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05 janvier 2013

Loraine B : interview pour 1=3

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(photo : Sylvere H)

Verso cover.jpgJ’ai connu Loraine B, alors qu’elle était stagiaire attachée de presse, mais, je ne savais rien de sa double vie. Le mois dernier, je reçois un mail d’elle dans lequel elle me fait part de son activité musicale avec différents liens pour écouter/voir pas mal de choses. Je lui ai trouvé beaucoup d’originalité et j’ai aimé sa voix. Bien sûr, il y a une marge de progression, mais Loraine B a un potentiel conséquent. Il y a fort à parier qu’on entende beaucoup parler d’elle un jour.

Je lui ai donc demandé de venir à l’agence mi-décembre dernier.

Biographie écourtée :

Cette grande blonde de 23 ans, arrière-petite-fille de l’écrivain Georges Bernanos, présente son cinq titres folk rock monté à coups de guitares, de piano… à coups d’espoir et à coups de gueule. En 2011, elle rencontre Duncan Roberts (label Spozzle et leader du groupe Dictafone) qui la prend sous son aile pour enregistrer son premier EP, une autoproduction de cinq titres écrits, composés par Loraine, et arrangés par Duncan. C’est ainsi que « 1 = 3 » voit le jour…

(Loraine B sera en concert au Sentier des Halles les 19 Janvier et 8 Février 2013.)

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Cr+®dits photos Sylvere H.jpegInterview :

Tu ne débarques pas dans la sphère musicale comme ça. Tu as déjà joué dans quelques groupes avant de commencer ton projet solo actuel.

J’ai commencé la musique à l’âge de 9 ans. J’étais une enfant très calme. Je passais beaucoup de temps à observer, mais il me fallait une activité pour libérer l’énergie accumulée en moi. J’ai donc fait beaucoup de sport, mais un jour, j’ai eu un sérieux problème aux genoux qui a fait que j’ai dû arrêter. Mas parents m’ont donc proposé de faire de la musique. Au début, j’ai dit non et au final j’ai décidé d’apprendre le saxophone. J’en ai fait 4 ans et de fil en aiguille j’ai consacré ma vie à la musique.

Comment décide-t-on de consacrer sa vie à la musique si jeune ?

La théorie m’ennuyait profondément au conservatoire et m’a mis des barrières que je n’aimais pas du tout. Je crois que mon prof de solfège n’a pas un très bon souvenir de moi. Je n’avais pas besoin d’apprendre, j’avais beaucoup de facilité, du coup, j’étais complètement arrogante et je foutais un peu la merde dans son cours. Je voulais que la musique soit associée à l’amusement.

Tu as donc arrêté le saxophone au conservatoire.DSC06290.JPG

Et dans la même foulée, mon grand-père nous a ramené un synthé. Là, j’ai commencé à travailler cet instrument toute seule. J’ai aimé apprendre toute seule.

La théorie t’ennuyait, mais heureusement que tu l’avais, finalement.

Oui, tu as raison, heureusement que j’ai fait 4 ans de solfège ! C’est peu par rapport à d’autres musiciens. Je peux lire une partition, je connais les temps et les mesures, ce qui me facilite la tâche.

La suite logique pour toi a été d’intégrer un groupe ?

J’étais au lycée, je terminais tard et j’ai entendu de la musique rock. J’ai poussé la porte et j’ai vu deux nanas et un mec qui faisaient du punk, je trouvais ça génial. Ça m’a donné envie de me mettre à la basse. Ils n’avaient pas de bassiste et par un lien intermédiaire j’ai postulé pour le groupe et ils m’ont pris. On a fait des concerts et quelques festivals. Trois nanas qui jouent du punk, ça attire l’œil. On a fait le Gibus, l’Élysée Montmartre, la Batofar, le New Morning…

Ce groupe-là a duré jusqu’à la terminale.

Oui parce qu’après, je suis partie au Canada pour étudier. Mon parrain m’avait offert une guitare peu avant mon départ. J’ai tenté de composer des musiques, seule là-bas avec ce que j’avais appris avec le groupe. J’avais 18 ans, j’étais loin de ma famille, je m’occupais ainsi. Quand je suis rentré en France, c’est là que tout à commencé sérieusement.

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Aujourd’hui, il y a un EP. En l’écoutant, je me suis dit « cette nana est complètement déjanté ! ». Tu parles de schizophrénie, de bipolarité, de folie…

C’est le manque de limite qui m’intéresse. Ceux que l’on appelle fous ont des limites tellement plus larges que les nôtres, les gens dits « normaux ». C’est un sujet qui me fascine et j’en ai fait une chanson dont le clip vient de sortir, « Multiple ».

En tout cas, je décèle en toi une farouche volonté de ne pas faire « lisse », de déranger un peu même.

C’est ennuyeux le lisse. C’est comme le caractère des gens. J’aime bien les fortes personnalités. Cela étant, je ne sais pas s’il existe des gens vraiment lisses. J’ai remarqué que quand on gratte un peu, on trouve toujours autre chose.

Cr+®dits photos Sylvere H (4).jpgTu écris tous tes textes et tes musiques seule. Tu es une solitaire ?

Si j’écris seule, c’est un peu par la force des choses. J’aime la solitude autant que je la déteste. Quand personne ne peut le faire pour toi, tu le fais toi-même et advienne que pourra. Duncan Roberts m’a apporté son aide, principalement pour tous les arrangements. Les voix, je les ai enregistrées chez moi et on les a gardées telles quelles. Duncan a considéré qu’on n’arriverait pas à reproduire la même acoustique.

Parlons de la chanson « À vos jouets ».

Pour comprendre cette chanson, je vais t’expliquer l’histoire. Je suis partie toute seule en Normandie, pour écrire. J’étais sur la plage, il y avait beaucoup de familles autour de moi. Une petite fille passe devant moi avec sa mère. Elle lui raconte avec conviction et enthousiasme une histoire passionnante sur un coquillage et sa mère ne l’écoutait pas. Pire encore, une fois que la petite a terminé elle regarde sa mère toute fière et elle de lui répondre : « oui, et ? ». La petite l’a regardé le regard un peu perdu… ça m’a beaucoup touché. Après, j’ai commencé à observer parce que j’ai travaillé avec des enfants et j’ai vu souvent les maladresses des parents envers leurs enfants. On essaie de faire grandir les enfants trop vite et c’est vraiment quelque chose qui me déplait.

110_1759-bernanos.jpgTu es l’arrière-petite-fille de Georges Bernanos. Ton nom d’artiste est Loraine B. Tu refuses de mettre en avant cette parenté ?

Non, juste, je trouvais que mon nom était trop long. Ce n’est pas par souci de tuer l’arrière-grand-père. Concernant Georges Bernanos, ma famille ne m’a jamais poussé à le lire et je n’ai pas vécu avec cette ombre tutélaire. Mes parents m’ont éduqué dans une liberté raisonnable. Ils m’ont bien éduqué et encouragé pour que je m’intéresse à l’art. J’ai eu beaucoup de chance.

Tes parents pensent quoi de ton cheminement ?

Ils ne se rendent pas compte du travail qu’ils ont fait avant pour que j’aboutisse à ce que je fais aujourd’hui. Voyant les facilités que j’avais en musique, ma mère, quand j’ai voulu aller en Économie et Social, au lycée, elle m’a demandé si je ne préférais pas entrer dans une école de musique. Moi, je ne voulais pas de contrainte et j’avais peur d’être écœurée de la musique. Quand j’ai commencé à faire mes concerts, mon père me signait mes absences pour que j’aille faire mes balances, en contrepartie, il fallait que j’aie de bonnes notes. Ça m’a donné une certaine légitimité dans ma liberté. Je peux l’affirmer haut et fort, ça m’a aidé d’avoir une famille artistique qui me comprenait.

Cr+®dits photos Maxime Rivault.jpg

(photo : Maxime Rivault)

Mais quand tu écris des textes, tu sens l’ombre de l’illustre ainé ?

Ça a commencé au collège. Tous les profs de français me demandaient si j’étais de la famille de Georges. Une de mes profs m’a même demandé de faire un exposé sur lui, ce que j’ai fait. C’était bizarre, car il fallait que j’intéresse les autres élèves avec quelqu’un de ma famille. En même temps, je trouve que c’est normal que cela intéresse les gens. Je comprends que l’on veuille me rapprocher de Bernanos, mais ce n’est pas moi qui me mets de la pression parce que ça vient de l’extérieur. J’arrive à me détacher de tout ça. Je fais ce que j’ai à faire sans me soucier de ce qu’en penseront les autres.

Je t’ai connue attachée de presse. Ça t’aide pour promouvoir ton EP ?

Oui, j’ai vraiment beaucoup appris avec Brigitte (note de Mandor : Brigitte Batcave, attachée de presse fort performante et que j’apprécie beaucoup humainement). Je fais tout moi-même : la mise en place, des disques et des concerts, le développement d’une association que je vais créer, la promo, diriger les musiciens en répétition… toutes ces choses auxquelles on ne pense pas forcément quand on commence à envisager ce métier.

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Merci à Sylvere H pour les deux "portraits" de Loraine en noir et blanc.

Commentaires

Merci beaucoup, j'ai découvert Loraine B via votre blog, et elle m'a complètement charmé.
J’espère qu'elle sortira un nouveau titre prochainement.
On l'attend avec impatiente.

Écrit par : Elie | 14 mai 2013

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