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03 janvier 2013

Jennifer Murzeau : interview pour Les grimaces

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(Photo : Diane Pol-Lajaima)

J’ai rencontré Jennifer Murzeau au Salon du livre d’Ozoir-la-Ferrière 2012 que j’ai animé. Elle a fait partie de la cinquantaine d’auteurs interviewés dans la journée. Parfois, dans ce genre de contexte, je tombe sur quelqu’un qui me parle de son livre avec passion/enthousiasme et qui provoque chez moi un vif intérêt. À la fin de ma courte interview, je lui ai demandé de me faire parvenir son roman, Les grimaces.

Six jours plus tard, je l’ai reçu.

Deux jours plus tard, je l’avais lu.

Quelques jours plus tard, le 20 décembre dernier, j’ai demandé à Jennifer Murzeau de venir à l’agence…

jennifer murzeau,les grimaces,interview,mandor4e de couverture :

Angelina est chargée de production pour une chaîne de télé du câble. Depuis plus de trois ans, elle subit la perfidie de sa collègue, assiste aux batailles d’égo qui l’excluent, observe toutes ces grimaces qu’elle ne sait pas faire. Éternelle anonyme, elle souffre en silence de son intégration ratée dans le monde du travail jusqu’au jour où elle décide de se venger. Il lui faut une victime qui paye pour ce trop-plein d’humiliations. Elle choisit Marie. Puis elle laisse vaciller sa raison et grandir son obsession pour cette jeune et belle présentatrice qui semble avoir le monde à ses pieds.

À travers les yeux de ses personnages, Jennifer Murzeau détaille un quotidien fait de petites violences et de grands ridicules. Elle dépeint avec un humour caustique un univers où finalement chacun se débat pour exister dans une compétition sans pitié.

L’auteure :

Jennifer Murzeau est journaliste. Elle a travaillé pour France 2, Direct 8 et France Culture. Elle collabore aujourd’hui au magazine Glamour. Les grimaces est son premier roman.

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jennifer murzeau,les grimaces,interview,mandorInterview:

Dans ce livre, tu évoques le milieu de la télévision, la vie en entreprise, mais aussi la société en général.

L’action se situe dans le monde des médias parce que c’est un milieu que je connais bien. Ça a été un terrain d’observation extrêmement fertile, extrêmement intéressant, parce que c’est un milieu où les egos sont beaucoup plus exacerbés. C’est donc un beau matériau romanesque. Après, il est vrai que le monde de l’entreprise m’intéresse au premier chef. Ça se passe dans le monde des médias, mais je n’avais pas pour ambition d’épingler particulièrement ce milieu. Je ne considère pas qu’il soit pire qu’un autre. Je pense juste qu’il est plus haut en couleur et qu’il met certaines choses plus en valeur. Ce qui m’intéresse fondamentalement, c’est le monde de l’entreprise, son côté un peu coercitif, âpre, le fait qu’il durcit énormément le rapport entre les gens, surtout depuis quelques années avec la crise… Je me suis beaucoup documentée sur la question, j’ai regardé pas mal de documentaires ou de films. C’est un sujet passionnant parce qu’on a là tous les travers humains et toute la difficulté d’être au monde qui s’exprime quotidiennement.

Ton héroïne, Angélina, est une pauvre fille, pas très gâtée par la nature.

Elle fait son travail comme un petit soldat. Elle est très consciencieuse, mais ça ne suffit pas. La méritocratie, dans la vraie vie, j’y crois de moins en moins. C’est vrai que si on ne se positionne pas avec la conviction qu’on est un gagnant et qu’on est très bon, ça marche moins bien. Elle a été parachutée là par piston grâce à son père qui s’inquiétait de son désœuvrement. Ce n’est donc pas une vocation pour Angélina. Elle veut juste honorer le fait d’avoir un boulot. Elle maîtrise mal les codes pour être comme un poisson dans l’eau dans ce bocal-là. Ce livre est aussi une réflexion sur l’image que l’on renvoie. Si on se forge une image qui n’est pas très valorisante et efficace, elle nous suit comme une mauvaise odeur.

Il y a le pendant d’Angélina. Marie, une très jolie jeune femme qui semble avoir beaucoupjennifer murzeau,les grimaces,interview,mandor d’aisance et affronter ce milieu avec une certaine assurance.

Pourtant, on va vite comprendre qu’elle aussi est esclave de son image. Angelina, elle, je la montre au moment où elle pète les plombs. Elle a toujours été lucide, mais il y a un moment ou la lucidité lui a été trop pesante. La violence qu’elle avait en elle, assez contenue, émerge d’un coup. Marie, elle, a cherché à escamoter cette lucidité pour avancer. Du coup, elles sont toutes les deux à un point de croisement. Effectivement, l’une est le contraire de l’autre, mais toutes les deux sont finalement des jeunes femmes qui galèrent.

Au début, Marie joue de sa séduction…

Ça lui a servi et puis ça a fini par la desservir. Quand on est une femme, trop jouer avec les codes de la séduction, je crois que sur le long court c’est un handicap. Je pense que les femmes ont une responsabilité et qu’il ne faut pas trop jouer là-dessus si on veut qu’il y ait une réelle égalité homme femme. On sait que les hommes peuvent être subjugués et faibles face à la beauté et la séduction féminine et faire intervenir ça dans la sphère professionnelle, c’est contre-productif à long terme. Il faut que les rapports de séductions soient assez contenus sinon, c’est très casse-gueule. Marie, elle a commencé comme ça, à battre des cils, à jouer de sa plastique. Au final, elle a été cataloguée. C’est très pernicieux comme genre de schéma. En plus, comme elle ne couche pas, elle devient aux yeux de toute l’entreprise, l’allumeuse de service. Je tiens à préciser que je ne dis pas qu’il faut cacher toute forme de séduction chez une femme, je dis juste qu’il ne faut pas en faire un outil, une arme pour gravir les échelons de l’entreprise.

Avec toi, le monde de l’entreprise en prend un sérieux coup. Tu dis que finalement, elle nous rend faibles. Nous sommes tous plus ou moins des prisonniers…

L’entreprise infantilise un peu. Les choses y sont cadrées, elle offre des horaires, une mutuelle, des objectifs. Ca peut-être réconfortant, mais ça peut vite être un piège. Parce qu’elle offre aussi une compétition, crée des rivalités. Si on s’investit trop, si on donne trop de temps à l’entreprise, si on sacrifie sa vie privée, on peut y laisser des plumes. Existentiellement parlant, la vie finit par ne plus avoir beaucoup de sens, on se venge en consommant plus que de raison, on gobe des sédatifs…

Actuellement, tu travailles en Freelance. La vie en entreprise ne te tente plus ?

J’y étais pas mal de temps. Si on me proposait vraiment un job qui me plait, je pourrais revenir dans une entreprise, mais il faudrait vraiment que ce soit quelque chose qui m’excite. Moi, je suis contente d’être en freelance. C’est une liberté qui a un prix, puisque c’est précaire et que je gagne moins bien ma vie qu’avant, mais je me suis extirpée de ce monde-là pour écrire. J’étais incapable d’écrire quand je bossais en entreprise. Je rentrais chez moi le soir, j’étais trop fatiguée. Aujourd’hui, il y a des journées que je dédie entièrement à la lecture et à l’écriture.

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(Photo : Diane Pol-Lajaima)

Ce livre n’est donc pas un one shot. Tu as la volonté de devenir écrivain.

Oui, même si je trouve à ce premier livre quelques imperfections. Quelques erreurs dans la forme et le style. Ce sont des erreurs de premier roman. Il faut bannir autant que possible, les adjectifs, les adverbes et pourtant j’ai le sentiment d’avoir beaucoup élagué. Dans un premier roman, on a toujours peur de ne pas être compris, donc on veut caractériser au maximum pour qu’il n’y ait pas d’ambigüité.

Tu écris le deuxième en ce moment ?

Je considère qu’il faut que je fabrique des frères et sœurs à mon premier roman et qu’ils soient mieux que lui. J’ai ce réel désir d’écrire. Oui, je veux devenir écrivain. Ça me parait très pompeux de le dire, mais c’est mon ambition.

C’est un désir qui remonte à loin ?

Oui, à l’adolescence. Mon amour de l’écriture vient de mon amour de la littérature, tout simplement. Si je ne lis pas un certain temps, je me sens un peu vide et le désir d’écrire s’émousse.

La littérature, c’est ton carburant.

Complètement. Je ne prends pas beaucoup de risques parce que je lis beaucoup de classiques. Et puis aussi un peu de romans contemporains. Dernièrement, j’ai découvert Éric Reinhardt et je trouve ses écrits absolument géniaux. Il explore des thèmes qui me sont chers liés au social et à l’entreprise. Quand je le lis, ça me donne énormément envie d’écrire.

Écris-tu facilement ?

Non, c’est du travail. Quand je suis attelée à la tâche, les mots viennent, mais d’abord il faut s’y mettre, ce qui peut prendre du temps et ensuite il faut rester concentrée, il faut y croire, il faut avancer, c’est dur. Il y a un truc qui m’agace fortement quand je lis des interviews de pas mal d’écrivains. Ils ont tendance à entretenir un mythe de l’écrivain qui aurait été touché du doigt de dieu, désigné pour écrire et qui accoucherait comme ça de son œuvre. Je n’y crois pas. C’est du boulot, c’est de l’acharnement et c’est de la foi.

Ton deuxième roman se passe dans le milieu de l’entreprise ou tu changes de cap ?

Je tourne autour des mêmes thèmes, mais ça ne se passera pas à proprement parler en entreprise. Je vais essayer d’explorer le thème de la désocialisation. Comment ça se passe quand on ne joue plus le jeu.

Dans le monde de la télévision, tu préfères être devant la caméra, ou derrière ?

Avant je préférais être derrière. Aujourd’hui, être devant m’intéresserait.

Je te verrais bien chroniqueuse littéraire.

J’aimerais bien faire ça parce que j’aime beaucoup défendre les œuvres et faire découvrir les choses. Ce sont malheureusement des circuits hyper fermés. Si quelqu’un a la clé… je suis sur joignable sur Facebook.

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Commentaires

J'ai eu beaucoup de plaisir à recevoir Jennifer Murzeau au salon du livre d'Ozoir-la-Ferrière. J'ai trouvé qu'elle était très sympathique, simple. Hélas, comme je cours beaucoup ce jour-là, je n'ai pas pu discuter autant que j'aurais voulu avec elle.
Pour son deuxième roman, si elle veut revenir, jje l'accueillerai de nouveau avec joie !

Écrit par : Luc-Michel | 03 janvier 2013

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