une grande importance à la mélodie dans tes musiques.

C’est un premier album dont je suis très fier, mais je ne dis pas qu’il n’y a rien à faire évoluer. Moi, je vais toujours m’améliorer et je travaille beaucoup pour cela.

Que penses tes potes qui ont gardé le même style de musique, ceux qui sont restés dans lealexandre ragon,the earl grey,we are young,interview rock, punk, trash… j’en passe et des plus hardcore !

J’ai une certaine intégrité. Quand j’ai joué au Nouveau Casino, j’ai invité tous mes potes musiciens pour qu’ils voient ce que joue aujourd’hui. J’ai gagné en crédibilité, car ils ont vu que je ne tourne pas le dos à ce que je faisais avant et même parfois, je collabore avec eux. Quelque part, je montre une autre facette du metal et du rock un peu plus dur avec des mélodies et des chants entraînants. Je n’ai pas du tout l’impression de trahir mes idéaux musicaux.

Si aux États-Unis beaucoup de groupes font une musique proche de la tienne, en France, il me semble que vous êtes peu nombreux.

C’est une musique difficile à imposer. Au niveau des concerts, il y a tout un réseau de salles de musiques actuelles, mais ils ne savent pas trop ou me caser. Je ne suis « parrainé » par personne… je t’avoue que c’est difficile.

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Est-ce que ta famille t’a déjà vu sur scène ?

Mes parents étaient là au Nouveau Casino. Je pense que j’ai fait mes preuves. Je n’étais pas fait pour les études et je me suis battu longtemps pour qu’ils me laissent faire de la musique. Ils m’ont dit d’aller bosser, ce que j’ai fait. Je suis allé à l’usine, chez Quick, Mac Do, des tas de petits boulots, mais je pouvais jouer de la musique. Je me suis assumé, j’étais crevé, mais c’était le prix de ma liberté.

Mais ils aiment ta musique ?

Ils ne sont pas trop fans des parties violentes, mais des chansons comme « Special », ma mère adore et c’est le plus beau cadeau. Pendant le concert du Nouveau Casino, je lui ai dédicacé un morceau et à la fin, elle m’a dit qu’elle était très fière de moi. J’avais une petite larme…

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(Photo: Brounch)

Concernant tes textes, ce n’est pas « joie de vivre et compagnie » quand même.

Mes chansons, ce sont mes frustrations que je n’ai jamais pu exprimer dans un autre contexte. Avec mes autres groupes, je ne pouvais pas trop parler de choses personnelles. Dans cet album, ça a donc explosé. Je voulais faire des chansons uniquement sur des thèmes qui me tiennent à cœur depuis toujours. Malheureusement, ce sont des choses un peu tristes, parce qu’il est vrai que je n’ai pas un parcours hyper facile.

J’en reviens à ta famille, excuse-moi, mais elle n’est pas trop gênée par ce que tu racontes ?

On n’en parle pas. C’est quelque chose d’assez tabou. C’est vrai que dans ces titres, je me suis vraiment lâché, mais j’en avais besoin. En y réfléchissant bien, cet album a été salvateur. Par exemple, j’ai des rapports très compliqués avec ma sœur, mais depuis qu’elle m’a vu en concert et qu’elle a écouté l’album, les choses vont un peu mieux. C’est toujours compliqué d’avoir son mot à dire dans une famille avec des personnalités fortes. Avec ce disque, ils se sont rendu compte que j’avais construit quelque chose à côté et ils ont entendu ce que j’avais à dire. Du coup, réellement, on s’est tous un peu rapproché.

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Revenons à l’album. On y trouve des collaborations avec Chunk! No, Captain Chunk!, Mary Has A Gun et Olivier Delattre.

Ce sont des gens avec lesquels je m’entends musicalement parfaitement. Je ne voyais pas un premier album sans eux, tout simplement. C’était intéressant parce que leurs musiques sont différentes, même si on appartient un peu à la même scène. Une chanson, c’est un peu comme dans un couple. Ce sont des compromis, des réglages en permanence, mais surtout des expériences enrichissantes pour tous.

Tu es un mec de scène qui n’arrête pas de jouer. Et pas qu’en France.

Avec mon premier groupe, on a joué aussi en Europe. Avec The Earl Grey, j’attaque l’Angleterre. J’ai déjà fait quelques dates.

Tu es mieux perçu qu’en France ?

Je ne dirais pas ça. Ce n’est pas mieux, c’est différent. J’ai aussi tout à prouver là-bas. Encore une fois, rien n’est facile.

Clip de "Heart of Glass".

Tu as fait un clip sur ta chanson « Heart of Glass ». Tu sais que le premier 45t que j’ai acheté avec mes deniers personnels dans ma vie était Heart of Glass de Blondie ?

Génial ! La chanson n’a rien à voir avec celle de Blondie, mais c’est quand même un hommage. J’adore Blondie. Ma chanson « Changes », c’est en hommage à David Bowie. Quand j’ai découvert ses artistes, ils m’ont immédiatement impressionné. Deborah Harry et David Bowie, chacun dans leur genre était bien déjanté.

Tu écoutes quoi hormis ta musique de prédilection ?

À part le metal et le hardcore, j’écoute plein de choses. Du jazz, du blues et même du classique si tu veux savoir. D’ailleurs, le père de ma copine est violoniste de musique classique.

Pas d’electro ?

Non, pas trop.

Pourtant, il y a des pointes d’electro dans ton album.

Oui, mais je ne suis pas trop spécialisé là-dedans. J’aime bien, mais sans plus.

alexandre ragon,the earl grey,we are young,interviewLes chansons de ton EP, on ne les retrouve pas sur ton album.

J’ai beaucoup de chansons écrites, je ne vais pas remettre les mêmes. Et j’ai besoin de prouver en permanence que je travaille. J’écris et compose tout le temps, je suis un peu superactif. J’ai au moins 30 titres d’avance.

Tu as fait du théâtre. Tu te sers de cette expérience pour les concerts ?

Je suis plus dans l’ordre de l’interprétation que de la mise en scène. Oui, franchement, ça me sert pas mal.

Quand on est artiste, il y a toujours une part de schizophrénie. Tu préfères être Alexandre ou The Earl Grey ?

Je vais te dire un truc perso qui va t’éclairer. Pendant mon adolescence, j’ai été extrêmement gros. J’avais 25 kilos en plus. J’avais évidemment des problèmes avec le regard des autres. En un été, j’ai perdu 10 kilos et une année après, j’avais reperdu 10 kilos. Ça a créé cette personne qui est aujourd’hui sur scène. Aujourd’hui, le regard des gens à complètement changé. Je suis passé du mec gentil, on m’appelait nounours, à un fou fieffé sur scène qui, physiquement, peut plaire aux filles. C’est bizarre ce mélange entre celui que tu es et celui que l’on voit…

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