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31 janvier 2013

Jean Elliot Senior : interview pour Balade Sauvage

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Jean Elliot Senior est un artiste comme on n’en fait plus (ou pas beaucoup, en tout cas). Il a conceptualisé son premier album solo de bout en bout et c’est une parfaite réussite. Bien sûr, certains diront que cet album est linéaire, un peu lent, triste même. Mais ils auront tort. Balade Sauvage ne reflète pas cette impression-là, il suffit d’écouter les doubles lectures musicales et textuelles pour s’en convaincre. Jean Elliot Senior est une sorte de génie insidieux. Son génie n’apparait comme une évidence qu’après écoute attentive et prolongée. Le 8 janvier dernier, ce mystérieux artiste est venu me voir à l’agence (accompagnée de son attachée de presse, Flavie Rodriguez. Que je remercie.) (Je cite souvent les attachées de presse indépendantes. Elles le méritent.)

3158164057-1.jpgBiographie officielle :

Balade Sauvage, le premier album de Jean Elliot Senior, raconte en 13 titres l’aventure d’une plante d’appartement qui décide un matin de s’échapper pour retourner vivre dans la forêt tropicale. Dans la lignée des concepts album des années 70, Balade Sauvage peut également s’entendre comme l’évocation de la perte de l’adolescence et de ses illusions… L’album a été enregistré et mixé par Dave Odlum  et mastérisé par John Golden. Dave Odlum vient de remporter un Grammy Award pour son travail avec Tinariwen. Tous les morceaux, paroles et musiques sont de Jean Elliot Senior, qui joue aussi tous les instruments, à part les trompettes et les cordes. Jean Elliot Senior a 30 ans, il est né en Argentine et est arrivé en France alors qu’il avait 3 ans. Balade Sauvage est son premier album (que vous pouvez écouter là et dont voici le teaser).

nicolas robin 2.jpgInterview :

Vous arrivez avec un album directement, sans passer par la case EP. Ça devient rare.

Dans mon parcours musical, ce n’est pas mon premier disque. Avant, j’étais dans un groupe instrumental, Crèvecœur. Le groupe a duré 8 ans et on a beaucoup tourné en Angleterre et en Irlande. On a fait 180 dates en 4 ans concentrés et nous avons enregistré deux albums.

Vous étiez quoi au sein du groupe ?

Je pense qu’on peut dire que j’étais le leader. J’étais aussi à la guitare et à la création musicale. Je composais et on affinait en groupe. On a été toujours à la marge, c’est pour ça que nous n’avons jamais percé en France. En 2003, ici, les gens du milieu nous disaient qu’ils adoraient, mais ne comprenaient pas que « ça ne chante pas ».  On s’est donc dit qu’on allait essayer ailleurs. Là-haut, ils ont apprécié. En Angleterre, ils ne se posent pas la question. S’ils aiment bien, ils font jouer. On a joué 7 fois à Londres, une fois à Paris.

Vous avez baigné dans la musique dans votre jeunesse ?

Oui, pas mal. Ma grand-mère dirigeait une chorale pendant très longtemps. Petit, on m’a un peu forcé à y participer. Un peu plus tard, je me suis mis à la guitare, tout seul. C’était ma décision.

Vous avez appris la guitare dans une école ?nicolas robin.jpg

Non, en autodidacte. Depuis toujours, j’ai toujours une approche punk. « Do it yourself ». Le piano et la guitare, j’ai appris seul. Je fais toujours les choses d’abord, je vais au bout de la création, du processus, sans regarder autour de moi et surtout, sans faire suivant les codes. Je ne me mets aucune barrière.

Comment avez-vous appris seul ? Ce n’est pas évident…

J’ai joué sur les morceaux que j’aimais bien. Je cherchais la note en écoutant le morceau. J’avais des copains qui savaient jouer et qui m’ont montré 4 accords. Rien de plus.

Vous savez lire le solfège ?

Pas du tout. Je travaille beaucoup avec Luc, qui lui aussi était dans le groupe Crèvecœur et qui, lui a eu un parcours classique. Il a fait le conservatoire. Il est prix de solfège d’écriture. Quand on travaille ensemble, il adore. Moi, je suis l’instinctif, le côté émotionnel et artistique et lui, il est le côté technique. J’ose des suites d’accords que lui n’oserait pas, il aime bien.

Vous êtes né en Argentine, mais vous n’y êtes resté que deux ans. Et vous avez vécu pas mal de temps au Mexique…

C’est un pays qui m’a marqué. C’était à la fin des années 90,  une période de ma vie où je me cherchais. Je suis resté longtemps, j’ai même travaillé là-bas. Le choc des cultures m’a un peu traumatisé. Ils avaient 50 ans de retard. Culturellement, c’était très frustrant, et il y avait déjà la violence, les assassinats…

Du coup, retour au bercail pour vous.

Retour même en catastrophe, j’étais malade. Par contre, musicalement, j’ai retenu leur façon de faire des morceaux d’apparences gaies, entrainantes, mais qui ont des paroles très tristes.

Le clip de "Mauvaise Herbe".

Cet album, Balade Sauvage, est étonnant. Vous y racontez l’histoire d’une plante d’intérieur qui ne rêve que de quitter l’appartement où elle se trouve. Pourquoi passer par ce prisme-là pour parler de l’adolescence et du besoin d’évasion et de liberté ?

Je n’ai fait que de la musique instrumentale jusqu’à présent et cet album-là m’est tombé dessus en 15 jours. Je n’avais pas forcément envie de faire quelque chose tout seul. Ça venait au rythme quasiment d’une chanson par jour. Les textes,  la musique, l’ambiance, l’intention  me sont tombés dessus comme ça. Ça m’a presque fait peur.

Vous aimez la chanson française ?

Je ne suis pas très à l’aise avec elle. Ce n’est pas ma culture. Je n’en écoute pas et elle ne m’intéresse pas, sans que cela soit péjoratif. Ce n’est pas mon univers, donc j’avais le souci de me détacher de ça. Je voulais faire les choses en background avec mon parcours musical. Du coup, je me suis lancé dans ce concept album, un peu à l’américaine.

Je vous trouve gonflé de débouler avec un album comme le vôtre.

Ça s’est imposé, il n’y a rien de réfléchi là-dedans. En tout cas, cette métaphore sur l’adolescence me tenait à cœur. Et cet album est plus personnel qu’il n’y paraît. Il y a des petites touches de ma vie, que j’ai voulues très discrètes…

Comme vous parlez d’une plante, vous avez féminisé vos textes.

J’aimais bien cette loufoquerie. Une voix d’homme qui chante quelque chose de féminin, l’idée me plaisait beaucoup.

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(Photo: Nicolas Robin)

Il y a dans Balade Sauvage des interludes, des instrumentaux. Des réminiscences de Crèvecœur ?

Parfois, un petit bout de musique se suffit à lui-même. Pas besoin d’ajouter des paroles.

Il faut préciser que vos chansons peuvent s’écouter indépendamment.

Oui, j’ai fait très attention à ça. Chaque morceau à sa propre histoire. Je ne voulais pas me fermer des portes avec des morceaux monolithiques, compacts et indissociables.

L’enregistrement aussi s’est fait rapidement. Tout dans l’urgence, comme le reste.

Contrairement à beaucoup de musiciens actuels, je ne suis pas du tout adepte des home studios. Je laisse faire ceux qui savent faire. Je suis inculte totale des logiciels de son et compagnie. Je n’y comprends rien et ça ne m’intéresse pas. Moi, je suis plutôt adepte des studios à l’ancienne. Une session studio, pour moi, c’est une carte postale musicale instantanée. C’est une photo, un polaroïd d’un instant T. Je n’aime pas l’idée de peaufiner pendant 6 mois dans un home studio. Je n’aime pas le lisse.

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La pochette est superbe.

C’est moi qui ai pris la photo. Je réfléchis à tout de A à Z. De la musique à la pochette. Je suis très cérébral sur le visuel. Cette photo que j’ai prise dans le sud de la France s’est imposée, un peu comme le reste. C’est une métaphore, la nature, une fille, le côté vert et un peu rétro, sans forcément mettre mon nom, à l’ancienne quoi.

Vous jouez tous les instruments…

C’est toujours le souci de « fais-le toi-même, ne te pose pas de question, tu n’es pas plus bête qu’un autre !». Quand je joue du piano, je ne sais pas ce que je fais. C’est une mémoire visuelle. Je tâtonne et je retiens les enchaînements. Je fais ça sur tous les instruments.

nicolas robin concert.jpgVous avez l’oreille absolue ?

Non, mais j’ai l’oreille musicale. J’entends très bien quand c’est juste ou quand c’est faux.

Comment vous vivez cette période de sortie de votre premier album ?

J’en suis fier et content et en même temps, il y a une part que je n’assume pas. La voix, le chant, je n’y suis pas encore familier.

Vous n’avez pas peur des critiques ? Que l’on dise que votre disque est trop lugubre et mélancolique?

Les critiques positives, c’est bon pour l’ego, les critiques négatives, c’est bon pour avancer. Et sinon, je prends ça comme un compliment. Lugubre et mélancolique, ça me va (sourire).

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Jean Elliot Senior, pendant l'entretien... (Photo : Flavie Rodriguez).

(Un grand merci à Nicolas Robin pour toutes les photos professionnelles qui ornent l'interview.)

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